Chroniques de Froissart
The Chroniques de Froissart are from Jean Froissart, 1338-1410.
Here for set of illustrations from Bibliotheque Nationale MS Fr 2643
Battle of Cadzan
There is no dating in the text, but we can cross-reference the date to November, 1337. Other sources state that the English unsuccessfully attacked the port of asdf on November 9, then retreated to the island of Cadzan just off the coast, where the English troops were unleashed on the small villages there. The English then prepared for the expected assualt by the Flemish, who did so a few days later, and were destroyed.
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Chapter LXVII
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CHAPITRE LXVII Comment aucuns chevaliers et écuyers flamands étaient en l'île de Cadsand, qui gardaient couvertement le passage contre les Anglois.
De toutes ces devises et ordonnances, ainsi comme elles se portoient et étendoient, et des conforts et des alliances que le roi Anglois acquérait par deçà la mer, tant en l'Empire comme ailleurs, était le roi Philippe tout informé, et eût volontiers vu que le comte de Flandre se fût tenu en son pays, et eût attiré ses gens à son accord. Mais ce Jaquemart d'Artevelle avait déjà si surmonté toutes manières de gens en Flandre, que nul n'osait contredire à son opinion, mêmement le comte leur sire ne s'osait clairement tenir en Flandre son pays, et avait envoyé madame sa femme et Louis son fils en France, pour crainte des Flamands.
Avec ce, se tenaient en l'île de Cadsand aucuns chevaliers et écuyers de Flandre en garnison, dont messire Outres de Hallewyn, messire Jean de Rhodes et les enfants de l’Estrief étaient capitaines et souverains, et là gardaient le passage contre les Anglois et faisaient guerre couvertement (secrètement). Les chevaliers d’Angleterre qui se tenaient en Hainaut étaient tous informés que s’ils s’en ralloient par là en leur pays, ils seraient rencontrés, par quoi ils n’étaient mie bien assurés.
Nonobstant ce, chevauchaient eux et allaient à leur volonté parmi le pays de Flandre et par les bonnes villes ; mais c'était sur le confort de Jaquemart d'Artevelle, qui les portait et honorait en toutes manières, ce qu'il pouvait.
Or retournerons un petit au duc de Brabant.
In English (translation by MS Copilot):
CHAPTER LXVII How some Flemish knights and squires were in the island of Cadsand, secretly guarding the passage against the English.
Of all these plans and orders, as they were made and carried out, and of the reinforcements and alliances that the King of England was acquiring across the sea, both in the Empire and elsewhere, King Philip was fully informed. He would have gladly seen the Count of Flanders remain in his own lands and bring his people to his side. However, this Jaquemart d’Artevelle had already so thoroughly dominated all manner of people in Flanders that no one dared to oppose his views—indeed, even the count, their lord, did not dare to remain openly in his own country. Out of fear of the Flemish, he had sent his wife and his son Louis to France.
Moreover, stationed on the island of Cadsand were some Flemish knights and squires in garrison, commanded by Sir Outres de Hallewyn, Sir Jean de Rhodes, and the children of l’Estrief, who were their captains and leaders. There, they guarded the passage against the English and waged a secret war. The English knights who were in Hainaut were well aware that if they attempted to return home through that route, they would be intercepted, and thus they were not entirely assured of their safety.
Nonetheless, they rode and traveled at will through the lands of Flanders and its great cities, relying on the support of Jaquemart d’Artevelle, who aided and honored them in every possible way.
Now, let us turn briefly to the Duke of Brabant.
Chapter LXVIII
CHAPITRE LXVIII Comment le duc de Brabant envoya ses messagers vers le roi de France pour s’excuser de l’alliance qu’il avait faite avec les Anglois ; et comment les seigneurs d’Angleterre s’en retournèrent.
Quand le duc de Brabant eut fait ses convenances avec ces seigneurs d’Angleterre, ainsi que vous avez entendu, il se rappela que le roi de France lui avait autrefois été contraire. Il craignit donc d’être durement informé contre lui à cause des Anglois et que, si l’entreprise du roi d’Angleterre venait à son terme, le roi de France ne veuille le combattre. Il réfléchit à ce que les autres avaient accordé et envoya alors, de son conseil, monseigneur Louis de Cranehen, chevalier très sage, ainsi que plusieurs autres de ses conseillers, auprès du roi de France pour s’excuser et le prier de ne pas croire à de mauvaises informations à son sujet. Car, bien malgré lui, il faisait quelque alliance ou convention contre lui ; mais le roi d’Angleterre étant son cousin germain, il ne pouvait raisonnablement lui refuser l’entrée dans son pays, ni à ses gens, tant qu’ils payaient leurs frais. Toutefois, il n’en ferait rien qui pût déplaire au roi de France. Celui-ci le crut cette fois, et s’apaisa alors.
Cependant, le duc ne cessa pas pour autant de retenir ces gens d’armes en Brabant et ailleurs où il le pouvait, jusqu’à atteindre la somme qu’il avait promise au roi d’Angleterre. Quand ces seigneurs d’Angleterre eurent accompli en partie ce pour quoi ils avaient traversé la mer, ils quittèrent Valenciennes, où ils tenaient leur séjour principal. L’évêque de Lincoln, messire Regnault de Cobham, et les autres partirent et quittèrent Hainaut, gagnèrent Dordrecht en Hollande et embarquèrent là pour éviter le passage de Cadsand, où des chevaliers flamands tenaient garnison pour le roi de France et le comte de Flandre, selon ce qui se disait. Ils retournèrent donc du mieux qu’ils purent et le plus secrètement possible en leur pays, vers le roi d’Angleterre, leur seigneur, qui les reçut avec grande joie.
Ils lui racontèrent alors tout l’état des seigneurs de par-deçà, notamment celui du duc de Brabant, du comte de Juliers, du duc de Gueldres, de l’archevêque de Cologne, de messire Jean de Hainaut, du seigneur de Fauquemont et des alliés ; sur quel point ils s’étaient accordés avec lui ; quelle quantité de gens d’armes chacun devait lui fournir, et ce que chacun devait recevoir en retour. Le roi d’Angleterre écouta volontiers ces paroles et dit que ses gens avaient bien agi, mais il se plaignit douloureusement de la mort du comte de Hainaut, dont il avait la fille. Il déclara qu’il avait perdu en lui un grand soutien et qu’il lui fallait désormais agir en conséquence.
Ces seigneurs informèrent encore le roi des hommes tenant la garnison de Cadsand et de leur harcèlement quotidien contre ses gens, ainsi que de la peur qu’ils inspiraient, les ayant contraints à revenir par la Hollande, allongeant considérablement leur trajet. Le roi déclara qu’il y pourvoirait promptement. Il désigna bientôt le comte de Derby, son cousin, et messire Gautier de Mauny, qui avait déjà accompli tant de belles prouesses en Écosse qu’il en était fort loué, ainsi que plusieurs autres chevaliers et écuyers anglais, afin qu’ils se rendent à Cadsand et combattent ceux qui y étaient stationnés.
Les hommes désignés obéirent au commandement du roi et firent leurs préparatifs, rassemblant leurs troupes et leurs archers à Londres, et chargeant leurs vaisseaux sur la Tamise. Lorsqu’ils furent prêts, ils comptaient environ cinq cents hommes en armure et deux mille archers. Ils embarquèrent sur leur flotte, qui était toute prête, levèrent l’ancre et firent route, passant leur première nuit devant Gravesend. Le lendemain, ils levèrent l’ancre à nouveau et atteignirent Margate. À la troisième marée, ils hissèrent les voiles et prirent le large, naviguant jusqu’à apercevoir les côtes de Flandre. Ils réunirent leurs vaisseaux et se mirent en bon ordre, arrivant assez près de Cadsand vers l’heure de None (midi), le jour de la Saint-Martin en hiver, l’an de grâce 1337.
English translation:
CHAPTER LXVIII How the Duke of Brabant sent his messengers to the King of France to excuse himself for the alliance he had made with the English; and how the English lords returned.
When the Duke of Brabant had made his agreements with these English lords, as you have heard, he recalled that the King of France had once been opposed to him. He feared that he would be severely judged because of the English and that, should the enterprise of the King of England come to fruition, the King of France might wish to make war upon him. He weighed what others had agreed to and therefore sent, from among his advisors, Lord Louis de Cranehen, a most wise knight, along with several others, to excuse him before the King of France and to ask that he not believe any ill report against him. For, most unwillingly, he had made some alliance or agreement that could be seen as unfavorable. However, the King of England was his first cousin, and he could not in good faith refuse him entry into his lands, nor to his people, as long as they paid their expenses. Yet he would do nothing further that might displease the King of France. The King accepted this justification for now and was appeased.
Nevertheless, the Duke continued to retain these men-at-arms in Brabant and elsewhere, where he could, until he had reached the sum he had promised the King of England. When these English lords had accomplished part of their purpose, they departed from Valenciennes, where they had been staying. The Bishop of Lincoln, Sir Reginald de Cobham, and others left Hainaut, journeyed to Dordrecht in Holland, and embarked from there to avoid the passage of Cadsand, where Flemish knights held a garrison on behalf of the King of France and the Count of Flanders, as was said. They made their way back as best they could and as secretly as possible to their homeland, to the King of England, their lord, who received them with great joy.
They reported to him the state of affairs among the lords on this side, including the Duke of Brabant, the Count of Juliers, the Duke of Guelders, the Archbishop of Cologne, Sir John of Hainaut, the Lord of Fauquemont, and their allies. They recounted what had been agreed upon with him, how many men-at-arms each was bound to provide, and what each was to receive. The King listened attentively and declared that his men had done well, but he deeply lamented the death of the Count of Hainaut, whose daughter he had married, saying that he had lost in him a great source of support, and must now act accordingly.
The lords also informed the King of those holding the garrison at Cadsand, who harassed his men daily, and of the fear they had instilled, forcing them to return by way of Holland, greatly extending their journey. The King stated that he would promptly find a solution. Soon after, he appointed the Earl of Derby, his cousin, and Sir Walter de Mauny, who had already won great acclaim in Scotland for his valiant deeds, along with several other English knights and squires, to head for Cadsand and engage those stationed there in battle.
The appointed men obeyed their King’s command and made preparations, gathering troops and archers in London, loading their ships in the Thames. When they were ready, they numbered about five hundred men in armor and two thousand archers. They embarked on their fleet, weighed anchor, and set sail, spending their first night near Gravesend. The next day, they sailed again and reached Margate. On the third tide, they raised their sails, took the deep waters, and navigated onward until they sighted Flanders. They regrouped their ships and put them in good order, arriving near Cadsand around noon on Saint Martin’s Day in winter, the year of grace 1337.
Chapter LXIX
CHAPITRE LXIX
Comment les Anglois prirent terre sur les Flamands qui gardaient le passage de Cadsand et vinrent combattre main à main.
Quand les Anglois aperçurent la ville de Cadsand, où ils entendaient combattre ceux qui s’y tenaient, ils remarquèrent qu’ils avaient le vent et la marée en leur faveur. Au nom de Dieu et de Saint George, ils décidèrent alors d’approcher. Aussitôt, ils firent sonner leurs trompettes, s’armèrent rapidement, ordonnèrent leurs vaisseaux, placèrent leurs archers à l’avant et firent voile vers la ville avec vigueur.
Les guetteurs et gardes de Cadsand avaient bien repéré cette imposante flotte à l’approche. Supposant qu’il s’agissait des Anglois, ils s’étaient tous armés et s’étaient disposés sur les digues et sur le sable, leurs bannières alignées devant eux selon l’ordre établi. Parmi eux, seize nouveaux chevaliers avaient été faits, portant le nombre de combattants à environ cinq mille—tous vaillants bacheliers et compagnons, courageux et agiles, ainsi qu’ils le démontrèrent.
Parmi eux se trouvait messire Guy de Flandre, frère bâtard du comte Louis de Flandre, un chevalier sûr et brave qui exhortait ses compagnons à bien combattre. À ses côtés se tenaient messire Dutres de Hallewyn, messire Jean de Rhodes, messire Gille de l’Estrief—fait chevalier sur place—ainsi que messire Simon et messire Jean de Brukedent, également anoblis ce jour-là, et Pierre d’Englemoustier, accompagnés de nombreux écuyers et hommes d’armes. Tous désiraient ardemment affronter les Anglois.
Il n’y eut ni pourparlers ni négociations. Animés par leur ardeur guerrière, les Anglois, prêts à assaillir, et les Flamands, prêts à se défendre, crièrent leurs cris de bataille. Les archers anglais décochèrent leurs flèches avec grande force et rapidité, si bien que les défenseurs du port furent submergés et durent reculer malgré eux. Dès cette première volée, nombreux furent les blessés.
Les barons et chevaliers d’Angleterre mirent pied à terre et s’engagèrent aussitôt dans le combat, échangeant coups de haches, d’épées et de glaives avec leurs adversaires. De part et d’autre, des prouesses d’armes furent accomplies, et les Flamands combattirent vaillamment tandis que les Anglois les assaillaient avec une fougue égale.
Le comte de Derby se distingua particulièrement, s’avançant parmi les premiers jusqu’à être projeté à terre par un coup de glaive. Mais il fut secouru par messire Gautier de Mauny, qui, grâce à son adresse au combat, l’aida à se relever et à échapper au danger tout en criant : « Lancastre, au comte de Derby ! »
Les deux camps s’affrontèrent férocement, mais les archers anglais, qui ne cessaient de tirer sans relâche, infligèrent de lourdes pertes aux Flamands, bien plus qu’aux Anglois eux-mêmes.
In English:
CHAPTER LXIX**
How the English landed on the Flemish who guarded the passage of Cadsand and came to fight hand to hand.
As the English sighted the town of Cadsand, where they intended to do battle with those stationed inside, they realized they had the wind and tide in their favor. In the name of God and Saint George, they resolved to advance. Trumpets were sounded, armor donned, and preparations made swiftly. Their ships were arranged, archers placed at the forefront, and they sailed forcefully toward the town.
The sentries and guards at Cadsand had already observed the approach of this formidable fleet. They correctly suspected it was the English and had fully armed themselves, positioning their banners in order upon the dikes and sand. Among them, sixteen new knights had been created, bringing the total force to around five thousand valiant men, brave and swift, as they would soon prove.
Among them was Sir Guy of Flanders, the bastard brother of Count Louis of Flanders, a steadfast knight who urged his companions to fight well. He was joined by Sir Dutres de Hallewyn, Sir Jean de Rhodes, and Sir Gille de l’Estrief—who was knighted on the spot—along with Sir Simon and Sir Jean de Brukedent, also newly knighted. Many other squires and men-at-arms stood ready, eager for battle against the English.
There were no negotiations or discussions. The English, eager to attack, and the Flemish, intent on defending, shouted their battle cries. English archers loosed a mighty and rapid volley of arrows that overwhelmed the defenders of the harbor, forcing them to retreat despite their will. Many were wounded in this first exchange.
The English barons and knights landed and immediately engaged in combat, clashing with axes, swords, and glaives. Both sides fought fiercely, demonstrating great prowess.
Among the English, the Earl of Derby distinguished himself, charging forward until he was knocked down by a glaive. Sir Walter de Mauny came to his aid, lifting him from the battlefield and calling out, “Lancaster, to the Earl of Derby!”
The fight raged on from all sides, but the English archers, continually firing, dealt heavy losses to the Flemish.
CHAPTER LXX
CHAPITRE LXX
Comment les Anglois défirent ceux de Cadsand, et comment le frère bâtard du comte de Flandre fut capturé et se rendit ensuite aux Anglois.
La bataille au port de Cadsand fut rude et acharnée, car les Flamands qui défendaient la ville étaient des combattants d’élite, choisis par le comte de Flandre pour garder ce passage contre les Anglois. Ils voulaient s’en acquitter vaillamment et remplir leur devoir en tout point, ce qu’ils firent avec grande bravoure.
Parmi les Anglois se trouvaient des barons et chevaliers de renom, notamment le comte de Derby, fils du comte Henry de Lancastre au « tort col », le comte de Suffolk, messire Regnautt de Cobham, messire Louis de Beauchamp, messire Guillaume Fitz-Warwick, le sire de Beauclerc, messire Gautier de Mauny et plusieurs autres chevaliers et bacheliers, tous se battant avec grande vaillance contre les Flamands.
Le combat fut acharné, les deux camps s’affrontant corps à corps, et de nombreuses prouesses d’armes furent accomplies de part et d’autre. Toutefois, les Anglois finirent par prendre l’avantage et mirent les Flamands en déroute. Plus de quatre mille d’entre eux périrent, que ce soit sur le port, dans les rues ou à l’intérieur des maisons.
Messire Guy, bâtard de Flandre, fut capturé, tandis que parmi les morts figuraient messire Dutres de Hallewyn, messire Jean de Rhodes, les deux frères de Brukedent, messire Gille de l’Estrief et plusieurs autres. Environ vingt-six chevaliers et écuyers furent tués dans de violents combats.
La ville fut prise, pillée, ses richesses embarquées sur les vaisseaux avec les prisonniers. Puis, sans attendre, elle fut incendiée entièrement. Les Anglois repartirent sans encombre vers l’Angleterre, où ils racontèrent leur exploit au roi. Celui-ci se réjouit grandement en apprenant la victoire.
Il fit alors promettre à messire Guy de Flandre de lui rendre hommage et jura de le garder prisonnier. Finalement, Guy de Flandre se tourna vers les Anglois, prêtant foi et hommage au roi d’Angleterre cette même année. Son frère, le comte de Flandre, en fut très courroucé.
In English:
How the English defeated those at Cadsand, and how the bastard brother of the Count of Flanders was captured and later swore allegiance to the English.
The battle at the harbor of Cadsand was fierce, as the Flemish defenders were highly skilled warriors, carefully chosen by the Count of Flanders to guard the passage against the English. They resolved to acquit themselves valiantly, and did so.
Among the English were renowned knights and barons, including the Earl of Derby, son of Henry of Lancaster the “Wry Neck,” the Earl of Suffolk, Sir Reginald de Cobham, Sir Louis de Beauchamp, Sir William FitzWarwick, the Lord of Beauclerc, Sir Walter de Mauny, and several other knights and squires who fought with great valor.
The battle was brutal, fought hand to hand, with many remarkable feats of arms from both sides. However, in the end, the English triumphed. The Flemish were routed, more than four thousand slain in the harbor, streets, and houses.
Sir Guy, bastard of Flanders, was taken prisoner, while among the slain were Sir Dutres de Hallewyn, Sir Jean de Rhodes, the Brukedent brothers, Sir Gille de l’Estrief, and several others. In total, around twenty-six knights and squires lost their lives in the battle.
The town was seized and plundered, its riches loaded onto ships along with the captives. Without delay, it was entirely set aflame. The English departed Cadsand unharmed and returned to England, where they recounted their victory to the king. He rejoiced greatly upon hearing of their success.
The king then made Sir Guy of Flanders swear an oath, binding him to fealty under the condition of his captivity. In the end, Guy of Flanders pledged loyalty and homage to the King of England that same year—a betrayal that deeply enraged his brother, the Count of Flanders.
Chroniques de Froissart, edited by J. Carez Verdière, Paris, 1824 Vol 1 FULL TEXT
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COLLECTION
DES CHRONIQUES
NATIONALES FRANÇAISES.
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CHRONIQUES DE FROISSART.
TOME I.
TOUL; IMPRIMERIE ET FONDERIE DE J. GAREZ.
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NATIONALES FRANÇAISES,
iciUTES EK LltfGUE VULCAIBB '• ■' ^ ' !
DU TREIZIÈME AU SEIZIÈME SIÈCLE;
AVEC HOTES BT ÉCLAlRasSEHENTS ,
PAE J. A. BUCHON.
PARIS,
VERDIÈRE, UBRAIRE, QUAI DES AUGUSTINS, N"a5. J. CASEZ, EUE HAUTE-FEUILLE, N- 18.
1824.
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PRÉFACE
DE h A. BUCHON.
Cj'est en m^oocupant à rassembler les matériaux
d'une histoire littéraire de Portugal^ que je conçus
la première idée de publier une édition nouvelle
de nos anciens chroniqueurs, et de Froissart en par*
ticulier. Etonné du talent réel déployé par les
Archivistes historiographes portugais dès la fin
du quatorzième siède et dans le commencement du
quinzième } charmé de la franchise naïve de leur
narration, de la dignité simple de leur style, de cet
enthousiasme chevaleresque qui donne la vie à
leurs modestes compositions, de cet amour ardent
de la patrie qui peut seul constituer l'individualité
d'une nation , et de cette bonne foi ingénue avec
laquelle, sous les jeux du souverain qui les a choi-^
<^'l sis, ils tracent souvent les limites de ses droits d'habitude et font r essortii* l'inviolabilité des liber- tés bourgeoises, je me demandois ce qu'à la même
^ époque nous avions à comparer en France au vé- nérable Fernam Lopes, au créateur de l'histoire en Portugal. Froissart ne m^étoit alors connu que de réputation. La difficulté de manier les volumineux in-foUo sous lesquels on nous l'a toujours présenté
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ij PREFACE.
îusquHci fait de sa lecture une sorte d'étude j et le Lafontaine des historiens, l'écrivain le mieux fait pour vivre dans notre familiarité , pour être le compagnon de tous nos instants, à tous les âges de notre vie , le conteur naïf des faits d'amour et de chevalerie du siècle le plus poétique de notre his- toire , a été relégué dans les poudreuses bibliothè- ques, apprécié seulement de quelques amis patients du vrai beau. J'étois alors en Angleterre. En vain je cherchai à me procurer un exemplaire de l'ori- ginal françois. J« fus forcé d'avoir recours à la tra- duction estimable mais décolorée qu'en a donnée Johnes , la traduction ancienne de Bourchier lord Bemers, faite par l'ordre d'Henri VIII étant de- venue d'une rareté excessive.
Quelque pâle que soit la traduction de Johnes , elle peut cependant suffire pour faire pressentir ce que doit être le brillant coloris de l'original. A mon retour en France mon premier soin fut de me pro- curer unFroîssart françois et je n'eus pas peu de peine à y parvenir, les exemplaires de cette chro- nique, imprimée toujours in-folio, étant aussi d'une assez grande rareté. La lecture de la chronique frân- çoise répondit pleinement à mon attente. Les récits de l'historien françois sont sans doute moins animés du saint amour de la patrie que ceux de l'historien portugais Lopes, mais la position des deux pays et des deux hommes étoit aussi bien différente. Elevé dansl'étatecclésiastiqueetattachéau serviced'un de
PRÉFACE. iij
ces grands vassaux qui se disputoient les lambeaux de l'autorité souveraine, comment Froissart auroit- il pu se former une idée bien juste de ce mot sé- duisant de patrie* Mais dans toutes les autres <p alités qui constituent le grand historien, Frois- sart peut sans partialité être cité à coté de Fernam Lopes, qui est venu après lui et de J. Villani qui ne Pa précédé que de quelques années. Moins philosophe que ce dernier , et moins habitué à porter dans ses ouvrages cette connaissance pro- fonde du cœur humain et des principes du gou- vernement qui caractérise les anciens historiens italiens, il est aussi poëte que l'historien portugais et il offre à chaque page le reflet le plus vif des mœurs de son siècle.
Séduit davantage tous les jours par Pentraîne- ment de son style, je ne pus résister à la tentation de faire partager aux autres le plaisir que j'éprou- vois moi-même. Je commençai donc des études sé- rieuses sur le texte. Je lus tout ce qui avoit été écrit à ce sujet Je consultai les manuscrits de Londres et de Paris. L'article ingénieux de M. de Barante dans la Biographie universelle m'apprit qu'il exis- toit un magnifique manuscrit de cette chronique à Breslau en Silésie, et que d'un autre côté M. Dacier avoit fait avant la révolution d'assez grands travaux sur Froissart, et qu'il avoit même commencé l'im- pression de l'édition qu'il se proposoit d'en donner lorsque la révolution étoit venue Tinterrompre. Je
a*
ir PRÉFACE.
profitai alors d'un voyage que je fis en Allema- gne pour m'informer des autres manuscrits qui pouvc^eat J exister. La comparaison que je fis des imprimés avec les manuscrits me montroit cha- que jour davantage la difficulté de mon entre- prise» et je résolus de m'adresser à M. Dacier pour savoir positivement où il en étoit de son travail avant d'y avoir renoncé, et tirer parti de ses lu- mières pour l'édition que j'étois bien décidé à don- ner au public.
Je me serois évité bien des fatigues si je me fusse adressé plutôt à l'excellent M. Dacier. Je trouvai près de lui tous les renseignements possibles sur mon historien favori. Tout me fut expliqué avec justice et précision j et j'appris nonnseulement où il me falloit chercher mes matériaux, mais aussi où il étoit inutile de m'adresser. Ainsi tomba le prestige attaché aux deux plus beaux manuscrits de Froissart existants, celui de Breslau et celui de la Bibliothèque du roi à Paris tant vanté par Mont- faucon. M. Dacier qui les connoît parfaitement tous les deux , ne les trouve remarquables que par leur belle conservation, la richesse des ornements et l'élégance de l'écriture. Quant à la correction et à l'exactitude du texte il les trouve fort inférieurs à plusieurs autres manuscrits moins célèbres.
Une fois en possession de ces premières données, je <levins plus exigeant. M. Dacier paraissoit décidé à ne point mettre son travail ay jour. Si l'important
PRÉFACE. V
résultat de ses premières recherches tui faisoit atta- cher quelque prix à sask édition, les recherches assez nombreuses quilui resloient à fanre efirayoienl son grand âge* Il tedoutoit ce nouvel embarras de la publication de plusieurs volumes in-folio , car c'est sous ce format consacré qu^il avoit commencé son édition. II sentoit que le gouverjpkemeat seul pouvoit le mettre en état de terminer une sem- blable entreprise et il craignoit de demander une faveur qu'il ne craignoit pas moins d^obtenir. Mes. sollicitations le décidèrent à s'en reposer sur l'acti- vité de ma jeunesse d'un ouvrage aussi immense. Je connois l'époque où nous vivons et le besoin im- patient de l'âge actuel de ectimaissances positive& et sérieuse^ ^ et j'avQ^sla convii^tion parfaite que» pour l'exécution d'une entreprise aus^si nationale que ceBe ^e j'avois en vue, je n'avois nullement besoin de la protection spéciale du gouvernement, protectio^ qjjCon paie d'ailleurs soiitent trop cher.
M. Dacier voulut bien enfin m'autoiiser à faire usage de ses nombrenses et savantes recherches. J'en djDnnerai dans, cette préface un résumé exact afin que le public sache ce qu'il lui doit de recon- naissance, et afin aussi qu'on ne lui attribue pas les erreurs -que j'aurois pu commettre moi-même dans les recherches; qu'il m'aiallu faire pour compléter celles du respectable académicien.
Lorsque M. Dacier en Ireprit son Froissart, voici quelles étoittt les /éditions que nous en avions en France.
Tj PRÉFACE.
I.*** Édition. — Caractères gothiques ," imprimée à Paris, sans date, chez Antoine Yfrard, trois to« lames in-folia
2.* Édition. -^ Caractères gothiques, imprimée à Paris le i5 juillet i5o5, ch^z Michel Le Noir, en deux volumes in-folio.
3." Édition. ^- Caractères gothiques , imprimée à Paris en i53o, chezGaiUot-Dupré, en trois volumes in-folio.
^.^, Édition. -^ Caractères romains, imprimée à Lyon en iSSg, i56o, i56i , chez Jean de Tournes, en trois volumes in-foMo. Cette édition a été revue et corrigée, c'est-à-dire tronquée , par Denys Sauvage
S/ÉditioUf t^ Caractères roms^ins , imprimée à Paris en iSyS, chez Michel Sonnlus, en quatre vo- lumes in-rfolio. Cette édition est upe copie exacte de la quatrièpie.
6.® Édition. -^ Caractères romains , imprimée k Paris en 1674, chez Gervais Maillot, en trois volu- mes in-folio. Cette édition est également une réim- pression de la quatrième.
Le P. Le Long ( Bibliothèque historique de France) mentionne de plus une édition de i5i8, faite à Paris chez Yerard et une autre faite aussi à Paris quelques années plutôt, en i5i3, avec une continuation jusqu'à cette même année.
On connoît en outre deux traductions anglaises^ de Froissart, Tune de Bourchier lord Bçrners entre*
PKÉFACE. vij
prise comme je Fai déjà dit dans cette préface par l'ordre d'Henry VIII , imprimée en caractères gothiques à Londres par Richard Pinson, en iSsS, format in-folio , réimprimée plus tard par W. Middleton et enfin républiée en 18 1 a sous les formats in-4-^ et in -8.®; l'autre de Johnes, imprimée dans son cMteau d'Hafod, formats in^ et in4).« en 18089 ornée de plusieurs gravures d'après les
- dessins du manuscrit de la bibliothèque du roi de
France, décrit par Montfaucon , arec un sup* plément pubUé en 18 10.
Il y en a aussi une traduction en langue flamande de Guerrit Pottersvan der Loo, mais qui ne paroît pas avoir jamais été imprimée^
Sleidan et Belleforet en ont fait un abrégé , Pu» en latin piblié plusieurs fois et traduit même en angk)is par P. Golding, Londres 1608; l'autre en françoîs, format in- 16 ,' imprimé à Paris en 157*» chez Hulpeau, sous le titre de Recueil diligent eê profitable^ auquel sont contenues les choses plus notables à remarquer Sans toute Vhistoire de Jean Froissart, mis en un abrégé et illustré d& plusieurs annotation^par Frédéric de Belleforet.
On trouve également quelques chapitres copiés deFroissartdansun^uyrage in-folio intitulé Za Twer des histoires. Les historiens ne se faisoient alors aucun scrupule de se copier réciproquement et sans aucun changement On eut dit que dès qu'un fait étoit sorti de la tradition orale pour recevoir une
viij PRÉFACE.
forme écrite, il devenoit du domaine commun «t appartenoit à qui vouloit s'en emparer.
M. Dacier n'eut pas plutôt compare les diverses, éditions françoises aux manuscrits qui étoient sous sa main , qu'il comprit la nécessité d'abandonner tout-à-fait les imprimés et de coUationner les ma- nuscrits entre eux afin d'obtenir un texte plus pui' et plus complet Là une nouvelle difficulté se présen- toit Presque tous ces manuscrits différoient entre eux non-sftulement dans la construction d'un assez grand nombre de phrases, mais aussi parle nombre des chapitres. Ici les affaire» de Bretagne, par exem^ pie, étoient racontées avec d'assez grands dévelop- pements, tandis que les affaires de Flandre et de Guyenne étoient réduites à un abrégé tout^fait sec et succinct Là au contraire les affaires de Guyenne et de Flandre se présentoient avec leurs dévelop- pements naturels, tandis ifueles affaires de Bretagne étoient abrégées à leur tour. Un grand nombre de manuscrits offroient successivement ces variations extraordinaires. Pour expliquer ce fait , il faut se rappeler , qu'avant l'invention de l'imprimerie, et long«temps même après cette époque, là possession d'un manuscrit étoit une chose fort dispendieuse. Comme les citoyens en France ne s'imaginoientpas qu'ils fussent quelque chose dans l'histoire de leur pays, ils ne songeoient pas à se procurer 1^ ouvra- ges dans lesquels il étoit question de ce qu'^n* a voit fait par eux ou contre eux. Les chroniques n'étoient
t
>
PRÉFACE. îx
regardées en quelque sorte que comme des registres \
nobiliaires et des archiyes de la oomonne^etles •grands seigneurs seuls songeoieiit à en conaerrer J?
une copie. C'étoit ordinairement auK courents dans la bibliothèque desquels étoient déposées ces chroniques qu'on s'adressoit pour en obtenir des copies. Quelques-unes furent faites avec bonne foi et scrupule; dans d'autres au contraire on remarque avec étonnement que, pour avoir plutôt fait, le co- piste a tronqué la narration d'une expédition entière, tandis qu'il a laissé à d'autres faits leurs dimensions | >
naturelles. Quelquefois même on est éUlé plus loin /
et un fait a été accommodé à des passions particu^ lières, un récit augmienté ou défiguré. Tel est, par ^
exemple^ l'histoire de la tentative du prérôt des |^
marchands Marcel pour livrer Paris au roi de Na*-
varre pendant la captivité du roi Jean. Les éditions f«
imprimées qui sont faites d'après les manuscrits les i
plus incomplets et les plus inexacts avoîent re{>ré<- senté Jean Maillart comme un ennemi du roi de Navarre et commele libérateur de Paris , tandis qu'il est constant par des pièces du Trésor des Chartes qu'il étoit si prononcé dans Je parti de Marcel que le régent avoit confisqué une partie ée se& biens , en faveur d'un comte Portien ; mais si les imiaimés et quelques manuscrits inexacts o«t faussé ce récit, soit par né^igence, soit par cor« ruption peut-être, la famille Maillart possédanides biens fort étendus à Paris , d'autres maimscrifes vien*
?
L'
1
X PRÉFACE.
nent redresser les faits et rendre à chacnn ce qui lui est dû. Un manuscrit que Ton croit de la fin du quatorzième siècle^ et qui a appartenu à Guillaume Boisratier fils d'un bourgeois de Bourges et devenu depuis archevêque de Bourges en i4io, rapporte les événements de cette nuit d'une manière toute difierente des imprimés et offre une nouvelle preuve de l'exactitude de Froissart D'autres manuscrits fortifient ce témoignage, et ajoutent à l'autorité des chroniques et à la confiance que l'on peut avoir en elles. Le seul embarras est de distinguer entre les copies celles en assez grand nombre qu'on peut suivre, et le petit nombre de celles qui n'ont pas été faites avec la même bonne foi.
Afin de choisir avec critique dans ces textes si divers, M. Dacier examina d'abord les divers ma- nuscrits des bibliodièques publiques et particulières de Paris. Lié avec tous les érudits de l'époque , il écrivit ou fit écrire par les autorités compétentes à toutes les bibliothèques de France pour avoir com- munication des manusc;rits de Froissart qui pou-* voient y être déposés. Ses recherches s^étendirent plus loin. Il s'adressa aux ministres pour obte- nir d'eux que nos envoyés dans les différentes cours lui envoyassent les originaux ou les copies exactes des autres manuscrits connus en Europe, et ce ne fut que quand il eut entre les mains tous ces précieux matériaux qu'il commença à rédiger un texte plus complet et plus épuré que tous ceux qu'on
PRÉFACE. xj
avoit pu obtenir jusqu'à ce moment et qu*il seta même jamais possible de se procurer; car un éts meilleurs et des plus complets de tous les manus- crits européens, celui de St-Vincentde Besançon a disparu au milieu des orages de notre révolution , pour être peut être transporté avec d'autres en Russie , sans que toutes les investigations faites par ordre du gouvernement impérial aient pu le faire retrouver.
Le travail de M. Daciersedivisoitendeux parties distinctes, le texte d'abord, et lès notes sur ce texte.
A l'époque où il commença Pimpression du pre- mier livre , dont une partie seulement fut imprimée sans qu'elle ait cependant jamais vu le |our,la révi- sion du texte était entièrement terminée. Des quatre livres de Froissartle premier avoit étécopiésnrlema- nusmt duroi!N^83 1 85 le secondlivresurlemanuscrit N**. 8343; letroisième livre sur le manuscrit delabi- bliothèque de St-Yincentde Besançon perdu aujour*- d'hui j le quatrième livre sur le manuscrit du roi N<*. 8329: c'étoient là les manuscrits que M. Dacier avoit trouvés les meilleurs. Il avoit d'ailleurs constamment collation né ces copies avec tous les autres manùsi- crits ^ et il avoit ajouté , soit dans le texte , soit en n«te , lesleçonsquilui avaient semblé mériter la préférence sur celles de sa première copie. Par là le nouveau texte de Froissart est d'un quart au moins plus étendu que tous ceux que l'on connaissoit Les cbang^ments les plus heureux pour la certitude des
•
xij PRÉFACE.
Ùiis historiques ont aussi été opérés dans ce qu i é%»it dé^ connue , et cela, non pas km Fautorité d'un seul manuscrit, mais sur œlledetous les bons manuscrits qui ofirent extrêmement peu de difTé- retice entre eux. La notice d^iUée que j'en donne- rai fera mieux apprécier chacun d'eux.
Ce texte ainsi revu est aujourd'hui entre mes mains, et c'est celui que je donné au public dans cette édition. Malgré la confusion des temps on n'a égaré que le texte d'une soixantaine de pages du premier livre qu'il m'a été facile de suppléer d'a- près h manuscrit N**. 83 1 8. J'aurai soin d'indiquer la partie ou commence ce morceau du texte.
Les notes et éclaircissements formoient la seconde partie du travail de M. Dacier. Ces notes en assez grand nombre avolent pour birt de rectifier la dbro- nol(^e de Froissart, de rétablir l'orthographe des nooj^ propres de lieux et d'individus, soit à l'aide de la géographie , soit par le secours des généalogies , et d'expliquer enfin certains événements mal pré-- sentes ou omis par Froîssart Ces ncAes placées au bas de chaque page dévoient être précédées d'une piéface dans laquelle l'éditeur rendoit compte de tovi. ce qu'il avoit fait La préface est entièrement perdue: il m'a été absolument impossible d'en re« trouver aucune traise. Les notes des deux premiers livres ont presque toutes été sauvées. Quant aux deux derniers livres M. Dacier n'a^Foit eneore ré-^ digé aucune note , il se pro^posoit ddle faire à me<- sure <juSl avanceroit
PRÉFACE. xiij
J'ai conservé, pour les deux premiers livres,ceUes des notes de M. Dacier qui m'ont paru nécessaires dans rétat présent de la science. Il a bien voulu m'autoriser à retrancher les autres. Toutes les notes que ce savant respectable a rédigées sur les affaires de France qu'il connoît si bien sont de la plus par- faite exactitude. Je les ai données presque toutes sans avoir rien eu à j changer. Quant aux éclaircisse- ments sur les affaires étrangères à la France, il étoit impossible alors de procéder autrement que par des tâtonnements, attendu le petit nombre des docu- ments qu'on possédoit Quelques voyages dans diverses parties de l'Europe, un peu de familiarité avec quelques-uns des idiomes européens, m'ont mis en état de présenter ces éclaircissements d'une manière plus rigoureuse qu'il n'étoit possible à un homme beaucoup plus éclairé que moi de le faire. Mes notes seront toutes signées des lettres ini- tiales de mon nom (J. A. B.). Celles de M. Dacier seront signées des lettres initiales du sien (J. D.). De cette manière M. Dacier ne sera pas responsable de mes erreurs, et le public pourra lui faire hon- neur des excellentes et laborieuses recherches qui lui appartiennent.
Il falloit remplacer de mon mieux la perte de la préface dans laquelle M. Dacier rendoit compte de ce qui concernoit la personne et le manuscrit de Frois- sart Je publierai dans un volume séparé tout ce qui a rapport à la personne de mon auteur, et j'y ajouterai
xiv PRÉFACE.
quelques-unes de ses poésies dont il n^existe que deux manuscrits connus, qui sont tous les deux à la bibliothèque du roi. Quant à la partie du travail de M. Dacier qui avoit pour objet de faire connoître les manuscrits qu'il avoit consultés, je tâcherai d'y suppléer dans les pages suivantes. Des renseigne- ments épars dans ses cartons m'aideront à me diri- ger dans ce labyrinthe.
Les manuscrits de Froissart peuvent être divisés en trois classes. !<>. Manuscrits. étrangers. 2^ Ma- nuscrits des provinces françoises. 3^ Manuscrits de Paris. Je ne parlerai que des plus curieux. Ceux qui voudront connoître la liste de tous les manuscrits connus peuvent consulter Montfaucon, Bibliotheca bibliothecarurn vianuscriptorum et l'Appendice ajouté par Johnes à sa traduction angloise des mé- moires de M. de Sainte-Palaye sur Froissart.
MANUSCRITS ÉTRANGERS.
Allemagne. — Breslau en Silésie. Le plus cé- lèbre des manuscrits de Froissart se trouve àBreslau. Semblable à beaucoup d'autres choses célèbres, il n'a dû sa réputation qu'à un défaut d'examen atten- tif. On l'a vu élégamment copié, richement relié, orné de brillantes vignettes; il avoit appartenu à un haut personnage; on l'a cru excellent. Il faut souvent moins de titres pour acquérir un nom. Les habitants de Breslau attachoienttant de prix à cette
PRÉFACE. XT
possession que lorsque Breslau se rendit aux Fran- çois en 1806, les Prussiens craignant qu'on ne le leur enlevât, insérèrent dans leur capitulation un article exprès à son intention , portant que la biblio- thèque publique seroit respectée Si l'édition du Froissart de M. Dacier eut été publiée alors, les Prussiens eussent moins redouté la violation de leur bibliothèque. Nous avons à la bibliothèque de Paris parmi une trentaine de copies de Froissart au moins cinq ou six manuscrits qui sont de beaucoup préférables, surtout celui de Boisratier de Bourges.
Le- manuscrit de Breslau est de la fin du quin- zième siècle, et postérieur par conséquent de quel- ques années à l'invention de Timprimerie. Les pein- tures qui l'ornent représentent également les habil- lements et les armes du quinzième siècle et non pas du quatorzième pendant lequel écrivoit Froissart Cette copie fut faite par l'ordre d'Antoine Le LoDg, né en i42ietmorten i5o4, bâtard de Bourgogne et fils naturel de Philippe le bon duc de Bourgogne, pour la belle bibliothèque de la Roche dans les Ardennes dont Antoine étoit lé fondateur. Delà bibliotlièque de la Roche, ce manuscrit passa avec plusieurs autres dans la bibliothèque particulière de Thomas Rehdiger qui dota de cet héritage litté- raire la ville de Breslau où il avoit étudié. Il est en quatre volumes en vélin in-folio sur deux colon- nes. A la fin du premier volume, Antoine de Bour- gogne a écrit de sa propre main sa devise, nul ne
XYJ PRÉFACE.
^y frotte. Dans le second volume sept feuilles ont été enlevées par quelqu'un qui Ta eu entre les mains. Le troisième volume a aussi perdu huit feuil- lets. Le quatrième vdume est complet; il se termine comme tous les autres par la devise d'Antoine de Bourgogne et on lit à la dernière page: Grosse par Da^id Aubert Van de grâce N. Seigneur milccccLxrm} ce qui démontre que ce manuscrit est fort moderne» Guttemberg et Fust, deux des in- venteurs de Fimprimerie, étant déjà morts depuis quelquoi années, lorsque cette copie fut faite.
John Ephraïm Scheibel, inspecteur de la biblio^
thèqtke de Breslau, a donné un compte fort détaillé
de ce manuscrit dans sa notice des objets les plus
remarquables de cette bibliothèque 9 adressée au roi
Frédéric Guillaume en 1794- Mais M. Dacier a eu
le manuscrit même entre les mains. D'Alembert
ayant prié le roi de Prusse de rendre ce service à
M. Dacier, Frédéric fit envoyer, en décembre 1777,
ce maiiuscrit à d'Alembert pour que M. Dapier en
fit l'usage qu'il jugerait convenable d'en faire.
Après l'avoir conservé plusieurs mois entre ^es
mains, et coUationné soigneusement avec quelques
autres manuscrits, M. Dacier s'assura bientôt que
le nombre et le coloris brillant des dessins, et la
beauté du vain avoient fait toute sa réputation, et
il le renvoya à Breslau après avoir fait faire une
copie figurée de quelques lignes du commencement '
et de la fin de chacun de& volumes. J'en donnerai
PREFACE. xvij
le^fac simile avec la copie figurée de plusieurs autres des plus fameux.
ANGLETERRE — Il existe un très grand nombre de manuscrits de Froissart On trouve dansles catalo* gués des manuscrits des bibliothèques d'Angleterre (Oxon. 1697 in-folio) parmi ceux Bodlei, N.® i5o3 une chronique de Froissart en françois manuscrite etN.**736i notes eut of Froissart , Pancirolus..... collected by M. Ashmole, Parmi ceux d'Isaac Vossius N.® 2669, une histoire de Froissart plus ample et plus correcte que les imprimés , deux volumes , et parmi ceux de Norfolck N.» 2965^ JeanFroissart , chronique d^ Angleterre , Gallicè , deux volumes.
Je trouve dans les papiers de M. Dacier plusieurs lettres de M. Dutens, historiographe du roi d'An- gleterre, datées de Londres desannées 1784, 1786, 1787 et 1B02 relatives presque toutes au manuscrit de Froissart du musée britannique. M. Dutens lui écrit à la date du 3 septembre 1784 «Toici, monsieur et cher confrère, ce que vous désirez avoir d'infor- mations au sujet du manuscrit de Froissart du musée britannique J'ai calqué du mieux que j'ai pu l'é- chantillon que je vous envoie ^'\ mais ce qui doit vous éclairer encore mieux , c'est que les connaisseurs en ce genre m'ont assuré que ce manuscrit ne pou- voit pas être plus ancien que le quinzième siècle et, autant qu'on en peut juger, vers le milieu. »
(i) Pajouterai ^ftfae simile k eelui du manuscrit dt Breslau.
b
xviij PRËFACE.
M. Dutens ajant écrit à M. Dacier que Tacte du parlement qui règle les constitutions du musée bri- tannique ne permettoit pas qu'on lui envoyât le ma- nuscrit en question, celui-ci le pria de répondre du moins à plusieurs questions qui pouvoient Faider à se former une idée nette du mérite de ce manuscrit Il résulte des réponses de M. Datent; que ce manus- crit est en deux volumes in-folio y que le milieu de l'ouvrage seulement s'y trouve , et qu'il n'y a ni le commencement ni la fîn^ qu'il est sur vélin à deux colonnes, tout entier de la même main^ qu'il y a beaucoup de miniatures et de vignettes propor- tionnées au format et très bien conservées et que c'est même ce qui a fait la réputation du manuscrit; que les lettres initiales des chapitres sont très bien peintes et ornées; qu'on trouve de temps en temps en marge des armoiries qu'on croit appartenir à l'ancienne maison de Say; que les titres des chapi- tres sont en lettres rouges j que la table des chapitres manque; qu'il y a environ deux cents feuillets par volume; et qu'enfin l'écriture indique que c^est un manuscrit de la fin du quinzième siècle.
ITALIE.— Voici un extrait de la lettre écrite par M. Du Theil à M. Dacier en 1777.
« Je vous envoie la première et la dernière feuille du manuscrit de Froissart qui se trouve dans la bibliothèque de la reine Christine au N.° 869. Elles sont exactement calquées sur du papier huilé dans la forme du manuscrit même ^'\ Il n'y a aucun autr(î
(i)3'cn donnerai lejàc simile^ la snitc de ma yic de Froissari.
» PREFACE. lii
titre ni aucune épigraphe à la fin du volume. Il ne contient rien autre chose, nul avertissement, nulle note sur aucune marge. En un mot il commence, continue et finit aussi crûment que les deux feuilles huilées vous le représenteront. Si d'après cela vous me prescrivez d'en faire la confrontation avec les imprimés, soit en partie, soit même en total, je suis homme à le faire exactement pourvu toute fois qu'il existe un seul exemplaire imprimé deFroissart dans la capitale du monde.
ce II y a encore dans la même hibliothèque de la reine Christine au N.° 726 quelques extraits de Froissart. Je vous en rendrai compte un de ces jours. »
Je trouve ce compte rendu dans une autre lettre. « Le volume N.** 726 de la bibliothèque de la reine de Suède, dit M. Du Theil est un in-folio com* posé de 3o2 feuilles, partie en vélin, partie en pa- pier. Les feuilles sont réglées. Au folio I*' commence , sans titre ni explication, une chronique des ducs de Normandie, dont voici le début « Combien que les « vrajes chroniques racontent que Raul fut le ce premier duc de Normandie, aucunes autres nous « racontent que au temps du bon roi Pépin le père « de Charlemagne,*il eut en Neustrie qui à présent ce est appelée Normandie ung duc qui avoit nom « Ansbert. Cestui Ansbert avoit ung chastel près « ou de côté Rouen que on appeloit Turinde et
XX PRÉFACE.
« avoit le gouvernemeat de toute Neustrie soubs le « roi Pépin, et avoit le tiers des revenues, et par le K comte Robert le Diable fu engendré. »
« Les trois premières feuilles , continue M. Du Theil, ont été fort endommagées. Le caractère, qui dans le commencement est semblable à la page cal- quée de l'extrait de Froissart que je vous envoie ^*\ change, au folio II, de grosseur, mais non de forme.
« Cette Chronique de Normandie occupe daiis ce volume jusqu'au folio gS, recto, où elle finit par ces mots : « Et lors leur pardonna le roy Henry « leur maltalent et récent d'eulx les hommages. Cet <( an ensuivant les chrétiens par toute terre de tf chrétienté s'esmeurent àeulx croisier pour aller en « Jérusalem conquérir la sainte terre. Explicit. 9
« Au folio 96 commence l'extrait des chroni- ques de Froissart dont je vous envoie le premier chapitre tout entier calqué en papier huilé sur le manuscrit même.
PAYS-BAS. -^ Mr. Godefroy, garde des Aichi- ves de la Chambre des Comptes de Lille, rendit compte , ainsi qu'il suit, en 1781 à M. Dacier d'un manuscrit curieux de Froissart de la bibliothèque de Bruxelles.
« Feu mon père ayant été envoyé par le roi à Bruxelles, quand il en fit la conquête en 1746, pour examiner les titres etpapiers qui s^y trouvoient, con-
(i) On en trouvera \efacsimUe h la suite de la vie de J. Froissart.
PRÉFACE. xxj
cernant la partie des Pays-Bas qui étoit sous sa do- mination, il y examina en même temps avec beau- coup de soin tous les manuscrits de la fameuse bi« bliothèque des ducs de Bourgogne j et il en prit des notices détaillées et exactes. Une chronique de Froissart attira surtout son attention. Voici le détail qu'il en fait.
« Cette chronique est en quatre volumes in-folio reliés en ancienne bazanne blanche.
« Le premier volume du manuscrit contient 362 feuillets et 368 chapitres. 11 n'y en a que 33o dans l'édition imprimée.
« II y a plusieurs vignettes fort belles dans ces quatre volumes.
« Le second volume du manuscrit contient 336 feuillets et 226 chapitres. À la fin de la table de ce volume manuscrit est une vignette qui représente l'exécution faite à Bordeaux de Guillaume I«r, de Pommier , et Jean Coulon conseiller et secrétaire de la nation de Bordeaux, pour crime de trahison. Quel- ques chapitres sont précédés de vignettes coloriées.
«f Le troisième volume manuscrit contient 33o feuillets et 1 1 5 chapitres. Ce volume est relié en veau jaune. Il finit à l'année i389 par le récit des préparatifs d'une fête que le roi Charles VI vouloit donner à la bienvenue d'Isabelle reine de France. Le dernier chapitre ou chapitre ii5 de ce volume est le même que le 1^2 de l'imprimé.
« Le quatrième volume de ces chroniques manus- crites contient 82 chapitres et 237 feuillets. A la
^
xxij PRÉFACE.
tcie de ce volume est une vignette au bas de laquelle est placé une espèce de préambule adressé à Guy de Chatillon, comte de Blois ^'^.
« En dedans de la couverture du volume sont plusieurs signatures de l'empereur Cliarles-Quint et de quelques autres nobles de la cour, qui y ont mis
leur nom sous leurs devises, en cette forme: Plus
outre, CHARLES. — ^insi sera, IMXEM- BOURG. — i^omTennefi/, BOUTON -- P/i/^ ne suis, FRERIN. etc.
« On ne peut douter que ce ne soit là un des ma- nuscrits les plus curieux des Chroniques de Frois- sart, puisqu'il a été présenté par Froissart lui-mê- me à Guy de Chatillon, dont il était chapelain. Ce Guy de Çbatillon , est Guy II du nom, mort en 1897^ dont il est fait mention dans le sixième volume des Grands Officiers de la Couronne^ Page 97. »
SUISSE. — M**. J. B. Sinner, dans son catalogue des manuscrits de la bibliothèque de Berne, a ren- du compte d'un manuscrit de Froissart^ qui me pa- roît être un des plus complets. Les variantes que rapporte Sinner sont tout-à-fait conformes aux le- çons que M»". Dacier a tirées des manuscrits des quels a été tiré le texte de notre édition. Ce manus- crit est un don fait en 1697 à la bibliothèque de Berne par le comte Alexandre à Dohna dont le père Frédéric acheta vers lôSy les baronies de Copet et
(a) C'est le même qui a été rapporté par M. de Barante dans son inté- ressant article sur Froissart et qui se trouve aussi en son lieu dans Cette édition.
PRÉFACE. ïxiij
de Prengin dans le canton de Yaud. La première feuille qui contenoit une vignette a été déckirée.
La même bibliothèque de Berne possède un Frois- sart imprimé de Fédition de Lyon xSSg, qui a ap- partenu au célèbre Jacques Bongars et qui contient en marge différentes leçons tout-à-fait conformes à celles des bons manuscrits.
MANUSCRITS DES PROVINCES DE FRANCE.
CARPENTRAS. - Voici ce qu'écrivoit M. de S^«. Croix à Mr» Dacier au sujet de ce manuscrit :
ti Juin 17S1.
« J'ai examiné, Monsieur et cber confrère, avec soin le manuscrit de Froissart, qui se trouve à la bi- bliothèque de Carpentras. Il est en deux gros volu- mes in-folio sur papier , sans autre ornement Le com- mencement du premier volume a été déchiré et il y manque les dix premiers chapitres. Le reste est en très bon état Vous trouverez ci-joint quelques li- gnes du manuscrit copiées par une main habile et d'une ressemblance parfaite et frappante avec l'ori- ginal qui est écrit tout de la même manière et de la même main ^'K J'ai coUationné avec le soin le plus scrupuleux le 187® chapitre de l'édition de Sauvage et de l'impression de Jean de Tournes avec ce ma-
(i) Voyez leyàc5{m{7e de ce manuscrit à la suite de la yie de J,
Froissart.
k
xxiy PRÉFACE.
nuscrit. Il n'y a aucune dilTérence pour les faits et
et
très peu pour le style. Après les dernières lignes qui terminent l'histoire de Froissart dans toutes les éditions, on trouve dans le manuscrit de Garpentras une addition d'environ deux pages ou (juatre colon- nes de la même main : elle contient sur la mort du roi Richard des détails qui avoient échappé à Froissart L'auteur, quel qu'il soit, les donne comme une addition et une suite au récit de cet historien.
CAMBRAY Je tire des lettres écrites à M. Da-
cieren Ï769 et 1770 par M. Mutte, doyen de Cam- bray , quelques renseignements sur un autre manus- crit de Froissart de la bibliothèque du chapitre métropolitain de Cambray, coté344;écrit surpapier d'une main du quinzième siècle in-4®. imparfait. 11 contient l'histoire des guerres des Gantois et autres Flamands révoltés contre Louis de Maie, comte de Flandre, leur seigneur.
Gette histoire commence ainsi : • « Sensieult la coronique de la rébellion de Gand « et aucunes villes de Flandres contre leur seigneur K et droicturier prince qui dura sept ans et commen- ce cha en Fan mil trois centz soixante et dishuit, jus- « ques en l'an de grâce Mil trois centz quatre vingts « etchincq.
«c Je Jehan Froissars prestredelanationdelaconte « de Haynnau et en ce temps trésorier et chanoisne « de Chymay,qui du temps passé me suisentremits « de traictier et mettre en prose et en ordonnance les
PREFACE. xxT
<ff nobleset haultes ad venues et grandsfaicts d'armes « qui advenues sont tant de guerre de France et En- (T gleterre comme de ailleurs, me suis advisé de met- te tre en escript les grans tribulations et pestilence K qui furent en Flandres et par le fait et orguel de «f ceulx de Gand contre le CoensLoyàleur seigneur tf dont moult de mauls advinrent depuis, si comme « vous orez recorder avant à Tliistoire. »
Ce manuscrit n'est pas entier. Il finit à la levée du siège d'Audenarde par les Gantois, après la dé- faite de Philippe d'Attrevelle à la bataille de Rose- becq,le 29 novembre i382.
Le quinzième cahier manque.
TOURNAT. _ L'abbaye de St.-Martin de Tour- nay contenoit aussi un manuscrit assez curieux de Froissart sur le quel D. Berthod bénédictin fit passer quelques renseignements à M. Dacier : le manuscrit même lui fut envoyé plus tard pour la facilité des collations.
BESANÇON. _ La bibliothèque de S*. Vincent de Besançon étoitfort riche en manuscrits. M. Dacier fit prier le Bénédictin Berthod de lui donner quel- ques renseignements sur le manuscrit de Froissart
Le manuscrit de St. Vincent de Besançon formoit deux beaux volumes in-folio, couverts de satin usé et copiés en très beau vélin: les vignettes en étoient d'une grande beauté^ à cela près que les bras et les jambes des figures étoient assez mal exécutés et hors de proportion avec le reste du corps. Les couleurs.
xxvj PRÉFACE.
appliquées avec beaucoup de délicatesse s'étoient parfaitement bien conservées: les costumes surtout étoient fort exacts. L'armure des guerriers , les forti- lications, Pattaque et la défense des places, les bar- ques ou petits vaisseaux avec leurs agrès, tout ce qui pouvoit donner une idée des choses racontées dans le texte y étoit aussi bien rendu qu'il étoit possible de le faire dans le siècle où le manuscrit a voit été copié: il étoit de la même main. J'ai trouvé dans les papiers de M. Dacier \mfac siinile de quelques li- gnes du commencement et de la fin de chacun des deux volumes ^'\
On vojoit dans la première vignette l'auteur qui présentoit son livre au roi d'Angleterre , habillé d'écarlatte avec trois lions d'or passans sur sa robe^ Ces armoiries sont encore répétées dans d'autres vi- gnettes.
Ce manuscrit a passé de la bibliothèque du célè- bre cardinal de Granville dans celle du prince de Caute-croix, son petit neveu, dont les livres furent vendus à M. Boisot , alors abbé commenditaire de St. Vincent de Besançon, qui légua tous ses livres à ses religieux pour en faire une bibliothèque publi- que. L'ouvrage finit à l'an 1 389: il est écrit sur deux colonnes et semble être antérieur à l'année 14^0^ U parut si curieux à M. Dacier, d'après les renseigne- ments que lui donna D. Bertiiod qu'il écrivit à M. Amelot alors ministre , la lettre suivante, pour le prier de l'aider dans ses recherchas.
( 0 Voyez cc^c simile k la suite de la vie de J. Froissart
PRÉFACE. xxv\]
it Occupé uniqucineiit ot sans relâche à préparer l'édition de Froissartdont je suis chargé sous vos or- dres, j'ai enfin épuisé les nombreux manuscrits du roi Le travail pénible et rebutant de la collation de tant de volumes a été singulièrement adouci parle fruit que j'en ai retiré. J'ose vous promettre un Froissart presque neuf ^augmentédeprèsd'un tiers ,danslequel les noms de personnes et de lieux ainsi que les pas- sages altérésseront rétablis, les lacunes remplies, les leçons vicieuses remplacées par d'autres qui sont in- contestablement bonnes. Le style de l'auteur, défi- guré dans toutes les éditions, sera pareillement cor- rigé sur les manuscrits les plus voisins du temps où il écrivoit; et on ne verra pas sans quelque surprise que la langue Françoise, sous les règnes des rois Jean et Charles V avoit plus d'analogie avec notre langue actuelle, que celle qu'on parloit sous Henrjr II et quelques-uns de ses successeurs.
« Pour compléter les collations des manuscrits et afin qu'on ne puisse pas me reprocher d'en avoir né- gligé aucun , jeme suis procuré desnotices détaillées de ceux qui existent dans les pays étrangers et dont on ne peut avoir communication ; et je travaille ac- tuellement à examiner ceux qui sont conservés dans plusieurs bibliothèques de Paris, soit publiques , soit particulières. Mais il en existe dans quelques autres villes du royaume, qu'il ne me seroit pas moins important de voir: il y en a un surtout à l'ab-
xxvUj PRÉFACE.
baye de St Vincent de Besançon , qui mérite par son antiquité et sa belle conservation d'être consulté. Comme votre crédit peut seul m'en procurer la fa- cilité, permettez^moi, M. de le réclamer et de vous prier d'avoir la bonté de faire écrire au prieur de cette abbaye de vous envoyer ce manuscrit et d'être mon garant auprès de lui. La protection dont vous honorez l'ouvrage et l'ouvrier m'enhardit à vous de- mander cette grâce et me fait espérer de Tobtenir. » M. Amelot écrivit de suite à Besançon au prieur de l'abbaye pour le prier de lui envoyer ce manus- crit et il futremis le 12 janvier 1779 entre les mains de M. Dacier, qui en a tiré de nombreuses variantes pour les deux premiers livres ainsi que le troisième livre tout entier. Bien quele quatrième livre manquât dans ce manuscrit, c'étoit cependant un des plus précieux qu'on possédât, aussi bien par l'étendue du texte que parla correction du style. Il a été égaré à l'époque de la révolution et malgré les recherches les plus minutieuses faites sous l'empire^ il a été im- possible de le retrouver depuis. Pei»t-être aura-t-il passé en Russie avec quelques autres ouvrages non moins curieux qui manquent dans nos biblio- thèques.
MANUSCRITS DES BIBLIOTHÈQUES
DE PARIS.
M. Dacier avoit rédigé des notes fort exactes sur chacun des manuscrits qu'il avoit consultés. Je crois
PRÉFACE. xxix
devoir les rapporter telles que je les trouve dans ses papiers.
I. Manuscrit de la bibliothèque de M. le prince de Soubise , in-foL sur vélin à deux colonnes , écriture delà fin du XIV*. siècle ou du commencement du XV«, relié en bois couvert de velour violet , la couverture garnie aux quatre coins de coquilles de cuivre doré avec une cinquième coquille au milieu. On lit ces mots en dedans de la couver ture : Ce manuS'- crit échappé du château du Verger a été ens^ojré par M. Marchand de la part de M. le prince de Rohan pour la bibliothèque de M. le prince de Soubise. Ce 2 1 avril i jjg. Le lieu où il a été trou- vé et les coquilles dont la couverture est ornée prou- vent indubitablement qu'il appartenoit au maréchal de Gyé.
Ce manuscrit contient le premier volume entier deFroissart et est composé de 417 feuillets non chif- frés. Le premier est orné d'une miniature divisée en deux tableaux. Dans Pun on voit Froissart qui pré- sente à genoux son ouvrage au roi Charles V assis sur son trône. On reconnoit ce prince, parce qu'on voit Du Guesçlin dans un coin du tableau, tenant en main l'épée de connétable et vêtu d'une tunique chargée de l'écusson de ses armes. L'autre tableau représente le roi d'Angleterre assis pareillement sur son trône, entouré de ses oflSciers et ayant l'air de parler à un homme vêtu d'une robebleue , qui l'aborde à genoux. Je ne puis deviner ni quel est ce roi, ni quelle est l'action que l'artiste a voulu peindre.
XXX PRÉFACE.
Cette miniature est la seule dont ce manuscrit soit orné: récriture en est parfaitement belle et bien soignée: les titres des chapitres soiit en rouge; le pre- mier est conçu ainsi : Cj" commencent h*s cronù- ques de France et d^ Angleterre ^ commencées par discrète personne Mons. Jehan Le Bel cha- noine de St. Lambert du Liège et continuées jus- ques à la bataille de Poitiers; et après sa mort furent compilées et parfaites par vénérable horn-- me Mons. Jehan Froissart; es quelles croniques sont contenues plusieurs nobles avenues et beaux faiz d'armes qui adyindrent tant en France ^ en Angleterre , en Espaingne, en Escoce et en Guienne comme ou pays de Bretaingne et ail- leurs.
La complaisance avec laquelle le copiste vante la bravoure des chevaliers Bretons, dont il nomme souvent un beaucoup plus grand nombre qu'on n'en trouve dans les autres manuscrits, ne permet pas de douter, ou qu'il ne fut lui-même Breton, ou qu'il ne travaillât pour quelque seigneur de cette province. Quoiqu'il en soit, ce manuscrit est un des meilleurs et des plus corrects que j'aie vus: ilfournit toutes les bonnes leçons et entre autres celle qui attribue à Pépin des Essarts et à Jean de Chami, à l'exclusion de Jean Maillart, l'honneur d'avoir délivré Paris de la tyrannie du prévôt Marcel.
II. Autre manuscrit de la mêmebibliothèque in-foK sur vélin à deux colonnes, caractères gothiques qui
PRÉFACE. xxxj
paraissent être du même temps que le précédent, re- lié en bois couvert d'une grosse panne jadis violet- te. En dehors de la couverture sur une bande de parchemin encadrée d'un petit gàlôn d'or usé et re- couvert d'un morceau de corne transparente est écrit: Le premier volwne de Froissart.
Sur le verso d'un feuillet de parchemin qui pré- cède le texte est un écusson pale d'argent et de gueule de six pièces, ayant pour support deux sau- vages. Ce manuscrit n'est orné d'aucune miniature; la moitié de la première page où le copiste comptoit vraisemblablement en placer une est restée vide. On n'y trouve aucun titre de chapitre, pas même le titre général de l'ouvrage, mais le commencement de chaque chapitre est marqué par une lettre grise et la division est à peu près la même que dans le manuscrit précédent Le prologue et les pre- miers chapitres jusqu'à celui qui commence ainsi: Adonc s^espandirent nouvelles de sa venue ( de la roine d'Angleterre) par Zepa/j,etc.,ont été abré- gés par le copiste, qui s'est même permis quelquefois de déranger l'ordre des événements. Le reste du manuscrit est assez correct et fournit de bonnes le- çons. 11 contient à peu près le tiers du premier vo- lume de Froissart et finit avant le récit de la bataille de Crécy , à ces mots du chapitre 1*87 , vous devez savoir que ces seigneurs^ rojrs^ ducs, contes et barons François rie vindrent rniejusques là tous ensemble y etc.
xxxij PRÉFACE.
III. N». 6760. Manuscrit de la bibliothèque du roi, très gros volume in-folio en vélin, écriture qui pa- roît être du XV®. siècle.
On voit à la têle une assez belle miniature qui représente un combat Dans le coin gauche du grand tableau, le peintre en a fait un autre qui n'a nul rap- port avec la première, dont elle est séparée par une bordure. Ce second tableau représente une chambre ornée d'un dais sous lequel Froissart, en habit ecclésiastique, est assis, une plume à la main devant un pupitre et paroît occupé à écrire son his- toire. On voit sur un coffre auprès d^ lui son aumus- se et son surplis. On avoit eu le projet d'orner ce manuscrit d'un grand nombre de miniatures^ mais elles n'ont point été exécutées, et les places sont restées vides.
Ce manuscrit ne contient que le premier des qua- tre livres de Froissart et ce livre y est divisé en qua- tre parties.
Les titres et les divisions des chapitres diffèrent souvent des imprimés.
J'ai dit que ce manuscrit ne contenait que le pre- mier livre de Froissart et qu'il y étoit divisé en qua- tre parties: il est probable qu'il ne présenta que la première à la reine d'Angleterre en i36i , car dans la deuxième partie il parle de l'amour qu'Edouard III avait conçu pour la comtesse de Salisbury, ce qui ne pouvoit être agréable à la reine.
Après ces mots : Aimé du rojr de Navarre et de ceiioc dEvreuoCy qui finissent le chapitre 220 dans
■WIIPH
PRÉFACE. xxxiii
Sauvage, p. 269 et qui finissent aussi un chapitre dans les trois éditions gothiques. On lit dans le ma- nuscrit: Cjrfine la tierce partie et commence lu ^quatrième et derrenière partie.
On lit au commencement du chapitre suivant, qui est le premier de cette quatrième partie, Au^ ques en ce temps retourna en France le Roy de Cippres; ce qui au mot d^ençiron ptès, fait le com- mencement du chapitre 221 de l'édition de Sauvage et d'un nouveau chapitre dans les trois éditions go- thiques»
A ces mots, gastant et exilant tout lepajrsy fi- nit le manuscrit C'est à peu près à ces mêmes mots que finit le chapitre ^63 de l'édition de Sauvage, P. 365: ils finissent aussi, à quelques mots près, un chapitre dans les trois éditions gothiques.
Comme on ne voit à Ja fin de ce manuscrit ni jBo:- plîcît ni Cjrjine^ etc., il paroît n'avoir point été achevé,
lie style de ce manuscrit n'estpas toujours lé même que celui des plus anciens : outre la licence que le copiste s^est donnée de tourner les phrases à sa manie* re et de changer les mots, il a pris quelque fois celle cPabréger considérablement le récit, en supprimant des détails qu'il jugeoit sans doute peu intéressants*
N.'* 8317. Manuscritdelabibliothèquedu roi, re- lié en veau fauve, écrit à deux colonnes sûr vélin, de deux mains différentes, dont l'une paroit être du commencement du XV«. siècle, et l'autre dû milieu
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xxxiv PRÉFACE.
il contient 36i folios chiffrés d'une main moderna On lit au premier folio, r'. ce titre : Ci commen- cent tes nouvelles Croniques de France et 4ÏAn^ gleterre faites et compilées par honnourable et discrète personne Jehan Froissart, à la prière et requeste de M. Robert de Namur seigneur de Beaufort, lesquelles commencent au rojrÉdouart d'Angleterre ^dequel fut couronné rojrVan de grâce i326.
Ce manuscrit comprend le premier volume de l'édi- tion de Sauvage. La division des chapitresquinesont point chiffrés est souvent différente deFimprimé , aussi bien que les titres. Ces titres et les premières lettres des chapitres sont écrits en rouge; mais il en manque près de la moitié. Ce manuscrit diffère des autres en ce que le copiste a fait quelquefois des ad ditions as- sez longues et peu intéressantes au texte de Phisto- rien.
Le tiers du folio 298 a été coupé en long.
Ce manuscrit et ceux des N<». qui suivront con- tiennent beaucoup de choses différentes des impri- més; mais ces différences ne fournissent guère que des mots. changés, ajoutés bu retranchés, quelques trans- positions dans l'ordre des événements , des récapi- tulations inutiles a la fin des chapitres de ce qui a voit été dit plus haut, des transitions vagues et commu- nes par lesquelles les chapitres commençoient très souvent et de certains tours de phrases qui étoient
PRÉFACE. ïxxT
comme des formules qu- on trouvoit presqae'à cha- que feuillet, et qui ont été sagement retranchés dans les imprimés.
Pour en donner quelques exemples, on lit au folio lii, V*: Z« bonne rqyne (ï Angleterre , au lieu que Sauvage, vdi. l*'.p» a6, et tous les autresmanusctits mettent seulement: La rojne d^ Angleterre. A ces mots qu'on lit dans Sauvage, voL I<2*. p. gS, comme dans tous les manuscrits: Si le Jerit iantost une ^stinceUe de fine amour ou cœur^ ce manuscrit ajoute folio 83, v**. , que madame Vénus lujren^ vojra par Cupido le Dieu d^ Amours. Il seroit ce- pendant possible que parmi ce grand nombre d'inu- tilités on trouvât des additions importantes: celle qui suit me le feroijt soupçonner. La comtesse de Salisburyen parlant de sonmariauroiEdoijiardIII, lui dit dans l'édition de Sauvage, vol. !«•. p. 94» et dans tous les manuscrits, qui estpourvous empri- sonne; Le manuscrit que j'examine ajoute, à Paris*
Nota. Au folio 2 1 , v**, on lit , conformément aux autres manuscrits et aux imprimés, ces mots rj&noîfè- rent (durojaume deFrance)7a bonne rqyne (^An-- gleterre et le roy son fils ^'etc Cequirépond à la pa- ge 26 du premier volume deSauvage.On a ajouté à la marge de ce manuscrit d'une main presque aussi an- cienne que le manuscrit: Ils ne les en ostèrent oncqueSj car la dite dame ne son fils ny orent onques droit; mais Froissart monstre qu^ilfavo^ risoit les Anglois,
c*
^ .' t.
xxxvj PRÉFACE.
No. B3 1 ft. Manuscrit de la bibliothèqae du roi , in- folio sur vélin à deux colonnes, écriture de lafin du XIV*. siècle. Il contient 352 foL chiffrés d^unemain moderne, ce qui fait 70^ pages; il est relié en yeau rouge.
Ilcontientlepremier livre imprimé deFroissart, de Fédition de Sauvage; mais il est divisé en huit livres et a pour titre: Cy commencent les croniques quefist maistre Jehan Froissart, qui parlent des nous^elles guerres de France et d Angleter- re ^ de Bretaigne et d^Espaigne, lesquelles sont divisées en VIII lii^res. Voici le rapport de ces huit livres avec le premier livre imprimé.
MANUSCRrr. IMPRIMÉ. Livres. Pages Chapitres. Pages.
9. : 69. ro 65. 81
3 177. v® ia6. 147.
4(0 161 i57 181.
5 2o3. vo. . . . . 201 226.
6..; .... 241. r® 219 266-
7 263. r^ 23o 293^
8 296. r^ 246 340.
Ce manuscrit finit au tiers du chapitre 309, au mi- lieu de la page ^^26 de Pimprimé: la phrase n'estpag même achevée^ et il finit par ces mots , et espérons
(i) Nota, n n'y a k coté d^aucun chapitre le quart iit^re, ainsi <{ne cela estanx antres: mais au foKo i6i t^., il y a au haut de la page : Le quart Uvre^ en sorte qu^on ne peut déterminer où commence ce quatrième lifie. Il en est de même des livres cinq , six et sept
PRIÉFACK xxxvi|
encore j après fesquels^il y a dans ninprîmé, açoir en huis là bataille.
La division des chapitre» n'est pas toujours la même dans le manuscrit et dans Fimprimé, eties titres sont différents. Ces titres sont en rouge, et les pre- mières lettres des chapitres sont aYCc des ornements d'or et d'azur. On trouve sur une feuille de parche- minqui est collée en dedans de la couverture, que ce manuscrit avoit appartenu à 6. Boisratier de Bour- ges. Ce Boisratier qui étoit conseiller du duc de Berry ( frère de Charles V) en fit présent à son maî- tre, ainsi qu'il paroît par cette inscription écrite au verso d'une feuille de parchemin qui est avant la première page du manuscrit.
Cj est une partie des chroniques de France fai- tes par maître Jehan Proissart H aynujrer, de- puis le temps du roy Charles le quart, des guer- res qui furent entre France et Angleterre: les- quelles chroniques maître Guillaume Boisra- tier maistre dès requestes de l^ostel du rojret son conseillier, et conseillier de monseigneur le duc de Berry son seigneur , donna à mon dit seigneur le duc, eri son hostel d&N celle le 8". pur de no- çembre Van i^oj.
Flamel.
Au recto de la dernière feuille, après la dernière Bgne du manuscrit il y a: Ce Uvre est au duc de Berry. Jehan.
Ces motssontde la main duduc de Berry, ainsi que
i
xxxvUI PRÉFACE.
M. de Sainte Palaye l'avoit appris de M. l'îabbé Le- bœuf, qui étoit dans lliabitude de voir des manus- crits et qui avoit vu plusieurs signatures du duc de Berrj dans la bibliothèque de laS^. chapelle de Bourgies, où est conservée une partie des^ manuscrits qui étoient à ce prince.
M. Le Laboureur a inséré à la tête de ta traduc- tion qu^il a donnée de la vie de Charles YI, par un moine anonyme de Si Denys, une histoire du duc de Berry, dans laquelle il a placé un inventaire des^ livres de ce duc y et ony trouve,, p. &2. Un livre des chroniques de France fait par M. Jehan Frois-- sart y lequel fut donné à M.s^ le S\four de no^ rembre Pan i^ojj par messire Guillaume Bois-- ratièr^ à présent archevêque de Bourges ^prisé trente deux livres parisis^
M.Le Laboureurajoute:ye crois que dest celui là mérne qui in' a été donné par M. de Chaude- nier premier capitaine des gardes du roi, avec les figures enluminées des principaux évène-^ ments des règnes qu'il traite, et fort enrichi d'or et d'azur: et ce livre est d'autant plus estimable qu'il est différent des imprimés oiiJJon a changé le style et altéré les noms et principalement en l'édition de Denjrs Sauvage qui l'a plutôt obs^ curci qu'illustré.
On ne peut douter que le manuscrit dont il esi parlé dans cet inventaire , ne aoit le manuscrit N. 83 18 de la bibliothèque du roi: mais ce n'est cer-
J
PRÉFACE. xxxix
tainemenC pas ceKiiqui avoitétédonnépar M. Qiau- denier à M. Le Laboureur: car celui-ci dit qu'il a des figures enluminées des principaux événements des règnes qu'il traite. Or, dans le manuscrit 83 18, il n'y X pas une figure: on y trouve seulement à ]a première page une place laissée vide apparemment pour en mettre une, et cette place est entourée d'une bordure, au bas de laquelle son tles armes de France.
Le manuscrit N^ 83 1 8 qpi étoit de la bibliothè* que du duc de Berrj appartint dans la suite à mada- mede Beaujeu sœur deCharles Yliretfexame du duc de Bourbon : car à la fin du manuscrit, un peu au dessus de la signature du duc de Berry , on lit: Ce livre est à madame Anne de France duchesse de Bourbonnais et d^ Auvergne; et au recto d'une feuille de parchemin, qui esta lai fin du manuscrit, on lit: Ce livre est au duc de Bourhonnoîs et â! Auvergne. Baminagrobis,
N. B. Ce dti^ se nommoit Pierre II. Cétoit le mari de madame de Beaujeu: il devint duc de Bourbon- nois et d'Auvergne par la mort de Jean II son fi'è- re, arrivée le ler. avril i488. ( Voy. VHist. général de la maisjmde France y T. i, P. 3i i et 3i3.)
Gb manuscrit est le plus authentique de tous ceux que j'ai vus et le plus certainement ancien; car on voit par la signature Je G. Boisratier qui se trouve à la fin, que ce livre lui avoit appartenu plusieurs an- nées avant qu'il le donnât au duc de Berry en 1407.
xi- PREFACE.
?i*ï. 8319. Pfemicr volume. Manusciilde la biblit;- thèque du roi , in-folio sur Télin , écrit ure de la Hn d » XIY*. siècle, outoutau moins du commencement du XV*. siècle. Il contient 896 feuillets chiffrés d'une main moderne. Il est relié en bois couvert de veau, aux armes de France couronnées , avec des F et des. Ûeurs. de Ijs, ce qui fait j,uger qu^il appartenoit à François I".
Ce manuscrit est orné de miniatures très bien fai- tes et de vignettes de bon goût La première minia- ture est divisée en deux tableaux ^ dans Tun est re- présentée une bataille des François contre les An- gîois, c'est vraisemblablement la bataille de Crécy. On voit dans l'autre un combat des Angltàs contre les Écossoîs: rien ne désigne quel est ce combat. Les litres des diapitres qui sont à peu-près les nrcmes quedaus les manuscrits 83i8, elles premières lettres des chapitres sont enlumîmios cl ic!iuuost;cs d'or.
Les premiers feuillets CDiilieunent une table gé- nérale des chapitres , aprè> laquelle sg trouve ce ti- tre: Cf commencent les chronUjiœs quejlst mais- tre_ Jehan Froissart^ qui parlent des nouvelles guerres de France et lï Angleterre, de Bretaî- gne, Escoce, Espaigne, lesquelles sont divisées, en quatre parties.
Ce manusCTit ne renferme que le premier volume de Froissart imprimé : il est divisé en quatre livres , dont voici le rapport avec Sédition de Sauvage,
PREFACE. xlj
MANUSCRIT. IMPRIMÉ.
Livres ...... Pages Chap Pages:
2 go, y\ ... 65 '8i.
3 i86. r®. . . 1 56, vers la fin. 174-
4 219 121, au milieu. 370.
Ce manuscrit finit par les mêmes mots que le ma- nuscrit 83 18, auquel il est parfaitement conforme, à ^ quelques leçons prèsqui montrent que ces deux ma^ nuscrits n'ont point été copiés Tun sur Paulre-Ces ma- nuscrits sont les plus anciens et les plus authenti- ques que nous ayons du premier livre de Froissart; ils sont aussi les plus corrects.
N^. 832 G. Manuscrit de la bibliothèque du roi, gros volume in-.folio relié en bois couvert de velours bleu très usé, écriture du XV*». siècle, sur vélin, à deux colonnes, très gros caractères.
Ce manuscrit composé de 433 feuillets cotés ea rouge , contient le premier volume de Froissart. 11 est précédé d'une table des chapitres , avec ce titre: Cjf commence la table des rubriches des Croni^ ques sire Jehan Froissart ^ de la guerre et Voo- casion d^icelle qui futlonguement entre le rojr de France et le rojr Edouart d^ Angleterre et plu- sieurs autres leurs successeurs. On lit au bas du dernier feuillet qui termine ce volume: Cy fine le premier volume de Froissart; et sur unfeuillet de vélin collé à la tête du manuscrit en dedans de la cou- verture : JBlojs, et au dessous, Des histoires et
xlij PRÉFACE.
livres en François , Pult9 ( pulpitre. ) Q\ contre- la muraille de devers la court.
Les litres des chapîlïes sont écrits en lettres rou- ges, et les lettres initiales dorées et enluminées.
Le grand nombre de miniatures dont ce manus- crit est orné le rendent infiniment précieux : elles- sont en général de Bon goût, d'un dessin assez cor- rect pour le temps, d'une grande fraîcheur de coloris et de la plus beUe conseryation. Les vignettes qui les accompagnent sont assez bieis peintes , mais sur- chargées d'ornements : le peintre y a souvent repré- senté des singes, des grotesques, des figures plus bi- sarres les unes que les autres. On voit dans quelques unes des rouleaux chargés de cette devise. Plus est en vous. Les armes de France, pleines, qu'on trou- ve aubasîde la plupart des vignettes font juger quece manuscrit ap par ten oit à quelqu' un des rois de France f mais l'épaisseur et la grossièreté des couleurs, l'or mat des fleurs de lis, très différent de celui des mi- niatures et des lettres capitales, me portent à croire que ces armes ont été peintes après coup; et qu%iasi ce manuscrit pourroit bien n'avoir pas été originai- rement destiné pour le roi. Quoiqu'il en soit, les mi- niatures qu'il renferme sont extrêmement curieuses, parce qu'elles donnent une idée très nette du cos- tume des hommes et des femmes des dififérents états dans le XV*. siècle, des habits de guerre , des ar- mes, des machines, etc. Aussi le P. de Montfaucon en a fait graver plusieurs dans les Monuments de
r
PRÉFACE xUi)
la Monarchie Françoise y T. a et 3 , tels que Pen- trevtie d'Isabelle de France reine d'Angleterre avec son frère Charles le Bel , la réceptioir que firent les bourgeois de Nantes à Jean de Montfort et à s» femme, la bataille navale de Guernesey , la prise de Charles le Mauvais dans le château de Rouen , la bataille de Poitiers , le sacre du roi Charles Y , eta
Je n'ai pu voir sans surprise que le savant béné- dictin qualifie ce manuscrit, le plus ancien rnanus^ crii de Froissart de la bibliothèque du roiÇT.a^ P. 256. 269 et al.)w Iln'avoit sans doute point examiné les autres qui étoientindifierents pour son objet; car il en auroit trouvé plusieurs qui sont incontestable* ment plus anciens sans parler du N.^ 83 18 » qui ^t donné au duc de Berry en i4o7 , et dont récriture, comme nous l'avons dit plus haut, paroît être anté- rieure de quelques années à cette date. QuaBt à celui-ci, on ne peut guère le faire remonter plus haut que i4So; et les connoisseurs qui Font vu l'estiment même postérieur à celte époque.
Une autre observation , de pure curiosité, c'fest que l'écriture ressemble si bien à celle du manuscrit N.o 6760 qu'ils paroissent être de fe même main.
Mais ce manuscrit n'est pas seulement un des moins anciens, ilest aussi un des moins corrects. On y rencontre un grand nombre d'omissioiïs et de cha^- pitres abrégés; de sorte qu'assez souvent il semble être plutôt un extrait qu'une copie de Froissart II faut en conclure qu'il est beaucoup plus précieux par la beauté des peintures que par la pureté du texte.
xliv PRÉFACE.
N.* 83a I. Manuscrit du roi , même format, mêmer reliure, même écriture, mêmes ornements, etccjue le rT.<> 8320 dont il est la suite; maïs il lui est très supérieur par la pureté du texte qui n'est presque jamais tronqué ni abrégé; et ce seroit un des meil- leurs manuscrits du second yoliime, si le copiste ne s'étoit pas quelquefois permis de rajeunir le stylé. Il contient 356 folios cotés en rouge et est précédé d'une table des chapitres avec ce titre: Cy commen- ce la table du 2.*» volume des croniques *d& France, d'Angleterre et d^ autre part, jadis compilées par sire JehanFroissart en son temps chanoine et trésorier de Chimaj en Haynau. •On trouve, comme dans le N.° 8320, ces mots écrits sur un feuillet de parchemin coUé en dedans^ de 4a couverture : Des histoires et liçres en Fran- çois. JPuk.^ 6.Û contre la muraille de dessers la court; et au dessous , Blojrs:
Les miniatures et les vignettes y sont moins nom- breuses que dans le volume précédent. Le P. de Montfaucon a fait graver d'après ce manuscrit dans le T. 3 des Monuments de la Monarchie Fran^ çoise la bataille de Rosebecque et la sortie de^ Parisiens en arraesau devant de Charles VI lorsque ce prince revint vainqueur des Flamands.
Colbert N.* a58 , du roi, 8323. Manuscrit in- folio maroquin rouge, d'une très belle écriture sur vélin, qu'on peut estimer de la fin du XV.« siècle. Il contient i55 folios cotés au bas des pages, d'une main moderne
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PRÉFACE. xIt
Ce manuscrit fait avec le plus grand soin e|; orné de quelques miniatures, renferme exactement le même abrégé que le manuscrit 8343 "et les mêmes traités d^alliances indiqués dans la notice de ce ma- njiscrit On trouve de plus à la fin de celui-<n une pièce intitulée : La teneur des lettres passées des alliances de France et d'Escoce, Cette pièce est datée du dernier juillet 1 371 , la huitième année du règne de Charles V. Elle est suivie d'une liste de morts et de prisonniers, tant François qu'Ëcossois, sans aucune indication de la bataille où ces cheva- liers perdirent la vie ou la liberté.
N.° 83^4 Manuscrit-de la bibliothèque du roi, in-folio relié en parchemin, écriture du commence- ment du XV.«» siècle sur vélin. Il contient 4^7 folios chiffrés d'une main moderne , et qui paroissent avoir été chiffrés auparavant, peut-être de la même main que l'écriture du manuscrit
Ily a plusieurs miniatures mal faites, un peuefia- cées, entourées de vignettes. La première est divisée en quatre tableaux. Dans le premier de ces tableaux est un chanoine vêtu de pourpre, l'aumusse sur l'é- paule (c'est sans doute Froissart), qui présente son livre à un prince qui a sur la tête une couronne aux léopards dont on aperçoit quelques traces sur la robe écarlate du prince j on reconnoît que c'est le roi d'Angleterre.
Le second tableau au dessous du précédent repré- sente un vaisseau yoguant à pleines voiles : on dis-
[
xlvj PRÉFACE,
tingue à bord de ce vaisseau Isabelle de France reine d'Angleterre et son fils Edouard , qui depuis fut Edouard IIL .
Dans le troisième en haut, on voit cette reine présentant son fils à Charles le Bel son frère. •
Le quatrième représente la ville de Bristol dans laquelle Isabelle, accompagnée du jeune Edouard, assiège son mari Edouard II.
Les titres des chapitres sont en rouge et les pre- mières lettres enluminées.
On voit au haut de la première page CL Putea-^ nus de la main même de M. Dupuy.
Le manuscrit est intitulé : ty commencent les croniques de sire Jehan Froissart contenansles nouvelles guerres de France , d'Angleterre , d'Es- coce^ d'Espaigne, d'Alemaigne^ de TSaçarre , de Bretaigne, et sont divisées en quatre parties. Ces quatre parties sont divisées comme dansle ma- nuscrit 8819, mais il faut remarquer que le cahier qui devoit commenter au foUo 78 a été mis à Pen- vers, et qu'au lieu de 8 folios qu'il devoit contenir comme les autres, il n'en contient que 7. Le feuillet qui manque est celui qui devoit suivre le soixante dix septième oùcommençoit le second livre.
Au folio 175. v.o, on lit, Cjr fine la ^.^ partie des croniques de Froissart et comjnence la tier- ce. A la fin du folio 278, v.o est un espace vide réservé pour marquer la fin du troisième livre et le commencement du quatrième.
PRÉFACE. xlvij
Ge manuscrit finit au chapitre 827, page 456 de Fâdition de Sauvage. II y manque à la fin un cahier qui comprenoit les cinq pages imprimées qui achè- vent le premier volume de Froissart.
Ce manuscrit a souvent fourni de très bonnes leçons à la présente édition.
N.o 8325. Manuscrit de la bibliothèque du Toi, in-folio, relié en veau l'ouge, très belle écriture du milieu du XV.* siècle, sur vélin. Il contient 342 folios chiffrés d'une main moderne.
11 n'y a point de'ûtres de chapitres : ils ne sont distingués que par une barre enluminée. Les pre- mières lettres ainsi que celles de quelques alinéa, 5ont dorées et enluminées.
Ce manuscrit renferme le troisième volume de Froissart, quoiqu'on lise à la fin: Cy fine le 2.* IL vre des croniques de Froissart contenant des aventures de France et d^ Angleterre. Il se ter- mine à l'avant dernier chapitre du troisième volume de l'imprimé, page 362. Tout'ce chapitre qui répond au chapitre \[\\ deTédition de Sauvage en diffère considérablement , et mérite d'être examiné avec soin. L'ancien langage y est mieux conservé, et l'on y trouve au folio 342 des particularités concernant Froissart, qui ne sont point ailleurs. Ainsi je crois qu'il doit être préféré aux manuscrits du même vo- lume de Froissart, N." 8328 et 8329, comme ayant été probablement copié sur un autre plus ancien et plus authentique que ceux-là.
riviij PRÉFACE.
N."» 8328 et 8329. Manuscrit de la bibliothè- que du roi, deux volumes in-folio reliés en y^loièrl; rouge, écriture du XV.** siècle finissant. Quoique ces deuK volumes paroissent écrits de la même main, le caractère du second est plus beau que cdui du pre- miei*. Celui-ci n'est point chiffré; le second contient 3b I folios chiffrés d'une main moderne.
L'un et l'autre ont en tête une table des chapitres* Les titres y sont écrits en rouge: les premières lettres des chapitres et de quelques alinéa y sont dorées et enlumiiiées.
On lit en dedans du premier ais de la couverture de chaque volume ces mots, d'une écriture duXVIc. siècle, 5/q;^^, et plus bas. Des histoires et livres en François au premier pult^. ( pulpitre ) pur ter- re devers lesfossez à Pailz du milieu.
Dans le premier volume on Ut sur une feuille de vélin qui est à la tête, ces mots d'une main postérieu- re. Le tiers volume Froissart appartenant au rojr Louis XII avec une signature abrégée qui paroît être Auher ou AuhrL
Ce premier volume qui contientletroisièmevolume de l'édition de Sauvage, est intitulé \Cy commerice la tierce partie principale des croniques de sire JehanFroissarty qui contient les nouvelles gàer-* res deFrancCy d^ Angleterre ^ d^Espaigne , de Por- tugalet d^ Italie , et parle premièrement comment sire Jehan Froissart se partit de France pour aller de<^ers le comte de Foix et la manière de son vojrage.
PRÉFACE. xWt
Dn trouve vers le milieu du volume cinq ou six feuillets écrits d'une autre main que le resté. U finit comme le troisième volume de Sauvage, si ce n'ert qu'après les tnôts, scellé de toutes les parties ^a^ui terminent l'imprimé, on trouve dans Its manuscrit ces sept ou huit lignes. Mais ait Jour que je cloujt ce liseré je ne Vavoie pas , si m^en çorwientsouffrire^ et aussi s^H plaist à mon très cher et honnourè seigneur Monseigneur le C^^. Gui de Blois à la-* quelle requeste et plaisance j'^j travaillé en ceste noble et haute histoire, il me dira et Je y entendrajTy et de toutes choses advenues depuis ce tiers livre clos je m^en inforijveray volontiers.
Le second volume qui contient le quatrième de Sauvage est intitulé, Çj commence le quart livre de M« Jehan Froissart qui parle des guerres et nobles fais d^ armes et advenues de France, d^Ar^ gleterre ,et des pays alentour ^ leur cpnjoins et adhérans, depuis Part N*^. Seig^. iSSget prei/iier de la noble foste quîfutfaitè à Parts, à Ventrée et venue de la reine Isabelle de France femme au rqy Charles le bien aimé et aussi des jous-- tes qui jr furent faites et des présens de ceux de Paris.
Il contient le quatrième volume dé Sauvage; si ce n'est qu'il commence par une Préface , qui ne se trouve dans l'imprimé qu'au commencement du dia^- pitre Si, page i58, où elle est déplacée, et où il manque plusieurs choses importantes que renferme
d
l PRÉFACE.
le manuscrit On trouve encore dans ce volume une addition sur )a mort de Richard H^qiii n'est point dans Pimprimé.
Ces deux augmentations du commencement et de la fin sont les mêmes qui sont copiées dantf notre édition d'après le manuscrit de Coislin, N^ 169, à Fabbaye Sk Germain des Prés.
Ce manuscrit 83^9 paroît le plus authentique des trois qui contiennent le même volume de Frois* sart Outre que Fécriture en est plus belle et plus ancienne, il a conservé de vieux mots qui sont changés dans les autres.
Colbert TS^. 86, du roi, 83 29. Manuscrit in-folio sur vélin, à deux colonnes, relié en veau très vieux^ écriture antérieure au milieu du XV*. siècle, con- tenant 227 feuillets non cotés.
On y trouve plusieurs miniatures très mal dcssi* nées et aussi mal peintes. Les titres des chapitres sont en rouge et les lettres capitales de différentes couleurs, mais sans dorure.
On doit porter de ce manuscrit le même juge- ment que de celui N*. 8333 auquel il est si confor- me qu'ils- ont été évidemment copiés ou l'un sur l'autre, ou sur le même original
Le commencement de celui-ci manque jusqu'à ces mots ^ si roi4ement en leurs escuSj qui répon- dent à peu près au milieu du chapitre premier du N^ déjà cité. La conformité parfaite qu'on a remar-
■\.
PRÉFACE. Ij
^uêe entre les deux textes donnant £eu de croire qu'ils commençoient au même chapitre, il en résul- te qu'il n'y a qu'un feuillet de perdu. Le dernier chapitre manque aussi dans ce manuscrit comme <lans le N« 8333.
Cojftiert îï^. aSi. cki roi, SSig. Manuscrit de Golbert in-folio, maroquin rouge, écriture de la un du XIY^. siècle, ou du commencementda XY*, ^u plus tard, sur vélin à deux colonnes, contenant 323 feuillets non cotés.
Ce manuscrit n'est orné d'aucune miniature; mais une place restée vide au commencement de la première |)age annonce qu'on avoit eu dessein d'j «n mettre une. Il est divisé en chapitres comme les autres manuscrits, avec cette différence que les dia- pitres ne sont précédés d'aucun titre et sont seule- ment désignés par un.alinéaet une lettre capitale en or avec un cadre colorié: on ne trouve dans tout le manuscrit que ce titre général : Cjr commencent les croniques de la guerre et V occasion iPicelle, tfuiju longuement entre le rojr de France Phe^ lippe et le rcy Edouart dEngleterre et moult de leurs successeurs.
Ce manuscrit contient I9 plus grande partie du premier volume deFroissart, et finit, comme lesma- nuscrits 83 18 et 83 19, à ces mots : car les ennemis approchent y et espérons encore anuit.
11 est fâcheux que ce manuscrit, l'un des plus an- ciens et des plus corrects , soit imparfait 11 y manque
lij PRÉFACE
environ vingt feuillets, depuis ces mots : t/>rs rè* pondit, le duc de Bourbon et dist: « Chandos, ChandoSy dites à vos maistres qtû ils guerroient ^ juslju'a ceux-^i; Leur tour sur ces nefs Englesces que pou amir oient ne prisoient, etc.
Colbert, N". 85^ du roi» 8829. Manuscrit de Colhert in-folio, maroquin rquge, écriture du XV* siècle, à deux colonnes, sur papier, composé de 869 feuillets cotés en rouge.
Il contient le premier volume entier de Froissart, à l'exception du Prologue et d'une partie du pre- n»ier chapitre qui manquent jusqu'à ces mots: Saint Lambert du Liège; et dis ainsi j etc.
j Ce manuscrit , dont l'écriture est assez soignée, ne diffère en rien du N^. 83 1»?. Il offre constamment les mêmes leçons, les mêmes longueurs et la même division des chapitres, de sorte que l'un paroît être une copie de l'autre.
No. 833o. Manuscrit de la bibliothèque du roi, in-rfolio survélin relié en bois, couvert de velours très usp, autrefois verd ou bleu; écriture cursiv^ peu jsoignéq qui paroît être de la fin du XV®. siècle. U contient 278 foliois cotés d'une main mpderne.et n'est point écrit à deux colonnes comme la plupart de^ manuscrits du même historien.
Toutes les lettres initiales sont grossièr^ent co- loriées, et les titres des chaj)itres en rguge, à l'ex- ception des "huit ou dix premiers qui sont en lettres noires soulignées de rouge.
PRÉFACE. liij
On lit sur le parchemin collé en dedans de la couveptuté, ces tnots d'une écriture très moderne : Troisième Iwre delà cronique de France et d*jingleterre.S\nt un feuillet de parchemin au ver- so du quel, est une miniature du plus mauvais goût divisée en quatre tableaux et entourée d'une vi- gnette au has de laquelle on voit un écu de France à la bande de gueule qui est de Botirbon. Le même écu se retrouve au bas d'une autre vignette qui en- cadre la première page du manuscrit.
Il a pouî titre : Cj^ s^ ensuit le 3<î. liçre des cro^ niques de France, d^Engleterreet des pais voi- sins, qui se recommence à une grande pestU- lence qui se bouta en l'Eglise, de quojr toute Xreptienté fut pour ce temps en grant branle, dont moult de rnaulac en ruxsquirent et descen-- dirent^ comme ouir pourrez. Et dist ainsi.
C'est par erreur que ce manuscrit est intitulé troi-- ^i^me /ivre: il contient le livre second, à commencer au départ du pape Grégoire XI d'Avignon pour aller à Rome. Comme le manuscrit paroi t parfai- tement entier, il est vraisemblable qu'il étoit pré- cédé d'un premier volume que nous ne retrouvons plus et qui s'étendoit jusqu'à cette époque» Rien n'est plus arbitraire dans les manuscrits que la division des livres et des chapitrée. Il seroità dé- sirer que les copistes n'eussent jamais pris d'autre licence.
Ce manuscrit, l'un des moins beaux qui soient
liT PRÉFACE.
à la bibliotlièqite du roi, est cependant un des jplcra* prédeu;!^ et nous a fourni d'excellentes leçons. Il a d^ailleurs le mérite d'avoir mieux conseryé Fanden langage qae la plupart des autres»
833o 833i» On yoit à la tête dusecond volume
une table des matières , et à la feuille qui suit cette table, une miniature divisée en quatre tableaux avec une vigisette^aubas de laquelle sont les ar- mes de Bourbon sans casque^ soutenues par un Ëon.. Le titre de ce volume qm contient le quatrième volume de Fédilion deSauvageestle même que dans le matiuscrit B329, auquel celui-ci est entièrement semUable, non-seulement en ce poin^t, mais encore par rapport à la préface du comioencement et à Fad^ ditionqui le termine;
N.* 833 1. Manuscrit delabïbliotfcèque duroi,. in-folio relié en bois^ couvert de velours violet ^ sur lequel on voit la marque des< plaques dont il étoit garni. L'écriture sur vélin est de là fin da XIV.* siède.
Sur une feuflle blanche qui est en tête , on lit d'une main moderne : Des manuscrits de M y Var^ che^êque de Reims,
On voit au premier foHo écrit ,^ une miniature di- visée en deux tableaux. Dans le premier est un cha- noine qui paroit être en surplis avec Faumusse sur le dos(c^est sans doute Froissart) qui présente son livre au roi d'An^eterre qu'on reconnoit aux léopards peints sur sa robci Le second réprétente l'entrevue
préface: IV
Isabelle de France avec le roi Charles-le-fielsun frèr& Au bas sont des armes. On trouve dans la suite plusieurs aait*es miniatures d^àssez mauvais goût ainsi qae les vignettes. Il est à remarquer que la première ipiniature est entourée d'une chaine d'or €t que dans toutes les autres, Fespace qui est entre les deux ecdonnes est oi^né, d'une pareille chaine. Je rapporterai sur cet usage des peintres anciens le passage suivant tiré de la !;^S,^séréed&Bouchet, page 90' y. 9 j Ce conte achwéj quelqu'un va demander une chose à quoy possible beaucoup n^ont pas pensée dest pour quoy ilj a à Ventour des excellents ouvrages et bien etabourez ta- bleaux^ des chaînettes? Il fut respondu que qv^And ces bons maistrès vouloienîinonstrer une pièce parfaite et exquise et là où, il nefaUoit plus mettre la main, qu'ils mettoient à Ventour de ces divins euvrages^ dès chainettes et liens pour donner à entendre aux plus spirituels que ce tableau estoitfait de tel artifice et industrie que s'il n'estoit retenu et enchaîné il pourroit ^en aller, comnm s'ils eussent i^oidu empêcher ceux- qui estoient aviez en? ce tableau de bouger de là. »
Les titres des chapitres sont écrits en rouge et les premières lettres des chapitres dorées et enluminées;
Ce manuscrit qui a pour titre, Cj commence le Prologue de sire Jehan Froissart sur ces pré- sentes croniques dJgigleterre , contient le pre-
Ivj PRÉFACE.
mier volume du Fràissar t dç Sauvage. 11 est fâcl)««x que le copiste se soit quelquefois permis de suppri- mer des détails qui ne sont rien moins qu'iiiutiles. Il a surtout tellement mutilé l'histoire depuis la guerre de CastiUe entre les deux frère^Dom Pierre et Henrj, que toute cette partie jusqu'à lafin^siTon en excepte quelques chapitres qui ont la même étendue que dans les autres manuscrits, doit être re- gardée comme un abrégé. On trouve sur le verso du dernier folio des vers françois d'une écriture plus moderne que le manuscrit. Au bas est une fleur de ijs assez mal dessinée, au dessous de laquelle est une grande lettre ejBacée, après laquelle on lit, Ozric le Roj-.
N.® 833îi, Manuscrit de Béthune, aujourd^ui de* la bibliothèque du roi, un volume in-folio maro- quin rouge aux armes de Béthune, écrit sur vélin vers le commencement du XV.* siècle. Il contient 4o5 foHos chiffres d'une main moderne.
Sur une feuille de vélin blanc à la tête du vohime sont les armes de parti au premier écarteté, aux pre- mier et quatrième d'herjnines, e* aux deux et trois d'argent à deux fasces de gueule qui est Derval. Le second parti écartelç au premier de France^ aux se^ cond et troisième de Laval Montmorency; au qua- trième bâtard de Bourbon coponnée d*argent et de sable, et sur le tout du second parti, de gueule aiï lion d'^argeijkt armé, lampassé et çonronné d V.
Oa trouve ensuite la table des chapitres de b
PRÉFACE. hi^
seconde partie de l'histoire de Froissart, et qui par conséquent est déplacée. Apè&la table est un feuillet de parchemin sur lequel sont peintes lés armes dé Béthune.
Ce volume est orné d'un grand nombre de minia- tures de différentes grandeurs, et toutes de très mauvais goût. La première est divisée comme celle du manuscrit 8324 et représente les mêmes sujets. Après la miniature on lit ce titre: Cj commencent les croniques quefist sire Jehan Froissart, leS" quelles parlent des nouvelles guerres de France^ d^ Angleterre y d^Escoce, d^Espaigneet de Bre-^ taigne^ et sont divisées en quatre parties dont te premier chapitre fait mention de la cause pourquojr elles sontfaittes.
Ce titre est en lettres rouges, ainsi que tous les
titres des chapitres,, et les lettres capitales sont enluminées.
Au bas du folio 4o5, ver^o, est écrit d*unc main postérieure au manuscrit : Ce livre donna messire Tanguy du Chastel à Jehan sire de DervaL On lit encore au verso d'un feuillet devélin blanc qui termine le volume, ces mots, d'une écriture qui pa- roît plus récente que celle des précédents: -d^.Aai/Zf et puissant seigneur Monseigneur de Derval appartient cest livre.
Ce volume qui contient la première partie tout entière de l'histoire de Froissart, est d'un assez beau caractère,, très bien conservé et passablement cor-
lvii| PRÉFACE.
reci J'ai cependant remarqué que dans la derntere moitié le copiste s'est quelquefois permis d'abréger le récit de l'kistorien.
N.* 8333. Manuscrit de Béthune, aujpurd'huîs du roi; même écriture, même reliure, mêmes orne-- mentSy même format que le N."* 833a dont il est la suite. U contient 309 fofios chiffrés d'une main mo- derne.
Les miniatures y sent plus rares que dans le pre- mier volume, et ne sont pas de meilleur goût A Ik suite de la première qui est divisée en quatre ta- bleaux, on lit ce titre :Cy commence le se gond volume des nouvelles guerres de France e€ ^Angleterre, iTEscocê, de Bretaigne, dEspai- gne, d^Ytalie, de Flandres et dAlemaigne; et premièrement comment le sire de Langurant fut nm^rez à mort; et comment le capitaine et la garnison de Bouttes^iUefu desconjite et le chas- tel rendu François.
Ce second volume ne commence qu'au 28.^ cha- pitre de l'édition de Sauvage, page 3g; et fimt à l'a- vant dernier chapitre , page 287; il n^a cependant point été mutilé: on voit que les omissions ont été faites exprès. Elles sont d'autisint phis fâcheuses que ce manuscrit est un des plus anciens et des plus cor- rects que nous ayons du second livre de Froissa rt
On lit au folio 209 après ces mots : Cj^Jine le se- cond voluîne des cronicjues Froissart, ceux-d qu'on trouve pareillement à la fin du N,'* 833a .•
PRÉFACÉ lix
Ce livre donna messire Tanguy dk Chastel à Jehan sire de Den^àL
N*"^ 8334-35-36.-Manuscrit du roi, parmi ceux de Bethune, trois yc^mes in-folio maroquin rouge » écriture de kt fin du XY/ siècle ou du commence- ment du XYI.*^ sur papier, à deux colonnes.
Ces trois volumes comprennent le premier yolu-^ me de Froissart : ils étoient faits pour être reliés en on seul tome, puisqu'on a été obligé , pour les divi- ser en trois, de couper un chapitre dont le commen*- cernent se trouve à b. fin d'un volune^. et la fin au* commencement du suivant On trouve à la tête du premier volume et à la fin du troisième la signature- originale de M. Balesdens de T Académie Françoise,, à qui ils ont appartenu : cequisemble indiquer qu'ils. ne formoient alors qu'un seul volume
Au reste ce manuscrit est un des moins précieux de la riche collection du roi : il paroît être une copie assez incorrecte da manuscrit N.P 83 17 ; on y re- trouve du moins la plupart des longueurs que j'ai remarquées dans ce manuscriL
N/'^ 8337-8338. Ces deux volumes qui contien- nent le second livre de Froissart sont la suite des N.o» 8334-35-36, auxquels ils ressemblent pour le formai, la reliure, le caractère, etc; et l'on y ren- contre à peu près les mêmes Séfauts»
La signature de IKL Balesdens se voit pareille- ment à la tête du N.o 8337 ^* ^ '^^ ^^ ^" ^-^ ^^^®'
N.<"8334et suivants jusqu'à 834ît. Manuscrit de
Ix PRÉFACE.
la bibliothèque du roi^ parmi cemc de Béthune^iiaif volumes in-folio reliés en maroquin rotigé, écriture de la fin du XY.* siècle, sur papier , à deux colonnes.
Ces neuf volumes comprennent les quatre volu- mes du Froissart de Sauvage^ savoir, les N®». 8334- 35 et 36 le premier volume, les N***. 8337 ®* ^^ ^^ ^®" oond, les N%. 8339 et 4o le troisième, lequel finit dans ce manuscrit comme dans celui du N^ 8338, lés Nm. 834i 6t42 le quatrième volume avec la préfsLce et l'addition qui se trouvent dans le manus- crit N^ 8329- .
Ces volumes auroient pu être reliés; en quatre, et Fétoient probablement autrefois; puisqu'on voit au commencement et ^ à la fin des volumes qui répon- dent à ceux deTédition de Sauvage, la signature originale de M.Balesdens de l'Académie Françoise, à qui ces manuscrits ont appartenu. Pour les relier ^a neuf volumes il a fallu quelquefois couper un chapitre dont lei commencement est à la fin d'un volume et la fin au commencement du volume sui- vant.
A la fin du volume N^ 834 1 > on lit: En ce pré- sent quart volume de rness^. Jehan Froissart a quatorze vins seisefeuiUets , histoire (j^fàst^-^iTe y miniature ) une.
Le dernier vplume,^o. 8343'> a des fautes grosr-
sièreç.
N"". 8343. Manuscrit de la bibliothèque du roi , in-foUo relié en bois couvert de veau tout usé^ écri-
K
PRÉFACE. lx\
iute delà fin du XY^ siècle , très menue et mal for- mée.
Il contient 3a4 folios chiffrés d'une main mo* derne: les titres des chapitres sont en rouge»
On lit sur un feuillet de vélin en dedans de la couverture, ces mots d'une écriture de la fin du XVP. siècle, Ce ZfVre est à Morts, de Tournon sei- gijeur de Beauchastel, etc.
Le titre est: Ç/ commencent les cronigues quejist sire Jehan Froissart^ lesquelles parlent des nouvelles guerres de France, d^ Angleterre, et d'Espaigne, et de Bretaigne, et sont divisées en quatre parties dont le premier chapitre fait mention de la cause pourquojr elles sont faites.
On ne voit cependant aucune division de livres dans ce manuscrit^ apparemment que le copiste avoit compté marquer cette division dans quelques unes des places qui sont restées vides, et qui sem* blent destinées à recevoir des titres et des minia* tures.
Le folio 3i5 n'est point écrit j néanmoins il n'y a pas de lacune en cet endroit
Ce manuscrit qui contient le premier volume en- tier de Froissart, est fait avec très peu de soin ,Ia plu- part des nom3 propres j sont étrangement défiguréjs: il paroît être une copie incorrecte du manascrit 8332.
Colbert N^ i5; du roi 8343. Manuscrit de Colbert , in-folio maroquin ronge , écriture du
i
Ixij PRÉFACE.
milieu du XV^ siècle sur vélin, à deux colonnes: il «st composé de 38g feuillets ^ dont agS sont coté&
Ce manuscrit qui contient le premier ycdume de Froissart, est orné d'un assez grand nombre de mi>« matures de mauvais goût: La première est divisée en quatre parties comme celle du N^ 63a4 et repré» sente le même sujet
Le titre est le même que celui du N^ 83 17.
Sur une des feuilles de parchemia qu^on a lais^ sées en blanc à la tête du volumfe > on lit ces mots , d'une écriture un peu postérieure à celle du manus- crit: Deux mectres que les Pers de France en- vojrèrent au roy Édouart d^ Angleterre auicmps <jfu^il querelloit la France.
Credo tegnotum qui cupis eue âuotum Suùoeduntmaret huic régna, non muUerei,
Au folio sg verso, à côté de ces mois ^ et en oste^ PCM la roy ne d Angleterre , on trouve à la marge ceux-ci d^une écriture un peu moins ancienne: ilsne Postèrent onques car onques rien fut en poS'^ session, ne droit n!y avoit
Ce manuscrit très bien écrit et bien conservé est tellement conforme aux N*». 83i7 «t 832g qu'on ne sauroit douter qu'ils n'aient été copiés 'sur le même orignal.
Colbert, N^ 16; du roi 8342. Le caractère, les ornements, le format, la reliure de ce volume ne diffèrent en rien du manuscrit N^ 8343 dont il est la suite.
PRÉFACE. Ixnj
Après la première miniature qai est divisée en ^quatre tableaux , on lit ce titre: Cy commence ie second volurné des croniques sire Jehan i^roissmrt, qui parlent des noui^eUes guerres der France y dJngleterrey dltaUe , d^Espaigne et ^Allemaigne. De la chevauchée que le duc ^Argoujist contre les Jtnglois ou pais de Bour^ ^delojrs.
On voit -par la fin de ce titre que le manuscrit Commence au même endroit que l^imprimé de Sau- vage et qu'il fournit tous les chapitres omis dans les deux N^'. précédents, mais il finit comme eux aux lettresde pacification accordées par le duc de Bour^ ^ogne aux Gantois.
Le chapitre qui termine le second livre de Frois* sart dans l'édition de Sauvage commence Iç troisiè*- «ne dans t^e manuscrit: il est séparé du second par une colonne et demie qu'on a laissée en blanc , et n'est précédé d'aucun titre.
Toute la partie du troisième livre contenue dans ^e volume paroit être d'une autre main que le se- cond livre, elle finit par ces mots : Ainsi se dé-- partit le voyage de mer en celle saison , qui cousta au royaume de France C. M. francs XXX Jfbis; ce qui répond à peu près à la fin du chapitre 44 de Sauvage, page i3g.
Le second livre contient 220 feuillets non cotés; et la partie du troisième dont on vient de parler en contient 128.
I
hif^ PRÉFACE.
Oolbert, N^ 169; du roi , 8343. Bibliothè<}u« G)lberty manuscrit iu-folio relié en veau, écriture du XY^* siècle à deux colonnes sur vélin, contenant x64 folios non chiffrés.
il renferme le premier Volume du Froissart de Sauvage jusqu'au chapitre i53 , à la mort de Phi- lippe de Valois, à Foccasionde laquelle on lit ces mots dans le manuscrit. En ce mesrne an, le 28 jour d'août trespassa Philippe roi de France à Nogent le rojr^ Van de son dge 5^ et de son règne 23, et fut enterré à St. Denjs emprès la Rejrne Jehanne jadis s apr entière femme. Anirnœeorum et alioruni fideliumomnium requiescunt inpaceé Après quoi on lit: Cjr finissent les croniques des faits du rojr Phil. de Valois et d autres Princes et Barons de Frances compillées par maistre Jehan Froissart, oii sont comprins mains de faits et histoires d'Engleterre.
Ensuite est une généalogie des rois de France depuis Pharamond , qui remplit les folios 72 et 78*
Suit une table des chapitres précédents, qui con- tinue jusques vers le milieu de la première colonne de la page 76, où recommence immédiatement une. autre table des chapitres qui suivront, et dont le defnier est le commencement du règoe de Char- les VI. Cette seconde table s'étend jusqu'au folio a8 inclusivement
Au folio 83, reprend la chronique de Froissart depuis l'avènement du roi Jean au trône jusqu^'à sa
PRÉFACE. IxT
mort, qui se voit au folio i38 recto et qui répond au chapitre 219, page ^65 du Froissart de Sauvage. Au verso du même folio i38, on liij Ç/JÎtw la croni- que du roi Jehan fils du roi Philippe de Valois* ApHes quoi sont écrits vingt deux espèces de versets prophétiques sur la désolation de la France par les Anglois, entr^autres, celui-ci.
Anno milleno CCCC\ (sic^ XXIX decimd sep tirnd mensisjulii tota Gallia Gallo tedet et inca^ pite leonis coronabitur.Vms toujours dans la même page : Cj commence V histoire du rojr Charles le Quint fils du rojrJehan^ comment lui et la royne Jehanne sa femme furent sacrés.
Le chapitre 218 du Froissart de Sauvage presque entier et les suivants jusqu'au 2^3, étant omis dans le manuscrit, on lit au folio iSg le couronnement de Charles V, tel qu'il se voit à la tête du chapitre îi23 de l'édition de Sauvage, et au folio 160, verso la mort du même Charles V, conformément au cha- pitre 58, page 98 du second volume du Froissart de Sauvage.
Le folio 161 commence par le couronnement de Charles VI.
Nota, On a de la peine à reconnoître Froissart dans ce manuscrit Ce n'est qu'un très petit abrégé de cet historien, dont il omet souvent dix et douze chapitres entiers.
N*' 926 aliàs 9661. Manuscrit du roi, petit in- folio sur vélin à deu:?: colonnes, couvert de veau , et
e
Ixviij PRÉFACE.
feuillets qui sont en vélin : il contient 3^6 feuillets cotés.
Ce manuscrit renferme le troisième volume du
Froissart de Sauvage, jusqu'à ces molSj à grands
frais y despens et y qui se trouvent à la ligne 52,
page 321, chapitre 120 de l'édition de Sauvage. Le
reste a sans doute été perdu.
L'examen que )'ai fait de quelques noms de lieux^ dans ce manuscrit au commencement du chapitre 4, page 8 du troisième volume de l'édition de Sau- vage, me persuade qu'il est meilleur que les N."*" 16 et 232 de Colbert
N.* 232. Manuscrit, bibliothèque Colbert, in-folio relié en t ois et veau, écriture du XVI.*" siècle sur papier, à deux colonnes, noncoté.
On lit à la tête ces mots que je crois être de l'é- criture de M. Baluze. Le commencement de ce liseré est environ la 3.*» et dernière partie du 2«. voL de Froissart ez liçres imprimés fol, 182 P. 2.« et au 38.* chap, de ce dit vol. commence le 3.^ voL imprimé qui est ici continué jusqu^au foL 129 du dit 3.« voL imprimé y qui est en\^iron la moitié diceluLOnyoit plusieurs avertissements ou renvois semblables écrits de la même main sur les marges du manuscrit
Ce manuscrit commence par une table des cha- pitres, ensuite de laquelle on trouve le commence- ment du troisième volume du Froissart de Sauvage, jusqu'à ces mots qui terminent celui de Sauvage,
PREFACE. hÎT
De toutes les parties^ après lesquels on trouve encore dans le manuscrit ces autres mots : Mais au jour que je clojr celivre je ne Va^oie pas; si m'en convient souffrir y et aussi s^il plaist à mon très cher et honoré seigneur monseigS le CM Guide B lois à laquelle response,(^ sic ^ pour requeste) et plaisance f ai travaillé à ceste nohle et haute histoire j il me dira et je y entendrai^ et de tou- tes choses advenues depuis le tiers livres clos je m'en informerajr voulentiers. ExpliciL
Nota, Je ne sais si les avertissements qui sont à la tête et aux marges du manuscrit, comme je Pai déjà dit, ont été faits sur quelque édition différente de Sauvage, de Lyon chez de Tourne : mais ils ne se rapportent pas à cette édition que j'ai comparée.
Ce manuscrit contient une moitié plusde feuillets que l'édition de Sauvage n'a de pages.
Notice d'un manuscrit des chroniques d'Angle- terre (crues de Froissart)^ ^ur papier, écriture du XV.« siècle, un volume in-^folio, couvert de ve- lours verd, nom coté, lequel mcinuscrit a été com- muniqué à M. Sainte-Palaje par M. Maliudel, médecin.
Ce manuscrit est divisé eiï six Uvresyà la tête de chacun desquels est une figure en caniaïeu. Il est sans titre et commence ainsi: Adfin que sachiez la cause pourquoi ne à quel titre les guerres de France eneommencèrent , preinièremenù je le vous dirajr et raconterajr en hrief Vérité est
hx PREFACE.
que It bon Roy Edouard de Carhavenan fadù Rojr d^ Angleterre et père du noble Roy Edouard de M^indesore^ comme il u esté dkt ou VI. eC darrain livre dul.^ voL de ceste eus^re présente' eut épousé Isabelle de France fille du beau Rojr Philippe ^ui en son vissant estoit une des belles dames du monde. Ces derniers jxigtset tout ce qui se lit jusqu^àla seconde colonne de la deux.iè- me page à moult de gens, est la m^eme chose que dans rédition de Sauvage , volume j , chapitre 3t depuis 3a ligne ftd jusqu'à la ligne 5a.
Oa lit emsuite dans le manuscrit : Au temp$ que eeste croisiee$toit en sigrandfi^urde renommée^ •te. ce qui se reixouve à peu près dans les même» termes au commencesient du dg."" chapitre du pr^^ Hiier volume de l'édition de Sauvage, page 36. £u cet endroit le manuscrit ^ Timprimé de Sauvage- eosnmencentà être conformes, ce qui continue ainsi ^squ^à la cinquième ligne de la page 4^9 ^^ ^î^ iieu du chapitpe 3^6 du premier Yoli^medeFéditiQn de Sauvage, àces motsrjDe/ez m.adG.me sa femme ^ m finit le manuscrit. Mais s'ils sont conformes pour la suite- des événements, ils ne le sont pas pour la manière dont ils soBt rendus^ le manuscrit n'étant souveiit qu'un abrégé très succinct où beaucoup de faits «qui se trouvent dans Fédition de Sauvage sont supprimés. J'ai encore aperçu haaoacoup de fautes^ <îah$ ce qui a été €(msçrvé «du texte de Fjrolssart U f A souvent des mots oul^kés et <Jes phrases tron^
PRÉFACE. Uxj
q^ées, quifd'im sens irès clair quePxx'igtiialprésente, font uu Béas très obscur^ et quelquefois n'çn font pœnt du tout La diviâon des chapitres est aussi tfès différente^ et toute cettç histoire qui se trouve renferma dans le premier Folumiie de Sauvage est divisée dans le manuscrit en six livres, et parois- sent faire suite d'un premier volume divisé pareille- ment en six livres. Au reste, des six livres de ce manuscrit le premier finit à la page i x6 de l'impri- mé ; le second, à la tête duquel est une miniature qui paroît r présenter un bal, peut-être pour célébrer la fête de l'iustitution de Tordre de la Jarreti^e, racontée dans le premier chapitre qui suit, com- mence à ces mots : Eh ce temps, et finit à ceux-ci: Pe la vUle de Culais, etc. page i55. A la même page co«9imeaioe le troisième qui finit à ioes mots.vTW que vous eUmr pftge 227. Le quatrième commence aux mots qui les suivent Le cinquième commence à ceux-ci: Qi/.an4le papeUrbain, eta page agS, Le sixième, à la tête duquel on voit une miniature grossière qui représente la reine Philippe d'Ai^le- terre au lit de U xsaont et le roi son mari debout au- près d'elle, comiuence au chapitre 272, page 375 de l'imprimé, et finit à la page 4^6» ^ ^^ mots: De l^z madame sa femme.
Je n'ai yu dans aucun manuscrit cette division 4e hvres^ et enoore moins ce qui est supposé partout dans celui-Gi,.qu'ily en av^sit six aulnes pnécédents dans lesquels^ étoit divisé un pr^emier volum^e^cai'
hxij PRÉFACE.
on y lit à la fin du premier livre: Cyfine le i.**" IWre de ce 2.* vol, des cronicques dEngleterre et par conséquent le 7.' des quatre volumesparciaux; et ainsi à proportion à la fin des autres. On voit au reste par ces derniers mots que ce manuscrit faisoit partie de quatre volumes des mêmes chroniques. On lit à la fin du manuscrit: Cjr fine le a.*» vol d'En- gleterre^sur quoi j'observe que lenom de Froissart ne s'y trouve nulle part
P. S. J'ai reconnu, après avoir fait cette notice, que ce manuscrit est le même que Denys Sauvage avoit eu en communication de M. De La Chaux , qu'il donne comme étant un abrégé de la Chronique de Froissart, et dont il fait un grand détail à la tête de son édition de cet historien et dans ses annota- tions sur le premier livre. Il n'y a aucun des carac- tères par , lesquels il désigne ce manuscrit que je n'aie retrouvés dans celui-ci , à l'exception de ce qu^il dit de la premièie feuille qui par 01 1 avoir été perdue.
Je ne sais si ces chroniques d'Angleterre ne fe- roientpas partie de celles manuscriteBdont Godefroy cite le chapitre 19 du troisième livre du quatrième volume, dan s ses annotations sur l'histoire de Char- les VI , page 5*93 , et dont il dit que l'auteur est Jehan de Vuaurin chevalier du pays d'Artois, qui vivoit du temps des ducs de Bourgogne Jean , Philippe le Bon et Charles le Téméraire; ou si ce sont les chro- niques manuscrites dont il parle dans le même
.1
PRÉFACE. kxiij
ouvrage, pages 665 et 666, comme ayant été com- posées par Jehan seigneur de Forestel qui fut pré- sent à la bataille d^Azincourt et d'après lequel il rapporte le récit de cette bataille qui se donna en i4i5. Je n'ai pu comparer aucun des passages qu'il en cite, parce qu'ils ne sont point dans la partie de
cette chronique que renferme le volume que j'exa-
« mine.
Colbert, N.® 169; du roi, 8343. (abrégé.) Ma- nuscrit de Colbert, in-folio relié en veau, écriture du XV.e siècle finissant, très bien formée, à deux colonnes, sur vélin, contenant i64 folios non diif- fi'és. Les titres des chapitres sont en lettres rouges, et les capitales en or sur ùii fond de couleur. Le manuscrit commence ainsi: Comment le Prologue sire JehanFroissart commencesur ces présentes croniques d Angleterre etc.
Il est divisé en trois parties : la première finit à la mort de Philippe de Valois, Cette partie est séparée de la seconde par une généalogie des rois de France depuis Pharamond jusqu^à Charles VI inclusive- ment, et par une table des chapitres tant de la pre- mière partie que des deux suivantes. La seconde contient le règne entier du roi Jean. Après ces mots : Cjrfine les croniques du roj Jehan fils du roj Philippe de Valoys^ on trouve vingt deux espèces de versets prophétiques sur la désolation de la France pfir les Anglois. Ensuite commence la troisième partie qui renferme le règne de Charles V,
kxiy PRÉFACE.
et fiait au courooiiement de Charles YI. Elle est terminée par un abrégé des différents traités d'al- liance faits entre Charles Y et les Écossois, et les Castillans et les principaux seigneurs d'Aquitaine soulevés coQitre le prince de Galles, à l'occasion d'un fouage qu'il avoit voulu imposer sur leurs terres.
Ce manuscrit est un très court abrégé d'une par* tie de l'hisUHre de Froissart» où l'on a quelquefois omis diKou douse cbapitres de suite et considérable^ ment élagué la jdupart des autres. On a d'ailleurs substitifté assez souvent à 6oa récit celui des chro- niqueurs contemporains et surtout des chroni- queurs de St-Denis^ de sorte que dans beaucoup d'endix)ite on ^ercheroit en vain à reconnoître Froîssart; et particutièirement depuis le comoi^nc^ meut du règne du roi Jean jusqu'à la fin de l'ou- vrage.
ïï.o 2444^ an roi, 9657. {abrégé.) Bibliothèque Colbert, in-'4*' ï'elié en bois et en veau, écriture de la fin duXY. siècle, sur papier, non coté.
On Ht sur la première feuille en blanc : Cest pré- sent li^re appartient àmessire Anthoine Boyer chevalier baron de St-Curgin.
Au folio suivant est une préface del'abréviateur^ ou, après avoir ditqu'il suit Froissart chapitre â chapitre yil a|oiiite : Et pour ce gue iceluiM. Jehan Froissart iia point f ml de table à son i^. Uvre et par La table fies Usures ben peut savoir legière-
PRÉFACE. ittr
merd la mjatièré de quoi Vert i^eut lire j je me suis avisé de dwiser icelui i^. Iwre en 167 chapitres.
Le second livre contient 1 55 chapitres; le troi- «ièm^ 1 1 5 j le quatrième 8a.
« Ce manuscrit est un abrégé succinct, maiiiasseaL exact de ITiisfloire «utière de Froissait
Il me reste maintenant k rendre compte d'une innovatioii matérielle, cpie j'ai cru indispensable d'introduire dans le texte des mannsorits de Frois» sart. La langue Françoise étoit bien loin d'avoir des règles fixes dau« le XIY." siècle 5 les désinences des veines, le» genres des noms varioient sans cesse sa- km le goût de l'écrivain on les facilités de l'euphonia L'ortbographe étoit plus incertaine encore que la langue. Quelques anteurs suivment dans FortbiK graphe qu'ils adoptoient l'analogie de f éty mologifeç d'autres celle de la prononciation : tantôt même ils suivoient towrà tour Fune ou l'autre, de sorte que Je même mot étoit écrit daws le même ouvrage de cinq ou six manières difierentes selon les exigeances de Feuphonie^de la prononciation, de l'étymologie ou de la routine. Ainsi par exemple an trouve U écrivit^ orthographié: esoripsit^ e^ripsi^ scripsit, icripsi^ escripvit^ escrip^i ^ escrwit ^ escrivt, ecr^i^ écrivis idic,IlJityQV\A\o^v^f\\\é:fi^fit^feity fist^feisty il fut <xÛ\^iK^^kè\fu yfut ^ fust y feut y feusty ii put y orthographié: pu^ put^ pust,peuty pot; il ewsf^orthQgraphié : ot^ usty ust, eust, eut; U prit, orthographié: ^r/, priêyfNrky prist, preit^
hxv] PRÉFACE.
preist, printy pria, prinst; le mot prouesse est écrit tour-à-tour : prouàsce , proesce, pruesce, pruece , proesce , proece , proesse j prouesse , prouece; le mot besogne est écrit: besoigne, be- songne, besiongne, etc.
Par ignorance ou par système les copistes ajou- toient encore à cette confusion. Au désordre des auteurs et des copistes du même pays et du même temps, il faut en ajouter un autre. JXon-seulement la prononciation varioit dans les provinces et deve- noit plus ou moins dure ou plus ou moins douce selon la proximité de la Flandre et de l'Allemagne > ou de l'Espagne et de l'Italie j mais elle prenoit une nouvelle forme avec les progrès toujours croissants de la sociabilité, de sorte que l'orthographe d'un dfemi-siècle n'étoit plus celle du demi-siècle suivant. Qu'oq se figure donc le mélange bizarre introduit dans les manuscrits, même d'un seul auteur, copiés par des hommes qui, à ces différences de leur propre système d'orthographe, ont ajouté celles qui prove- noient de la province qu'ils habitoient et de l'épo- que où ils vivoient
Dans un tel état de choses, si j'avois eu à repro- duire l'ouvrage d'un auteur, dont le style fut tout à fait classique, ou si j'avois eu pour but d'éclâîrcir uniquement l'histoire de la langue, j'aurois dû faire choix du manuscrit le plus ancien connu, ou copié sur le manuscrit le plus ancien et qui reproduisit le plus fidèlement l'intention de l'auteur, et je devrois
PREFACE. kxvij
le donner tel qu'il est en me gardant bi^n d'y inter- caler quelque morceau, qui, bien que plus complet et appartenant évidemment- au même auteur, fut cependant tiré d'un manuscrit copié par une autre main, dans une autre province, ou à une autre époque. Alors quelques variations que les mots eussent pu subir, je les représenterois toutes fidè- lement à la place qu'elles occupent dans le modèle, et je me garderois bien de changer même une vir gule, un accent ou une apostrophe, dut-elle éclair- cir le sens, de semblables corrections devant être placées en note. Yoici quelles auroient été mes oblu gâtions : elles sont , d'une autre nature dans l'ouvrage que je publie.
Ici mon but n'étoit pas de faire connoitre au pu- blic les mots, mais bien les faits. Je devois donc choisir ceux des manuscrits qui me sembloient les plus complets, fussent-ils même moins anciens. Il est arrivé quelquefois qu'un manuscrit plus récent étoit copié fidèlement pour les faits sur un manus- crit plus ancien que tous ceux que j'avois pu me procurer, mais que le copiste avoit changé l'ortho- graphe primitive pour la remplacer par la sienne. Que devois-je faire alors ? Falloit-il laisser des faits précieux, parce que quelques lettres auroient été déplacées dans un mot j falloit-il conserver respectu- eusement les changements introduits parles copis- tes souvent les plus ignorants, ou devois-je prendre sur moi une responsabilité qu'ils n'a voient pas craint
bxviij PRÉFACE.
de prendref eux-mêmes ? Dans Froissart, par exem- ple,* chaque livre est copié sur un manuscrit diffé- rent^ dans chaque livre se trouvent des variantes substituées à des leçons évidemment mauvaises. Or tous ces manuscrits ont leur orthographe propre. Quelques-uns sont de la fin du XIY.* siècle j d'autres du commencement, du milieu, ou de la fin du XV*. siècle. Il est évident qu'en les reproduisant fidèle^ ment, * Jaurois trompé le lecteur sur l'orthographe du temps de Froissart, qui a considérablement été
altérée par chacun.
Il y a encore une considération nouvelle à pré- senter. La laïque Françoise ancienne offre déjà d'assez nombreuses difficultés pour la masse des lecteurs j ce désordre d'orthographe les multipliera encore et l'étude de l'histoire sera remplacée par l'étude de la grammaire. Arrêté à chaque pas le lecteur ne songera plus à lier les faits entre eux et â en dériver les conséquences; il ne se laissera pas aller à l'intérêt du sujet j il ne sera point entraîné par la vivacité du narrateur. Le récit d'une action criminelle ne provoquera plus aussi fortement notre indignation , distraits que nous en sommes par l'em- barras de retrouver un mot sous la forme ortho- graphique qui le déguise; le récit d'une belle action éveillera moins notre sympathie, parce que nous songerons moins au fait en lui-même qu'aux mots qui le représentent
J'ai crti devoir prendre, dans l'intérêt du lec-
PRÉFACE. hxix
lenr, un parti décisif. Trois difficultés principales se présentent dans la lecture des anciens livres j la construction des phrases qui constitue le caractère particulier de l'écrivain j les mots inusités ou vieillis qui contribuent à la naïveté de son style et qui, lorsqu'ils ne sont pas trop multipliés, éveillent Fat- tention au lieu de la lasser j et l'orthographe qui rend quelquefois méconnoissables les mots qui nous sont les plus familiers.
Je ne me suis jamais permis de changer en rien la construction des phrases, c'eut été altérer l'idiome national: c'eut été réciire les chroniques. Quand les phrases paroissent peu claires, ce qui se présente fort rarement, une fois ou deux par volume peut- être, j'en présente l'explication au bas de la page.
Les mots inusités ou vieillis sont le cachet dis- tinctif et inséparable du siyle de chaque auteur, jamais je n'ai remplacé un mot par un autre : tous les mots anciensontété scrupuleusement conservés, comme ils devr<>ient l'être plus souvent dans notre langue appauvrie plus qu'enrichie à cet égard par les siècles suivants. Afin qu'aucun de ces mots n'ar- rêtât le lecteur, j'ai mis entre parenthèses à côté du mot difficile, le mot moderne qui lui corres- pond le mieux ^ en renvoyant cette explicatiqn au bas de la page, j'aurois fatigué l'attention du lecteur occupé à le chercher et ces explications grammati- cales se seroient d'ailleurs trouvées mêlées d'une manière gênante avec l'explication des faits histo-
kxx PRÉFACE.
riques etdes éclaircissements utiles, que )'ai cru de- voir donner en note.
Quant à l'orthographe , j'en distingue deux espè- ces j l'orthographe de construction et l'orthographe littérale: la première régit le rapport des mots entre eux et fait prendre tel temps à un verbe, tel genre à un adjectif^ selon la position de chacune de ces parties du discours. J'ai laissé également subsister cette orthographe avec ces irrégularités, attendu qu'elle n'empêche nullement de comprendre et qu'elle ne fait que donner au style un certain air d'étrangeté plus piquant que pénible.
J'ai réservé pour l'orthographe littérale toutes les libertés que j'avois à prendre. Là j'ai bravé toutes les accusations de la critique. Dût l'académie en corps me censurer, je persiste à croire que j'ai bien fait : le public prononcera. Qu'importe en effet au lecteur que reçu s'écrive receu ou reçu , que prouesse s'écrive prouesce ou prouece, que spé- cialement s'écrive espècialemeiit ou espéciam- ment : cela change-t-il rien à la grâce et à la naïveté du style, et le changement littéral que je me suis peiPmis de faire n'offre-tr-il pas une absurdité moins choquante que si j'avois laissé subsister ces varia- tions de Forthographe des manuscrits copiés par différents hommes dans différents pays et à diffé- rentes époques. Mais me dit-on, cela ôte l'illusion de l'antiquité. Imprimez donc en lettres gothiques avec des majuscules en lettres dorées, pour laisser
PRÉFACE. hxxj
subsister l'odeur de Pantiquité. Mais si vous con- sentez à laisser imprimer sur beau papier des Vosges, en caractères modernes, avec des chiffres modernes et sans majuscules coloriées, pourquoi ne faites-vous pas un pas de plus pour arriver à ce qui est raison- nable et à ce qui convient à tout le monde.
Si Ton m'objecte quUl est utile de conserver les traces de Tétymologie et de considérer par quelle filiation les mots ont passé pour nous arriver dans Pétat où ils se trouvent, je répondrai que ceux qui veulent étudier sdentifiquement Tétjmologie des langues, doivent consulter lesm/inuscrits eux-mêmes selon leur antiquité connue, que rien ne peut rem- placer pour eux ce travail consdentieux et qu^ils ne doiveiit jamais compter assex sur Fautorité d^une autre personne pour se croire dispensés d^observer par eux-mêmes. D'ailleurs pour éviter même un re- proche à cet égard , j'ai eu le soin de laisser le mot tel qu'il étoit écrit les premières fois qu'il se pré* sente et de le reproduire ainsi de temps à autre, à des intervalles suffisants pour ne pas fatiguer l'at- tention.
J'ai long-temps hésité à me décider sur le parti que j'ai pris; j'ai fait recomposer trois fois les dix premières feuilles de ce volume d'une manière dif- férente, afin d'é^dte^ tout reproche raisonnable. Je dois dire que M. Dacier n'étoit pas de mon avis et qu'il avoit laissé subsister dans son texte de Frois- sart l'orthographe telle qu'il Jl'avoit trouvée dans
kuij PRÉFACE.
chacun des manuscrits qu'il avoit employés; mais quelqu'importance qu'ait à mes yeux Topinion d'un homme aussi distingué, j^ai persisté dans mon sys- tème. Je prie seulement les nombreux critiques qui me condamneront de se demander, avant de me blâmer, s'ils ont jamais remarqué que l'orthographe de Molière et de Racine étoit bien loin d'être la même que celle qu'on nous donne aujourd'hui dans les belles éditions qu'ils sont les premiers à vanter. Pour consoler ces gens, scrupuleux , je leur dirai que s'ils tiennent tant à cette rigoureuse représen- tation des manuscrits, je conserve les copies origi- nales des manuscrits de Froissart, dont je me suis servi et que si le gouvernement désire en avoir une édition in-folio pour la joindre au recueil des his- toriens de France, je suis tout prêt à lui offrir pour cet ouvrage tous les travaux qui sont en ma pos- session.
•
CHRONIQUES
DE JEAN F RO ISS ART
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kVi<v«A
PROLOGUE.
Ci CbMMEHCEWT LfeS ChUOKIQU^ES QtlÊ FIT ^«AltRE J|iAl*
FrOISSAUT) qui î»Â.RfeBNT DES NOUVELLES GUERRES
DE Framce et d'Angleterre, uîe Bretagne, dEt cossE ET d'Espagne, lesquelles sont divisées en ^Vatre parties.
Afin <jue honorables emprises et liobles aventures et faits d'armes, lesquelles sont avenues par les guer- res de France et d'Angleterre soient notablement régistrées et mises en mémoire perpétuëUe, par quoi les preux aient exemple d^eux encouragea en bien faisant, je veux traiter et recorder histoire et matière de grand'louange.
Mais ains (avant) que je la commence, je requiers au Sauveur de tout le monde, qui de néant créa tou- tes choses, qu'il veuille créer et mettre en moi sens et entendement si vertueux que ce livre que j'ai com- mencé, je le puisse continuer et persévérer en telle manière que tous ceux et celles qui le liront, verront et orront (entendront)^ puissent prendre ébatement et plaisance, et je encheoir (tomber) en leur grâce.
On dit, et voir (vrai) est,que tout édifice est ouvré et maçonné l'une pierre après l'autre, et toutes gros-' ses rivières sont faites et rassemblées de plusieurs l*uisseaux et fontaines : aussi les sciences sonX extrai- tes et compilées de plusieurs clercs, et ce que l'un
FROISSART. T. I* . I
a PROLOGUE.
sait, Fautre ne sait mie (pas); non pour quand nexk n^est qui ne soit su ou loin ou près.
Donc ainsi, pour atteindre et yenirà la matière que j'ai emprise de commencer premièrementpar la grâce de Dieu et de la Bénoite Vierge Marie, dont tout confort et avancement viennent, je me veux fonder et ordonner sur les vraies chroniques jadis faites et rassemblées par vénérable homme et discret seigneur monseigneur Jean le Bel ^'\ chanoine de Saint Lam- bert de Liège, qui grand'cure et toute bonne dili- gence mit en cette matière, et la continua tout son vivant au plus justement qu'il pût, et moult (beau- coup) lui coûta à acquerre (acquérir) et à l'avoii. Mais quelques frais qu'il y eut ne fit; rien ne les plaignit, car il étoit riche et puissant^ si les pouvoit bien por- ter; et de S(H même étoit large, honorable et courtois, et qui volontiers voyoit le sien dépendre (dépenser). Aussi, il fut en son vivant moult ami et secret (con- fident) à très noble et douté (redouté) seigneur mon- seigneur Jean de Hainaut ^*^ qui bien est ramenteu (célébré), et de raison, en ce livre; car de plusieurs et belles avenues il en fut chef et cause, et des rois moult prochain. Par quoi le dessus dit messire Jean le Bel put de-lez (près)lui voir et connoître plusieurs besognes lesquelles sont contenues en suivant.
Voir (vrai) est que je, qui ai empris ce livre à or-
(i) Voyez dans la yie de J. Frolssart l'article rektifk Jean le Bel.
(i) La maison de Hainaut d'alors descendoit de celle d^Ayesnes; Jean étoit frère cadet de Guillaume I«% dit le Bon, comte de Hainaut, et avoit eu en partage les seigneurîes de Beaumoat, de Valenciemies et de Coudé. Il mourut le 1 1 mars i356. ( Hist, généaf, de la mais, de Fr. T. a. P. 783. ) J. D.
PROLOGUE, 3
clomier^àî, par plaisance quitoudis (toujours) itfà à ce iûditié, fréquenté plusieurs nobles et grands sei- gneurs, ta At en France comMeen Angleterre, en Ecosse, en Bretagne et en autres pajs,€t ai eu là con- noissance d'eux, si ai toujours à mon pouvoir enquis «t demandé du fait des guêtres justetneutetdesaven- tures qui en soùt avenues, et par spécial depuis la ^ossel>ataille de Poitiers ^'\ où le goble toi* Jean de France fut pris, car devant ce j^étois eiicore moult jeune de sens et d'âge; et ce nonobstant si empris-je assez hardiment, moi issu dePécole, àrimer et à dic- ter les guerres dessus dites et pour porter le livre en Angleterre tout compilé, si comme je fis, et le pré- sentai adonc à très haute et très noble dame ma- dame Philippe de Hainaut ^'^ reine d'Angleterre, qui liement et doucement le reçut de moi et m'en fit grand profit.
Or peut-être que ce livre n'est mie (pas) examiné
f i) J'^ai entre les mains un manuscrit de Froissart en tète duquel on lit: « Ci comme icc it Jes cbro liquesde France et d'Angleterre commen- »cées par discrète personne mt>ns. Jehan le Bel, chanoine de S* -Lam- «bertde IXé^^et continuées jusques à la batail/e de Poitiers^ etaiprèrïw- » rent parfaites et compilées par vénérable homme mons. Jean Frois- » sarf, » Jecrus d** abord ayjir trouve la chronique originale de Jean le Bel, à cause de Tambiguité du titre; mais en comparant ce manuscrit k ceux de Froîssart, je trouvai une identité parfaite eatreux. Ce quori^ en doit seulement conclure, c^est que jusqu'à Tépoque de la bataille de PoiUerSyFroissart a travaillé d'après les manuscrits de Jean le Bel,etque depuis cette époque il a raconté les faits tels qu'il les avoit recueillis lui- même. Ce titre au reste a beaucoup d'analogie avec celui d'un manus- crit de Froissart qui se trouvoit dana la biblilotliéque du prince de Soubiseetsur lequel on trouvera quelques renseignement» dans la préface qui est en tête de ceUe édition de Froissart. J. A. B.
fa) E'ie étoit fille de Guillaume !«'. comte de Hainaut et nièce de Jean doiil il est parlé ci-dessus {Note i.) J. D.
I*
4 ^ROLOGut;.
ni ordonné si justement que telle chose le requieftji car faits d'armes qui si chèrement sont comparés (achetés) doivent être donnés et loyalement dépar- tis à ceux qui par prouesse y travaillent Donc, pour moi acquitter envers tous, ainsi que droit est, j'ai em- prise cette histoire à poursuir( poursuivre) sur Vor- donnance et fondation devant dits ^'\ à la prière et requête -d'un mien cher seigneur et maître, monsei- gneur Robert de Namur, seigneur de Beaufort ^'^, à qui je veux devoir amour et obéissance 5 et Dieu me laist (laisse) faire chose qui lui puisse plaire !
(i) On croit communément (pie nous ayons les 34 premières années dePhistoire 4^ Froîssart depuis i3!i6 jusqu^en i36o, telles quelles présenta à la reine cTAligleterre. CPest Topiniou de M^* > de )a Curile de S*^. Paiaye, dans ses mémoires, sur ia vie et Jes ouTrages dé Froissart* ( Mèm. de VÂcad, des belles lettres, T. lo. P. 634 et T. 8. P. 5 ^4 et suiw. ) Mais cette opinion parolt inconciliable ayec ce que dit ici Thistorien : » Que Pouvrage offert par lui k la reine Philippe de Hainaut n^est peut^ » être pas examiné ni wdonné si justement tpte telle chose le reqiùert, et » qu^ ainsi, pour s"" acquitter •envers -totu, il a entrppris cette liistoire sut » Vordowiance etfondation devant dits {Les clironiques de Jean le Bel) ^ <( k la prière de Robert de Namur. » Ainsi Froissart vouloil corriger dans cette nouyelle histoire les erreurs et les omissions qu?il ayoit remar- quées dans celle qu^il composa pour la reine Philippe de Hainaut Ellles diffèrent donc Tune de P autre. Il auroit' été Curieux de pouvoir les comparer; mais la première histoire n^existe plus, ou du moins elle a échappé aux recherches que nous ayons faites pour la recouvrer. Au reste, la perte de cette production d^un auteur âgé d^ environ vingt ans et qui étoit encore, comme il ledit lui-même, moult jeune de sens et d'â- ge, doit excîfer peu de regrets, pmsquon ne saur oit douter qu^lVait transporté dans le récit qui nous reste, tout ce qu'ail j ayoit de bon dans l'autre. J. D.
fa) Il étoit issu des comtes de Flandre de la maison deDampieiTe, et possédait les seigneuries de Beaufort sur Meuse et de Kenais. Il mou- rut sans posténté légitime, le i S «oCit i^i»[ Hist, généal, delà maïs, W<? Fr. T. a. P. 748.) r. D.
V
LES
CHROINIQUES
DE
JEAN FROISSART.
k'\/«>% V^^-VWW^VVk-W^ >^WW«^/k^%/W^/VX^«^
LIVRE PREMIER.
CHAPITRE PREMIER.
L.I s ENSUIVENT LES KOMS DES PLUS PREUX DE CETTE
HISTOIRE.
xouR tons^ nobles cœurs encourager et eux montrer exemple en matière d^honneur, je, Jean Froissart, commence à parler , après la relation de monseigneur Jean le Bel, jadis chanoine de Saînt-Lambert de Liège, etdis ainsi que plusieurs gens nobles etin»no» blés ont parlé par maintes fois des guerres de France et d'Angleterre quï pas justement n'en savoient ou sauroientà dire, si requis et examinés en étoient, comment ni pourquoi ni par quelle raison elles vin* reni^ mais on voici la droite vraie fondation de la matière. Et pour ce que je n'y veux mettre ni ôter, oublier ni corrompre, jii abréger histoire en rien par défaut de langage, mais la veux multiplier et ac- croître ce que je pourrai, vous veux de point en point jiarler et montrer toutes les aventures , depuis la na-
6 LES CHKONrQUES
tivitédunoBIeroîÉdouardd^ Angleterre ^quisipuîff-- samment a régné. Et tant y sont avenues d'aventur es: notables et périlleuses, ettant de batailles adressées^ et d'autres faits d'armes et de grands prouesses puis (depuis^l'an de grâce mcccxxvi , que le gentil roi fut couronné en Angleterre ^^\ que il et tous ceux qui ont été avec lui en ces batailles et heureuses aven- tures, ou avec ses gens, là où il n'a mie (pas) été en propre personne, si comme vous pourrez ouïr ci- après, doivent bien être tenus et réputés pour preux ^ combien qu'il y en ait grand' foison d'îceux qui doi- vent et peuvent laenêtreteBuspour souverains preux eiitre les autres, et devant tous autres, si comme le "•propre corps du gentil roi dessus dit, le prince de Galles sonfils ^^\ le duc de Lancastre ^^? , messire Ré- gna ult de Cobham, messire Gautier de Mauny en Hainaut, messire Jean Ç^andos, messire Franke de Halle j et plusieurs autres quisera9ient&vront (seront céliébrés) pour le Uén et la prouesse d^eux dedansce livre ijG^i^ par to(i^tes.les batailles où ils ont été^ils ont eU; r^n/c^iV3i4e di^s mi^q^ &isanjts p^xterre Qtpa^cmer,,
(i) E(k)uardIII Jcmt Hest question ici naqtiit Te iSnoveiiibre i3i3^ ïi ufoit dç ]a.famiJ(e des PJantagi^iiet d^Anjoiv J. A,B..
(2) Il y.a erreur dans cette date ..Edouard III débarquabien en Angle- terre avec sa mère Isabefle, fiUe de Bhilippele Bel, roi de France, te 1^ »4pten]br& t3a6, mais son couuanpemeqt n^ eut lieu que dans Tannée suivant^» La déposjlfiû^ dç feoii père Édcjuard II est du i^ jan^r i327^ J.A.B.
(3} C'est celui qui fut surnommé le Prince noir^J^ A ^ B^
(4) Jean deGjEtnd, coi|ite de-Rleiimpot, duc de Lancastre^ tr^sié^ie frère duPrir^ce nwr, tijwe du rameau de Lancastre si fameux dans Pliis- toirc d^Angkterre sous le nom de Rose Rouge^ Son fils Henri IV ob- tiaftia couGOBite a^x d^)€ns de Bicbard II fils du Prince noiVv.T. A» B.
DE JEAN FROISSART. 7
et s'y sont montrés si vaillamment qu'on les doit bien tenir pour souverains preux. Mais pour ce n'en doi- vent mie (pas) les autres, qui avec eux ont été, pis
valoir.
Aussi en France a «le trouvée bonne chevalerie, roidei forte, apperte (experte) et grand'foison j car ïe royaume de France ne fut oncques si déconfit qu'on n'y trouvât bien toujours à (avec) qui combattre: et fut le noble roi Philippe de Valois ^'^très hardi etba- ehelereux (vaiIlant)chevalier,etleroi Jean son fils^*^ Charles roi de Bohême ^'^, le comte d'Alençon^*\ le comte de Foix ^^\ messire Jean de Saîntré^^\ mes- sîre Arnoul d'Audeneham ^^\ messire Boucicaut ^*\ messire Guichart d'Angles, monseigneur de Beau- jeu le père et le fils ^^^ ^ et plusieurs autres que je ne
(i) Philippe VI. J. A.. B.
(a) Jean dit le bon qui mourut prisonnier en Angleterre. J. A B.
(3) Froissart dit Behaigne^Cha. appeloit ainsi autrefois la Bohême» Le prince dont il s^agit se nommoit Jean et non Charles^ Cest le fameux Jean de Luxembourg, roi de Boh^me^ tué k la bataille de Crécy. J. D.
(4) Charles, comte d'AJençon, frère du roi Philippe de Valois. J. D.
(5) Ou ignore si Froissart Teut parler de Gaston II ou de son fils Gaston Phœbus, si célèbre par sa magnificence, qui vivoienf tous les deux k cette époque. ( Hist, de la mais.de Fr,T, 3. P. 348 et 349. ) J.D.
(6) Çfijlean de Saiotré étoit sénéchal d^ Anjou et du M aine, et lieute- nant du sire de Craon sous lequel il commandoit 3o hommes d*armes> ^Cabinet désordre dit St, Esprit, Voyez aussi la préface du roman du Petit Jean de Saintré, ) J. D.
(7) Maréchal de Fraace. ( Voyez, son article dans V Hiêt,. de la mais c£ejPr.T.4.P.75i4J.D:
(8) Jean leMeingre, dit Boucicaut,^ niaréehal de Frioce. (/^£i/. K* 753.) J.D.
(9) Edouard, sire de Beaujeu et de Dombes, maréchal de France; et Guichard, sOii fils, issus des comtes de Fore*. ( 'Hi*'. de la mais^ de /'XT.4.P.733.^ J..D.
8 LES CHRONIQUES
puis mie (pas) maintenant tous»nammer et qui bien seront en temps et lieu ramenteus (céléhrés)j car pour vérité dire et soutenir, on doit bien tenir pour assez preux tous ceux qui en si crueuses (cruelles) batailles et si périlleuses ont été vus et sont demeu- rés jusques à la déconfiture, suffisammentfaisantleur
devoir.
CHAPITRE II.
Cl COMMERCE A PARLER DU ROI ÉdOUARD d'AwGLETERRE
ET DE l'opinion DES AnGLOIS.
pREmÈREMENT, pour micux wtrçr en la matière de honorable et plaisante histoire du noble roi Edouard d'Angleterre qui fut couronné à Londres Tan de grâce Mcccxxvi, le jour de Noël ^'\ au vivant du roi son père et de la reine sa mère, cerlainechose estque Fopinion des Angloîs communément est telle, et on l'a souvent vu avenir en Angleterre puis (depuis) le temps du gentil roi Artus ^'^ que, entre deux vaillans
(i) Oa a dëjh vn plus haut que cette date ^eit iœxaote. SmTant m
mémorandum publié .dans les actes de Ryracr. (r/i-f. Za Hf^ye '7^»
1740 j etc. T. 9. Part, 2. Page 17a*), Edouard HI fut couronne en 1 3^7 le
dimanche d' après la fétc de la conversion de St. Paul, qui ëtoit le di-
Hl^nche aSjanyi^. Ainsi le dimanche cpii le suivit fut le 1^% février;.
Dans la nouvelle édition //i*f*. dépare âe vérifier les dates^ cette càrë-
mouie est mal K propos placée au 3 février. J^ D.
(a) G^est lofameux AitSur de ktahie ronde si célébré depuis par les romanciers. Geofiirojr de Mortmoutli a complètement défiguré la vi& çIq ce pçtit souverain dans sa fabuleuse histoire.. Les triades galloises le.
DE JEAN FROISSART. 9
rois d'Angleterre, a toudis (toujours) eit un moins suffisant de sens et de prouesse; et assez apparent est par le roi Edouard dont je parlois maintenant Car voir (vrai) est que son tayon (ajeul) cju'on appela le
monirent ce qu'il ëtoit yéritabtement^ Arthur, fils d*ITthur suivant
les uns, de Meirig ap Tewdrig suivant les autres, Txvoit k la ^n an ciiio
quième et au commencement du sixième siècle» Il devint en 5io souve*
rain d'une des trente petites républiques substituées aux trente cU
tés romaines dans la Grande Bretagne. Ses possessions se trouvoient
9ur la cote métiidiouale de T Angleterre dans l'ancieime province des
Silures ,' et aVépoqne de rin^yasiou des Saxons, il paroit que, comme
son père, il fut nommé en 517 Pen-Teyrn ( premier chef), dignité qui
lui donnoit une espèce de suprématie sur tous les autres chefs alliés'
D'après Mjrddhin, Taliesîn, Lljrwarcb-béa et les autres bardes gal->
lois, il fiit constamment en guerre avec quelques chefs bretons d'un
cÀté, et les envahisseurs Saxons d'un autre. Après avoir été forcé de
permettre au Saxon Cerdic qui étoit débarqué en 49^, de former enfin,
en 53o» un établissement fixe dans les comtés de Soutbampton et de
Sommerset qui composèrent depuis le royaume de Wessex (Saxe occi-
dentale), Arthur périt obscurément en 54^, dans une guerre domesti-
que contre son neveu Médrawd qui avoit. séduit sa femme Gwenhyfar,
Blessé à mort dans une bataille qu'il livi:a contre Médrawd k Caerleon,
sur la côte de Gornouailles, il fiit transporte par les soins de Morgan
sa parente dans l'île de Glastonbury, dont elle étoit propriétaire. Sa
mort resta loog-temps secrète par suite de Tétat de division dans lequel
se trouvoit la Grande Bretagne entière. Il fut aisé de faire croire au peu^
pie opprimé par les Saxons, qu'Arthur n'avottété éloigné du monde que
par un art magique, et que t6t ou tard il reviendroit |>our faire tribm*
pher les Gymry (Gallois). Cette opinion qui fiattoit l'orgueil d'une nt«
tlou malheureuse se soutint pendant plusiieurs siècles, malgré la haine
qu'Arthur paroît avoir iuspfrée par s» cruauté pendant sa vie. En 1 189,
époque où les romans ayoient agrandi sa renommée, on fit dans P ab-
baye de Glastonbnrj, des recherches pour retrouver son corps et oa
trouva en efiet ses restes dans un cercueil de chêne- creusé, avec cette
inscription, dont les caractères paroissoieut être du temps d'Artliur.
<i Hïcjacet sepuàus Incfytus rex Arthuruif, in insulâ AvaUonià^[\ojt%
CxmAea^Britanma; Archœologie de GaUçs,T^j^ et T. a. Camkrian /îe*
gister. P., Si3, Sharon TurneriSfli<<. des Angio^Saxona^T, i. P. a6i.)
Î,A,B.
lO LES CaiRONlQUES
bon roi Edouard ^'^ fut moult Taillant, sage et E»rdi prud^homme, et entreprenant ^et bien fortuné en fait de guerre , et eut moult à faire contre ks Ëcossois ^^^ ^ et les conquit trois fois ou quatre; et ne purent oncques les Ëcossois avoir victoire ni durée contre lui. Et quand il fut trépassé, son fils ^'^ de son pre- mier mariage, qui fut père au gentil roi Edouard ^^^y fut couronné après lui, qui point ne le ressembla de sens ni de prouesse jainçois (mais) gouverna et main- tint son rojaume moult sauvagement par le conseU Jautrui; donc puis (depuis) il lui meschey (arriva mal) moult laidement, si comme vous pourrez ouïr ci-après, s'il vous plait Car assez tôt après ce qu'il fut couronné, le roi Robert Bruce ^^ qui étoit roi d'Ecosse, qui avoit tant et si souvent donné à faire- au bon roi Edouard dessus dit qu'on tenoit pour moult preux , reconquit toute Ecosse et la bonne cité de Berwick avec^^^, et ardit (brûla) et gâta grand' partie du royaume d'Angleterre quatre journées ou
(i) Edouard I<^..de la laaîsond^Anjou-Pla&tagenet, surnommé amc
longues jambes^ fils d'Henri III et petit-fils de Jean-Sans-Terre. J.D.
(2) Froissart dit souvent les Escots du mot an|;lois Scots^ les Ecos- jSois.J. A.B.
(3) Edouard II surnommé de Caernarvor-T. B..
(4) Edouard III dont il est question dan» cette histoire J. D.
(5) C'est celui quifîil roi d'Ecosse sous le titre de Robert I«'^.Il étoit fils de Robent Bruce comte d'^Anandaie et de Cleyelànd et compéti- teur de J. Baliol. J» A^ B»^
. (6) La yille de Berwick conquise par Edouard l*^, dont les forces s'é- toieut réunies b. celles du obmte d'AnftudaJe,père de Bc^ert I***, fut reprise plus tard .par Bobert Bruee, roi d'Ecosse son fils^ Majs il J » dans le texte de Froi,ssart inversion dans l'ordre dos dates; la. prise de BerwidL fut postérieure k celle de Stirling. J. A. B.
DE JEAN PROIS8AKT. "
cinq dedans le pays par deux fois, et déconfit celai roiettous Icsbarons d'Angleterre en u» lieu enÉcosse qu'on dit Stkling ^*^ par bataille rangée et arrêtée,- et dura la chasse de cette déconfiture par deux jours et par deux nuits j et s'en affuit (fuit) le roi d'Ain gtetcrre à (avec) moult peu de ses gens jusques à Londres, mais poujT ce que ce n'est mie (pas) de no- tre matière, je m'en tairai atant.
bV*^'V%<^^«'*(%^'W»'
CHAPITRE III.
Comment le père au roi Edouard fut marié a
LA FILLE DU BEAU ROI PhILIPPE DE FrAUCE.
Ce ROI qui fut père à ce gentil roi Edouard avoit deux frères de remariage ^^^ desquels l'un étoit ap- pelé le comte marescauoc (maréchal) et étoit de moult sauvage et diverse manière; l'autre avoit nom messire Edme et étoit comte de Kent: moult étoit
(i) C'est près de cette rUXe que se livrable a5 juin i3i4, la bataille
sanglante et djécisiv;e connue sous le oom de bataille de n^npocJEr Bum
du nom du ruisseau [Burn en Écossois) qui coule en CQt uidroit Cette
bataiUe fut, comice je irieqs^ete dire, anl^ieure kla reprise de BcprviicL*
Froissait appelle Stirling, Bstirmelm.J,Â,B,
(a) Edouard H éloit fils d'Edouard I«^ et d'Éléonore de Castille. Ses deux frères de remariage , c'est-k-dire du second lit, ëtoient fils du même Edouard I»""» et de Marguerite de Frai ce. L'ainë, appelé Tho- mas, fut comte de Norfolk et grand^maréefaal d'ADgleterre, d'où lui vint le nom de Comte Maresvaux ovi Comte Maréchal qoe lui donne Frois« sart; le seco^nd cofmmé Aymes ou plutôt Edme ou Edmond fut comte de Kent. (Imhoff, Geneal. regum etpariumMag. Britan.in/^,^»- rimbergœ, 1690. Tabula 6. ) J. P.
la LES CHRONIQUES
celui prud^hoinme,doux et débonnaire, et bien aimé des bonnes gens. Ce roi étoit marié à la fille du beau roi Philippe de France ^'^ qui étoit un^ des plus bel- les dames du monde. Il eut de cette dame deux fils et deux filles, desquels fils, le premier est le gen- til et le preux roi Edouard d*Angleterre de qui cette histoire est commencée; l'autre eut nom Jean d^EU iham et mourut assez jeune. I/aînée fille eut nom Isabelle ^*^et fut mariée au jeune roi David roi d'E- cosse ^^ fils au roi Robert Bruce, et lui fut donnée en mariage en jeunesse par l'accord des deux royau- mes d'Angleterre et d'Ecosse et par paix faisant L'autre fille ^^^ fut mariée au comte Regnault deGuelr dres, qui puis fut appelé duc de Gueldres, et eut de cette dame deux fils, Regnault et Edouard, qui puis l'égnèrent en grand'puissance contre leurs ennemis.
(i) PhiHppe IV dit U Bel J. B5.
(a) Tous les historiens et les généalogistes anglois U nommeoXJearme^ ( Imhoff. Ibid^ ) J. n.
(3) David II qui fut gardé prisoimier par Edouard III, sonheau frère , pendant dix. ans k la tour de Londres , et, après la mort dUsabelle^ épousa plus tard, lorsquMl fut remonté surie tr6ne»la fille d^un cbeyalier ëcossois.Da?idII mourut en i370,]aissajitsa succession kRobertStuart son nereu. Il existe enCbre des descendans de David dont le chef tftt lord Elgin actuel. J. A . B. '
(4^) Elle se nommoit ÂHénor» ( Imboff, etc.) J. D,
DE JEAN FROISSART. t3
^^VX^%^%iV*
CHAPITRE IV-
Pour quelle àghoison (occasion) la guerre mu'T
ENTRE LE ROI DE ¥^iiAllG£ ET LE ROI d'ÀngLETERRE.
Or» dit le conte, que le beau roîPhilippe de France eut trois fils avec cette belle fille Isabelle qui fut ma- riée en Angleterre au roi Edouard dont j^ai parlé ci- dessus, et furent ces trois fils moult beaux, desquels Faîne eut nom Louis, qui fut au vivant de son père, roi de Navarre et Fappelpit-on le roi Hutiii. Le se- cond né eut nom Philippe le Long; et le tiers eut nom Charles, et furent toustrois roisde France après la mort du roi Philippe leur père, par droite suc- cession l'un après Vautre, sans avoir hoir (héritier) mâle de leur corps engendré parvoie de mariage ^'K Si que, après la mort du dernier roi Charles, les douze pairs, et les barons de Frs^nce ne donnèrent point le royaume à la sœur qui étoit reine d'Angle- terre, pourtant qu'ils vouloient dire et maintenir, et encore veulent, que le royaume de France est bien
(i) Voici quel fut Tordre dé .succession.
PhiKppe III le Hardi monte sur le trône en 1270.
Philippe IVditle Bel en i285.
Louis X le Hutin — i3i4
PhiJîppe V le Long — i3i6 ^ fils de Philippe IV.
Charles IV le Bel— iBaa Isabelle mère d'Edouard III ctoit fille de Philippe IV, et Philippe de Valois étoit petit fils de Philippe par Charles de Valois frère de PI ilippc l V« Louiè X avoit laisse une fille nommée Jeanne qui vivoit encore k Tépoque de la mort de Charles VI en i3a8. J. \. B.
}
i4 LES CHRONIQUES
si noble qu'il ne doit mie (pas) aller à femelle, ni par conséquent au roi d'Angleterre son ains-né (aîné) fils. Car, ainsi comme ils veulent dire, le fils de la femme ne peut avoir droit ni succession de par sa mère là où sa mèren^y a point de droit: si que, par ces raisons, les douze pairs et les barons de France donnèrent de leur commun accord le royaume de France à monseigneur Philippe, fils jadis à monsei- gneur Charles de Valois, frère jadis de ce beau roi Philippe dessus dit, et en ôtèrent la reine d'Angle- terre et son fils qui étoit hoir mâle et fils de la sœur du dernier roi Charles.
Ainsi allale dit royaume horsde la droite ligne, ce semble à moult de gens; parquoi grands guerres en sont nées et venues, et grand'destruction de gens et de pays au royaume de France et ailleurs, si comme vous pourrez ouïr ci-après ; car c'est la vraie fonda- tion de cette histoirepour raconter les grands entre- prises et les grands faits d'armes quiavenus eu sonl: ' car puis (depuis) le temps du bon roi Charlemagne, qui fut empereur d'Allemagne et roi de France, n'a- vinrent si grands aventures de guerre au royaume de France ^'^ qu'elles sont avenues pour ce fait-ci, ainsi que vous orrez (entendrez) au livre, mais (pour- vu) que j'aye temps et loisir du faire et vous du lire. Or me veux re traire (borner) à la droite matière commencée et taire de cette tant que temps et lieu viendront que j'en devrai parler.
(i) La fin dece chapitre est omise dans les ë:}itions gotlii<p^as et dans
celle de SauTage. J. D.
J
DE JEAN FROISSART. i5
CHAPITRE V.
COMMENl" GRAWB'dISSEWTION MtJT ENTRE LES BARONS
d'Angleterre et messire Hugh Spenser.
0^5 raconte Thistoire, queoe roi d'Angleterre père à ce gentil roi Edouard sur qui notre matière est fon- dée gouverna moult diversement son royaume et fit moult de diverses merveilles en son pajs par le con- seil etPennort (conseil) d'un mauvais chevalier que on dit monseigneur Hugh Spenser ^'^ qui avoit été nourri avec lui d'enfance. Et avoit tant fait celui mes- sire Hugh que il et messire Hugh son père étoient les plusgrandsbaronsd'Angleterre"^*^commederi,chessc, et étoient toujours les plus grands maîtres du conseil du roi et vouloient maistrier (dominer) et surmonter touslesautres hauts baronsd'Angleterre;paren vie de quoi et pourquoi avinrent puis (depuis) ce di(jour) au pays et à eux mêmes moult de maux et de tour- mens. Cai" après la grand' déconfiture de Stirling, là où le roi Robert Bruce roi d'Ecosse, déconfit ce roi d'Angleterre et tous ses barons, si comme vous avez ouï ci devant, grand'envie et grand murmure mon- teplia (se multiplia) au pays d'Angleterre entre les
(i) Froissart emploie la traduction frauçoise du mot Spenser et l'ap- pelle Huon le Despensier ou VEspemier, Hugh Spenser «voit succédé k Pierre Gavest^n dans la faveur d'Edouard. S, A. B.
(a) Tout ce membre de phrase jusqu'aux mots, par envie, manque dans les imprimés.
i€ LES CHRONiQUïS
nobles barons et le conseil du roi, mêmement encoit» tre Hugh Spenser; et lui mettoient sue que par son conseil ils avoientété déconfits, et que pourtant (at* tendu) que il étoit favorable au roi d'Ecosse ilavoit tant conseillé et tenu le roi d'Angleterre en négligeû'* ce, que les Ëoossois ayoient reconquis la bonne cité de Berwicket ars (incendié) quatre journées ou cinq par deux fois dedans leur pajs, et au dernier eux tous détruits et déconfits. Et sur ce les dits barons eurent ensemble plusieurs fois parlement pour aviser qu'ils en pourroient faire, desquels le comte Thomas de Lancastre qui étoit oncle du roi ^'^ étoit le plus grand et le principal Or, se peyçut le dit messire Hugh Spencer de cette œuvre et que ou murmu- roit sur lui et sur son afïaire. Si se douta trop fort que mal ne l'en prit, si y pourvey (pourvut) tantôt de remède moult félonncux.
%«w%<v%^<v^%^»%.'W».%^»v»^»wv»^^v%/»^ ^
CHAPITRE VI.
Comment plusieurs barons d'Angleterre furent
DÉdOLÉS, ET COMMENT LA REINE ET SON FILS s'eN AFFUIRENT EN FrANCÉ.
J.L qui étoit si bien du roi et si prochain Comme il vouloit, et plus cru tout seul que tout le monde, s'en vint au roi et lui dit que ces seigneurs avoient fait al- liance encontre lui et qu'ils le mettroient hors de son
(i) Froissart se tr-ompe: Thomas de Lancastre rfëtoit point fils âe HeTwi ni, ma» son petit fils, par Edmond frère d'Edouard I^r, H n'é- loit donc que cousin germain d'Edouard II. (Imhoff, Tab. 5.^^ J. D.
(f5^5) DE JEAN FROISSÂAT. t^
royaume s^il ne s'en gardoitf et tant fit par son en- nortement (conseil) et son subtil malice et engin (artifice) que le roi fit à un jour prendre tous ces sei- gneurs à un parlement où ils étoient assemblés ^'^ et en fitdécoler sans délai et sans connoissance de cause jusques à vingt deux des plus grands barons, et tout premier le comte Thomas de Lancastre qui moult étoit bon homme et saint et fit depuis assez de beaux miracles au Heu où il fut décolé. Pour lequel fait le dit messireHugh acquit grand'haine de tout le pays et spécialement de la reine d'Angleterre et du comte de Kent qui étoit frère au dit roi d'Angleterre.
Encojre ne cessa point atant (alors) le dit messire Hugh de ennorter (exhorter) le roi de mal faire: car quand il aperçut qu'il étoit mal de la reine et du comtedeKent,ilmitsigrand discord entre le roi et la reine , par son malice , que le roi ne vouloit point voir la reine, ni venir en lieu où elle fut, et dura ce discord assez longuement Et adonc fut que on dit à la reine et au comte de Kent tout secrètement, pour les pé- rils éloigner où ils étoient, qu'il leur pourroit bien mésa venir prochainement, si ^Is ne se gardoient; car le dit messire Hugh leur pourchassoit grand des- tourbier (dommage).
(i) Le comte cle liancastre fat arrête n<tti dans m paflemeiit comme
le dit Froîssart, mais les armes k la main. Il fut pfris et trente cinq sei^
gneu« ayec lui, le ié mars i32a,k Bmr^ , et Cotidnit an cMteau de
Pomfret o& il fut jugé par une cour martiale, et eut la tête tranchée
le a3 mars de la même année* Hosieurs de ses co-accusés furent mis à
mort en divers Kenx. (Walsingfaam, P* 94. Rymer, T. a. Paft a. P. 39 et
nnV.Rap. Thoir. T. 3. P. 117 « suiu,) J. D.
FROISSART. T* t. ^
1
1 8 LES CHRONIQUES ( 1 5^5
Adonc ^'^ quand la reine et le dit comte de Kent ouïrent ces nouvelles , si se doutèrent (ils conçurent des craiates), car ils sentôient le roi hâtif et de di^ Terse manière et mauvaise condition et leur ennemi si bien de lui comme il vouloit : si s'avisa la dame qu^elle se partiroit tout coyement (secrètement) et vuideroit le royaume d'Angleterre €t s'en viendroit en France voir le roi Charles son frère, qui encore vivoit,et lui conteroit ses mésaises et emmèneroit son jeune fils Edouard aveclui voir leroi son oncle. Ainsi la dame se pourvey (pourvut) sagementet prit voie dé venir en pèlerinage à Saint Thomas de Canterburyet elle s'en vintàWinchelsea,et là de nuitentraenunenef appa-
(i) Cet article jusqu^k Talinëa suivant est fort abrégé dans les impri- més. Mais sHl est plus étendu dans les manuscrits, il n^est guères plus exact: k peine y trouye-t-on un seul fait qui soit véritable, excepté Tar- rivée d^IsabeUe en France, il e&t faux i°. qu^elle se soit enfuie d^ Angle- terre sous prétexte d'un pèlerinage à St. Tbomas de Canterbury. Elle passa en France du consentenient de son mari pour négocier la paix entre les deux royaumes: il paroit même que ce fut la cour de France qui proposa le voyage, suivant une lettre d^Édouard II au pape, en date du 8 mars iSaS. (Rymer, T. 2. Part. 2. P. i32.) 2**. La reine n'emmena point avec elle le jeune Edouard son fils. Elle négocia si heureusement en France qu'elle fit conclure un traité en date du 3i mai i325 (Rymer» Ibid^V, 13^), par lequel Edouard devoit venir rendre hommage k Char- les-le-Bel dans un terme très court. Mais Spenser T ayant détourné de faire le voyage, il céda k son fils le comté de Pontbieu et la Guienne et le fît partir le 12 septembre de la même année pour porter au roi de France l' hommage de ces seigneuries. (Rymer, /A/W. P. 143.) 3**. Isabelle ne fut point accompagnée par le comte de Kent et par Roger de Mortimer : le premier étoiten France dès le commencement de. l'année ^i324 (Ry- mçr,2W. P. 102. ) y le second s'étoit échappé di^ la tour de Londres, oùil.étoit détenu prisonnier, vers la fin de juillet ou les-premlers jours d'août 1323*, et avoit quitté l'Angtet^rre jpeiur passer en FriOEicse, au
plus tard le 14 novembre de la même année; ( Rym^, Ihidi. P. ^x , 8», 86, ctc.)LD.
(iSiS) DE JEAN FROISSART. tg
reilléepour luietson fils etlecomte Ajmon de Kent, et messire Roger de Mortimerj et en une autre nef mirent leurs pourvéances (provisions) et eurent vent à souhait et furent lendemain devant Prime ^'^ au havre de Boulogne.
Quand la reine Isabelle fut arrivée à Boulogne, ainsi comme vous oïez , et son fils , et le comte de Kent son serourge (beau-frère), le capitaine de la ville et Fabbé et les bourgeois vinrent contre li (elle) et la recueillirent moult liement ^joyeusement), et la me- nèrent en la ville et la logèrent en l'abbaye ^'^ et toute sa route (suite) j et y fut deux jours. Au tiers jour elle s'en partit et se mit à voie et tant chemina par ses journées que elle s'en vint à Paris. Le roi Charles
(t) Fioissart a généralen^ent adopté pour la désignatioii des heures de lajoiirnée la méthode de division ecclésiastique de Prime, Tierce, None et Vêpres, Prime répond k la sixième heure du matin, cest la pre^ mîére de la journée. Tierce parait marquer le temps intermédiaire entre ]e matin et Fheure de midi qu^il exprime on par le mot miâtou par celui de None, Ensuite yieut Vêpres ovl la Véprèe après laquelle il compte en- core le minuit. Quelquefois il ajoute k ces diverses divisions les épithétes de basse ou de luaae» Il dit encore k tauhe crevant pour signifier que Taube dn jour ne fait «pie commencer a poindre; au «ofec//«<con» sont ou esconsant pour exprimer le coucher du soleil; à la relevée poui' le temps qui suit Theurc de midi ; à la remontée^ qui semble sjnonime Asbla Vêprée^wxs le soir, le temps auquel le jour approche de son déclin* [Voyez La Cumede S.tePalaye, Mémoires swFroissart*)J. A.B.
(a) L'église de Notre-Dame de Boulogne, après avoir été lon^-temps gouvernée par un évéque, fut réunie dans le VII." siècle k Pévéché de Thérouenne. Au commencement duXII.^ Eustache III, frère de Gode- froy de Bouillon, à son retour de la terre sainte» fit embrasser la règle, de St. Augustin aux chanoines de cette église qui devînt alors abbatiale. Enfin après la destruction de Thérouenne, elle fut élevée de nouveau k la dignité de ville épiscopale: ce changement arriva Tan x566. (Gallia christiana, T. lo. P. iSag. Hist, de Notre Dame de BouL par Antoine Le Boi, P. a I et suiv,) J. D.
a*
20 LES CHRONIQUES (iS-iS)
son frère qui étoit informé de sa venue envoya con- tre li(elle) des plus grands de son royaume quiadonc étoient de-lez (près) lui, monseigneur Robert d'Ar- tois, monseigneur de Coucy^'^, monseigneur de Sully ^'^ et le seigneur de Roye ^^^ et plusieurs autres qui honorablement l'amenèrent en la cité de Paris et devers le roi de France.
CHAPITRE VII.
Comment le roi de France reçut honorablement sa sœur la reine ©'angleterre ; et comment elle lui conta la cause de sa venue.
OuAND le roi vit sa sœur que grand temps n'avoit vue, et elle dut entrer en sa cbambre, il vint contre elle et la prit par la main et la baisa et dit : « Bien venez mabelle sœur et mon beau neveu »^^\ Lors les prit tous deux et les mena avant La dame qui pas n'avoit trop grand' joie, fors de ce qu'elle se trouvoit de-lez (près) le roi son frère, s' étoit jà voulu age- nouiller par trois ou par quatre fois au pied du roi son frère: mais le roi ne lui soufiroitet la tenoit ton- jours par la main droite, et lui demandoit moult dou- cement de son état et de son affaire j et la dame lui en répondoit très sagement. Et tant furent les paro- les menées qu'elle lui dit: « Monseigneur, ce nous
(i) On ignore s'il veut désigner Gui]]aume de Coucy ou Enguerrand VI son fils, qui vivoient tous les deux alors: ces seigneurs dcCoucy des- ccndoient des comtes de Guines. {Hist, gén, delà mais, de Fr, T. 8. P. 544. 545. ) J. D.
(2) Henri IV, sire de SuIIv, issu de la maison des comtes de Cham- pagne. {IBid, T. a. P. 857 . ) J. D.
(3) Jean II du nom. {lùid, T. 8. P. g.) J. D.
(4) Isabelle n'ayoit point amené son fîls, ainsi qu^on Ta remarqué ci- dessus. J. D.
( I ji5) DE JEAN FROISSART. a i
va, moi et mon fils, votre beau neveu, assez petite- ment; car le roi d'Angleterre mon mari m'a prise en trop grand'haine,et sine sais pourquoi, et tout par Tennortement (conseil) d'un chevalier qm s'appelle Hugh Spenser ^'\ Ce chevalier a tellement attrait monseigneur à soi et à sa volonté que tout ce qu'il veut dire et faire, il es tj et j à ont comparé (éprouvé) plusieurs hauts barons d'Angleterre et seigneurs sa mauvaiseté^'\ car il en fît sur un jour prendre et par le commandement du roi, sans droit et sans cau- se, décoler jusques à vingt deux, et par spécial le bon comte Thomas de Lancastre; de quoi, monsei- gneur , ce fut trop grand dommage , car il étoit prud'- homme et loyal et plein de bon conseil, et n'est nul en Angleterre , tant soit noble ni de grand'affaire qui l?ose courroucer ni dédire de tout ce qu'il veut faire. Avec tout ce il me fut dit en grande spécialité (secret) homme qui cuide (croit) assez savoir des conseils et traités du roi mon mari et du dit Hugh Spenser,
(i) La fin de ce chapitre manque dans les imprimés français et anglais.
• (a) On ayoit employé pour prouver au roi le mécontentement public un moyen fort singulier etqui représente assez bien Tépoque. Un jour qu'ail étoit k dîner dans la salle de Westminster, une femme pénètre k cbeyal dans la salle du festin, elle étoit vêtue comme les ménestrels, et après avoir fait, k leur manière, le tour de la table, elle présente une let- tre auroi, tourna bride et parti t. On blâma les concierges de Pavoir ad- mise, mais ils alléguèrent que le roi n' étoit pas habitué k refuser aux. ménestrels Tentréè de ses fêtes, on alla k sa poursuite et on P attrapa. Elle avouaqu^elle avoitété envoyée par un chevalier. Ce chevalier ques- tionné déclara qu'il avoit employé ce moyen pour démontrer au roi qu'il négligeoit les chevaliers qui avoient servi lui et son père avec tant de fidélité tandis qu'il combloit de ses dons ceux qui n' avoient essuyé aucune fatigue pour lui. (Voy. Trokelove. P. Î9 et 4o\ Ce que les chro- niques du temps reprochent surtout k Edouard c'est de trop négliger SCS nobles pour s'occuper des agriculteurs et des moines. J. A. B.
a a LES CHRONIQUES (i3^5)
que on avoit grand'envie sur moi, et que si je de-
meuroisau pays guères de temps,le roi par mauvaise
et fausse information me feroit mourir ou languir à
(avec) honte. Si ne Pai-je mie desservi (mérité), ni ne
le voudrois faire nullement; car oncques envers lui je ne pensai ni ne fis chose qui fut à reprendre. Et
quand je ouïs (entendis) ces dures nouvelles et si pé- rilleuses sur moi et sans raison, je m'avisai pour le mieux que je partirois d'Angleterre etvous viendrois voir et montrer féalement, comme à mon seigneur et beau frère, Paventure et le péril où j'ai été. Aussi le comte de Kent que la voyez qui est frère du roi mon mari est en autel (semblable) parti de haine comme je suis, et tout par l'émouvement et ennortement (conseil) faux de ce Hugh Spenser. Si m'en suis ci enfuie, comme femme égarée et déconseillée, devers vous pour avoir conseil et confort de ces besognes ; car si Dieu premièrement et vous n'y remédiez, je ne me sais vers qui traire ^'^ (retirer).»
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CHAPITRE VIII.
Comment le noble roi Charles conforta sa soeur ^
ET COMMENT ELLE ACQUIT l'AMITIÉ DE PLUSIEURS GRANDS SEIGNEURS DE FrANCE, QUI LUI PROMIRENT A LA REMENER EN ANGLETERRE.
OuAND le noble roi Charles de France eut ouï sa sœur ainsi lamenter et qui de cœur et en pleurant lui
(i) H est assez vrabemblable quIsabelle se plaignit des Spensers au roi son frère; mais elle ne put lui dire qu'elle s'étoit enfuie d** Angle- terre, puisque Charles-Ie-Bel nepouyoit ignorer qu^elle étoit partie du consentement d'Edouard et munie de pouvoirs pour traiter de la paii^ comme on Ta dit ci -dessus. J. D.
(i3à5) DE JEAN FROISSART. a3
montroit sa besogiie et fK>urquoi elle étoit veaue en France, si en eut grand'pitié et lui dit: « Ma belle sœur,appaisez*yous et tous confortez, car foi que je dois à Dieu et à monseigneur Saint Denis, j'y pour- voirai de remède. ï> Adoncla dame s'agenouilla, vou- lut ou non le roi, tout bas à terre et lui dit: «Mon très cber seigneur et beau frère, Dieu vous enveuille ouïr. » Lors la prit le roi entre ses bras et la mena en une autre chambre plus avant qui étoit toute parée et ordonnée pour lui et pour le jeune Edouard son fils, et là la laissa. Ainsi fut la noble reine d'Angle- terre reçue et bien venue à ce premier jour du rôi Charles de France son frère j et lui fit délivrer le roi par la Chambre aux Deniers tout ce qui à la reine étoit nécessaire pour elle et son état
Depuis ne demeura guères que sur cet état que vous avez ouï, Charles le roi de France assembla plusieurs grands seigneurs et barons du royaume de France pour avoir conseil et bon avis comment on ordonneroit de la besogne de la reine sa sœur, à qui il avoit promis confort et aide et tenir lui vouloit Dont fut ainsi conseillé au roi, et pour le mieux, que il laissât madame sa sœur acquérir et pourchasser amis etconfortans au royaume deFrance et se feignit de cette emprise : car d'émouvoir (exciter) guerre au roi d'Angleterre et de mettre en haine les deux royaumes qui étoient en paix , ce n'étoit pas chose qui fut appartenante^ mais couvertement et secrètement l'aidât et confortât tant d'or que d'argent , car c'est le métal parquoi on acquiert l'amour des gentils hom- mes et des pauvresbacheliers. Ace conseil et avis s*ac-
a4 LES CHRONIQUES ( 1 3»5)
corda le roi et le fit dire aiasi tout coyement (secrè- tement) à la reine d'Angleterre sa sœur par monsei- gneur Robert d'Artois, qui lors étoit Fun des plus grands de France ^'\ Sur ce la bonne reine toute ré- jouie et confortée persévéra et se pourvut d'acqué- rir amis parmi le royaume de France. Les aucuns prioit ; aux autres promettoit ou donnoit or , argent ou joyaux;et tant, qu'ily eutmoult de grands seigneurs et de jeunes chevaliers et écuyers qui tous lui accor- dèrent confort et aide et alliance pour la femener en Angleterre et de force malgré tous ses ennemis, pour l'honneur du roi leur seigneur.
CHAPITRE IX.
Comment les barons d'An&leterre mandèrent se- crètement A LA reine qu'elle s'eN RETOURNAT ELLE ET SON FILS EN ANGLETERRE ATOUT (avEc) MILLE HOMMES d'armes.
Or î^pus parlerons de ce messire Hugh un petit, et assez tôt retournerons et reviendrons à la reine. Quand cil messire Hugh vit qu'il avoit grand'partie fait de ses volontés etmis à destruction lesplusgrands barons d'Angleterre, la reine et son aîné fils déchassé hors d'Angleterre , et qu'il avoit le roi si attrait (attiré) à sa volonté que le roine lui contfedisoit nulle chose qu'il voulut dire ni faire, il qui persévérât en sa grand'mauvaiseté fit depuis tant de bonnes gens jus- ticier et mettre tant de gens à mort sans loi et sans
(i) La fin de ce cliapitre est omise dans les imprimés.
(i5a5) DE JEAN FROISSART. a5
îugement , pourtant (attendu) qnHl les tenoit pour suspects encontre lui^ et fit tant de merveilles par son orgueil, que les barons qui demeurés étoient et le remenant (reste) du pays ne le purent plus por- ter y sans (mais) accordèrent ses ennemis entre eux paisiblement et firent secrètement savoir à la reine leur dame dessus dite, qui avoit sa demeure à Paris •par l'espace de trois ans ^'^ , comme enchâssée et ban- nie du royaume d'Angleterre, si comme vous ayez ouï, si elle pou voit trouver voie ou mus parqnoielle put avoir aucune compagiiiif de gens d'armes de mille armuies de fer ou là environ , et elle voulut ramener son fils au royaume d'Angleterre, ils setrairoient (retireroient) tantôt vers U (elle) et obéiraient à li (elle) comme à leur dame, et à son fils comme à leur seigneur: car ils ne pouvoientplus porter les desrois (cruautés) et les faits que le roi faisoit au pays par le conseil du dit messire Hugh; Ces lettres et ces nouvelles secrètes envoyées d'Angleterre montra la reine au roi Charles son frère , lequel lui répondit adonctout joyeusement: «Mabellesœur, Dieu y ait part 5 de tant valent vos besognes mieux. Or l'em- prenez hardiment et priez de meshommes jusquesàla somme que vos aidants d'Angleterre vous ont signi-
(i) Isabelle ne fit pas tin si long séjour en France; elle y étoit arrivée
au mois de mars i3a5,' et elle étoit retournée en Angleterre avant
le 217 septembre de Tannée suivante i326, date des lettres dEdouard
II dans lesquelles il annonce k ses sujets Parrivée de la reine et de son
fils, qui avec Roger de Mortimer et antres bannis et ennemis de l'An-
gleterre étoient descendus dans son royaume pour l'en chasser. Ainsi
elle ne fut en France quenviron dix-huit mois. (Rymer, T. 2. Part. 2.
P. i3î8. 167, etc.) J.D.
26 LES CHRONIQUES (i3i5)
fiée; je consentirai ce voyage et leur ferai faire déli- vrance d'or et d'argent tant que ils vous serviront volontiers. »
CHAPITRE X.
G>MMEirT ME8SZRE HuGH SpENSER CORROMPIT LE ROI
DE Frange bt tout soir conseil par DOirs> afin
qu'il ne RENVOYAT lui REINE EN ANGLETERRE.
OUR ce la bonne dame avoit jà prié moult de cheva- liers bachelers (vaillans) et aventureux qui lui pro- mettoient que très volontiers ilsiroient;et ordonnoit la dame tout secrètement son affaire et sespourvéan- ces (provisions): mais oncques si secrètement ne le put faire ni écrire aux barons d'Angleterre, que mes- sire Uugh Spenser ne le sut Lors se douta-t-il qup^ par force le roi de France la renvoyât en Angleterre; si s'avisa que par dons il attrairoit si le roi de France et son conseil qu'ils n'auroient aucune volonté de la dame aider ni de Itti porter contraire. Adonc envoya par messages secrets et affaitiés (accoutumés) de ce faire gratid plenté (abondance) d'or et d'argent et joyaux riches, et spécialement devers le roi et son plus privé conseil, et fit tant en bref terme que le roi et tout son conseil furent aussi froids d'aider à la dame comme ils en avoient été en grand désir; et brisa le roi tout ce voyage, et défendit sur peine de perdre (être bannis) le royaume qu'il ne fut nul qui
(î3a5) DE JEAN FROISSART. 27
avec la reine d'Angleterre se mit à voie pour lui ai- der à remettre en Angleterre à main armée ^'\ Dont plusieurs chevaliers et bacheliers du dit royaume en furent moult courroucés et s'émerveillèrent entre eux pourquoi si soudainement le roi avoit fait cette dé- fense, et en murmur oient les aucuns, et dirent bien que or et argent y étoient efforciement (abondam- ment) accourus d'Angleterre et que Français sont trop convoiteux.
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CHAPITRE XL
Comment le koi de FrInce fit dire a sa sqkxtr qu'elle vuidat hors de son rotâxjme.
JjiNcoRE vous dirai-je, si j'ai loisir, de quoi ce mes- sire Hugh Spenser s'avisa quand il vit qu'il n'auroit garde du roi de France ni de ce côté. Pour embellir et fleurir sa mauvaiseté et retraire (rappeler) la reine en Angleterre et remettre en son danger et du roi son mari, il fit le roi d'Angleterre écrire au Saint- Père ^'\en suppliant assez affectueusement qa'il vou- lut écrire et mander au roi Charles de France qu'il lui voulut renvoyer sa femme, car il s'en vouloit ac-
(i) La fin de ce chapitre manque dans les imprimés français et an- glais qui abrègent aussi considérablement le suivant.
(2) Jean XXII occupoit alors le St. Siège. Il s'agit probablement ici des lettres qu'Edouard II lui écrivit le 5 décembre de cette année i3a5, ainsi qn^ plusieurs cardinaux concernant cette affaire. (Kymer, uhi «i//»,Pi48.) J.D.
a8 LES CHRONIQUES . (i5i5)
quitter à Dieu et au monde, et que ce n'étoit pas sa coulpe (faute) qu'elle étoit partie de lui, car il ne lui vouloit que tout amour et bonne loyauté, telle qu'on doit tenir en mariage. Avec ces lettres que le dit mes- sire Hugh fit écrire par le roi d'Angleterre au pape et aux cardinaux, en lui écrivant ainsi comme vous avez ouï, et encore par plusieurs subtiles voies qui ci ne peuvent mie(pas)êtretoutesdécrites,il envoya grand or et grand argent à plusieurs cardinaux et prélats les plus secrets et les plusprochains du pape, et aussi messagers sages et avisés et bien idoines (propres) et taillés de faire ce message, et mena tellement le pape par ses dons et par ses fallaces (fourberies) qu'ils contournèrent du tout la reine d'Angleterre et con- damnèrent en son tort, et mirent le roi d'Angleterre et son conseil à son droit; et escripst (écrivit) le pape parle conseil d'aucuns cardinaux, qui étoient de l'ac- cord du dessusdit Spenser, au roi Charles de France que sur peine d'excommuniement il renvoyât sa sœur la reine Isabelle en Angleterre devers son mari le roi. Ces lettres vues et apportées devers le roi de France et par si spécial messager que par l'évêque de Xain- tes en Poitou ^'^ que le pape y envoyoit en légation, le roi fiit durement ému sur sa sœur et dit qu'il ne la vouloit plus soutenir à l'encontrc de l*église j et fit dire à sa sœur, car jà de grand temps ne parloit-il point à li (elle) , qu'elle vuidât tôt et hâtivement son royaume, ou il l'en feroit vuider à (avec) honte.
(i) Thibaud de Châtillon occupoit alors ce siège. {GalUa Christiana^ T. 2. CoL 1077. ) Four parler exactement, Froissart ^^^^^^ du dire, Saintes eh Saintonge) mais il lui arrive quelquefois d^agrandir une pro- Tince aux dépens des provinces voisines: on en trouvera plusieurs exemples dan« le cours de son histoire. J. D.
( iîi6) DE JEAN FROISSART. ^g
CHAPITRE XII.
Gomment la reine d'Angleterre se partit de wit
SECRETEMENT DE PariS, ELLE ET SA ROUTE (sUITE), POUR PEUR qu'elle NE FUT PRISE DE SON FRERE ET RENVOYÉE EN ANGLETERRE J ET s'eN ALLA EN l'eM- PIRE.
OuAND la reine ouït ces nouvelles , si fut plus dé- conforlée et ébahie que devant, car elle se voyoit entre pieds (embarrassée) et toute arrière du confort et aide que elle cuidoit (croyoit) avoir du roi Charles son frère. Si ne sut que dire ni quel conseil prendre, car jà l'éloignoient ceux de France par le comman- dement du roi et n'aivoit à aucuns conseil ni re- cours fors à son cher cousin messire Robert d'Artois tant seulement Mais cil ( celui-ci ) secrètement la conseilloit et confortoit de ce qu'il pouvoit, et non à vue , car autrement ne l'osoit faire pour le roi qui défense y avoit mise et en quel haine et malivo- lence (malveillance) la reine étoit échue, dont moult lui ennuyoit et savoit bien que par mal et par envie elle étoit ainsi déchassée. Si étoit ce messire^ Robert d'Artois si bien du roi qu'il vouloit , mais il ne lui en osoit parler, car il avoit ouï dire au roi et jurer que, à celui qui lui en parleroit, quelqu'il fut, il lui ôteroit sa terre et le banniroit de son royaume. Si entendit-il secrètement que le roi étoit en volonté de faire prendre sa sœur , son fils, le comte de Kent
3o LES CHRONIQUES (i3q6)
et messire Roger de Mortimer et de eux remettre es mains du roi d'Angleterre et du dit Spenser j et ainsi le vint-il dire de nuit à la reine d'Angleterre et Pa- visa du péril où elle étoit Adonc fut la dame moult ébahie et requit tout en pleurant conseil à monsei- gneur Robert d'Artois quelle chose elle en pourroit faire, ni où se traire (retirer) à garant ni à conseil. « En nom Dieu , dit messire Robert , le royaume vous louè-je (conseille) bien vider, et traire (retirer) de- vers l'Empire : là il y a plusieurs grands seigneurs qui bien aider vous pourroient , et par spécial , le comte Guillaume de Hainaut et messire Jean de Hainaut son frère. Ces deux sont grands seigneurs, prud'hommes et loyaux^ craints et redoutés de leurs ennemis, aimjés de leurs amis et pourvus de grand sens et de parfaite honneur, et crois bien que en eux vous trouverez toute adresse (secours) de bon con- seil^ car autrement ils ne le voudroient ni sauroient faire. » La dame s'arrêta sur cet avis et se reconforta un petit à la parole et prière monseigneur Robert d'Artois, et fit appareiller toutes ses besognes, et payer et délivrer aux hôtes le plus coyement ( secrè- tement) et bellement qu'elle put, et partit de Paris , et son jeune fils avec elle, et le comte de Kent et leur suite, et s'acheminèrent devers Hainaut. Et fit tant la reine d'Angleterre par ses journées qu'elle vint en Cambresis. Quand elle se trouva en l'Empire si fut un peu plus assurée que devant, et passa par- mi Cambresis et entra en Ostrevant et en Hainaut et vint loger à Buignicourt ^'^ enPhôtel d'un cheva-
(i) Village voisin d^Arlcux, li l'est de cette ville. J. D. ,
( 1 5a6 ) DE JEAJS FROISSART. 3 1
lier qui s'appeloit le sire d*Aubrecicourt^'\ et là re- çut adonc le chevalier et sa femme moult Hement (joyeusement) et la tint toute aise selon son état, et tant que la reine d'Angleterre et son fils en aima depuis le chevalier et la dame à toujours et les «n- fans qui d'eux naquirent, et les avancèrent en plu- sieurs manières.
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CHAPITRE Xlil.
COMKENT MESSIRE JeA» DE HAirTAUT VINT A BuiGlfl- COURT A l'eNCOITTRE DE LA REINE D ANGLETERRE.
JLa venue de la reine d'Angleterre qui descendoit en Hainaut étoit bien sue en l'hôtel du bon comte Guillaume de Hainaut, qui lors se tenoit à Valen- ciennes,,et (ainsi que) messire Jean de Hainaut son frère; et sut le dit messire Jean l'heure qu'elle vint en l'hôtel monseigneur d'Aubrecicourt. Il qui étoit
(i)Les seigneurs cL'^Âubercîcourt, que l^onirôuye nommés Aidfreei^ court y Aubregicourt^ Aubrechicourt , Ohrecicourt^ Auberchicourt , etc., paroissent avoir pris leurnom du TÎHage d'Aubercicourt au comtéd'Os- treyant k une lieue de Bouchain: c^est même dans ce village que les iiu^ primes et plusieurs manuscrits font arriver la reine d^ Angleterre. Le sire d^Aubercicourt dont il est ici question s'^appeloit Eustache. {Hist. de Camhrajr |ar Le Carpentier, T. 2. P. 3 et 5wV.) Je n^ignore pas, en citant cet ouvrage, que plusieurs des pièces quil renferme isont sus- pectes de fausseté; mais quand elles seroient toutes fausses, ce que je suis bien éloigné de croire^ il n'^en seroit pas moins utile pour fixer la manière décrire les noms d^un grand nombre de familles du Cambresis et des pays voisins; et c'est le seul usage que je me propose d'en faire J. t).
3a LES CHRONIQUES (i3a6)
moult honorable, jeune et désirant d'acquérir hon- neur et prix monta erraument (promptement) à cne- val et se partit à privée mesgnie (avec peu de suite.) de Valenciennes , et vint ce soir à Buignicourt etfitàla reine d'Angleterre toute l'honneur et révé- rence qu'il pût, car bien le savoit faire.
La dame ^'^ qui étoit moult triste et moult égarée lui commença à conter en pleurant moult piteuse- ment ses douleurs et ses mésavenues , comment elle étoit déchassée d^ Angleterre et son fils, et venue en France sur l'espoir et fiance de son frère le roi, et comment elle cuidoit (croyoit) être pourvue de gens d'armes de France par la bonne volonté et conseil de son frère, pour aller plus puissamment et emyener son fils en son royaume , si comme ses amis d'Angle- terre lui avoient mandé; et comment son frère fut tellement conseillé d^uis, comme vous avez ouï; et lui conta comment et à quel meschef (malheur) elle étoit là afFuie atout (avec) son fils, comme celle qui ne savoit à qui ni en quel pays trouver confort ni soutenance.
CHAPITRE XIV.
CoMMENf MESSIRÉ JeâN DE HAlWiLUT PROMIT A LA RElNE
d'Angleterre qu'il ne LtJi faxjldra (içaiïquera)
JUSQUES A mourir.
tiX quand le gentil chevalier messire Jean de Hai- naut eut ouï complaindre la reine si tendremnit et
(i) La in de ce chapitre et le commencement du suivant sont fort abr«îgés dans les imprimés.
( 1 3î6) DE JEiVN FROISSART. 33
que toute fondoit en larmes et en pleurs^ si en eut grand'pitié et commença à larmoyer, et dit ainsi à la dame : «Certes, dame, voyez ci votre chevalier qui ne vous fauldroit (manqueroit) pour mourir si tout le monde vous failloit j ains (mais) ferai tout mon pouvoir devons et de monseigneiu: votre fils condui- re, et de vous et lui remettre en votre état en An- gleterre, à Faide de vos amis qui delà la mer sont, ainsi que vous dites ^ et je et tous ceux que je pour- i:ai prier y mettrons les vies et aurons gens d'armes assez , s'ilplait àDieu , sansle danger(crainte) du roi de France. >> Et quand la dameFeut ouï parler une si haute parole et si reconfortant ses besognes, elle qui séoit (était assise) et messire Jean devant elle, se dressa en estant ^'^ (debout) et se voulut agenouiller, de la grand' joie qu'elle avoit pour l'amour et grand'grâce que le vaillant chevalier lui oflfroitMais le gentil sire de Beaumont ne l'eut jamais soufièrt, ains (mais) se leva moult appertement (lestement) et prit la noble dame entre ses bras, et dit: « Ne plaise jà à Dieu que la reine d'Angleterre fasse ce, ni ait empensé (pensé) de faire; mais dame, confortez-vous et votre gentil fils aussi, car je vous tiendrai ma promesse. Vous viendrez voir monseigneur mon fi*ère et ma- dame la comtesse de Hainaut et leurs beaux enfans qui vous recevront à (avec) grand' joie, car je leur en aji jà ouï parler. » Et la dame lui octroie et dit: « Sire, je trouve en vous plus de confort et d'amour qu'en tout le monde. Et de ce que vous me dites et
(i^ Estant àfB£'mot\aX\n stando, J. A. B. FROISSART. T. I. ^
34 LES CHRONIQUES (i3îi6)
offrez , cinq cent mille mercis. Si vous me voulez faire ce que vous me promettez par votre courtoisie, je demeurerois votre serve (esclave) et mon fils votre serf à toujours et mettrions tout le royaume à votre abandon, et à bon droit ^'\ » Lors répondit le gentil chevalier messire Jean de Hainaut, qui étoit en la fleur de son âge: ce Certes, ma très chère dame, si je ne -le voulois faire, je ne le vous promettrois mie (pas); mais je le vous ai promis, si ne vous en faudrai mie pour rien qui puisse avenir; mieux aimerois à mourir. »
Après ce parlement, quand ainsi fut accordé, mes- sire Jean de Hainaut prit congé pour ce soir à la reine et à son fils et aux autres seigneurs d'Angle- terre qui là étoient, et s'en revint à Denain. Là se hébergea en l'abbaye cette nuit, et lendemain, après messe et boire , monta à cheval et s'en revint devers la reine qui à (avec) grand^joie le reçut et jà avoit dîné et jà Pavoit désiré et étoit toute appareillée de monter quand messire Jean de Hainaut vint.
CHAPITRE XV.
Comment la reine d'Angleterre se partit de Btii-
GNICOURT ET s'eN ALLA A ValENCIENNES OU ELLE FUT HONORABLEMENT *IEÇUE DU COMTE ET DE LA COMTESSE DE HaiNAUT.
JLoRS se partit la reine d'Angleterre du châtel de Buignicourt et prit congé au chevalier et à la dame
(i) Cette plirase manque dans Jes imprimés.
(i326) DE JEAN FROISSART. 35
. et leur dit en eux remerciant, que de la bonne chère et liée (joyeuse) que laiens (la dedans) on lui avoit faite, un temps viendroit que grandement lui en sou- viendroit et à son fils aussi ^'\ Ainsi se partitla reine en la compagnie du gentil seigneur de Beaumont, qui liement(jojreusement) et révéremment la mena à Valenciennes ; etcontre li(elle) vinrent moult de bour- geois delà ville bien parés et ordonnés pour la hono- rablement recevoir. Ainsi fut-elle amenée de monsei- gneur Jean de Hainaut devers le comte Guillaume de Hainaut qui la reçut à (avec) grand') oie; et aussi fit la comtesse ^'\ et la fêtèrent de ce qu'ils purent, car bien le savoient faire. Adonc avoit le comte Guil- laume quatre filles, Marguerite, PhiHppe, Jeanne et Isabelle, de quoi le jeune Edouard qui fut puis roi d'Angleterre, s'adonnoit le plus et s'inclinoit de regard et d'amour sur Philippe que sur les autres; et aussi la jeune fille le connoissoit plus, et lui te- noit plus grand'compagnie que nulles de ses sœurs. Ainsi l'ai-je depuis ouï recorder à la bonne dame qui fut ^^^ reine d'Angleterre et de-lez (près) qui je de- meurai et servis; mais ce fut trop tard pour moi: si me fit-elle tant de bien que j'en suis tenu de prier à toujours mais pour elle.
(i)Eustache,5ired^Aubrecicoiii't qui avoit accueilli la reine d^ Angle- terre et son fils dans son château k Buigniconrt ou k Aubrecicourt (car les manuscrits donnent ces deux leçons) ,fut fiait elievalier de la jarretiè- re lors de Tinstitution de cet ordre par Edouard III. J. A. B.
(a) Jeanne de Valois, sœur du roi Philippe de Valois. (Hist. gén, delà mais, de Fr, T. i. P. loo) J. D.
(3) Cette dernière phrase qui manque dans les imprimés, prouve que cette histoire n'a été écrite qu'après la mort de ia reine Philippe de Hai-
3*
36 LES. CHRONIQUES (i3a6)
CHAPITRE XVL
Comment messire Jean de Hainaut fit sa semonce
DE GENS D^ARMES POUR LA REINE D^ANaLETERRE RE- MENER EN SON ROYAUME.
Ainsi Madame d'Angleterre, la reine Isabelle de France , trouva reconfort en monseigneur Jean de Hainaut, quand tout le monde lui faillit, et demeura à Valenciennes par l'espace de huit joursde4ez(près) le bon comté et madame la comtesse Jeanne de Va- lois j et endementres (cependant) fît appareiller son œuvre et ses besognes. Et le dit messire Jean de Hai- naut fit écrire lettres moult affectueusement aux che- valiers et aux compagnons de qui il se fioitle plus en Hainaut,enBrabant,eten Hasbain ^'^etleur prioit si acertes (instamment) qu'il pouvoit à chacun sur toutes amitiés qu'ils vinssent avec lui en cette em- prise. Si en y eut grand plenté (quantité) d'un pays et d'autres qui y allèrent pour l'amour de lui , et grand plenté qui n'y allèrent mie combien qu'ils en fussent priés. Et mêmement le dit messire Jean de Haitiaut en fut duretnent repris de son propre frère et de son propre conseil, pour tant (attendu) qu'il leur sembloit que l'entreprise étoit si haute et si périlleu-
naut, et coafîrmfi ce que j^ai avancé ci-dessus dans une des remarques sur le prolQg^e, que nous n^avons point Touvrage de Froissart tel quHi roffritk celte pyincesse. J. D.
(i) Cette province connue sous le nom deHasbanie elplu^ récemment d^Hesbaie, comprenoit le pays situé sur la rive gauche de la Meuse et borné par le Déiq^r, la Dyle et la Mehaigne. J. A. C.
(i 5^5) DE JEAN FROISSART. 3 7
se, selon le discordât les grandes haines qui étoient adonc entre les hauts barons et les communes d'An- gleterre, et selon ce que les Anglais sont communé- ment envieux sur toutes étranges gens ,quand ils sont à leur dessus , spécialement quand ils sont en leur pays, que chacun avoit peur et doutance (crainte) que le dit messire Jean de Hainaut ninul de ses com- pagnons put jamais revenir. Mais quoiqu^on lui blâ- mât ni déconseiIIât,le gentil chevalier ne s'en voulut oncques delaier (différer), ainçois (mais) dit: «Qu'il n'avoit qu'une mort à souffrir qui étoîten la volonté notre seigneur ^'^, mais il avoit promis à celle gentille dame delà conduire jusques en son royaume, si ne lui en fauldroit (manqueroit) pouf mourir j et aussi cher avoit-il prendre la mort avec celle noble dame qui déchassée et déboutée étoit hors de son pays, si mourir y devoit, comme autre part; car tous cheva- liers doivent aider à leur loyal pouvoir toutes dames etpucelles déchassées et déconfortées , à leur besoin, mêmement quand ils en sont requis. »
k v^«x^«^>v^<w X w
CHAPITRE XVII.
. 7
Gomment messire Jean de Hainaxtt prit congé de
SON FRERE ET SE MIT SUR MER POUR AMENEULA REINE ET SON FILS EN ANGLETERRE.
Ainsi étoit mû et encouragé messire Jean de Hai- naut et faisoit sa semonce et prière des Hainuyers
(i) Le» imprimes omettent la plus grande partie de la fin de ce cha- pitre.
38 LES CHRONIQUES (i5a6)
être à Halle, ^'^ et les Brabançons à être à Breda ^*\ et les Hasbaignons au mont Sainte Gertrude (Ger- trujdenberg), les Hollandais, dont il eut aucuns, à être à Dordrecht Lors prit congé la reine d'Angle- terre au comte de Hainaut et à la comtesse et les re- mercia grandement et doucement de l'honneur et de la fête et de la bonne chère et belle recueillie (accueil) qu'ils lui a voient faite, et le baisa au partir et la com- tesse et leurs beaux enfans. Ainsi se partit la dame et son fils et toute leur route (suite) accompagnés de messire Jean de Hainaut, qui à (avec) grand deuil et moult enuis (peine) avoit eu congé de monseigneur son frère, quoiqu'il se fut des premiers accordé et consenti à ce voyage. Mais finalement lui donna de bonne volonté. Et lui dit ainsi messire Jean par trop beau langage: «Monseigneur, je suis jeune et encore à faire (former), si crois que Dieu m'ait pourvu de cette emprisepour mon avancement; et si Dieu m'aist (aide) le courage m'en sied trop bien que nous en vien- drons à notre dessus; car je cuide (pense) et crois de vérité que par péché ,à tort et par envie ,on a cette reine déchassée et sonfils hors d'Angleterre.Si est aumône et gloire à Dieu et au monde de adresser (guider) et reconforter les déconfortés et déconseillés, spéciale- ment si noble et si haute dame comme celle-ci est qui fut fille de roi ^^\et est descendue de royal lignée, et sommes de son sang et elle du nôtre. J'aurois plus
(i) Petite ville du Hainaut sur la rivière de Senne. J. D. (aj Ville du Brabant Hollandais, située sur la Merck. J. D. (3) Elle étoit fille de PhiKppe-le-BeL {Hist, §én. de la mais, de Fr, T. I. P.91.} J, D.
(i3a6) DE JEAN FROISSART. 3g
cher à renoncer à tout ce que j'ai vaillant et aller ser- vir Dieu outre mer , sans jamais retourner en ce pays^ que la bonne dame fut partie de nous sans confort et aide. Si me laissez aller et donnez congé de bonne volonté; si ferez bien, et vous en saurai gré, et s'en exploiteront mieux mes besognes au plaisir de Dieu, qui tout ce me veuille octroyer. »
Quand le bon comte de Hainaut eut ouï son frère et aperçu le grand désir qu'il avoit de faire ce voyage qui à très haut honneur lui pouvoit tourner et à ses hoirs (héritiers) à toujours mais, et connut bien qu'il disoit vérité, si en eutgrand'joie et lui dit: «Beau frère, jà à Dieu ne plaise que votre bon pro- pos je vous brise ni ôte; et je vous donne congé au nom de Dieu. » Lors le baisa et lui étreignit la main , en signe de très grand amour.
Ainsi se partit messire Jean de Hainaut et s'en vint ce jour gésir (coucher)à Mons en Hainaut et aussi la rein e d'Angleterre. Que vous élongerois-j e la matière ? Ils firent tant par leurs journées qu'ils vinrent à Dor- drecht en Hollande , où le spécial mandement étoit fait Là endroit se pourvurent de nefs, de vaisseaux grands et petits, ainsi qu'ils les purent trouver, et mirent dedans leurs chevaux , leurs harnois et leurs pourvéances (provisions), puis se commandèrent en la garde Notre Seigneur et se mirent en chemin par mer. Là étoient de chevaliers Hainuyers avec mon- seigneur Jean de Hainaut , messire Henry d'Antoing, messire Michel de Ligne, le sire de Gomignies, mes- sire Perceval de Semeries, messire Robert BaiUeul, messire Sance de Boussoy , le sive de Vertaing, le
4o LES CHRONIQUES ( 1 5 ii6)
sire de Potelles,le sire de Villiers, le sire de Hénin, le sire de Sars, le sire de Bousies, le sire d^Auber- âcourt,le sire d'Estourmel,messireOulfart de Ghîs- telles et plusieurs autres chevaliers et écuyers, tous en grand désir de servir leur maître.
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CHAPITRE XVIIL
Comment la reine d'Angleterre et messirb Jean de
HAINATJT et leurs gens après GRANd'tEMPETE AR- RIVERENT EN Angleterre.
vJuAND ils furent départis du havre de Dordrecht^ moult étoit bel le navie (flotte) selon leur quantité» et bien ordonné, et le temps bel et serein et assez moiste et attrempé (doux)j et gîrent à l'ancre cette première marée devant les digues de Hollande sur le département de la terre. Lendemain ils se désan- crèrent et sachèrent leurs singles à mont (mirent leurs voiles dehors) et se mirent à chemin en côtoyant Zélande, et a voient entente (intention) de prendre terre à un port qu'ils avoient avisé j mais ils ne pu- rent, car un grand tourment les prit en mer qui les mit si hors de leur chemin, qu'ils ne surent dedans deux jours là où ils étoient. De quoi Dieu leur fit grand'grâce et leur envoya belle aventure, car s'ils se fussent embattus (arrêtés) en icelui port qu'ils avoient choisi, ouaucques (aucuns) près, ils étoient perdus davantage etchus (tombés) es mains deleurs ennemis
( 1 3 26) DE JEAN FROiSSART. 4 1
qui bien savoient leur yenue et les attendoient là en- droit pour eux mettre à mort et (ainsi que) le jeune Edouard et la reine; mais Dieu ne le voulut mie (pas) consentir et les fit^ ainsi comme par droit miracle, détourner comme vous avez ouï. Or avint que au chef (bout) de deux jours ce tourment cessa et aper- çurent les mariniers terre en Angleterre. Si se trai- rent(retirèrent) cette part moult joyeux et prirent terre sur le sablon et sur le droit rivage de la mer, sans havre et sans droit port ^'\ Si demeurèrent sur ce sablon par trois jours à (avec) peu de pourvéance (provision) de vivres, en déchargeant leurs chevaux et leurs hamois, et si ne sa voient en quel endroit d'Angleterre ils étoient arrivés, ou en pouvoir d'a- mis, ou en pouvoir d'ennemis. Au quatrième jour ils se mirent à voie à l'aventure de Dieu et de saint George, comme ceux qui avoient eu toutes mésaises de faim et de froid par nuit avec les grands peurs qu'ils avoient eu et avoient encore. Si chevauchèrent tant à mont et à val d'une part et d'autre qu'ils trou-
(i) Bobert d^Avesbury, garde des registres de la cour de Canterbury,
qui a écrit PMstoire d'*£douard III, dont il paroit ayoïr été contempo-
rain, fixe ainsi la date et le lieu du débarquement de la reine Isabelle:
Die Veneris proximd antejestum sancti Michaelis anno Domi'nii^'^iS,
apudOrewelle inportu dé Herewichy navlgio verUens AngUam intravit.
Le jour de St. Michel fut cette année le lundi 29 septembre; ainsi le
vendredi dont il s'agit fut le 26. Rapin Thoiras, T. 3. P. i3a, et
Hume, T. 2. P. 200, se sont donc trompés en plaçant cet éyènement,
Tim au 22, Tautie au 24 de septembre. Louvrage de Robert d'Ayesbury
que j'aurai occasion de citer assez souyent, parceqa'il renferme plu-
sieurs pièces originales qu'on ne trouye point ailleurs, a été publié par
Thomas Heam k Oxford en 1720, in-8°. sous ce titre: Roberti de Aves-
bwy historia de mirabiUbus gestis Eduardi IIL J. D.
4îi LES CHRONIpUES (i3^6)
vèrent aucuns hamelets^ et puis après si trouvèrent une grand'abbaye de noirs moines que on clame (appelle) saint Aymon ^'\ et s'y hébergèrent, et ra- fraichirent par trois jours.
CHAPITRE XIX.
Comment les barons d'Angleterre allèrent a l'en- contre de la reine et eurent conseil qu'ils iroient assiéger le roi et les spensers qui
ÉTOIENT DEDANS BrISTOL.
Adonc s'épandirent nouvelles par le pays tant qu'elles vinrent à ceux à quel sûreté et mande- ment la dite dame étoit repassée. Si se appareillè- rent le plutôt qu'ils purent de venir vers son fils qu'ils vouloient avoir à seigneur j et le premier qui vint encontre (au devant de) lui, et plus grand con- fort donna à ceux qui étoient venus avec li (elle), ce fut le comte Henry de Lancastre au .tort col, qui fut frère au comte Thomas de Lancastre qui fut dé- colé, si comme vous avez ouï dessus, et fut père au duc de Lancastre qui fut si bon chevalier et si re- commandé, si comme vous pourrez ouïr en cette his- toire, ain^ois (avant) que vous venez à la conclusion. Ce comte Henry de Lancastre dessus dit vint à (avec) grand'compagnie de gens d'armes. Après vin- rent tant d'un s et d'autres , comtes, barons, cheva-
(i) Saint Ediuiindsbury,dans la province de Suffolt.
(iS-iô) DE JEAN FROISSART. 43
liers et écuyers ^'^ atout (avec)gens d'armes qu*U leur sembla hien^ qu'ils étoient hors de tous périls ; et tous les jours leur croissoient gens d'armes ainsi qu'ils alloient ayant. Si eurent conseil entre eux ma- dame la reine et les barons , chevaliers et écuyers qui venus étoient encontreli(elle) , qu'ils iroient droit à Bristol ^'^ atout (avec) leur pouvoir, là où le roi se tenoit adonc ^^^ et (ainsi que les Spensers), qui étoit bonne viUe , grosse et riche et fortement fermée , séant sur un bon port de mer j et si y a un châtel trop durement fort séant sur mer qui flotte tout en tour. Là endroit se tenoit le roi , messire Hugh Spenser le père qui étoit près de Fâge de quatre vingt et dix ans, messire Hugh Spenser le fils maître conseiller du roi qui tous les mauvais faits lui conseiUoit , le comte d'Axundel ^^^ , qui avoit à femme la fille mes-
(i) Le comte de Norfolk grand maréchal d'^Angleterre, le comte de Lejrcester, les éyéques d^Ely, de Lin(ïoIa, d^Hereford, de Dublin, furent des premiers k embrasser le parti de la reine. (Walsing. P. loi.) J. D.
(2) Ayant de se présenter devant Bristol, la reine publia un manifeste dans lequel elle exposoit que son unique but étoit de délivrer IVgHse et Tétat du mauvais gouvernement d^Édouard II et de la tyrannie des Spensers. Ce manifeste est daté de WaUingford le i5 octobre i3a8> (Rymer, T. 2. Part. 2. P. 169.) J. B.
(3) Le roi n'étoit point dans Bristol lorsque cette ville fut assiégée; ne se sentant pas en état de résister à la reine, il s^étoit embarqué avec le jeune Spenser etle chancelier Baldock pour se rendre k Chapstow dans le pays de Galles espérant pouvoir attein Jre aisément l'ile de Couday sur la Saveme, qui étoit parfaitement approvisionnée de tout et où. on eut pu faire une heureuse défense k cause de sa situation imprena- ble, mais les yents contraires T empêchèrent d'aborder et ayant élé jeté parla tempête sur les cotes du comté de Glamorgan, ils se réfugièrent dans Tabbaye de Neatb. J. A. B.
(4)11 s'*appeIoit Edmon Fitz-allan, et descendoit d'une fille de la mai- son des Albini comtes d'Arundel. Son fils Richard Fita-allan, et non pas lui, avoit épousé Isabelle fille de Hugh Spenser qu'il répudia par la suite. ( ImhoÂT. Tabula 17.) J.D.
4 4 LES CHRONlOnS ( 1 5^6)
sire Hugh Spenser le jeune, et aussi plusieurs che- valiers et écuyers, qui repairoient (restoient) entour le roi et entour la cour , ainsi que gens d'état re- pairent volontiers entour leur seigneur. Si se mit madame la reine et toute sa compagnie , messire Jean deHainaut, ces comtes, ces barons d'Angleterre et leurs routes (suites) au droit chemin pour aller celle part, et par toutes les villes où ils entr oient on leur faisoit fête et honneur, et toujours leur venoient gens à destre (droite) et à senestre(gauche) de tous côtés, et tant firent par leurs journées qu'ils vinrent devant la dite ville de Bristol et l'assiégèrent à droit siège fait
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CHAPITRE XX
Comment CEUX de Bristol se rendirent à la reine^ Et comment messire Hugh Spenser le vieux et
LE comte d'ArUNDEL FURENT AMENÉS DEVANT LA
reine.
Le roi et messire Hugh Spenser le fils se tenoient volontiers au château j le vieux messire Hugh le père et le comte d'Arundel se tenoient en la ville de Bris- tol et (ainsi que) plusieurs autres qui étoient de leur accord. Quand ces autres et ceux de la ville virent le pouvoir de la dame si grand et si efforcé (fort) et presque toute Angleterre étoit de leur accord j et voyoient le péril et le dommage si apparent ^'^ , ils
( i) On avoit répandu le bruit que le pape avoit délié les sujets Anglais du serment de fidélité et excommunié ceux qui s'^opposeroieut a la
(i5a6) DE JEAN FROISSART. 45
eurent conseil qu^ils se rendroient, et la ville avec, sauves leurs vies, leurs membres et leur avoir. Si en- voyèrent traiter et parlementer devers la reine et son conseil qui ne s'y voulurent mie accorder ainsi, si elle ne pouvoit faire du dit messire Hugh et du comte d'Arundel sa volonté 5 car pour eux détruire étoit-elle là venue. Quand ceux de la ville de Bris- tol virent qu'autrement ils ne pouvoient venir à paix ni sauver leurs biens ni leurs vies, au détroit ils s'y accordèrent et ouvrirent les portes j si que madame la reine, messire Jean de Hainaut et tous les barons, chevaliers et écuyers entrèrent dedans et prirent leurs hôtels dedans la ville de Bristol , et ceux qui ne s'y purent loger si se hébergèrent dehors. Là furent pris le dit messire Hugh le père et le comte d'Arun- del, et amenés par devant la reine pour faire d'eux sa pure volonté. Et aussi lui furent amenés les siens autres enfans jeunes, Jean son fils^'^ et ses deux fil- lettes qui furent là trouvées en la garde messire Hugh. De quoi la dame eut grand'joie quand elle vit ses enfans que vus n'avoit de grand temps ^ et aussi eurent tous ceux de son côté qui point n'aimoient les Spensers ^"^^ et si avoient grand'joie entre eux selon ce que pouvoient avoir grand deuil le roi et messii^e HughSpenser le fils, qui étoienten ce fort château enclos et qui voyoient le meschef (danger) si grand
reine. On jdisoit même que deux cardinaux accompagnoient la reine pour fair^ valoir les décrets du pape. J. A. B.
(i) Jean,surnomméd^£tham. Jeanne qui futmariéekDavid Bruce roi d'Ecosse, et AJiénor qui épousa Regnault duc de Gueldres. (ImhofF, TaL 6.)J.D. .
(2) Les imprimés abrègent beaucoup la fin de ce chapitre.
46 LES CHRONIQUES (i3'*6)
qui leur couroitsussi apparemment, et voyoienttout le pays tourner avec la reine et son aîné fils, et dres- ser et émouvoir contre eux j dont ils eurent douleur et peur et assez à penser, ce ne fait pas à demander.
CHAPITRE XXI.
Comment messire Hugh Spekser le vieux et le
COMTE d'ArUNDEL FURENT MIS À MORT.
Ou AND la reine et tous les barons et autres furent hébergés à leur aise , ils assiégèrent le château au plus près qu'ils purent 5 et puis fit la reine ramener messire Hugh Spenser le vieuxet le comte d'Arun- del devant son aîné fils et devant tous les barons qui là étoient et leur dit que elle et son fils leur feroient droit, loi et bon jugement selon leurs œuvres. Adonc répondit messire Hugh et dit: « Ha madame. Dieu nous doint (donne) bon juge et bon jugement! et si nous ne le pouvons avoir en ce siècle, si le nous doint (donne) en l'autre. » Adonc se leva messire Thomas Wage ^'^ bon chevalier, sage et courtois, qui étoit maréchal de Fost (armée) et leur raconta tous leurs faits par écrit et tourna en droit sur un vieux cheva- lier qui là étoit, afin qu'il rapportât, sur sa féauté, que à faire avoit de telles personnes par jugement et de tels faits. Le chevalier se conseilla aux autres ba-
( i) Il est nommé Thomas Wake dans Rymer,T. a.Part. a. P. 169. J. D.
Johnesdans sa traduction anglaise Tappelle sire Thomas Wager. J.A. B,
- i^iB) DE JEAN FROÏSSART. • 4?
ronset chevaliers et rapporta parplemesuite(délibé- ralion) qu^ils avoient bien mort desservie (méritée), pour plusieurs horribles faits qu'ilsavoient là endroit ouï raconter et les tenoient pour vrais et tous clairs hérites (hérétiques), et avoient desservi (mérité), par la diversité de leurs £aits^ à être justiciés en trois ma* nières, c'est à savoir^ premier être traînés, après dé- colés , après pendus à un gibet. Tout en telle ma- nière qu'ils furent jugés, furent-ils tantôt justiciés devant le château de Bristol, voyant le roi et le dit messire Hugh le fils ^'^ , et tous ceux de laiens (de- dans) qui grand dépit en eurent; et put chacun sa- voir qu'ils étoient àgrand meschef(mal-aise)decœur. Cette justice fut faite Fan de grâce m. ccc et xxvi, le jour saint Denis en octobre ^*\
fc'V%,^'VVV'X'%VV'VV.'X'VV'V"V^^/V%'\^*V'%^'%'"V^^%»VW%l%'WW^'X'V^(*.X'%X'%'*'%*'W<VV^'V%% "V*.^
CHAPITRE XXII.
CoMMBItT LE ROI D*AnGLETERRE ÈT MESSIRE HuGH LE JEtlNE FUREWÏ PRIS ET AMEMÉS DEVAHT LÀ KEIWB.
Après ce que cette justice fut faite, si comme vous avez ouï, le roi et messire Hugh Spenser , qui se voyoient assiégés en telle angoisse et à (avec) tel
(i) Ona remarqué préôédemiûent qa^ils n^ëtoient plus k Bristol. J. D, (a) Cette date u^estpas exacte: la fête de St« Denis est le 9 octobre, et le 1 5 du même mois Isabelle n^étoit point encore partie de Walling- ford pour aller à BristcJ; mais eDe ëtoit en possession de cette ville le a6 octobre au plus tard, jour où les seigneurs de son parti élurent le jeune Edouard gardien ou régent du royaume; et il parolt qu'a- lors le vieux Spenser et le comte d' A rundcl avoient été exécutés. On
48 • LES aiRONIQUES (i3i6)
mesch'ef (chagrin), et ne savoient nul confort qui leur put là endroit venir d'aucune part , se mirent en une matinée entre eux deux à (avec) peu de mes- gniée (suite) en un petit bateau en mer par derrière le château, pour aller au royaume de Galles ^'\ s'ils pussent, comme ceux qui volontiers se fussent sau- vés: mais Dieu ne le vouloit mie souffrir, car leur péché leur encombra. Si leur avint grande merveil- le, car ils furent onze jouïs tous pleins en ce batelet et s'efforçoient de nager (naviguer) tant qu'ils pou- voient j mais ils ne pouvoient si loin nager que tous les jours le vent qui leur et oit contraire, par la vo- lonté de Dieu, les ramenoit chacun jour une fois ou deux à moins de la quarte partie d'une lieue du dit château dont ils étoient partis. Au dernier avint que messire Henry de Beaumont, fils au vicomte de Beaumont en Angleterre, entra en une barge (bar- que) et aussi avec lui aucuns compagnons et se fit nager (naviguer) devers eux et nagèrent tant et si fort que oncques les mariniers du roi ne purent tant fuir devant que finalement ils ne fussent atteints et pris atout (avec) leur batel (bateau) et ramenés en la ville de Bristol et livrés à madame la reine et à son fils ^^^ , comme prisonniers , qui moult en eurent
peut clone placer leur mort entre le i5 et le 26 octobre. (Rymer, lèid, P. 169.) J. D.
(i) On vient de voir qu'ils étoient sortis de Bristol ayant que cette ville tombât au pouvoir de la reine. Jean le Bel et F roissart paroissent avoir eu de mauvais mémoires sur cette partie de Thistoire d'Angleterre: ils altèrent souvent l'ordre des faits , ou les racontent autrement que les historiens anglais, qui k cet égard sont beaucoup plus dignes de foi. J. D. .
(a) Le roi fut arrêté par le comte Henri de Lancastrc, <lans le pays de
(i5a6) DE JEAN FROISSART.- 49
grand'joie, et aussi eurent tous les autres et à (avec) bonne cause, car ils ay oient accompli et acheyé leur désir à l'aide de Dieu tout à leur plaisir.
Ainsi reconquit la dite reine le royaume d'Angle* terre pour son aîné fils , sous le confort et conduit de monseigneur Jean de Hainaut et de sa compa- gnie; parquoiilet.ses compagnons qui en ce yoyage furent ayeclui furent tenus poui* preux, pour raison de la haute entreprise que faite ayoient ; car ils ne furent, tous comptés quand ils entrèrent en mer à Dordrecht, si comme yous ayez ouï, que trois cents armures de fer qui firent si hardie entreprise, pour l'amour de la dite reine , comme d'entrer en nef et passer la mer à (ayec) si peu de gens, pour conqué- rir tel royaume , comme est Angleterre , malgré le propre roi et tous ses aidans.
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CHAPITRE XXIII.
Comment le roi fut me5é en prison ▲ Bbrkley et
BÂILLÉ EN GARDE AU SEIGNEUR DE BbrKLEY,
A.INSÏ, comme yous ayex ouï, fut cette haute et har- die emprise acheyée, et reconquit madame la reine Isabelle tout son état par le confort et conduit de ce gentil chevaUer monseigneur Jean de Hainaut
Galles dans Tabbaye de Neath, le i6 des calendes de décembre (le i6 novembre). Avec lui furent pris le jeune Spenser, le chancelier Baldock et SimonKeading qui furent menés k la reine. Le roi ne subit point cette bainiiiatioB, comme le dit Froissart, le comte de Lancastrc le conduis sit directement «ncMtean de Kbnilworth qui lui appartenoit. (Walsîng. P. io6.)J.D.
FROISSART. T. I. 4
5o LES CHRONIQUES. (i5a(5)
et de ses compagnons, et mit à deslï*uCtion ses en^ nemis , et fut pris le roi même par telle meschéance (mésaventure) comme vous pouvez entendre, dont tout le pays communément eut grand'joie,horsmis aucuns qui étoient de la faveur du dit messireHugt Spenser. Quand le roi et le dit messire Hugh Spen- ser furent amenés à Bristol par le dessus dit mes- sire Henry de Beaumont, le roi fut envoyé par le conseil de tous les barons et chevaliers au château de Berkley^*^ séant sur la grosse rivière de Saverne; et fut recommandé au seigneur dé Berkley qu'il en fit bonne garde j et il dit que si feroit-ilj et fut or- donné à lui servir et garder bien et honnêtement, et gens d'état entour lui qui bien savoient que on de-
(x)Frois8art intervertit Tordre des faits et en supprime une grande partie. Ce ne fut (ju^après un assez long séjour au château de Kenilwortli et après le couronnement d^Édouard III qu^Edouard II fut transféré par deux chevaliers^ Maltravers et Gomey , au château de CorfFe et de là à Bristol; mais les citoyens ayant paru vouloir le délivrer, ses deux gardiens -le transportèrent secrètement, pendant la nuit, au château de Berkley, dans le comté de Gloucester. Ils le mirent sous la garde de Thomas baron de Berkley, mais restèrent près d* Edouard pour Tacca- bler des plus honteux traitemens. Voyant qu^ Edouard supportoit tous ees affronts sans que cela put hâter sa mort, Pévéque d^KeretcgA, d^inteHigence avec la reine, envoya aux deux chevaliers un ordre qu'ils ponvoient interpréter comme bt)n leur semblerait. Voici cet cnrdre tel qu'il est rapporté par Mèm*. P. 620: Edwardum occidere nolUe timcre honum est; ce qui, suivant la ponctuation, signifie: ne craignez pas de tuer Edouard, c*est une bonne chose , ou bien, ne tiiezpas Edouard^ ilest bon que vous craigniez de le/aire. Les deux chevaliers interprétèrent les désirs de ceux qui les 4smpIoyoient; ils surprirent Edouard dans son Ut, Tétoufierent sous des oreillers, et pendant ce temps, Tun deux lut passa un fer rouge dans Tanus à travers un tuyau de corne* Les deux meurtriers se sauvèrent sur le continent, l'un fut arrêté k Marseille et pendu pour s'assurer de son silence. L'autre qui s'étoit réfugié en AI^ lemagne obtint quelque temps après la permission de revenir. J. A. B.
(i5a6) DE JEAN FROISSART. 5i
voit faire 5 mais point ne le dévoient laisser partir du pourpris (enceinte). Ainsi fut-il enjoint et comman* dé; et ledit messire Hugh fut tantôt livré à messire ThoDlasWager maréchal de l'ost (armée.) Après ce, se partit la reine et tout son ost pour venir droit à Londres qui est le chef d'Angleterre^ et se mit en chemin. Le dit messire Thomas fit bien et fort lier messire Hugh Spçnser sur le plus petit, maigre et chétif cheval qu'il put trouver, et lui fit faire et vêtir un tabar ^'^ et vêtir par dessus son habit le dit tabar semé de telles armes comme il souloit (avoit coutume ) porter , et le faisoit ainsi mener par dé« rision après la route (suite) et le convoi de la reine, par toutes les villes où il de voit passer, à trompes et à trompettes, pour lui faire plus grand dépit , tant qu'ils vinrent à Hereford , une bonne cité. Là fut la reine moult révéremment reçue et à (avec) grand'- solennité et toute la compagnie aussi, et tint la fête de la Toussaint moult gr^inde et bien étofiee pour l'a- mour de son fils et des seigneurs étranges (étrangers) qui étoient avec lui. ^""^
CHAPITRE XXIV. - --
Comment messire Hugh Spensër le jeune eut la
TETE tranchée ET FtTT MIS EN QUATRE QUARTIERS*
I
OuAND la fête fut passée, le dit messire Hugh qui point n'étoit aimé là endroit, fut amené par devant
(x) Espèce de casaque ou de cotte drames. JrD>
(a) Froissart suppose k tort que Hugh Spenser étoit «a pouvoir de 1« reine avant la Toussaint; puisqu^il né fut pris que vers le milieu de novembre. (Voyez une des remarques sur le cliapitrc aa.) J. D.
4*
9^m
^
5a LES CHRONIQUES (iS^6)
la reine et tou« les barons et chevaliers qui là étoient assemblés. Là lui furent recordés tous ses faits par écrit qu'oncques ne dit rien à Pencontre jsi que là en- droit fut jugé par pleine suite (sentence) des Karons et chevaliers à justicier en telle manière comme vous orrez (entendrez). Premièrement il fut traîné sur un bahut ^'^ à trompes et à trompettes, par toute la ville de Hereford, de rue en rue, et puis fut amené enùne grand^plaee en la ville là oà tout le peuple étbit assemblé: là endroit il fut lié sur «ne esselle (échelle) haut si que chacun petit et grand le pouvoit voir j et avoit-on fait en la dite place un grand feu. Quand il fut ainsi lié, on lui coupa tout premier le.... et les..... pour ce qu'il étoit hérite (hérétique) et sôdomite, ainsi que on disoit mêmement du roi;, et pour ce ayoit le roi déchassé la reine de lui et par son en- nort (conseil). Quand le.... et les lui furent cou- pés, on les jeta au feu pour ardoir (brûler) jet après lui fut le cœur tiré hors du ventre et jeté au feu <'\ par tant qu'il étoit faux de cœur et traître, et par son traître conseil et ennort (suggestion) le roi a voit honni son royaume et mis à meschef (mal) , et avoit fait décoler les plus grands barons d'Angleterre par lesquels le royaume devoit être soutenu et dé- fendu,- et après il avoit si ennorté (conseillé) le roi qu'il ne pouvbit ni vouloit voir la reine sa femme ni son aîné-fils qui devoit être leur sire, ains (mais)les
(i)Le mot Bahut est encore usité dans quelques provinces, pour si- gnifier un coffre. J. D. -
(a) C'est encore le suJ)pUce usité en Angleterre pour le crime de haute iKahison. (Vo^e* la délicieuse haJIadc de Jemmy Dawson par W. Shcns- tone.) J. A . ]B.
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Cf5!x6) DE JEAN FROISSART. 53
a voit décfaassés^pour doute (crainte) de leurs corps, hors dy^ royaume d'An^eterre. Après quand le dit messire Hu^ fut ainsi atourné» comme dit est, on lui coupa la tête et' £at envoyée en la cité de Lon- dres, et puis fut découpé en quatre quartiers et fu- rent tantôt envoyés es quatre meilleures cités d^An- gleterre après Londres.
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CHAPITRE XXV.
Comment la reine d'Angleterre fut honorable- ment REÇUE ▲ Londres , et comment les compa- gnons MESSIRE J[eAN de UaiNAUT S*EN RETOURNÉ-
renten leur pays.
Après cette justice faite, si comme vous avez ouï, la reine et tous les seigneurs et grand^ foison des communes du pays se mirent au chemin vers Lon- dres et firent tant par leurs petites journées qu'ils y vinrent à (avec) grand'compagnie; etissirent (sorti- rent) contre la reine et son aîné fils, qui devoit être leur droit sire , communément tous ceux de Lon- dres, grands et petits, et leur firent grand'fête et grand'révérence et à toute leur compagnie aussi ^ et donnèrent ceux de Londres grands dons à la dite reine et à ceux de sa suite où il leur sembloit mieux employé. Quandilsfurentainsireçui^et si grandement fêtés, comme dit est, et ils eurent là séjourné envi- ron quinze jours,les compagnons qui passés étoient avec monseigneur Jean de Hainaut eurent grand
54 LES CHRONIQUES (i3^6)
talent (désir) de retourner chacun en sa contrée, car il leur sembloit qu'ils ayoient bien fait la besogne et acquis grand honneur, si comme ils avoient Si pri- rent congé à madame la reine et au^ seigneurs du pays. Madame la reine et les seigneurs leur prièrent assez de demeurer encore un petit de temps pour voir qu'on youdroit faire du roi, qui en prison étoit, ainsi que ouï avez; mais ils avoient si grand désir de re- tourner chacun en sa maison que prière n'y valut rien.
Quand la reine et son conseil virent ce, ils prièrent de côté (en secret) à monseigneur Jean de Hainaut qu'il voulût encore demeurer jusques après Noël, et qu'il détînt ses compagnons avec lui le plus qu'il en pourroit détenir. Le gentil chevalier ne voulut mie (pas) laisser à parfaire son service , et octroya cour- toisement le demeurer jusques à la volonté de ma- dame la reine: si détînt de ses compagnons ce qu'il en put détenir j mais petit fut, car les autres ne vou- lurent aucunement demeurer , dont il fut moult cour- roucé. Toutefois , quand la reine et son conseil virent que ses compagnons ne vouloient demeurer pour nulle prière, ils leur firent toute l'honneur et la révérence qu'ils purent f et leur fit la reine donner grand ar- gent pour leurs frais et pour leur service, et grands joyaux, et chacun selon son état, si grandement que tous s'en tinrent pour contents ; et avec ce elle leur fit rendre l'estimation de leurs chevaux qu'ils voulu- rent laisser, si haut que chacun vouloit estimer les siens, sans dire ni trop ni peu et sans débat; et tous furent payés en deniers appareillés. Si deiheura le dit
(i3i6) DE JEAN FROISSÂRT. 55
monseigneur Jean de Hainaut à la prière de la reine , à (avec) petite compagnie de ses gens, entre les An- glais qui luifaisoient toujours toute l'honneur et com- pagnie qu'ils pouvoient. Aussi £aisoient les dames du pays dont il y avoit grand'f oison , comtesses et au- tres grands et gentils dames et pucelles qui venues étoient accompagner madame la reine et venoientde jour en jour; car il leur sembloit que legentil cheva- lier l'eut bien desservi (mérité), comme il avoit
CHAPITRE XXVÏ.
Comment il fut ordonné en plein conseil qvb le
ROI QUI ÉTOIT prisonnier n'ÉTOIT POINT DIGNE DE PORTER COURONNE».
Après ce que le plus (la plupart) des compagnons de Hainaut s^en furent partis et le sire de Beaumont demeuré, la reine d'Angleterre donna congé aux gens de son pays que chacun rallât en sa maison et en leurs besognes, exceptés aucuns barons et cheva- liers qu'elle détint pour la conseiller, et leur com- manda que tous vinssent à Londres le jour deNoël^*\ à une grand'cour qu'elle vouloit tenir, et tous ceux qui se partirent lui enconvenancèrent (promirent), et encore plusieurs autres à qui la fête fut mandée.
(i) La reine célébra la fête de Noël k Wallingford et ne yixA k Londres que peu ayant PÉpiphanie 13a7.Ce fut alors seulement queleparlemeùt s'assembla, déclara Edouard II incapable de régner et proclama roi son fils Edouard III.(Walsingham,CoLa549 P. io6.Knyghton, Chrcn.Thgm, Ctterbourne, P. H2. in 8*. Oxonii X73a.) J. I>.
56 LES CHRONIQUES (iS^iô)
Quand ce vint à P^oëlelle tint une grand'cour, ainsi qu'elle Pavoit dit, et y vinrent tous les comtes, ba- rons, chevaliers et nobles d'Angleterre, les prélats et conseil des bonnes villes. A cette fête et à cette as- semblée fut ordonné, pourtant (attendu) que le pays ne pou voit longuement demeurer sans seigneur, que on mettroit en écrit tous les faits et les œuvres que le roi, qui en prison étoit, avoit faits par mauvais conseil, et tousses usages et ses mauvais maintiens, et comment il avoit gouverné son pays, par quoi on le put lire en plein palais devant tout le peuple, et que les sages du pays pussent sur ce prendre bon avis et accord comment et par qui le pays seroit gou- verné de là en avant. Ainsi que ordonné fut, il' fut fait; et quand tous les cas et les faits que le roi avoit faits et consenti à faire et tout son maintien et son usage furent lus et bien entendus , les barons et che- valiers et tout le conseil du pays se trairent (retirè- rent) ensemble à conseil, et s'accorda la plus saine partie et mêmement les grands barons et nobles avec le conseil des bonnes villes, selon ce qu'ils avoient là ouï lire et qu'ils savoient la plus grand'partie de ses faits et de ses maintiens de certain et par pure véri- té, et dirent que tel homme n'étoitmie(pas) digne de jamais porter couronne ni avoir nom de roi: mais ils s'accordèrent à ce que son ains-né (aîné) fils qui là étoit présent et étoit son droit hoir (héritier) , fut tantôt couronné au lieu du père, mais que il pritbon conseil et sage entour lui et féal, par quoi le royaume etle pays fut de là en avant mieux gouverné que été
(i3^6) DE JEAN FROISSART. 67
n'ayoit ^'^ et que le père fut bien gardé et honnête- ment tenu tant que vivre pourroit, selon son état
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CHAPITRE XXVII.
Commeut le roi Edouard fut courohwé , et com-
ICEIIT ILDOBSÀ A MESSIRE JeAIT DE IJaIIIAUT QUATRE CENTS lIAftCS d'eSTERLINS DE RETEITU.
ixiNsi que accordé fut par les plus hauts barons et par les conseils des bonnes villes, fut-il fait; et fut adonc couronné de couronne royale dedans le palais Westminster ^'^ de-lex (près) Londres le jeune roi Edouard qui tant a été heureux et fortuné en armes. Ce fut Van de grâce notre seigneur Mcccxxvi,le jour de Noël ^^^ , et pouvoit avoir adonc environ seize ans ^^^: ij les eut à la conversion saint Paul après. Et fut là très grandement honoré et servi le gentil che-- valier messire Jean deHainaut de tous les princes et de tous les nobles et non nobles du pays ; et là furent donnés grands joyaux et très riches à tous les com-
(i) On nomma un conseil de régence composé de IQ personnes. La reine en eut la présidence. Mortimer, gouverna sons sa direction; et ce fut le règne dHm fayori substitué k celui d^un autre. 7. A. B.
(a) Froissart dit Westmùustier; il traduit ainsi souvent k moitié les noms propres. J. A. B.
(S) Cette date est fausse: Edouard fîit couronné le dimanche 1^. février 1327. (Rymer, T. Q. Part a. P. i6a. Walsing. P. 107. KnjghtonCol. •i55a) J. D.
(4) Ilétoitné le ao novembre i3ia suivant Walsingham P. 77:au commencement d^octobre i3i3 suivant Thoiras ( T. 3. P. io4)i ainsi, il étoit tout an plus dans sa iS". année. J. T).
58 LES CHRONIQUES (i^-xô)
paguons qui demeurés étoient de-lez (près) luif et demeura depuisyil et ses compagnons^en grands fêtes et en grands soûlas (compagnies ) des seigneurs et des dames qui là étoient, jusques au jour des troi& rois ^*^ qu^il ouït dire que le roi de Bohême y le comte de Hainaut son frère et grand'plenté (quantité) de seigneurs de France se ordonnoient pour être à Condé sur Escaut à un tournoi qui là étoit crié. Adonc ne voulut messire Jean de Hainaut plus de- meurer pour prière que on lui sut faire,, pour le grand désir qu'il ayoit de venir à ce tournoi et de voir son gentil frère le comte et les autres seigneurs qui là dévoient être^ et spécialement le plus noble et le plus gentil roi en largesse qui régnât en ce temps, le gentil roi Charles ^"^ de Bohême. Quand le jeune roi Edouard, madame la reine sa mère et les barons qui là étoient virent qu'il ne vouloit plus demeurer et que prière n^ pouvoit valoir, ih lui donnèrent congé moult ennuis (avec peine). Si lui donna le jeune roi par le conseil de madame sa mère quatre cents marcs d'esterlins^^^, un esterlin pour un
(i) Jean de Hainaut ayant assisté au couronnement du roi qui se fit la i^**.. février» il est «rident que cette date est fausse..!. D.
(a II a déjà été dit quHl sappeloit Jean et non pas Charles. J. A. B..
(S) L^EsterJin valoit quatre deniers tournois, et les tournois étoientd* tiao an marc:. Ainsi chaque tournois yaloit eayiron>4'* 9^ " ^ notra monnoie et TEsterUn 19s. (^Gloss, du Gange, au mot EsterUngut, Traité des monnoiet de France, parle Blanc, P..3i5 et ^17..) Au tes- te, Edouard témoigna sa reconnaissance k Jean de Hainaut, plus ma- gnifiquement que ne le dit Froissart; il lui donna, non quatre cents marcs d^Esterlins, mais mille marcs de rente k prendre sur le produit de r imp6t sur les laines et les cuirs dans le port de Londres, jusqu^k ce qu'il put lui assigner dans ses états le méma re?enu an terre, pour en
(i3n6) DE JEAN FROISSART. Sg
denier, de rente héritablement à tenir de lui en fief
• et à payer chacun an en la ville de Bruges; et donna encore à Philippe de Château son maître-écuyer et son souverain conseiller, cent marcs d^esterlins de rente, et ainsi à payer comme dit est j et lui fit avec ce délivrer grand'somme d'esterlins pour payer les frais de lui et de toute sa compagnie pour retourner en leur pays ; et le fit conduire à (avec) grand' com- pagnie de chevaliers jus^ues à Douvres, et lui fit appareiller et délivrer tout son passage; et les dames, même la comtesse Garennes qui étoit sœur au comte de Bar ^'^ et aucunes autres dames lui donnèrent grand^foison de joyaux beaux et riches au départir. Quand le dit messire Jean de Hainaut et sa compagnie furent venus à Douvres, ils montè- rent tantôt en nefs pour passer outre, pour le désir qu'ils avoient de venir à temps et à point à ce tour-
' noi qui devoit être à Gpndé : et emmena avec lui quinze jeunes et preux chevaliers d'Angleterrepour être à ce tournoi avec lui et pour eux accointer des seigneurs et des chevaliers qui là dévoient être. Si leur fit toute l'honneur et compagnie qu'il put et tournoyèrent deux fois celle saison à Condé. Or me veux-je taire de monseigneur Jean de Hainaut jusquesàtanf que point sera, et revenrai (reviendrai) au jeune roi Edouard d'Angleterre.
jouir ^ perp^uité lui et ses hëritiers. Cette concession est datée du 7 fëvner iSa;. ( Rymer, T. 3*Parr. a. P. 173.) J. D.
(i) Jeanne de Bar, sœur dÉdouard I*': comte de Bai|^ elle afoit épousé Jean de Garennes ou Warennes petit-fils de Jean de Waren- nés comte de Surrey et de Sussex. ( du Chesne, généai, dêB^r-le^Duc, P. 45 et 46. ) J. D.
6o LES CHRONIQUES (15*7)
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CHAPITRE XXVIIL
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Comment lbboid'Ecossb défia le jeuitb roi Edouard^
d'Angleterre.
A.PRÈS ce que messire Jean de Hainaut se fut parti du jeune roi et de madame la reine sa mère, le dit roi etla reine gouvernèrent le pays par le conseil du comte de Kent, oncle du dit roi, et par le conseil de messire Roger de Mortimer qui tenoit grand' terre en Angleterre, bien sept mille livres de re- venu, un esterlin pour un denier, et avoient tous deux été bannis et enchâssés hors d^Angleterre avec la reine et le dit roi, si comme vous avez ouï; et usèrent aussi assez par le conseil messire Thomas deWager et par le conseil de plusieurs autres qu'on tenoit les plus sages du royaume , combien que au- cuns autres en eussent envie: car on dit que oncques envie ne fut morte en Angleterre; aussi regne-t-elle et voit-on régner en plusieurs autres pays. Ainsi passa l'hiver et le carême jusques à Pâques, et furent le roi, madame sa mère et le pays tous en paix ce terme.
Ot avint que le roi Robert d'Ecosse qui avoit
. été moult preux et qui moult avoit soufièr t contre
les Anglais et moult de fois avoit été déchassé
et déconfit au temps le bon roi ^Edouard taion
(ayeul) à ce jeune roi Edouard étoit devenu moidt
(i5a7) DE JEAN FROISSART. 6i
yieux et malade de la grosse maladie '^'^ , et disoit- -on qu'il en mourroit, car nulle guérison trouver il n'en pouyoit Quand il sut les aventures d'Angle- terre, commentée roi avoit été pris et déposé de sa couronne^et sonconseiljusticiéetmisà destruction, si commevousavez ouï^ilse pourpensa qu'il défieroit ce jeune roi. Car pourtant (attendu) qu'il étoit jeune €t que les barons du royaume n'étoient mie bien d'accord, si comme il cuidoit (crojoit) et que on lui avait fait entendant, par aventure, de par au- "cuns des amis du lignage des Spensers , il pour- roit bien faire sa besogne et conquérir partie d'An- gleterre. Ainsi qu'il le pensa^ il le fit j et environ Pâ- ques ^'\ l'an Mcccxxvii , fit*il défier le jeune roi Edouard et tout le pays, et leur manda qu'il entre- roit dedans lé pays et gâteroit et ardroit (incendie- Toit) aussi avant qu'il avoit fait autrefois, du temps que la déconfiture futauncbâteau de Stirlîng ^'\ où les Anglais refirent si grand dommage.
CHAPITRE XXIX.
COMMBITT luZ ROI EdOTTÀRD FIT SA SEMONCE A TOUS LES NOBLES ETTÏOW NOBLES d'AnGLETERRE, ET SPÉCIALE- MENT A messire Jean de Hainaxjt pour aller con- tre LES Ecossais.
Ouand le jeune roi se sentit ainsi défié et son con- seil aussi, ils le firent savoir par tout le royaume et
(i) Il veut sans doute parler delà lèpre, qui ëtoit encore très corn* mune en Europe dans le XIV^ nècle, et de laquelle Bobert Bruce mourut. (Walsiligliam,P. iio.) J.D. (a) Pâques tomboit cette année au la anil* J< D* (3) Voyei sur la bataille de Stirling la note f. Page 1 1. J. A. B.
L •
6a LES CHRONIQUES («3^7)
commander que tous nobles et non nobles fussent appareillés chacun selon son état ^*^ , et vint chacun atout (avec) son pouvoir au jour de Fascension ^*^ après en suivant à Ébruich^^\ une bonne cité qui sied au nord, et envoya devant grand'foison de gens d'ar- mes pour garder les frontières par devers Ecosse, et puis envoya grands messages par devers messire Jean de Hainaut,enle priant moult affectueusement qu'il le voulut venir secourir et tenir compagnie à ce be- soin et qu'il voulut venir et être devers luiàÉbruich (Yorck) , atout telle compagnie qu'il pourroit fîner (trouver) de gens d'armes, au jour de l'Ascension. Quand le sire de Beaumont ouït ce mandement, il envoya ses lettres et ses messages partout où ilcuidoit (croyoit) recouvrer de bons compagnons ,en Flandre, enHainaut,en Brabant,en Hasbain,et leur prioit si acer tes (fortement) qu'il pouvoit que chacun le voulut suivre, au mieux monté ef appareillé qu'il pourroit, devers Wi^san ^^^ , pour passer outre en Angleterre.
' (i) Le mandement du roi pour assembler son armëe est daté du 5 aTril. (Rymer, T. i. Part. a. P. i86 et suiu,) J, D.
(2) Le jour deTascension étoit cette année le 14 mai. Le rendei&-vou» de farmée né fut indique iii k ce jotu*, ni k EBriuch ou Yorck ^ cominf le dit Froissart. Elle eut ordre de sassembler le lundi ayant rascensioDy c^'est-^-dire^ le 1 1 mai, k Newcastle sur la Tyne dans la province de Northumberland. (Rymer, ibid.) J, t).
(3) Quelques manuscrits portent Euruich etd^autresEruich,enpronon' çant toujours ich comme ick, ainsi qu'on le faisoit alors. Euruich est au- jourd'hui YorcL II paroit que du temps de Froissart 'le nom de cette riOe ne s^ëtoit pas encore contracté en une seule syllabe. Les Anglo- Saxons orthographi oient Eofor-wic et prononçoient probablement Efe- rie ou Eyeric, en latin Eboracum, X A* B.
(4) Wissan est une petite viile dans le département du Pas de Calais. Camden croit que c'étoit autrefois le Portus Iccius des Morini d'où César s'embarqua pour PÂngleterre, Le port est comblé depuis le deuxième siècle. J. A. B,
(i5i7) DE JEAN FROKSART. 63
Chacun le suiyit volontiers selon son pouvoir, ceux qui furent mandés et moult d^autres qui ne furent point mandés, pourtant (attendu) que chacun cui- doit (croyoit) rapporter autant d'argent que les au- tres en avoient rapporté qui avoient été en l'autre chevauchée en Angleterre aveclui: si que, avant que le sire de Beaumontvint à Wissan, il eut assez plus de gens qu'il n'en cuidoit (croyoit) avoir; mais tous les reçut liement (joyeusement) et leur fit grand* chère.*
Quand il et sa compagnie furent venus à Wissan, ils trouvèrent les nefs et les vaisseaux tous prêts que on leur avoit amenés d'Angleterre et mirent dedans le plus tôt qu'ils purent chevaux et harnois, passè- rent outre , et vinrent à Douvres , ni ne cessèrent de chevaucher et d'errer de jour en jour, tantqu'ils vin- rent, à trois jours près delà Pentecôte ^*^ , enla bonne cité de Ébruich (Yorck), là où le roi et madame sa mère étoient, et grand' plenté (quantité) de grands barons, pour le jeune roi conseiller et accompagner, et attendoient là endroit la venue de monseigneur Jtan deHainaut et de sa compagnie; et aussi atten- doient-ils que tous les gens d'armes, les archers et lès communes gens des bonnes villes et des village^ fussent passés outre. Et ainsi qu'ils venoient par grands routes (iroupes) on lesfaisoit loger es villages à
(i) Cette date n^est pas tout4i-fait exacte. La Pentec6te étoit le ^4 mai, et il est sûr que Jean de Hainaut n^ëtoit pas encore k Yorck le Yingt neuf de ce mois, date des lettres d£douard portant ordre de pourvoir, h. ses dépens, k tout ce qui ëtoit uécessaire pour la maison et les troupes du dit Jean de Hainaut qui étoit sur le point d'arri- ver, qui ad nos est venturus fSiile roi.(Rymer ,T.xParL a. P. 190.) J.D,
64 LES CHRONIQUES (15^7)
deux lieues près ou à trois de Ëbruich ( Yorck), et là environ sur le plat pays, et les faisoit-on outre pas- ser par devers les frontières.
CHAPITRE XXX.
COKMEBT KESSIRE JeAIT DE HàIITÀUT TtBTT A (àTEc) BELLE COMPAGNIE POUR SECOURIR LE ROI EdOUÀRD, ET QUELS SEIGNEURS VINRENT AVEC LUI«
Urôit à ce point vint à Ébruich (Yorck) messire Jean de Hainaut dessus dit et sa compagnie: si fu- rent bien reçus et grandement fêtés du jeune roi, de madame samère et de tous les barons; et leur fit-on livrer le plus beau faubourg de la cité pour eux hé- berger entièrement sans nul entre-deux; et fut déli- vrée à monseigneur Jean de Hainaut une abbaye de blancs moines pour son corps et son tinel (cour plénière) tenir. En la compagnie du dit chevalier vin- rent du pays de Hainaut le sire d^Enghien qui étoit appelé messire Gautier , le sire d'Antoing, messire Henry, le sire de Fagnoelles ^'\ messire Fastres des Rues, messire Robert de Bailleul et messire Guil- laume de Bailleul son frère , le sire de Haverech châtelain de Mons, messire Alart de Brifflœuil, mes- sire Michel de Ligne, messire Jean de Montigny le jeune et son frère, messire Sanses de Boussoy, le sire de Gomignies, messire Perce val de Semeries,
(i) On trouve dans plusieurs manuscrits etdans les imy)rinfiés fran^ çais et anglais Seignoles. J. A. B.
(i327) I>E JEAN FROISSaRT. 65
]e sire deBeaurieu et le sire de Floyon. Du pays de Flandre y vinrent , messire Hector Villain , messire Jean de Rodes, messire Waflart de Ghistelle, mes- sire Guillaume de Straten , messire Gossuins de la Muelle^*^ et plusieurs autres. Du pays de Brabanty vinrent, le sire de DuflOie, messire Thierry de Wal- lecourt, messire Rasses de Grez, messire Jean de Gaesbeke, messire Jean Piilyser, messire Gille de Coterebbe,^^ messire Gautier de Ho teberge, les trois frères de Harlebeke et plusieurs autres. Des Has- baignons y vinrent, messire Jean le Beauz ^'^ et mes- sire Henri son frère, messire Godefroy de la Cha- pelle, messire Hugues de Hay es, messire Jean de Ldbyne, messire Lambert du Pel, messire Gilbert de Hers. Et si y vinrent aucuns chevaliers de Cam-
(1*^11 est nommé Gossuîn de la Moere dans les trophées du Bra^ hant, par Butkens, in-f*, Anvers, 164 1. P. 24^* •'-'* Iwmie foi de cet an- teur est assez généralement suspecte en matière de généalogie. On Taccuse d^ayoir fabriqué plusieurs des pièces quHl rapporte. Aussi ne le citerai-je jamais que pour rectifier Torthographe des noms des fa- milles du Brabant. J. D.
^2) Quelques manuscrits donnent deCaurcelle^ et de Courcerelles; les trophées du Brabant disent Jean de Quaderebbe. J. D.
f 3) Ce Jean le Beauz ouïe Bel est indubitablement le chanoine de Si. Lambert de Liège, sur les mémoires duquel Froissart a composé cette histoire. Son pays, son nom, relui de son frère ne permettent pas de le oiéconcoltre. Gomme il a été témoin oculaire de ce qui s^est passé dans l'expédition d'Ecosse dont on va lire lliistoire, son récit doit être du plus grand poids. Il est d'ailleurs intéressant en ce qu^il fournit des détails que les historiens Anglois contemporains ont négligés ou dont ils n'ont pas été à portée d'être instruits. Son nom est si défiguré dans les éditions de Froissagrt et même dans plusieurs manuscrits que jus- qu'ici il n'avoit pas été possible de faire cette observation et d'attri- buer k ce morceau d'histoire le degré d'autorité qu'il doit avoir. On peut consulter sur Jean le Bel et sur sa famille /* Miroir des nobles de ffasboje, P. t58 et suiv. J. D.
FROISSART. T. I. 5
N
r
66 LES CHRONIQUES (iSa?)
brésis et d'Artois de leur volonté, pour leurs corps avancer; tant que le dit messire Jean de Hainaut eut bien en sa compagnie cinq cents armures de fer bien étoffés et richement montés. Après eux, es fêtes de la Pentecôte, vinrent messire Guillaume de Ju- liers ^'\ qui fut depuis duc de Juliers, après le décès de son père, et messire Thierry de Heinsberg^*\ qui puis (depuis) fut comte de Los ^^^ , à (avec) belle route (suite), et tout pour faire compagnie au dit chevalier.
CHAPITRE XXXI. '
Gomment grând'dissention mut entre les hainuiers ET les Archers d'Angleterre dont grand mes- chef en vint.
JLe jeune roi d'Angleterre, pour mieux fêter ces seigneurset toute leur compagnie, tint une grand' cour le jour de la Trinité , ^^^ en la maison des frères mineurs là où il et madame sa mère étoient héber-
(i) Guillaume VI du nom, premier duc de Juliers. J.D.
(a) Il étoit fils de Godefroy II du nom, seigneur de Heinsberg, et de Mectilde de Los. Il devint comte de Los k la mort de Louis IV son oncle, seigneur de Los et de Chiny, qui Tinstitua son héritier univer- sel en i335. {Hist, gén. de la mais, de Fr. T. x P. 332, 333.) J. D.
(3) Quelques manuscrits ^enU qui puis Jia connétable deTosi.!.^-
(4) Sur Tusage où étoient les rois et les princes de tenir des assem- blées solennelles ou cours plénières aux grandes fêtes de rannec. (Voyex du Gange, dissertation k^ sur t histoire de Joinville^V* i^t^ suif, et tm mémoire de M. Gautier de Sibert, dans les mémoires de PA- cadémie des belles lettres, T. 4 1 . P, 583.) /. D. \
l
(i3^7) I>E JEAN FROISSART. G7
gés, ettenoient leur tinel (état) chacun par lui, c'est à savoir, le roi de ses chevaliers, et la reine de ses dames dont elle avoit grand'f oison avec li (elle.)
A cette cour eut bien le roi cinq cents chevaliers et en fit quinze nouveaux j et madame la reine tint sa cour et sa fête au dortoir, et eut bien séant (sié- geant) à table soixante dames qu'elle avoit priées et mandées pour mieux fêter le dit messire Jean de Hainaut et ces autres seigneurs. Là put-on voir grand'noblesse de bien servir de grand'plenté (abon- dance) de mets et d'entremets si étranges et si dé- guisés , qu'on ne les pourroit deviser (deviner). Là put-on voir dames noblement parées et richement a tournées, qui eut loisir j mais adonc ne put-on avoir loisir de danser ni de plus fêter, car tantôt après dî- ner un grand butin (dispute) commença entre les garçons ^'^ des Hainuiers et les archers d'Angleterre qui entre eux étoient hébergés pour occasion d'un jeu de dés,^""^ de quoi grand mal vint, si comme vous orrez (entendrez)^ car ainsi que ces garçons se com- battoient à (avec) aucuns de ces Anglois, tous les autres archers qui étoient en la ville et ceux qui étoient hébergés en cettui faubourg furent tantôt ensemble atout (avec) leurs arcs appareillés et se
^i) Ce mot qui signifie ordinairement valet ou goujat, paroit dé-
sigaer ici ces soldats subalternes que les gens d** armes menoient kleur
suite, soit pour porter leurs armes, soit pour les seconder dans certai-
nes occasions. Si ces gardons eussent été des valets proprement dits,
ils auroient été logés chez leurs maîtres, et nauroient pas eu leur quar-
tier avec les archers Anglois. J. D.
Cti) Les imprimés omettent cette circonstance et abrègent un peu ce eliapitrc. J. D.
s*
C8 LES CHRONIQUES (i5a7)
boutèrent au hahay (dans la mêlée) et navrèrent (blessèrent) de commencement tout plein des gar- çons des Hainuiers: si les convint retraire (retirer) en leurs hôtels. Le plus (la plupart) des chevaliers et de leurs maîtres étaient encore à la cour qui de ce ne savoient rien; et tantôt qu'ils ouïrent nouvel- les de ce butin (désordre) ils se trairent (retirèrent) au plus tôt qu'ils purent chacun vers son hôtel qui peut entrer dedans j et qui n'y peut entrer il le cod- vint demeurer dehors en grand péril j car ces archers qui étoient bien deux mille, avoient le diable au corps et tr aioient ( tiroient) despersément (désespéré- ment) pour tout tuer, seigneurs et varlets. Et veut- on dire et supposer que c'étoit fait tout avisé etpour- parler d'aucuns des amis des Spensers et du comte d'Arundel qui avoient été mis à fin par messire Jean deUainaut,si compie vous avez ouï raconter ci-des- sus. Si s'en vouloient contrevengeraux Hainuiers, et mêmement à monsieur Jean deHainaut s'ils eussent pu,etbien s'en mirent en peine, sicommevous orrez (entendrez) j car encore les AngloisetlesAnglesches (Angloises) de qui les hôtels étoient, douoient leurs huis (portes) et leurs fenêtres au devant des Hai- nuiers, et ne les laissoient dedans entrer. Toutefois il en y eut aucuns qui entrèrent par derrière en leurs hôtels et s'armèrent moult vîtement Quand ils fu- rent armés, ils n'osèrent issir (sortir) hors par devant pour les (à cause des)sagettesî maisissirent horspar derrièreparles courtils (jardins) et rompirentles clô- tures et postiz(barrières) , et attendirent l'un l'autre en une place qui là étoit,tant qu'ils furent bien cent
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ou plus, tous armé^, et bien autant tous désarmés, qui ne pouvoient entrer en leurs hôtels.
Quand ceux armés furent ainsi assemblés, ils se hâtèrent pour secourir les autres compagnons qui défendoient leurs hôtels en la grand'rue, au mieux qu'ils pouvoient, et passèrent ceux armés parmi Thô- tel du seigneur d'Enghien,qui avoit grands portes derrière et devant en la grand'rue,et se férirent (je- tèrent) appertement( vaillamment) en ces archers. ^'^ Du trait y eut foison des Hainuiers navrés et blessés^ et là furent bons chevaliers messire Fastres des Rues, messire Perceval de Semeries, et messire Sanses deBoussoy jcar ces trois chevaliers ne purent oncques entrer en leurs hôtels pour eux armer ^ mais ils firent autant d'armes que tels qui étoient armés ^ et tenoient grands longs leviers et gros de chêne qu'ils avoient pris en la maison d'un charron, et donnoient les horions si grands que nul ne les osoit approcher, et en abattirent ce jour, si comme on dit, plus de soixante j car ils étoient grands et forts chevaliers durement. Finalement, les archers qui là étoient furent déconfits et mis en chasse et en y eut
( I ) On trouve dans le CoUectanea de Leland une relation difierente de cet événement. T. i. Part. 2. P. 307. <c Anno domini i3a8,HunaIdi apud Elboracum combusserunt de suburbio ciyitatis feré unamparo- chiam, quae vocatur S. Nichoiai in Ousegate, propter contumeliani mo- tam inter burgenses et illos, quia ceperunt uxores bnrgensium, et fîlias, et ancillas, per vim in suburbio ciyitatis. Burgenses vero suburbii, indignati de tali facinore, congressi sunt cum Hunaldis more bellico: et ex utraque parte bene armati, unâ die martis,in septembri, antè so- Us ortimi, in IVatelingate^ dormiente tota civitate, summo manè, ibi cecideruntde Hunaldis 527, praeter eos qui laetaliter vulnerati sunt et obierunt in 3 die et in 4 seqnenti. De ÂngLis ceciderunt a4a. Sub- mersi inO^^e fluiuine de Hunaldis inventi sunt i36. » J. À. B.
70 LES CHRONIQUES (i3'i7)
bien morts, que en la place que aux champs, trois cents ou environ, qui tous étoient de l'évêché de Lincoln. Si crois que Dieu n'envoya oncques si grand'fortune à aucunes gens qu'il fit à messire Jean de Hainaut et à sa compagnie^ car ces gens ne tendoient fors toujours qu'à eux murdrir (tuer) et dérober} combien qu'ils fussent là venus pour la be- sogne du roi: ni oncques ne furent ni ne demeurè- rent en si grand péril, ni en telle angoisse, ni peur de mort qu'ils furent le terme qu'ils séjournèrent à Ébruich ( Yorck ). Et encore ne furent-ils oncques bien asseur (assurés) jusques à tant qu'ils se trouvè- rent à Wissanj car ils encheirent (tombèrent), en si grand' haine et malivolence (malveillance) de tout le remenant (reste) des archers qu'ils les haioient (haïssoient) plus assez que les Écossois qui tous les jours leur ardoient (bruloient) leurs pays j et disoient bien les aucuns chevaUers et barons d'Angleterre aux seigneurs de Hainaut, qui point ne les haioient
(haïssoient), pour eux aviser et mieux garder, que ces archers et autres communes d'Angleterre étoient recueillis et alhés plus de six mille ensemble et me- naçoient les Hainuiers d'eux venir tous ardoir (brû- ler) et tuer en leurs hôtels, de nuit et de jour , et ne trouveroient personne de par le roi ni des barons qui les osât aider ni secourir. Donc s'ils étoient en grand' mésaise de cœur et en grand'hideur (frayeur) quand ils oyoient ces nouvelles , ce ne fait point à deman- der: ni ils ne sa voient quelque chose penser ni avi- ser qu'ils pussent faire selon ces nouvelles, ni ils n'a-
voient espérance de retourner en leur payç, ni de
(15-27) I^E JEAN FROISSART. 71
jamais voir ni parler à nuls de leurs amis, ni ils n'o- soient éloigner ((juitter) le roi ni les hauts barons ; et si ne pouvoient sentir nul confort pour eux aider ni garantir. Si n'avoient autre entente (intention) fors que d'eux bien vendre et leurs corps défendre chacun et aider l'un l'autre. Si firent les chevaliers de Hainaut et leur conseil plusieurs bonnes ordon- nances, par grand avis, pour eux mieux garder et défendre, par lesquelles il convenoit toujours gésir (coucher) par nuit armés, et par jour tenir en leurs hôtels, et les harnois a voir appareillés, et les chevaux tous ensellés; et les convenoit toujours par nuit et par jour guéter par connétablies (compagnies) les champs et les chemins d'entour la ville, et envoyer aucunes écoutes demie heue loin de la ville pour écouter si ces gens viendr oient ainsi que informés étoient et qu'on leur rapportoit j et leur disoient cha- cun jour gens créables (croyables) , chevaliers et écuyers,qui bien le cuidoient (croyoient)savoir. Par quoi si ces écoutes ouïssent (eussent entendu) gens émouvoir pour venir devers la ville, ils se dévoient retraire vers ceux qui gardoient les champs pour eux maintenir et aviser, afin qu'ils fussent plutôt montés et appareillés et venus ensemble chacun à sa bannière en une place [qui pour ce étoit avisée et ordonnée.
^j'X LES CHRONIQUES (iSin)
CHAPITRE XXXII.
Comment les Hainuieas furent en grand meschef
ET PEINE PAR l'esfAGE DE QUATRE SEMAINES^ POUR LA CRAINTE DES ÂnGLOIS.
JCiN CETTE tribulation demeurèrent eux en ce fau- bourg par l'espace de quatre semaines que tous les jours on leur rapportoit telles nouvelles ou pires assez, et telles fois pires un jour que l'autre, et en virent plusieurs apparences qui durement les éba- bissoit Car au voir (vrai) dire, ils n^étoient qu'une poignée de gens dedans, au regard de la communau- té du royaume d'Angleterre qui là étoit assemblée, ni ils n'osoient éloigner (quitter) leurs bôtels,ni leurs armures, ni entrer en la cité, excepté les seigneurs qui alloient voir le roi et la reine et leur conseil, pour fêter et pour apprendre des nouvelles, ni ne savoient combien longuement on les tien droit en telle angoisse. Et si le meschef de la mésaventure et le péril n'eut été, ils séjournoient assez aise j car la dté et le pays d'entour eux étoit si plenturcùx (fertile), que en plus de six semaines que le roi et tous les seigneurs d'Angleterre et les étrangers et leurs gens, dont il y avoit plus de soixante mille hommes,séjournèrentlà,ne rencbérirent les vivres qu'on n'eut la denrée pour un dénier aussi bien qu'on avoit para vaut qu'ils y vinssent, bons vins deGasco-
(i5!i7) ^E JEAN FROISSART. ']3
gne,d'Ausay ^'^ et de Rhin à très bon marché, pou- • laille et toutes manières d'autres -vivres aussi; et leur amenoit-on devant leurs hôtels le foin, l'avoine et la litière, dont ils étoient bien servis et à bon marché.
CHAPITRE XXXIII.
Comment le roi d'Angleterre se partit de la cité
DE EbRUICH (YorCk) ATOUT (avec) SON OST (arMÉe) POUR ALLER VERS EcOSSE^ ET GOMMENT LES EcOSSOIS ENTRERENT EN ANGLETERRE.
vJuAND ils eurent là séjourné par l'espace de quatre semaines après la bataille, on leur fit à savoir de par le roi et les maréchaux que chacun se pourvut de- dans cette autre semaine, de charrettes et de tentes» pour gésir (coucher) aux champs, et tous autres ou- tils nécessaires pour aller par devers Ecosse , car le roi ne pouvoit là plus séjourner.
Adone se pourvut chacun au mieux qu'il put, se-
(i) Quelques manuscrits disent AusoieSy d^autres Aussjrx lord Ber- ners dit Angiew, Anjou. J. A. B.
La ressemblance du nom cité dans les manuscrits firançois avec celui d!Auxois, canton de Bourgogne qui produit beaucoup de vins, pourroit faire croire qu^il s^agit ici de ce canton: mais on ne sauroit douter que le mot Ausajr ne désigne l'Alsace qu'ion trouve souvent appelée de ce nomdans les historiens des XIV et XV« . siècles. {Voyez entr^autres la chron,de Fiandre, publiée par Sauvage, m/b/. Lyon i56i.P. la et 5«iV.) On sait d'ailleurs qu'k cette époque les vins de Bourgogne ne sortoient guère delà province, tandis que ceux d'Alsace étoient depuis long-temps recbercbés de toute l'Europe. J. D.
74 LES CHRONIQUES (iS^y)
Ion son état. Quand on fut appareillé, le roi et tous ses barons se trairent (retirèrent) hors et allèrent lo- ger six lieues loin de la dite cité: et méssire Jean de Hainaut et sa compagnie furent logés au plus près du roi pour honneur, et pourtant (attendu) aussi qu'on ne vouloit mie que les- archers qui tant les haioient ( haïssoient ) eussent aucun avantage sur eux. Si séjournèrent le roi et ses premières routes (troupe3) deux jours pour attendre les derniers et pour mieux aviser chacun si il lui failloit (manquoit) rien. Au tiers jour après, Fost (armée) qui étoit là se délogea et se traist (retira) avant de jour en jour, tant qu'on vint outre la cité de Durham une grande journée, à l'en- trée d'un pays qu'on appelle Northumberland ^'^ , qui est sauvage pays plein de déserts et de grandes montagnes , et durement pauvre de toutes choses fors que de bêtes j et court parmi une rivière pleine de cailloux et de grosses pierres que on nomme Tyne: sur cette rivière sied en un mont la ville et le châtel qu'on appelle Cardueil ^""^ en Galles, qui fut jadis au
(i) Froissart écrit Norûionbrelande, comme il a entendu prononcer dans le pays. J. A, P,
(-2) GarJisIe, dans le comte de Cumberland. Froissart aura entendu d^une manière peu correcte la prononciation de cette viUe et aura subs- titué un </ k un /. Quant au son isle qui se prononce k peu près àîl, et qu'il écrit ueil, tH lui étoit difficile de le représenter bien exactement en fratiçois. Lord Berners écrivoit ce mot Carlyel. Froissart met cette ville en Galles, c'est4i-dire Galloway, et il n'y a Ik qu'une légère erreur; les limites de la province de Galloway, quine comprend aujourd'hui que le Wigton sbire et le Kirkudbrigbt sbire, n'étoientpas alors fort exacte- ment tracées, et comme les Écossois et les Anglois étoient toujours en guerre sur ces provinces limitrophes, tantôt les provinces méridionales de l'Ecosse s'agrandissoient aux dépens des provinces septentrionales de r Angleterre, tantôt ces dernières s'agrandissoient aux dépens des
(i5'27) ^^ JEAN FROISSART. 'jS
roi Artus, et où il setôDoit moult volontiers, et à val est la bonne ville que on appelle le Neuf-châtel (New-
autres. La véritable erreur géographiqueconsistek placer Carlisle sur la Tyne, taadis qu'cfle est placée sur rEden., Lord Berners et Jolines ont corrigé cette erreur dans leurs traductions, et modifient k peu près ainsi le texte de Froissart.« Sur cetterivière siédlaviUedeNewcastle.Lk étoit le maréchal d'Angleterre pourgarderlepays. ACarlisle setrouToit un corps considérable de Gallois sous le commandement du sire de Mow- bray et du comte deHereford. » Froissart commet de phis ici une erreur historique en parlant de Cardueilen Gilles qui Jitt,dit-îi\, jadit au r<H Artus. Le fait est que les possessions d'Arthur ne se trouyoient pas de ce c6té. Elles étoient placées dans la province de Galles méridionale, dans la partie appelée aujourdhui Glamorgau shire. Froissart aura confondu le pays de Galles où s' étoient réfugiés les restes des anciens Breton s'avec la province Écossoise de Galloway» Dans ce siècle de chevalerie, il n^est pas étonnant que le petit chef Arthur battu par le Saxon Cerdic qui fonda Pétat de V^essex (West' Saexna) dans la première moitié du sixième siècle, se soit grandie un tel point dans l'imagination supers- titieuse des Bretons humiliés. Ce qui aura pu contribuer k induire Froissart en erreur, c'est qu'il- y avoit en effet un Caer-leon dans le Montmouth shire contigu au Glamorgan shire, et que cette ville fut peut-être le siège de la résidence d'Arthur. Dans tous les romans de chevalerie, ce Caer-leon étoit appelé Cardueîl, comme Froissart l'écrit. Le château de Carlisle est devenu plus tard la prison de Marie Stuart. Au reste Froissart n'a fait que partager l'erreur commune k tous les habitants de ce qu^on appelle les Border s ( marches ) de l'Ecosse. En parcourant moi-même ce pays, il y a quelques années, je l'ai trouvé encore tout rempli du souvenir d'Arthur. Ainsi par exemple, entre Carlisle et Penrith, j'ai trouvé un lieu appelé la table ronde d'Ar- thur. Une montagne contigue au palais d'Hplyrood k Ediyibourg, s'ap- pelle Arthur's seat. Dumbarton, k quelques lieues du lac Lomond est mentionnée dans le roman d'Arlhur sous le nom d'Aldud, k causede son nom Erse d'AlcIuyd. Bamborough Castle est le chàtel orgueilleux. A Berwick on vous indique le château de la jojreuse garde, habitation favo- rite de Lancelot du Lac. La forêt d'Ettrick étoit le lieu chéri de l'en- chanteur Merlin enterré, dit-on, k Drummelziar. Cette forêt étoit dans le domaine d'Urien et d'Ywain. Le comté de Gallov^ay étoit le patrimoine de Gauvain. A Stowe, dans la vallée de Gala {iVedate ou VaUis sancla de Nennius), quelques milles au dessus de Melrose, étoit Téglise de Sainte Marie où Arthur déposa un morceau de l$i vraie croix. Enfin k Meigle, dans le comté d'Angus, entre Coùpar et Forfar, on
76 LES CHRONIQUES (13^7)
castle) sur Tyne. Là étoit le maréchal d'^Angleterre atout(avec)grands gens d^armes, pour garder le pajs contre les Écossois qui gissoient aux champs pour entrer en Angleterre. Et à Gardueil (Carlisle) aussi gissoit grand'foison de Gallois, dont le siredeMow- bray et le comte de Hereford étoient conduiseurs et gouverneurs, et pour défendre le passage de la ri- vière ^'^i car les Ecossois ne pouvoient entrer en An- gleterre sans passer outre la dite rivière ^*^ . Et ne purent savoir les An^ois certainement nouvelles des Écossois jusques à ce qulls vinrent à l'entrée d'icelui pays: mais adonc purent voir apparemment les fu- mières des hamelets et des villages qu'ils ardoient (bruloient) en vallées d'icelui pays ; et avoient passé cette rivière si paisiblement qu'oncques ceux deCar- dueil (Carlisle) ni ceux de Neuf-châtel (Newcastle) sur Tyne n'en surent nouvelles, ce disoient j car en- tre Cardueil (Carlisle) et Neuf-châtel (NewcaMle) peut bien avoir environ vingt quatre lieues (milles) Anglesches (Angloises). Mais pour mieux savoir la ma- nière des Écossois, je me tairai un petit des Anglois et deviserai aucune chose de la manière des Écossois et comment ils sceiveiit (savent) guerroyer.
TOUS montre encore la tombe de dame Ganore, la belle Gt«|ei|kyfar ou
- Genévre de nos romanciers. OnTOÎt donc que Froissart s*est contenté
d'accueillir les traditions du pays, sans songer à examiner si elles étoient fondées ounon. J. A. B.
(ijL^Eden.J.A. B.
(a) Lisez comme dans les traducteurs anglois: tune de ces deux rivières, J. A.B.
(i3i7) I^E JEAN FROISSART. 77
CHAPITRE XXXIV.
Comment les Egossoisse gouvernent et maintien- nent QUAND ILS SONT EN GUERRB.
J-iES Écossois sont durs et hardis et fort travaillans en armes et enguerrej et ace tempslà Usaimoient et prisoient assez peu les Anglois ^'^ , et encore font-ils à présent; et quand ils veulent entrer au royaume d'Angleterre ils mènent bien leur ost (armée) vingt ou vingt quatre lieues (milles) loin, que de jour que de nuit , de quoi moult de gens se pourroient émer- veiller, qui ne saur oient leur coutume.
Certain est que quand ils veulent entrer en An- gleterre, ils sont tous à clieval les uns et les autres, e3:cepté la ribaudaille ^*^ qui les suit à pied; c'est à savoir, sont les chevaliers elécujersbienmon tés sur bons gros ronci|>s, et les autres communes gens du pays sur petites haquenées ^^\ Et si ne mènejitpoint de charroi, pour les diverses montagnes qu'ils ont à passer parmi ce pays dessus-dit , qu'on appelle Nor-
(1} Les imprimes omelteut ce qui est dit ici du peu d^estime que les Écossois faisoient des Anglois: iJs omettent aussi la dernière phrase du chapitre précédent; et en général ils abrègent toujours plus ou moins. J. D.
(3) On appeloit Ribaudaille ou Rihaux les troupes légères, les enfans, perdus, les goujats ou yalets d'^armée: ces mots furent ensuite employés pour désigner les fainéans, les libertins et les mauvais sujets de tout« espèce. {jKoyez le Glossaire de Ducaiige au mot Ribaldi, et le supplém,de D. Carpentier.)J.D.
(3) Ces sortes de petite, chevaux ont conservé le nom de GaUoways (lu pays qui les produit. J. A. 6.
78 LES CHRONIQUES (13^7)
thumberland: et si ne mènent nulles pourvéances (provisions) de pain ni de vin 5 car leur usage est tel en guerre et leur sobriété qu'ils se passent bien assez longuement de char (chair) cuite à moitié, sans pain, et déboire yaue (eau) de rivière, sans vin, et si n'ont que faire de chaudières ni de chaudrons, car ils cui- sent bien leur chair au (dans le) cuir des bêtes mê- mes, quand ils les ont écorchées, et si savent bien qu'ils trouveront bêtes à grand'foison au pays là où ils veulent aller: par quoi ils n'emportent autre pour- yéance (provision), fors que chacun emporte entre la selle et le penniau (panneau) une grande plate pierre, et trousse derrière lui une besace pleine de farine, en cette entente (intention) que quand ils ont tant mangé de chairs malcuites que leur estomac leur semble être wit (vuide) et afibibli, ils jettent cette pierre (tuile) au feu et détrempent un peu de leur farine et d'eau j et quand leur pierre est échauffée, ils jettent de cette claire pâte sur cette chaude pierre, et en font un petit tourtel (tourtre),en manière d'une oublie de béguine, et le mangent pour reconforter leur estomac. Par quoi ce n'est point de merveille s'ils font plus grands journées (voyages)que autres gens, quand tous sont à cheval hormis la ribaudaille, et si ne mènent point de charroi ni autres pourvéan- ces (provisions), fors ce que vous avez ouï.
En tel point étoient eux entrés en celui pays des- susdit Si le gâtoient et ardoient (incendioient) et trouvoient tant de bêtes qu'ils n'en savoient que faire, et avoient bien trois mille armures de fer, che- valiers et écuyers, montés sur bons roncins et bons
(i3i7) DE JEAN FRQISSART. 79
coursiers, et vingt mille hommes armés à leur guise, apports (experts) et hardis, montés sur petites ha- quenées qui ne sont ni liées ni étrillées; mais les en- voie-t-on tantôt paître qu'on est descendu en prés, en terre et en bruyères. Et si avoient deux très bons capitaines, car le roi Robert d'Ecosse qui étoit moult preux étoit adonc moult vieux et chargé de la grosse maladie ^'^ : si leur avoit donné à (pour) ca- pitaine un moult gentil prince et vaillant en armes , c'est à savoir, le comte de Moray qui portoit un écu d'argent à trois oreillers de gueules, et messire Guil- laume ^*^ de Douglas qu'on tenoit pour le plus hardi et le plus entreprenant de tous les deux pays , et portoit un écu d'azur à un chef d'argent et trois étoi- les de gueule en l'argent; et étoient ces deux sei' gneurs les plus hauts barons et les plus puissans de tout le royaume d'Ecosse, et les plus renommés en beaux faits d'armes et en grands prouesses. Or veux- je revenir à notre matière.
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CHAPITRE XXXV.
I
Comment les Anglois se mirent en trois batailles
POUR GUIDER (croire) COMBATTRE LES EcOSSOIS QUI TOUT ÀRDOIENT ( INCENDIOIENT ) , MAIS ILS NE LES PURENT ACONSUIR (ATTEINDRE.)
OuANDle roi Anglois et tout son ost(armée) eurent vu les fumières des Écossois, si comme dit est de-
(1) On a déjà tu qu^il s^agissoît de la lèpre. J. A. B.
(a) Froissartse trompe sur le nom de ce capitaine: les historiens
8o LES CHRONIQUES (15^7)
va^, ils surent bien que c'étoit les Ecossois qui entrés étoient en leur pays. Si firent tantôt cricfr alarme et commander que chacun se délogeât et suivit les bannières. Ainsi fut-il fait , et se trairent (retirèrent) chacun armés sur les champs comme pour tantôt combattre. Là endroit furent ordon- nées trois batailles grosses à pied , et chacune ba- taille avoit deux ailes de cinq cents armures qui dévoient demeurer à cheval. Et sachez qu'on disoit qu'il y avoit bien là huit mille armures de fer, che- valiers et écuyers et trente mille hommes armés, la moitié montés sur petites haquenées, et l'autre moi- tié sergens à pied ^^\ envoyés par élection des bon- nes villes , à leurs gages , chacune bonne ville pour sa rate (part) 5 et si y avoit bien vingt quatre mille archers à pied, sans la ribaudaille. Tout ainsi que les batailles furent ordonnées, on chevaucha tout rangé après les Ecossois, à Fassent (senteur) des fumières, jusques à basses vespr es ^'^.Adonc se logea Tost (armée) en un bois, sur une petite rivière, pour eux aiser (mettre à l'aise) et pour attendre le char- roi et les pourvéances (provisions): et tout le jour avoientars (brûlé) les Ecossois à cinq lieues près de leur ost } et ne les pouvoient aconsuir (atteindre).
Anglois rappellent, avec raison, Jacques de Douglas. On ne trouve k , cette époque dans la maison de Douglas aucun sujet du nom de Guil- laume en état de porter les armes. [Hist. gén. de la mais, de Fr, T. 9. P. 400.) J.D.
(i)Les imprimés ajoutent coustilliers, soldats armés d*\me espèce de sabre appelé coustille, J. D.
(a) C'est-à-dire vers le soir, j'ai déjà expliqué ces locutions habi- tuelles k Froissart (Voyez note i. P. 19.) J. A. B.
(15^7) DE JBAN FROJgSART. 8 1
Lendemain au point du jour chacun fut armé, et trairent (menèrent) les bannières aux champs, cha- cun à sa bataille et dessous sa bannière, si comme ordonné étoit. Si chevauchèrent les batailles ainsi rangées tout le jour, sans dérouter, par montagnes et par vallées j ni omçques ne purent approcher les Écossois qui ardoient (brûloient) devant eux , tant y avoit de bois, de marais et de déserts sauvages et mauvaises montagnes et vallées j et si n'étoitnul qui osât, sur la tête à couper, forpasser qî chevaucher devatnt les bannières, excepté les maréchaux et leurs gens, ir
CHAPITRE XXXVI.
Comment les Ânglois se logerekt, tous armés, en
VJX BOIS JUSQUES A MIE-NUIT, MQULT TRAVAILLÉS (fA- TIGUÉs) DE POURSUIR ( POURSUIVRE ) LES EcOSSOIS.
(JxjAND ce vint après nonne (midi) sur le vespre (soir) , et gens , chevaux et charroi , et mêmemen t gens à pied étoient si travaillés (fatigués) qu*ils ne pou- voient iBi^is (plus) aller avant; et les seigneurs se per- çurent et virent clairement qu'ils se travailloient (fatiguoient) en cette manière pour néant; et fut en- core ainsi que les Écossois les voulussent attendre, si se mettr oient si bien sur tel avantage, sur telle montagne, ou sur tel pays, qu'ils né se pourraient à eux combattre sans trop grand mesche£ Si fuf com^ mandé de par le roi et les maréchaux qu'on se lo- froissart. t. I. 6
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8a LE$ GHRONiQl}^ {iS'k^)
geâtlàendroit> c^cim ainsi qu'il et(^^)tisqûas à lendemain, pour avoir conseil comment on se maîn*- tiendroit Ainsi fut l'ost (armée) logé toute nuit en un bois, sur une petite rivière; et le roi fut logé en une pauvre cour d'abbaye ^e moines noirs qui 4à étoit Ses gens d'armes uns et autres, chevaux, char- roi et l'ost ( armée ) en suivant furent logés moult loin, travaillés (fatigués) outre mesure. Quand cha- cun eut pris pièce de terre pour loger , les seigneurs se trairent (i'etirèrenl) ensemble pour avoir consul comment ils se pourroient combattre aux Écossois selon le pays où ils étoient ; et leur sembla ,.j^elon ce qu'ils voyoient, que les Écossois s'e» ralloient leur voie en leur pays, tout ardant (brûlant); et que nul- lement ils ne se pourroient combattre à eux entre ces montagnes, fors que à (avec) grand meschef (perte), et si ne les pouvoient aconsuir(atteiiidrey;mais pas- ser leur convenoit cette rivière de Tynersi fut là dit en grand conseil que si on se vouloit lever devant mie-nuit, et lendemain un petit hâter, on leur toul- droit (ôteroit) le passage de. la rivière, et convien- droit qu'ils se combattissent à leur meschef (perte), ou ils demeureroient tous coys (immobiles) en An- gleterre pris à la trappe.
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(i3i7) I>£ J£^ FROlSi^T. 83
CHAPITRE XXXVII.
COHMENT LES ÂnGLOIS CHEVAtlCfiERElTT TOtJS LES /OUBS JPÀR MÔlS'T AGNES Wt PAR DÉSERTS^ CXJIDAWT (cROYANT) TROUVER LEsEcOSSOIS JUSQUE6 A LA RIVIERE DeTtITE.
A CETTE entente (intention) çue dit vous ai, fut adonc ordonné et accordé que chacun se traist (retirât) à sa loge pour souper et boire ce qu'il pour* roit avoir, et dit chacun à ses compagnons que sitôt qu'on orr oit (entendroit) la trompette tromper, cha- cun misses selles et appareillât ses chevaux; et quand on Porroit la seconde fois que chacun s'armât; et à la tierce fois que chacun montât saBS targier (tarder) eC se retraist (retirât) à sa bannière, et que chacun prît sans plus un pain et le troussât derrière lui, en guise de braconnier; et aussi que chacun laissât là endroit tous harnois, tout charroi et toutes autres pourvéances (provisions); car on se combattroit len- demain à (avec) quelque meschef que ce fut Ainsi que ordonné fut, fut-il fait, et fut chacun armé et monté à la droite mie-nuit: peu en y eut de ceux qui dormirent, combien qu'on eut moult travaillé (fati- gué) le jour. Ainçois (avant) que les batailles fussent ordonnées et assemblées à leur droit, commença le jour àparoir (paraître): lors commencèrent les ban- nières à chevaucher moult despersement (impétueu* sèment) par bruyères, par montagnes; par vallées et par bocailles (bocages) malaisés , sans point de plein pays, et pardessus les montagnes; et au plein des
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84 WS CHRONIQUES (13^7)
vallées étoieht crolières ^'^ et grands marais, et si divers passages que merveilles étoit que chacun n'y demeuroit j car chacun chevauclioit toujours avant sans attendre seigneur ni compagnon j et sachez que qui fut encrolé en ces crolières (tourhières) il eut trouvé à malaise qui lui aidât Et si y demeurèrent grand'foison de bannières atout (avec) les chevaux en plusieurs lieux , et grand'foison de sommiers (bêtes de somme) et de chevaux, qui oncques puis n'en is- •firent (sortirent), et cria-t-on moult ce jour alarme, etdisoit-onqueles premiers se combattoient. aux en- * nemisj si que chacun, cuidant quecefutvoir (vrai), 5e hâtoit quant (autant) qu'il pouvoit, paymi ma- rais, parmi pierres et cailloux, parmi vallées etmou- tagnes, le heamae appareillé, l'écu au col, le glaiye ou l'épée au poings sans attendre père^ ni frère, ni conipagnon. Et quand on avoit ainsi couru demie lieue ou plus, et on venoit au heu dont ce hutin (bruit) ou cri naissoit, on se trou voit déçu; car ce avoient été cerfs ou biches, ou autres bêtes sauvages, de quoi il avoit grand'foison en ce bois et en ces bruyères, et en ce sauvage pays qui s'émouvoient et fuy oient devant ces bannières et ces gens à cheval qui ainsi chevauchoient, ce que oncques n'avoient ' vu: adonc huoit'(crioit) chacun après ces bêtes; et on cuidoit (croyoit) que ce fut autre chose.
(i) Terrains dont le fond est mourant. U en existe encore -beaucoup en Irlande et en Ecosse. Le philantrope Lord Kames a montré sur ses t«rres comment, k force de persévérance et d^industrie,OD pouToit ren- dre ee soJ à r agriculture. J. A. B.
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{i527) ^^ -JE^ FROISSART. 05
CHAPITRE XXXYllI.
Gomment les ânglois se logèrent sur la rivière DE Tyne ou ils souffrirent grjlnd'mésaise.
Ainsi chevauclia le jeune roi Anglois ceîui jour et tout son ost (armée) parmi ces montagnes et ces dé- serts, sans chemin tenir, sans voie, sans sentier et sans ville trouver, fors que par atjs , selon le soleil. Et quand ce vint à basses vespres ^*^ que on fut venu sur cette rivière de Tjne ^^^^ue les Écossois avoient passée, et leur convenoit repasser, ce disoient et cui- doient(croyoient)lesAnglois,et ils furent là venus si travaillés (fatigués) et si fortmenésque chacun peut penser,. ils. passèrent outre.la rivière à gué, moult à mal aise , pour les g):ands pierres qui dedans gîssoient. Et quand ils furent passés, chacun s'alla loger selon cette rivière, ainsi qu'il put prendre terre. Mais ain- çois (avant) qu'ils eurent pris pièce de terre peureux loger, le soleil commença à esconser(se coucher), et si y avoit peu d'eux qui eussent haches, ni cognées,, ferrements ni instruments pour loger, ni pour couper bois. Et si eny avoit plusieurs qui avoient perdu leurs compagnons et ne savoient qu'ils étoient devenus r s'ils étoient à mésaise, ce n'étoit point de merveille. Et mêmement les gens de pied étoient demeurés der-
(i) Vers le soîr.
(a) La rivière dé ce nom se compose de deux branches, NortK Tyne- ctSoQthTyne :1a première au nord du mur d^Âdrîen, la seconde- au nid,c[aise joignent toutes deux k Ue-xham situe an sud du méine mur- romaio. J.A.,B.
86 LES CHRONIQUES (1327)
rière et si ne sayoient en^quellieu ni à qui demander leur chemin j dont ils étoient tous fort à mal aise. Et disoiént ceux qui mieux cuidoient (croyoient) con- noître le pays, qu'ils avoient cheminé ce jour vingt huit lieues(milIes)angîoises^'\ ainsi courant comme vous avez ouï sans arrêter, fors que pour pisser, ou son cheval ressangler. Ainsi travaillés (fatigués)hom- mes et chevaux leur convint la nuit gésir (coucher) sur cette rivière tous armés, chacun son cheval en sa main par le freiiijcar ils ne les s^voientàquoilier, par défaut de leur charroi qu'ils ne pusseni avoir mené parmi ce pays que4|Bvisé vous ai. Ainsi ne man- gèrent leurs ^evaux toute la nuit ni le jour devant d'avoine ni de fourrage et eux-mêmes ne goûtèrent tout le jour ni la nuit que chacun soi^pain qu'il avoit derrière lui troussé, ainsi que dit *¥ous ai, qui ftoit de la sueur des chevaux toutsoui)|é et ort (gaté)^ ni ils ne burent autre breuvage que de la rivière qui là couroit, exceptés aucuns seigneurs qui avoient bou- teilles pleines de vin , qui leur portèrent grand con- fort. Et n'eurent toute la nuit ni feu ni lumière, et ne le savoient de quoi faire, horsmis aucuns seigneurs qui avoient tortis (torches) apporté sur leurs som- miers (bêtes de somme). Ainsi que vous oyez, à (avec) tel meschef passèrent-ils la nuit, sans ôter les sellei^ à leurs chevaux, ni eux désarmer; et quand le jour fut venu, en quoi ils espéroient avoir aucun confort et aucune adresse pour eux et leurs chevaux aiser
(i) J'^ai dé]k remarqua que Froissart éoivoit ea général comme il en» ^ Uùdoit:ildit ici Anglesokes sa lien à^Anghises, parce qu^if avoit en- tendu EngUsh J. A. B,
(i3!i7) LES CHRONIQUES 87
(mettre à l'aise), pour manger et pour loger , ou pour combattreauxbcossois qu'ils desiroient motltàtrou- ver pour le désir que ib avoient d'issir (scHrtir) hors de cette mésaise et pauvreté* là oà ils étoient; adonc commença à pleuvoir si uniment et si fort, que ain- çois (avant) nonne (midi) passée , la vivière sur la- quelle ils étoient logés de nuit fut si grand'que nul ne la put passer: par quoi nul ne put envoyer pour voir ni savoir où ils étoient chus (tombés) ni où ils pourroient recouvrer de fourrage ni de litière pour leurs chevaux, joi pain, ni vin, ni autre chose pour eux aiser et lîoutenir. Si les convint jeûner tout le jour ainsi que la nuit, et les chevaux manger terre pour (au lieu de) la wason (gason), ou bruyères, ou feuilles d'arbres, et couper plançons (branches) de bois à (javec)leurs épées et leursbadelaires (coutelas), tous ployans pour leurs chevaux lier, et verges pour faire des logettes pour eux mucier (abriter). Entour nonne (midi) aucuns pauvres dupays furent trouvés: â leur fut demandé où ils étoient chus et embatus (arrêtés). Cils (ceux-ci) répondirent qu'ils étoient à quatorze lieues près de Neuf-Châtel(New-Castle)sur Tyne, et à onze lieues près de Cardueil (Carlisle)en Galles (Galloway) j et si n'avoit aucune ville plus près de là, où Ton put rien trouver pour eux aiser (mettre à l'aise). Tout ce fut nuncié (annoncé) au roi et aux^ seigneurs, et envoya chacun ses messages tantôt celle part , et ses petits chevaux et ses sommiers (bêtes de somme) pour apporter pourvéances (provisions), et fit-on savoir de par le roi à la ville de Neuf-Châ- tel (New-Castle) que qui voudroit gagner, si amenât
88 LES CHRONIQUES (i3^7) .
pain» vin, avoine, poulailles, fromages, œufs et au- tres denrées, on lui payeroit toit sec et le feroit-on conduire à sauf conduit jusques à Tost (armée); et leur (itM)n savoir qu'on ne se partiroit de là entour jusquesàtantque on saurcAt que les Écossois étoient devenus.
CHAPITRE XXXIX.
Comment lss Angl'ois souffrirent grande famine
EUX ET lEURS CHEVAUX TANT Qu'iLS FURENT OUTRE LA RIVIERE DE TyNE.
JLendemain entour heure de nonne (nôdi) revin- rentles messages que les seigneurs et les autrescom- , lignons avoient envoyés aux pourvéances (provi- sions) , et en rapportèrent ce qu'ils purent poUr eux et leurs maisnies (suite) j grandement ne fut-ce miej et avec eux vinrent gens pour gagner qui amenèrent sur pelits chevalets et sur petites mules pain mal cuit en paniers, pauvre vin en grands barils et autres denrées à vendre , dont moult de gens et grand'par- tie de l'ost furent durement appaisésj et ainsi de jour en jour, tant qu'ils séjournèrent là entour huit jours sur cette rivière, entre ces montagnes, en at- tendant chacun jour la survenue des Écossois, qui aussi ne savoient que les Anglois étoient devenus, non plus que les Anglois savoient d'eux. Ainsi fu- rent-ils trois jours et trois nuits sans pain, sans vin, sans chandelles, sans avoine et sans fourrage, ni
(i3î7) I>E JEAN FROISSART: 89
autre pcAirvéance (provision) j et après par l'espace de quatre jours qu'il leur conveuoit acheter un pain mal cuit six esterlins ^'^, qui ne dut valoir qu'un parisis^*^, et un galon ^^Me vin vingtqttafcre esterlins, qui n'en dut valoir que tix. Encore y avoit-on si grand'rage de feimine que l'un le toUoit (arrachoit) hors des mains de l'autre, dont plusieurs liutins (disputes) et grands débats vinrent des compagnons les uns aux autres. Encore avec tous ces meschefs^il ne cessa point de pleuvoir toute cette semaine, pal^ quoi leurs selles, panneaux et contresangles fu^nt tous pourri^ et tous l^s chevaux ou la plus grande partie tachés (blç^és) sur le dosj et ne savoient de quoi ferrer ceux qui étoient déferrés^ nide quoi cou- vrir, fors que de leurs tuniques d'armes ^*^:^t aussi n'avoit la plus grande par Jie que vêtir , ni déquoi soi couvrir pour la pluie, ni pour le froid, fors que de leurs hoquetons et de leurs aï7nures,et n'avoient de quoi faire feu, fors de verte bûche, qui ne <çeut durer contre la pluie,
(x)Uesterlin yaloit 4 deniers tournois de aao ao marc ou un peu moins de 20 sols actuels.- J. A. B. (3) Le parisis yaloit ^5 sous. J. A. B.
(3) Mesure contenant deux pots» ( P^o^ez le supplément au Closs. de Ducange par Carpentier, au mot Galo, ) J. D.
(4) Les imprimés continuent de retrancher j tantôt des mots, tantôt des membres de phrases; ce qui rend qudquefois le sens louche ou absurde. J. D.
go us GHROinQUES (ûvj)
CHAPITRE XL.
Comment ts^ Aj^glois REPABftàftENT la eivièrb de Ttite et comment un éwter apporta noutelles au roi ou ces ecossois étoient.
A. TEL meschef et pauvreté demeurèrent-ils entre ces deux montagnes et la dite riyière, toute cette se- maine, sans ouïr, ni savoir nouvelles des Ëcossois <|a'ils cuidoiçnt (croyoient) qu'ils dussent par là ou assep près repasseï*, pour retourner en leur pays. De quoi grand^murmuration i^urdit (s'i^Ieya) entre les Anglois j car aucuns vouloientiaettre sus aux au- tres qu'ils avoi^t donné ce conseil de là venir en tel poidi qu'ils avaient fait, pour trahir le roi et toutes ses gens: si que fut ordonné pour ce entre 1^ seigneurs qu'on se mueroit (transporteroit) de là, et repasseroib-on la dite rcrière, sept lieues par-dessus, là oifielle étoit plus aisée à passer^ et fit-on crief que chacun s'appareillât pour déloger lendemain, et suîrît les bannières: et si fit-on adonc crier que qui se voudroit tant travailler qu'il put «rapporter cer- taines nouvelles au roi là où l'on poùrroit trouver les Ëcossois, le premier qui ce lui rapporteroit il auroit cent livrées ^'^ de terre à héritage, à l'esterlin, et le feroit le roi chevalier. Quand ces nouvelles furent épandues par l'ost (armée) toutes gens en eurent grande joie, Adonc se départii^ent de l'ost (armée)
(i) On Bppeloît liTTe ou livrée une portion de terre qui produisoit une livre de revenu: ainsi elle ne formoit point une mesure dëter- minée; elle étoit plus ou moins étendue selon que le sol étoit plus ou moias fertile. [Gioss, de Ducange au mot fjbra ou Librata terrœ, ) J. D.
(i3ri7) DE JEAN FROISSART. 91
aucuns clievaliers et écuyers Anglois jusques à quinze ou à seize , pout la conyoîtise de gagner cette promesse, et passèrent les rivières en grand péril, et montèrent les montagnes et puis se départirent l'un ça, Fautre là, et se mit chacun àraveuture à part lui Lendemain tout rost(armée) se délogea et cheyau- chèrent assez bellement, car leurs chevaux étoient foulés et mal livrés (nourris), mal ferrés , tachés (bfts- sés) es sanglai et sur le dos; et firent tant qu^ils re- passèrent la dite rivière en grand'malaise, car elle étoit grosse pour la pluie; pourquoi il en y eut assez de baignés et des Anglois noyés. Quand tous furent repas&és,ils se logèrent là endroit, car ils trouvèrent fourrages es prés et es champs pour passer la mit de-lez(près)un petit village que lesÉcossois avoient ars (brûlé) à leur passer. Si leur sembla droitement qu'ils fussent chus (tombés) en paradis .'lendemain ils se départirent et chevauchèrent par mdntagnes et par vallées toute jour jusques près de nonne (midi) que on trouva aucuns hamelets ars(brulés), et aucu- nes champagnes (plaines) où il avoit blés et prés; si que tout Tost se logea là endroit cette nuit; et le tiers jour chevauchèrent-ils en tel manière. Si ne savoient le plus (la plupart) où l'on les menoit, ni nouvelles des Écossois; et le quart jour en tel manière, jus- ques à heure de tierce (avant midi). Adonc vint un écuyer fort chevauchant par devers le roi, et lui dit: « Sire, je vous apporte nouvelles; les Écossois*sont à trois lieues près de ci logés sur une montagne, et vou$ attendent là, et y ont bien été jà huit jours, et ne sa- voient nouvelles de vous non plus que vous saviez
9a LES CHRONIQUES (15-27)
nouvelles d^eux; ce tous fais-je ferme et vrai, car je me embatîs (avançai) si près d'eux que je fus pris et mené en leur ost (armée) devant les seigneurs, pti- sonnier: si leur dis nouvelles de vous et** comment vous les quériez (cherchiez) pour combattre^ eux j et tantôt les seigneurs me quittèrent ma prison que je leur dis que vous donnez cent livrées de terre à Fes- teriin , à celui qui premier vous rapportergit nouvel- les certaines d'eux; par telle coilditiQii que je leur créantai (promis) que je n'auroi^ repos jusques à tant que je vous aurois dit ces nouvelles: et disent, ce sa- chiez , que ai^i grand désir ont-ils de combattre à vous que vous avez à eux; et les trouverez là eiv^roit sans faute. »
« ■
CHAPITRE XLI.
GomcEiiT LE ROI d'Angleterre fit ordonner ses
BATAILLES POUR ALLER CONTRE LES EcOSSOIS; ET COM- MENT IL FIT l'ÉCUYER CHEVALIER ET LUI DONNA
CENT LIVRÉES DE TERRE.
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L ANTÔT que le roi entendit ces nouvelles, il fit tout Post(armée)là endroit arrêter en uns blés, pour leurs chevaux paître et ressangler, d'encoste(auprès)rune abbajeblanche (de moinesblancs) qui étoit toute arse (brûlée), qu'on appeloit du temps le roi Artus, la Lande blanche. Là endroit se confessa et adressa chacun àson loyal pouvoir, et fit là endroit le roi dire grand'foison de messes pour accommunier ceux qui dévotion en aur oient, et assigna tantôt bien et sufii- samment àl'écuyer lescent livrées de terre que promi-
(i337) ^^ *EAN FROISSART. gS
ses avoit et le fit là chevalier par devant tous ^'\ Après quand on fut un peu reposé et déjeûné, oh sonna la trompette; chacun alla monter, et fit-on les bannières chevaucher, ainsi que ce nouveau che- valier les conduispit; et toujours chacune bataille à part li^i , sans dérouter , par montagnes , ni par val- lées j mais toujours rangés ainsi qu'on pouvpit,et que ordonné étoit Et tant chevauchèrent en cette ma- nière qu'ils vinrent entour midi si près des Écossois qu'ils Içs virent clairement et les Écossois aussi eux ^"^. Sitpt que les Ecossois les virent, ils issirent (sortirent) de leurs logia tous à pied , et ordonnèrent trois bon- nes batailles franchement, sur le dévaler (penchant) de la montagne où ils étoient logés. Pardessous cette montagne couroit une rivière forte et roide, pleine de cailloux et de grosses pierres qu'on ^ne la put bonnement en hâte passer sans grand meschef mal- gré eux j et encore plus avant si les Anglois eussent la rivière passée j si n'avoit>-il point de place entre la rivière et la montagne où ils pussent avoir rangé leurs batailles. Et si avoient les Écossois leurs deux premières batailles établies sur deux croupes de montagnes, que l'on entend de la roche, là où l'on ne peut bonnement monter, ni ramper, pour eux
(i) Ce chevalier se nommoît Thomas Je Rokesbj^Le roi nVflfêctua pes toui?kfait aussitôt que le dit Froissart le reste de sa promesse: ce i^t au retour de Texpédition contre les Ecossois qu^il assigna au dit Tlus- mas deRokesby, par ses lettres datées de Lincoln le 28 septembre iSa^, cent liyres de pension sur Téchiquier, en attendant qu'il pût lui don- ner le même revenu en fondde terre. (Rymer, T. a. Part. a. P. 198.) J.D.
(a) Les Ecossois étoient campés dans le parc ^ Stachopc sur ace colline au pied de laquelle coule la rîvière de Were, près de la Tjme méridionale. ( Bymer, Ibîtf. P. 194.) J» ^'
g4 LES CHRONIQUES (13^7)
assaillir: mais étoient au parti comme pour les as- saillans tous coufroisser et lî^ider de pierres, s'ils fussent passés outre la rivière, et n'eussent pu les Anglois aucunement retourner. Quand les seigneurs d'Angleterre virent le convenant (dijposition) des Écossois, ils firent toutes leurs gens traire (mettre) à pied et ôter leurs éperons et ranger les trois ba- tailles, ainsi que ordonné étoit par avant Là endroit devinrent moult de nouveaux chevaliers. Quand ces batailles furent rangées et ordonnées aucuns des seigneurs d'Angleterre amenèrent le jeune roi à cbe- val pardevant toutes les batailles, |K)ur les gens d'armes plus resbaudir (réjouir), et prioit moult gracieusement que chacun se pénât de bienjaire la besogne et garder son honneur j et faisoit comman- der sur la tête que nul ne se mît devant les banniè- res des maréchaux , et ne se mussent (remuassent) jusques à tant que on leur commanderoit Un petit après on commanda que les batailles allassent avant pardevers les ennemis tout bellement le pas. Ainsi fiit-U fait. Si alla bien chacune bataille en cet état un grand bonnier de ^'^ terrj^ avant, jusques au dé- valer de la montagne sur laquelle ils étoient. Ce fut fait et ordonné pour voir si les ennemis se déroute- roient point, et pour voir comment ils se maintien- droient: mais on ne put apercevoir qu'ils se inussent (remuassent) de rienj et étoient si pyès les uns des 2|utres qu'ils reconnoissoient partie de leur armoie- rie. Adonç fit-on arrêter l'ost (armée) tout coi (im-
(i)Ii6 hormier etoit upe mesttre de texte, dont il nVst gj^ére pos8ib|«' de fixer détendue* [Voyez le Gloss, de Ditcai^yO^ mpt Bwmaràint»)! , D.
(13^7) I^ ^^^^ FROISSAUT. gS
mobilfe)» pour avoir autre conseil , et si fit-on au- cuns compagnons monter sur coursiers pour escar- moucher à eux , et pour aviser le passage de la ri- vière, et pour vt)ir leur convenant (disposition) de plus près; et leur fit-on savoir par hérauts que s'ils vouloient passer outre la rivière et venir combattre au plain (dans la plaine), on se retraisoit (retireroit) arrière et leur livreroit-on bonne place pour la ba- taille ranger tantôt ou lendemain au matin; et si ce ne leur plaisoit, qu'ils voulussent faire le cas pareil Quand ils ouïrent ce traité, ils eurent conseil entre eux, et eux conseillés, tantôt ils répondirent aux hé- rauts là envoyés qu'ils ne feroient ni l'un ni l'autre; mais que le roi et tous ses barons voyoient bien qu'ils étoient en son royaume, et lui avoient ars (brûlé) et gâté, et s'il leur ennuyoit, si le vinssent amender: car ils demeur croient là tant qu'il leur plairoit
>'V^<%^i%'V
CHAPITRE XLII.
Gomment les Anglois et les Ecossois eurent vii^gt deux jours ( i ) les uns de vawt les autres 8kss point
COMBATTRE FORS Qu'eN ESCARMOUCHANT.
OuAND le conseil du roi d'Angleterre vit qu'ils n'en auroîent autre chose, ils firent crier et com- mander que chacun se logeât là endroit où il étoit, sans reculer. Ainsi se logèrent eux cette nuit moult â mésaise , sur dure terre et pierres sauvages , et
(i) n faut compter ces vingt deux jours, de celui où les deux arni<^s se trouyèreut en présence pour la première fois. J. D.
96 LES CHROmqUES (lîa?)
toujours armés; et à (arec) grand mescliaf (peine) les garçons recouvroient (obtenoient) de pieux et de verges pour lier leurs chevaux , et n'avoient four- rage ni litière pour eux aiser (mettre à Faise), ni ^ bûche pour faire feu. Et quand les Écossois aper- çurent que les Anglois se logeoient en telle manière, ils firent demeurer aucuns de leurs gens, sur les pla- ces où ils avoient établi leurs batailles , puis se re- trairent (retirèrent) en leurs logis, et firent tantôt tant de feux que merveilles étoità regarder; et firent entre nuit et jour si grand bruit de corner de leurs grands cors tout à une fois, et de huer (crier) après, tout à une voix , qu'il sembloit proprement que tous les diables d'enfier fiissent là venus pour eux étran- gler. Ainsi furent-ils logés cette nuit, qui fut la nuit saint Pierre à l'entrée d'aoust ^'^ , Fan mil trois cent vingt sept, jusques à lendemain que les seigneurs ouïrent messe.
Quand ce vint le jour Saint Kerre que la messe fut dite, T)n fit chacun armer et les batailles rang^ aussi bien sur leur pièce de terre comme le jour de- vant, et demeurèrent les deux osts (armées) tout le jour ainsi rangés, jusques aprè§ midi , que oncques les Écossois ne firent semblant de venir vers les An- glois, et aussi les Anglois d'aller vers eux; car ils ne les pouvoient bonnement approcher sans trop grand meschef. Plusieurs compagnpns Anglois qui avoient chevaux dont ils se pouvoient aider passè- rent la rivière ^'^ et aucuns à pied pour escarmou- cher à (avec) eux , et aussi se déroutèrent aucuns
(0 St . Pierre aux liens, le x•^ août. J. D. (a) La riyière de Yfevf^ J. D.
(13^7) ^^ "^EAN FAOISSART. g^j
Écossois qai cour oient et racouroient tout escarmou- chant Tun l'autre, tant ipi^il j en eut de morts et de navrés (blessés) et de prisonniers des uns et des .au-* très. Ainsi, comïne après midi, les seigneurs d^ Angle- terre firent à savoir que cKacun se traisist (retirât) à sa loge , car leur sembloit qu'ils étoient là pour néant. En cet état furent*-ils par trois jours, et les Écossois d^autre part sur leur montagne, sans partir. Toutes fois y avoit-il tous les jours gens escàrmouchants d^une part et d'autre , et souvent des morts et des pris; et toutes les vesprées (soirs) les Écossois, à la nuit, faisoient par coutume si grands feux, et tant faisoient si grand bruit de corner et de huer ( crier), tous à une voix^ qu'il sembloit proprement aux An-> glois que ce fut un droit enfer, et que tous les dia^* blés fussent là assemblés, par droit avis. L'intention des seigneurs d'Angleterre étoit de tenir ces Écos- sdis là endroit assiégés , puisqu'ils ne se pouvoient bonnement à eux combattre , et les cuidoient (croyoient) bien affamer en leur pays; et si savoient bien les Anglois par les prisonniers qui pris étoient que les Écossois n^avoient nulle pourvéance (provi-* sion)de pain, de vin, ni de sel. Des bêtes a voient-ils grand' foison qu'ils avoient prises dedans le pays; si en pouvoient manger en pot et en rot à leur pkisir, sans pain, à quoi ils acontoient (songeoient) moult peu , mais (pourvu) qu'ils eussent un peu de fagrine dont ils usent , ainsi que dit vous ai pardessus ; et aussi en usent bien aucuns Anglois, quand ils sont en leurs chevauchées et il leur touche.
Or aviut que le quatrième jour au matin que les
FROISSART. T. I. 7
[•
ç)8 LES CHRONIQUES (15^7)
Anglois avoient été logés là, ils regardèrent parde- vers la montagne aux Écossois, si ne virent nullui (personne), dont ils ftitent moult durement ébahis^ car ils s^en étoient partis à la mie-nuit. Si en eurent les seigneurs d*Angleterre grand'merveille, et ne pou voient penser .qu'ils étoient devenus: si envoyè- rent tantôt gens à cheval et à pied par ces monta* gnes, qui les trouvèrent à heure de prime (aube) sur une montagne plus forte que celle de devant n'étoit, sur cette rivière meisme (même), et étoient logés en un bois, pour être plus à repos et pour plus secrètement aller et venir quand ils voudroient Sitôt comme ils furent trouvés, on fit les Anglois délo- ger et traire (retirer) cette part tout ordonnément, et loger sur une autre montagne, droit à l'encontre d'eux, et fit-on les batailles ranger et faire semblant d'aller vers euxj mais sitôt qu'As virent l'ordon- nance des Anglois et eux approcher, ils issirent (sor- tirent) hors de leurs logis* et se vinrent ranger faiti- cement (en bon ordre) assez près de la rivière contre eux: mais oncques ne voulurent descendre, ni venir vers les Anglois , et les -Anglois ne pouvoient aller jusques à eux, qu'ils ne fussetit tous morts et tous perdus d'avantage, ou pris à (avec) grand meschef (perte). Si se logèrent là endroit contre eux et de- meurèrent huit jours^^' tous pleins sur cette seconde montagne, et tous les jours rangés contre eux. Si
(i) Plusieurs manuscrits et les imprimes porteât 18 jours. Cette leçon ne sauroii êîre adoptée, puisqu'il est certain qu'Edouard éloit de reîour k Yorck au plus tard le i5 daoût. (/^q^^cz Rymer, T. i. Pari. 2. F-
(i337) DE JEAN FROISSART. 99
enToyoient les seigneurs d' An^^^rre bien souvent leurs hérauts pardevers eux parlc^menter qu'ils vou* lussent livrer place et pièce de terre, ou on leur li- vreroit; mais oncques à nul de ces traités ne se vou^ lurent accorder. Si vous dis que en vérité Fun ost et l'autre en ces séjours eurent moult de mésaises.
te<»<VV(W\>M»/VVVV*A*^'V%*«VVfc%^I^VVV'»/»/^%*/%'VV%'VVfc^,%(^\(*V'VV%VVWV*A
CHAPITRE XLIIL
COKMÈNT MËSSIRE GuiLLÀUlCE DE DoU&LAS SE FÉIitT
(jeta) ewtoùr mié-nùi* Atout (avec) deux cents
HOM3fE$ EN l'oST (ARMÉb) DES ANGLOtà Bf EN TUA BIEN TROIS CEN^S.
Ju A PREMIÈRE nuit que les Ànglois furent logés sur cette seconde montage à l'encontre des Écossois messire Guillaume ^'Me Douglas, qui étoit moult preux, entreprenant et hardi chevalier, prit entour mie-nuit environ deux cents armures de fer, et passa cette rivière ^*^ bien loin de leur ost , par- quoi on ne s'en aperçut. Si se férit (jeta) en Fost des Anglois moult vassalement (vaillamment) en criant « Douglas, Douglas^ vous y mourrez tous seigneurs larrons Anglois. » Et en tua lui et sa compagnie^ ains (avant) qu'ils cessassent, plus de trois cents, et férit des éperons jusqiies propre^ ment devant la tente du roi, toujours criant et
(i) Il a 4éjH été dit que soil nom etdit Jacsqaes de Douglas et non GuiUauine. Je substituerai dorénavant le nom de Jacques. J. A. B. (a)LaWere. J*A.B.
f
I oo UES CHRONIQUES ( iH^f,
huant, Douglas, Douglas! et coupa deux ou trois des cordes de la tente du roi, puis s^en partit atant (alors). Bien peut être cfu^il perdit aucuns de ses gens à se retraire (retirer), mais ce ne fut mie grandement^ et retourna arrière devers ses compagnons en la mon- tagne. Depuis n'y eut-il rien fait, mais toutes les nuits les Anglois faisoient grands quais (guetp) et forts, car ils se doutoient (craignoient) du réveilleraent des Écossois, et avoient mis gardes et écoutes en cer- tains lieux, parquoi si ceux sentissent ni ouïssent rien, ils le signifiassent en Fost j et gisoient pres- que tous les seigneurs en leurs armures j et tous les jours y avoit des escarmouches jet escarmouchoit qui escarmoucher vouloit Si en y avoit souvent de morts et de pris, de navrés, de blessés et de mésai- ses des uns et dei^ autres.
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CHAPITRE XLIV.
Ck)KKBNT LES EcOSSOIS s'SNFUIRElfT PAR NUIT, SAH9 , LE SÇU DES ÂKGLOIS^ ET GOMMEUT LES AnGLOIS s'en HETOURNERENT EN LEUR PAYS y ET COMMENT
MESsiRE Jean de Hainaut prit congé du roi et
s'en retourna en SON PAYS.
«
JLe dernier jour des vingt deux ^'^ fut pris un che- valier d'Ecosse à l'escarmouche, qui moult ennuis (avec peine) vouloit dire aux seigneurs d'Angleterre
( i) Les imprimés portent fe dernier jour des vingt quatre^ leçon ma- nifesteraent défectueuse; puisque les Anglois n'arrivèrent à la vue derennemi que 1« 17 juillet au plutôt et que les Écossois s'étoient
- retirés dès le 7 août. ( Ryraer, T. 2. Part. a. P. igî et 194.) J. D.
(i5a7) DE JEAN FROISSART. loi
le convenant (intention) des leurs; si fut tant enqiiis et examiné qu'il leur dit que leurs souverains avoient entre eux accordé le matin que chacun fut armé au vespre (soir), et que chacun suist (suivit) la bannière messire Guillaume de Douglas, quel parf^'il voul- sist(voulut) aller; etque chacun le tint e^ secret Mais lechievalierne savoit de certain qu'ils avoient empensé. Sur ce eurent les seigneurs d'Angleterre conseil en- semble et avisèrent que selon ces paroles, les Écos- sois pourroient bien par nuit venir briser et assaillir lent* ost à deux côtés , pour eux mettre à l'aven- ture de vivre ou de mourir, car plus ne pou- voient souffrir ni endurer leur famine. Si ordonnè- rent les Anglois entr'enx trois batailles et se rangè- rent en trois pièces de terre devant le^rs logis, et firent grand'foison de feux pour voir plus clair en- tour eux , et firent demeurer tons les garçons en leurs logis pour garder les chevaux. Si se tinrent ainsi cette nuit tous armés, chacun dessous sa ban- nière, ou son penonceau ^^\ si comme il étoit or- donné^'\ pour attendre l'aventure; car ils espér oient assez bien, selon les paroles du chevalier, que les Ëcossois les réveilleroient : mais ils n'en avoient nul talent (désir), ainçois(mais) firent par autre ordon- nance bien et sagement.
Quand ce vint sur le point du jour, deux trom- peurs d'Ecosse s'embatirent (arrivèrent) sur l'un des guets qui guettoit aux champs : si furent pris et me-
(i) Le penonceau désignoit plus particuliérenieat l'étendard des ba- rheliers et quelquefois celui des écuyers. J. A. B.
(a) La fin de cette phrase manque dans les imprimés.
I oa hES CHRONIQUES ( 1 327 )
liés devant les seigneurs dû conseil du roi d'Angle- terre et dirent : « Seigneurs , que guettez-vous cy ? Vous perdez le temps j car, sur l'abandon de nos têtes, les Écossois s^en sont allés très devant mie- nuit, et sont jà quatre ou cinq lieues loin; et nous emmenèrent avec eui bien une lieue loin ^^\ pour doute que nous ne le vous notifions trop tôt, et puis nous donnèrent congé de le vous venir dire. » Et quandles Anglois entendirent ce, ils eurent con- seil et virent bien qu'ils étoient déçus en leur cui- der (pensée), et dirent que le chasser après les Ecos- sois neleurpourroit rien valoir, car on ne lèsent pu aconsuir (atteindre); et encore pour doute de deee- veulent (déception), les seigneurs détinrent les deux trompeurs tous cois, et les firent demeurer de-lez (près) eux, et nerompirent point leurs ordonnances, ni l'établissement de leurs batailles jusques après prime ^*l Et quand ils virent que c*étoit vérité et que les Écossois étoient partis , ils donnèrent congé à tout homme de retraire à sa loge et de soi aiser j et les seigneurs allèrent à conseil pour regarder que on feroit Entrementes ( cependant ) aucuns des compagnons Anglois montèrent sur leurs chevaux et passèrent la dite rivière en grand péril, et vinrent dessus la montagne dont les Écossois étoient la nuit partis, et trouvèrent plus de cinq cents grosses bêtes grasses , toutes mortes , que les Écossois avoient tuées , pour fce qu'elles étoient pesantes , et ne les eus-
»
i (1} Ce passage est inintelligible dans [es imprimés, par romis&ion
^' i'*vaie partie de la phrase. Ils abrègent aussi la suivante. J. D.
(?) Vojezla note i , P, 19,
{
(i327) ^^ 'ÏEAN FfiOISSART. io3
sent pu suir (suivre), et si ne les vouloient mie lais- ser vives aux Auglois. Et si trouvèrent plus de qua- tre cents chaudières faites de cuir atout (avec) le' poil, pendues sur le feu, pleines de cher (chair) et d^jaue (eau), pour faire bouillir; et plus de mille liastes (broches) pleines, de pièces de chair pour rô- tir, et plus de cinq mille vieux souliers usés , faits de cuir tout cru, atout (avec) le poil, que les Écossois a voient là laissés. Et trouvèrent cinq pauvres prison- niers Anglois que les Ecossois avoient liés tous nuds auxarbres, par dépit,.et deux qui avoient les jambes brisées: si les délièrent et laissèrent aller et puis re- vinrent en Tost si à poiat que chacun se délogeoit et ordonnoit pour raller en Angleterre, par Taccord du roi et de tout son conseil ^^\
Si subent (suivirent) tout ce jour les bannières des maréchaux , toutes déployées, et vinrent loger de haute heure en un beau pré oii ils trouvèient as- sez à fourager pour leurs chevaux, qui leur vint bien à point, car ils étoient si foibles et si fondus (mor- fondus) et si affamés qu'à peine pouvoient-ils aller avant Lendemain ils se délogèrent et chevauchèrent encore plus avant et s'envinrent loger de grand' heure de-lez (près) une grand'cour d'abbaje,à deux lieues près de la cité de Durham.^""^ Si se logea le roi la nuit en cette cour, et l'ost contre val les prés. Si trouvèrent assez fourage qui leur vint bien à
(i)Le départ de rarméc Angfoisene peut être antérieur au 8 août; car le roi étoit encore ce jour-lk k Stanhope. (Rymcr, T. a.Part. 2. P. 194.) J. D. »
(») Froissart récrivoit a peu près suivant la prononciation, Du remmes. 1. D.
io4 LES CHRONIQUES (13-27)
point, herbes, vésce et blés. Lendemain se reposa Fost là endroit tout coi, et le roi et les seigneurs allèrent vers l'église de Durham , et adonc fit le roi féauté à Péglise et àl'évêque de Durham et aussi aux bourgeois j car faite ne l'avoit encore. En cette cité trouvèrent-ils leurs charrettes et leurs charretiers et tous leurs harnois qu'ils avoient lais- sés vingt sept jours ^'^ devant en un bois à mie-nuit, si comme il est contenu ci-dessus j et les avoient les bourgeois de la cité de Durham, qui trouvés les avoient dedans le bois, amenés dedans leur ville à leur coust (dépens ,) et fait mettre en granges vui- des, chacune charrette atout (avec) son penoâceau pour les reconnoître. Si furent moult lies (joyeux) tous seigneurs, quand ils eurent trouvé leurs char- rettes et leurs harnois, et reposèrent deux jo^rs dedans la dite cité, etl'ost tout autour; car mie ne se pût être logé tout en la dite cité; et firent leurs chevaux ferrer 9 et puis se mirent à voie devers Ébruich (Yorck). Si exploitèrent tant, le roi et tout son ost, que dedans trois jours ils y vinrent; et là trouva le roi madame sa mère qui le reçut à (avec) grand' joie, et aussi firent toutes ses dames et les bourgeois de la ville. Là donna le roi congé à tou- tes manières de gens de r aller chacun en son lieu,
(i)Pli:isîeurs manuscrits et les imprimés portent: trente deuxjourtx cette leçon ne peut être admise. En effet, Edouard partit de Durham ie 17 juillet au p]ut5t pour aller chercher les Ecossois; et il étoit revenu au plus tard le i5 d^août, à Yorck qui est bien plus éloignée de la fron- tière d^JËcosse que Durham: ainsi ii ne put s^écouler trente deux jours depuis son départ de cette dernière ville jusqu^k son retour* ( Ployez Rym€r,7^/«/. P, 193 et 194.) J,D.
(i527) DE JEAN FROISSART. io5
et remercia grandement les comtes, les barons et les chevaliers, du service qu'ilsluiavoientfsiit; et retint encore de-lez (près) luï monseigneur Jean de Hai- naut et toute sa route (suite) cpii furent grandement fS^és de madame la reine et de toutes les dames, et délivrèrent les Hainujrers leurs chevaux , qui tous étoient enfondus et affoUés (estropiés) au conseil du roi, et fit chacun somme pour lui de ses chevaux morts et vifs et de ses frais. Si en fit le roi sa delte envers monseigneur Jean de Hainaùt* ^'^ ^ et le dit messire Jean s'en obligea envers tous les compa* gnons ; car le roi et «on conseil ne purent sitôt i^ couvrer de tant d'argent quelles chevanxmontoient j mais on leur en délivra assez par raison pour payer leurs menus frais , et pour retourner au pays^^ j et
(i) Edouard donna ordre k son trésorier et k ses chambellans, par ses lettres dadées d'Yorck le 20 aéùt, de payer k Jean de Hainaut, dès qa^il seroit arrivé k Londres, qnatce mitté livres, tant pour y^ gag^s et ceux des Hainujers, que pour le prix de leurs chevaux. Ce que dit ensuite Froissart, qu^oa ne put raméser assez d'argent pour payera Jean de Hainaut ^out Ce qui lui étoit dû, peut être vrai k la rigueiwtj c^ pendant Edouard avoit tantk cceiird'acqhitter cette dette qu'il ordonna, par les mêmes lettrfes, que si Pargent manquoit, on mit en gage de ses joyaux jusqu'k la concurrence des quatre mille livres qu'il s'ëloit en- gagé k payer. ( Rymer, 16id. P. 194 et'ig^. ) J, D.
(3) On trouve dans Kymer un ordre du roi Edouard k sontréso-^. rier pour qu'il eut k payer sept mille livres sterlings k compte sur les quatoi'ze mille, auxquelles montoit le subside convenu pour lui et ses compagnons. Cet ordre est daté d'Yorck, a8 juin 1327.
La même année, le 4 juiflet, William d^Irland reçoit l'ordre de pré- parer des voitures poiur sire Jean de Hainaut et sa suite. Cet ordre de* voit être valable jusqu'k la Saint-Michel suivante. . On trouve un autre ordre au trésorier, daté d'Yorck, 20 août 1827, pour payer k sire Jean de Hainaut, k son arrivée k Londres, quatre mille jivres sterlings comme indemnité 'de la perte de ses chevaux 5 et pour mettre même en gage les joyaux de la couroi ne,s'il n'y a pas assez d'ar- gent dans l^e trésor.
V
io6 LES CHRONIQUES (15^7)
puissedi (depuis) dedans rannée furent eux tou^ payés de ce que les chevaux montoient Quand les Hainuyers eurent délivré leurs chevaux , ils achetè- rent chacun de petites haquenées pour chevaucher mieux à leur aise et renvoyèrent leurs garçons, leurs harnoisy sommes, malles, et habits par m^, et mi- rent tout en deux nefs que le roi leur fît délivrer. Si arrivèrent ces besognes à PÉcluse en Flandre ^'^ ; et Ils prirent congé au roi, à madame la reine sa mère, au conîte de Kent, au comte Henri de Lan- castre-et aux barons , qui grandement les honorè- i^t,et les fit le roi accompagner de douze ^*^ che- valiers et deiix cents allures de fer, pour la doute Crainte) des archers dont ils n'étoient mie assurés; car il les convenoit passer parmi leur pays de l'évê- ché de Lincoln. Si se paifu*ent messire Jean de Hai- naut et sa route (suite) toute au conduit dessus dit, e| cl^vauchèrent tant par leurs journées qu'ils vin-
Plus un passe-port de la même date ordonnant k ciiacun de^ fair« ' aucune insulte k sire Jean de Sainaut
Plus enfin un ordre signé par le roi k Eversham le «aS juin i3a8, pour
payer sept mille livres comme partie des quatorze mille livres qui lui
sont dues. J. A. B. (i)L^Écluse, ouSluis en langue du pays, est k une dixaine de lieues
de Bruges. J. A. B«
(%) Dans les lettres d'^Édouard, datées d^Torck le no août, par les- quelles il enjoint aul vicomtes, baillis , etc. de faire fournir k Jean de Hainaut et k sa troupe les voitures et les choses dont ils auront besoin sur la route, il nomme seulement Jean de Tlsle, comme, devant raccompagner et commander Tescorte. (Rymer, ubi suprà, P. iqSJ Mais cette pièce ne contredit point le récit de Froissart; car il est possible que dans le nombre des deux cents armures qui compo- soient Tescorte, il y eût douze chevatiers, quoique le roi ne nomme dans ses lettres que le commandant en chef. J. D,
r
(i327) DE JEAN FROISSARJ. 107
rent à Douvres. Là montèrent-ils en mer en nefs et en vaisseaux qu'ils trouvèrent appareillés, et les An- glois se partirent d'eux qui convoyés les avoient^ et retourna diiacun en son lieu^ et les Hainuyers vin*' rent à "Wissan. Là séjournèrent-ils deux jours, en mettant hors leurs clievaux et le demeurant de leurs harnois. Endementres (cependant) vinrent messire Jean de Hainaut et aucuns chevaliers en pélerinaj^ à notre dame de Boulogne, et depuis s'en retournè- rent-ils en Hainaut; et se départit Fun- de l'autre, et se retraist (retira) chacun sur son lieu; mais mes- sire Jean s'envint devers le comte sob fi*ère, qui se tenoit à Valencîennes, qui le reçut liement et Volop- tiers; car moult l'aimoit et adonc lui reiîorda le sire de Beaumont toutes nouvelles si avant qu'il les put savoir comme celui qui vu les avx^it
CHAPITRE XLV.
COMMEITTXES BARONS ET JLES SEIGNEUHS D* ANGLETERRE ENVOYÈRENT LÉGATS EN HaiNAUT POUR PARLER DU MARIAGE DE LA FILLE DU COMTE ET DtJ ROI EdOUARD.
Ainsi fut cette grande et dure chevauchée départie que le roi Edouard, le premier an de sa création , fit contre les Ecossois. Ne demeura mie gramment(gran- dément) de temps après que ce roi, madame sa mère, le comte de Kent son oncle, le comte Henry de Lan- castre, messire Roger de Mortimer et les autres ba- rons d'Angleterre qui étoient demeurés du conseil du roi pour lui aider à conseiller et gouverner, eu-
io8 LES CHRONIQDES (1537)
rent avis et conseil de le marier. Si envoyèrent un évêque ^'^ ,deux chevaliers bannerets ^""^ , et deux bons clercs à monseigneur Jean de Hainaut, pour lui prier ce qu^ily voulût bon moyen être et miettrebon conseil à ce que le jeune roi leur sire fut marié; parquoi monsieur son frère le comte de Hainaut et de Hol- lande lui voulut envoyer une de ses filles; car il l'au- rait plus chère que nulle autre, pour Famour delui. » Le sire de Beaumont fêta et honora ces messages et commissaires du roi anglois quant (autant) qu'il put, car bien le savoit faire. Quand bien fêtés les eut, il les mena à Valenciennes par devers son frère qui ny)ult honorablement les reçutaussi et fêta si souve- r^ement bieti que longue chose seroit à raconter. Quand assef fêtés furent, ils firent leurs messages sagement et à point, ainsi que chargé leur étoit. Le comte leur répondit moult courtoisemeut , par le con- seil de monseigneur Jean son frère et de madame la comtesse mère à la demoiselle , et leur dit que moult granils mercis à monseigneur .le roi et à madame la reine et aux seigneurs par quel conseil ils étoient là venus , quand • tant leur étoit que de lui faire tel honneur que pour telle chose ilsavoient sisuffi- sans gens à lui envoyés; et que moult volontiers
(ti)Le docteur Boger ?7orthborough, évêqae de Litclifield et deCdVen- try. (Ashmole). J. A. B.
(3}Lescl]eyaIiers Bannerets étoient autrefois des gentilshommes pui&- sants par leurs possessions territoriales et le nombre de leurs vassaux, dont ils formoient des compagnies eu temps de guerre. On les appeloit Bannerets, parce qu'ils ayoient droit de porter une bannière. Ils subsis- tèrent jusqu^k la création des compagnies dordonnance par Charles VII, J. A. B.
(i5i7) DE JEAN FaOlSSMT. 109
s^accorderoità leur requête, si notre saint père le Pape et sainte église s'y accordoient Cette réponse leur suffit assez grandement ; puis envoyèrent deux de leurs chevaliers et deux clercs en droit pardevers le.saint père à Avignon ^'\ pourimpétrer (obtenir) dispensation de cellui mariage accorder ^'^ j car sans le congé (permission) du saint père faire ne se pouvoit , pour lelignage de France dont ils étoient moult prochains, si comme en tiers degré; car leurs deux mères étoient cousines germaines issues dedeux frères ^^\ Assez tôt après ce qu'ils furent venus en Avignon, ils eurent faite leur besogne j car le saint père Qt le collège s'y consentirent assez bénignement pour la haute noblesse dont tous deux étoient issus.
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CHAPITRE XLVI.
Comment madame Philippe de Haiitaut fut mariée AU roi d'Angleterre, et comment elle fut ho- norablement REÇUE A Londres.
Quand ces messages furent revenus d^Avignon à
Valenciennes, à (avec) toutes leurs bulles, ce ma-
riage fut tantôt octroyé et afiermé d'une part et
(i)Les Papes y nésidoient depuis iSogi J. A . B.
{i3i) Edouard BYoit déjà éciit an pape pour obtenir ceUe dispensée ses ' lettres datées d'Yorcfc le i5 d'août supposent même qu'il lui avoit pré- cédemment écrît pour le même sujet (Rymer, /*iW*P. 194). Aussi les chc- Taliers trouvèrent41s la bulle de dispense toute dressée : eUe est datée du 3 des calendes de s^tembre, c^cst^i-dire, du S août, jour auquel ils ne pouToient pas éhre encore arrivés k ^figEOO. {là* Ibid* P. 196.) j. D.
(3)îsabelle de France, mère d'Édoiard, étoit fille de Philippe-le-Bel:
1
iio LES CHftONIQUES (15^7)
d'autre. Si fit-on la devise pourvoir et appareiller de tout ce qu'il falloit, si honorablement comme à telle demoiselle qui devoit être reine d'Angleterre affé- roit(appartenoit). Quand appareillée fut, comme dit est, elle fut épousée par vertu d'une procuration apparent suffisamment, qui là fut apportée de par le roi d'Angleterre ^'^j et puis fut mise en voie pour emmener en Angleterre par devers son mari qui l'at- tendoit à Londres là où l'on la devoit coiuronnen Et monta en mer la dite demoiselle Philippe de Hainaut à Wissan et arriva et toute sa compa- gnie à Douvi'es ^"^^ , et la conduisit jusques à Lon- dres ce gentil chevaUer messire Jean de Hainaut son oncle, qui. grandement fut reçu, hoifloré et fêté du roi et de madame la reine sa mère, des autres . dames, des barons et des chevaliers d'Angleterre. Si eut adonc à Londres grand'fete et grand'noblesse des seigneurs, comtes, barons, chevaliers, de hau- tes dames et de nobles pucelles, de riches atours et
Jeanne de Valois, mère de Philippe de Hàinàat, ^toit fille de Cliarles de Valois frère du même Philippe-Ie-Beh(£r<£f . gén, de la mais, de Fr* T. I. P. 91. 100. ) J. D»
(i) Cette procuration étoit adressée k l^'évéque de CôTentrj et de Litchfield, et datëe de Nottingham le 8 octobre^ (Rymer, Ibid, ?<
i98.)J*P«
(a) Elle n'y ëtoit point encore arrivée le aS novembre, date des lettres de sauf-conduit données par Edouard pour elle, pour spil père et pour leur suite, dans lesquelles il est parlé d'eux comme de^ vaut bientôt arriver, qui infrà regnum nostnim 'proxinib sunt ven- turi, dit le Prince. (Rymer, Jbid* P* ao3< ao40 ^^ reste ^ il ne parolt pas que le comte de Hainaut ait fait usage de ce sauf'Conduité S'il eut éié en Angleterre avec sa fille, Jean-Je-Bel qui étoit attaché k la maison de Hainaut, et qui étoit peut^tre ^e la suite delà princesse, n'auroit pas omis de le nommer conjointement avec Jean de Hainaut. J. D.
(t5î7) I>E -ïEàN PROISMRT. m
de riches paremens, de jouter et de botthourder (tournoyer) pour famour 'd'elles, de danser, de ca- roler , de grands et beaux mangers chacun ^ur don- ner 5 et durèrent ces fêtes par l'espace de trois se- maines. I '
Au chef (bout) de ces jours mesBÎre Jean de Hai- naut prit congé et s'en partit à (avec) toute sa com- pagnie de Hainaut, bien fournis de beaux joyaux et riches qu'on leur avoit donnés d^un côté et dian- tre en plusieurs lieux; et demeura la jeune reine Philippe à (avec) petite compagtiie de son pays, hprsmis un jeune danjoisel^'^ qu'on appeloit Watelet de Mauny ^"^^ , qui y demeura, pour la servir ^^ et tail- ler devant elle ^^^ , lequdi acquit «depuis si grand' grâce du roi elf de tous les chevaliers et seigneurs du pays qu'il fut du secret et du plus grand conseil du roi, au gré de tous les nobles du pays 5 et fit depuis
(i*) Damoiseau y titre qu'où doiinoît aux fils des seigneurs quinY-
toîent pbînt encore armes chevaliers. (^F'oyez le Gioss^ de Ducangc, au
mot Domfcellus,) J„ D.
(3) C^est le même qui devint dans la suite si célèbre sous le nom de Gautier WauUer ou de Mauny. Gautier de MaUny est aussi un des héros du vœu du héron, poëme de cett« époque quie je crois devoir don- ner en entier dans TAppendice de ce volume, parce qu'il contribue beaucoup h. l'explication de certains faits rapportés par Froissart, sur- tout en Ce qui concerne la première expédition d'Edouard III en France. J. A. B.
(3) C'est-k-dire, pour couper les viandes k la table de la reine. On ap- peloit écw/crs tranclians ceux qid étoient chargés de cette fonction. Les jeunes gens de la plus haute naissance nVn étoient pas dispensés, et les cnfans des rois exerçoient souvent cet office k la table de leurs pères. {Mém* sur ^ancienne cheualerie^ par M, de la Cume de Ste. Pa- layc, édit. m-4"* P. I3» ^07-. aussi la note sur ce passade, P. 1 12.) /. D,
(4) Le reste de ce chapitre manque dans les imprimés.
îia DE JEAN FROiSSART. (i3a8)
si grands prouesses de son corps, entant de lieux, qu^on n'en pourroit savoir le noirfbre , si comme vous orrez (entendrez) avant en l'histoire, s'il est qui le vous dise. Or nous tairons-nous de parler de lui tant qu'à présent et des Anglois, et retournerons aux Êçossois» ^
1 * w^/v^.'WW'v^'vv^'Vw'v 1
CHAPITRE XLVIL
- Comment le bon roi Robert d'Ecosse, lui étant kv
LIT DE LA MORT, MANDA TOUS SES BARONS ET LEUR RECOMMANDA SON FILS ET SON ROYAUME, ET EN CHAR- GEA A MONSEIGNEUR JaCQUES DE DoUGLAS QU IL POR- TAT SON COEUR AU SAINT SÉPULCHRE.
Après ce que les Écossois se partirent de la monta^ gne par nuit, là ou le jeune roi Edouard et les sei- gneurs d'Angleterre les avoient assiégés , sî comme vous avez ouï, ils allèrent vingt deux lieues de cellui sauvage pays, sans arrêter , et passèrent cette ri* vière de Tyne assez près de Carduel ( Carlisle ) en Galles (Galloway), chacun à ses pieds; et lendemain ils revinrent en leur pays et se départirent par l'or- donnance des seigneurs , et ralla chacun en sa mai- son. Assez tôt après les seigneurs et aucuns bons prud'hommes pourchassèrent tant entre le roi d'An- gleterre et le roi d'Ecosse que une trêve fut accor- dée entie eux àdurer par l'espace de trois ans ^'\
( I ) On conclut d'abord une .trêve qui deyoit durer jus<|u'au Diman- ehc de la mi^car^me de Tannée i3a8 (Rymer, T. a. Part. 3. P. 5*), et qui fîii suivie d'une paix humiliante pour le roi d'Angleterre. Edouard se
(i3^) DE JEAN FROBSART. ii3
Dedans cette trêve advint que le roi Robert d*É- cosse, qui moult preux avoit été, étoit devenu vieux et foible et si chargé de la grosse maladie , ce disoit-on, que mourir le convint ^'^. Quand il sen- tit et connut que mourir lui convenoit,il mandatons les barons de son royaume es quels il se fioit le plus par devant lui; si leur pria moult affectueusement et leur chargea sur leur féauté qu'ils gardassent féale- ment son rojaume en aide de David son fils , et quand il seroit venu en âge, qu'ils obéissent à lui et le couronnassent à roi, et le mariassent en lieu si suffisant que à lui appartenoit. En après il appela le gentil chevalier messire Jacques de Douglas et lui dit devant tous les autres : « Monseigneur Jacques, cher ami, vous savez que j'ai eu moult à faire et à souffrir on mo» temps que j'ai vécu , pour soutenir les droits de cettui royaume; et, quand j'eus le plus à faire, je fis un vœu que je n'aipoint accompli, dont moult me pèse; je vouai que s'il étoit ainsi que je pusse tant faire que je visse ma guerre achevée, par^ quoi je pusse cettui royaume gouverner en paix , j'irois aider à guerroyer les ennemis notre seigneur et les contraires de la foi chrétienne, à mon loyal
désista de ses prétentions de snzeraioeté sur TEcosse et rendit k Ro- bert Bruce tous les tîtresquileurservoient Je fondement. Cette pièce est datée d'Torck le i •^ mars iSsS. (Rymer. Ibid, P. 6.) J. D.
(i) Tout ce qui suit concernant Ja dernière maladie et la mort du roi Robert Bruce, doit^ être attribué a Tannée iSag, ainsi quWle verra k la fin du chapitre. Mais comme Froissart, faute d'hêtre instruit de la date de la mort de ce Prince, la place avant ceUe du roi Charles le Bel arrivée en i3ad, et avant d^autres événcmens qui appartiennent certain neinentk la même année, je continuerai décompter iSaS, en marquant en note la véritable date des fails postérieurs k cette année, J. D,
FROISSART. T. I. 8
ii4 LES CHRONIQUES (i5îi8)
pouvoir. A ce point a toujours mon cœur tendu ^ mais notre seigneur ne Ta mie voulu consentir 3 si m'a donné tant à faire en mon temps, et au dernier suis entrepris si gravement de si grande maladie qu'il me convient m^ourir, si comme vous voyez jet puis- qu'il est ainsi que le corps de moi n'y peut aller, ni achever ce que le cœur a tant désiré, j'y veux en- voyer mon cœur en lieu du corps, pour mon vœu achever. Et pour ce que je ne sais en mon royaume nul chevalier plus preux de votre corps, ni mieux taillé pour mon vœu accomplir en lieu de moi , je vous prie, très cher et spécial ami, tant comme je puis, que ce voyage veuilliez entreprendre pour Pa- mour de moi, et mon âme acquitter envers notre sei- gneur j car je tiens (estime) tant de vous et de votre noblesse et de votre loyauté, que si vous l'entrepre- nez vous n'en faùdrez (manquerez) aucunement, et si en mourrai plus aise, mais que ce soit par telle ma- nière que je vous dirai. Je vueil (veux), sitôt que je ^ serai trépassé, que vous prenez le cœur de mon corps et le faites bien embaumer, et prendrez tant de mon trésor qu'il vous semblera que assez en ayez pour parfoumir tout le voyage, pour vous et pour tous ceux que vous voudrez mener avec vousj et empor- terez mon cœur avec , pour présenter au saint sé- pulchre, là où notre seigneur fut enseveU, puisque le corps n^y peut aller. £t le faites si grandement et vous pourvoyez si suffisamment de telle compagnie et de toutes autres choses que à votre état appar- tient, et que partout là où vous viendrez que on sa- che que vous emportez outre mer le cœur du roi Ro-
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(i5'i8) DE JEAN FROISS.4RT. Il5
bert d'Ecosse, et de son commandement, puisque ainsi est que le corps n'y peut aller. »
Tous ceux qui là étoient commencèrent à pleurer moult tendrement; et quand le dit messire Jacques put parler, il répondit et dit ainsi: « Gentil et noble sire, cent mille merds de la grand'honneur que vous me faites, que vous de si noble et si grand' chose et tel trésor me chargez et me recommandez, et je le ferai volontiers et de clair cœur votre com- mandement, à mon lojal pouvoir. Jamais n'en dou- tez combien que je ne suis mie digne ni suffisant
pour telle chose achever. » « Ah I gentil chevalier,
dit adonc le roi, grand merci, mais (pourvu) que vous le me créantez (promettiez) comme bon che- valier et loyaL » « Certes, sire, moult volontiers,
dit le chevalier. » Lors lui créanta (promit) comme loyal chevalier. « Adonc, dit le roi, or soit Dieu gra- cié (remercié)j car je mourrai plus à paix doréna- vant, quand je sais que le plus suffisant et le plus preux de mon royaume achèvera poui* moi ce que je ne puis oncques achever. »
Assez tôt après trépassa de ce siècle le preux Ro- bert de Bruce roi d'Ecosse, et fut enseveli si hono- rablement que à lui appartenoit , selon l'usage du pays j et fut le cœur ôté et embaumé, ainsi que com- mandé l'avoit Si gît le dessusdit roi en l'abbaye de Dunfermline ^*^ , en Ecosse, très révéremment; et trépassa de ce siècle l'an de grâce mil trois cent vingt
(i) Âù lieu de Dumfermline yiWe an comté de Fife, Froissart écrit
Donfremelin, J. A. B.
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ii6 LES CHRONIQUES (i3a8)
sept, le septième jour de novembre ^'\ En ce temps là assez tôt trépassa aussi le vaillant comte 4© Mo- ray ^'^ qui étoit le plus gentil et le plus puissant prince d'Ecosse et s'armoit d'argent à trois oreillers de gueules.
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CHAPITRE XLVIII.
Gomment messire Guillaume de douglàs en allant outre mer fut tué en espagne mal fortunément,
ET COMMENT LE JEUNE ROI d'EgOSSE FUT MARIÉ A LA
SŒUR DU ROI d'Angleterre.
OuAND le printemps vint et la bonne saison pour mouvoir q^ui vpuloit passer outre mer, messire Jac- ques de Douglaâ se pourvut ainsi qu'il lui apparie- noit ^^^ , selon ce que commandé lui étoit. Il monta
(a) Cette date est fausse* Il patolt certain que Robert 6ruc6 mourut peu après le 7 juin iSag. On trouve dans Rymer des pièces qui le sup- posent vivant vers cette date (T. av Part. 3. P. aS), et une lettre qui prouve qu^il t^toit mort avant la fin de ce mois. Walsingham place mal h propos la mort de ce prince au 7 juin i3a8. (Waising. P. % 10.) J. D.
(a) Thomas Randolphe, premier comte de Moray, se distingua par sa valeur sous le règne de Robert Bruce qui lui accorda le comte de Mo- raj avec la seigneurie de Tile de Man, en fief ainsi que plusieurs autres vastes possessions en Ecosse , vers Pannée i3i5. Cette même année, le comte de Moray fut nommé gouverneur d^ Ecosse, k cause de la mino- rité du roi futur, et il entra dans cet emploi aussitôt après la mort de Robert Bruce. U mourut de la pierre le ai juillet i332. (Voyez lordHai- les, annales d^ Ecosse,) J. A. B.
(3] Le passe-port que Jacques de Douglas obtint du roi d^ Angle terre rstdaté du I•^ septembre i329(Rymer. T. 2. Part. 3. P. u.); mais ]ieut-être diflréra-t-ll son voyage jusqu'au printemps de l'année sui- vante. J. P. .
(i3!i8) DE JEAN FROISSABT. 117
sur mer au port deMontrose en Ecosse, et s'en vint en Flandre droit à l'Écluse, pour ouïr nouvelles, et savoir si aucun de par deçà la mer s'appareilloit pour aller par devers la sainte terre de Jérusalem , afin qu'ilputavoir meilleure compagnie. Si séjourna bien à l'Écluse par l'espace de douze jours, ainçois (avant) qu'il s'en partit; mais oncques ne voulut là endroit mettre pied à terre tout le terme des douze jours; mais demeura toujouis sur sa nef, et tenoit son tinel (cQur plénière)^ honorablement à trompes et à nacaires (timballes)^ comme si ce fut le roi d'É- C0SS& Et avoit en sa compagnie un chevalier banne- ret et six aut]:es chevaliers des plus preux de son pays , sans l'autre menée ; et avoit toute vaisselle d'or et d'argent ,.pots, bassins, éeuelles, hanaps (coupes), bouteilles, barils et autres si faites choses; et avoit jusques à vingt huit écuyers jeunes gentils hommes des plus suffîsans d'Ecosse, dont il étoit servi. Et de- vez savoir que tous ceux qui le vouloient aller voir étoient bien fêtés de toutes manières de vins et de toutes manières d^épices, mais (pourvu) que ce fus- sent gens d'état Au dernier, quand il eut séjourné là endroit à l'Écluse par Tespace de douze jours, il entendit que le roi Alphonse d'Espagne ^'^ guerroyoit au roi de Grenade^'^qui étoit sarrasin: si s'avisa qu'il se trairoit(retireroit) cette part pour mieux employer son temps et son voyage, et quand il auroit là fait
(i) Il s'agit ici d'Alphonse XI, roi de Castillc et de Léon, couronne en i3i I » mort en i35o. T. A. B.
(a) Muley Muhamad IV, son^erain de Grenade qui monta rut le tr6n« en i3i5 et mourut en i333. J. A. B.
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ji8 LES CHRONIQUES (i3^8)
sa besogne, a iroit outre pour parfaire et achever ce que chargé et commandé lui étoit Si se partit ainsi de l'Écluse et s'en alla pardevers Espagne, et arriva premier (d'abord) au port de Valence la grande, et puis s'en alla droit vers le roi d'Espagne, qui étoit en ost(armée)contre le roi de Grenade^'^et étoient assez près l'un de Pautre, sur les frontières de leurs pays. Avint assez tôt après que le dit messire Jac- ques de Douglas fut là venu, le roi d'Espagne issit hors aux champs pour plus approcher ses ennemis: le roi de Grenade issit hors aussi d'autre part, si que l'un roi voyoit l'autre à (avec) toutes ses bannières, et commencèrent à ranger leurs batailles l'un contre l'autre. Le dit messire Jacqlies de Doutas se traist (retira) à l'un des côtés pour mieux faire sa bes<^e à(avec) toute sa route (suite) et pour mieux montrer son effort Quand il vit toutes les batailles rangées d'une part et d'autre , et vit la bataille du roi un petit esmouver (ébranler), il cuida qu'elle allât assembler (combattre ). Il qui mieux vouloit être des premiers que des derniers férit deséperons, et toutesa compa- gnieavecluijjusquesà la bataille du roi de Grenade, et alla aux ennemisassembler (combattre), etpensoit ainsi que le roi d'Espagne et toutes ses batailles le suissent (suivissent) j mais non firent, dont il futlai- dement déçu, car oncques celui jour nes'enémurent Là fut le gentil chevalier messire Jacques de Dou- glas enclos, et toute sa route (suite) , des ennemis, et
(i) Muhamad venoit de s'emparer de Gébaltanc (Gibrdtar), et AL phoase Êdsoit le siège de cette ville p<r terre et par nrar. Mais Tappro-- che de Muhanad le força de lever le siëge . J. A. B.
(i3^8) DE JEAN FROISSART. 119
y firent merveilles d'armes; mais fipalement ils n'j purent durer ^ ni oneques pied n'en écha]^a, que tous ne fussent occis à (avec) grand meschef ^'^- de quoi ce fut pitié et dommage et grand'lâclieté pour les Espagnols; et moult en furent blâmés de tous ceux qui en ouïrent parler, car bien eussent rescous (délivré)le chevalier et une partie des siens, s'ilseus- sent voulu.' Ainsi alla de cette aventure et du vojrage messire Jacques de Douglas.
Ne demeura mie (pas) grandement de temps après ce que le dit chevalier se fut parti d'Ecosse , pour aller en son pèlerinage, si comme vous avez ouï, que aucuns seigneurs et prud'hommes qui désiroient la paix entre les Angloiset les Écossois, traitèrent tant que mariage fut fait du jeune roi d'Ecosse et de la sœur au jeune roi Edouard d^Angleterre. Si fut ce mariage accordé, et épousa la dame le dessusdit roi à Berv^rick ^""^ en Ecosse, et là y eut grands fêtes d'une partie et d'autre ^^\ Or meveux-jetaireun petit des
(i) Au milieu de la mêlée, Jacques de Doutas prit la boite quiren- fermoit le cœur de Robert Bruce et la jeta au milieu des rangs ennemis en s^ëcriant: a Marche en avant comme tu le faisois pendant ta yie, et Douglas rate suivre ou périr. »Les compagnons de Douglas se précipi. tèrent avec luidans la mêlée et presque tous y périrent. Ceux de ses compagnons qui lui survécurent trouvèrent son cadavre au milieu des morts ainsi que la boite qui renfermoit le cœur de Robert Bruce, et firent transporter Tun et l^autre en Ecosse. Douglas fut enterré dans le tombeau de ses pères dans Téglise de Douglas. Le cœur de Roberi Bruce fut déposé à Meirose. (Voyez lord Hailes, annaiesdP Ecosse, année i33o.U. A. B.
(a) Berwick est k Tembouchure de la Tweed limitrophe entre l'Ecosse et TAngletcrre. J.A. B.
(3) Ce mariage fut conclu au printemps de Tannée 1 3a8, plus d'un an avantlamort de Robert Bruce, et par conséquent lyig-temps avant le départ de Jacques de Douglas. (Rymer libi si.'prà.V.iB.)!.!).
I20 LES CHRONIQUES (iStS)
Écossois et des Anglois, et me retrairai auroi Char- les de France et aux ordon^auees d'icelui pays.
CHAPITRE XLIX.
Commeut le roi Charles db Frahce mourut sass hoir
MALE^ ET COMMEKT LES DOUZE PAIRS BT.LES BARONS ÉLURENT A ROI MONSEIGNEUR PhILIPPE DE YalOIS; ET COMMENT IL DÉCONFIT LES FLAMANDS QUI s'É- TOIENT REBELLÉS CONTRE LEUR SEIGNEUR.
Le ROI Charles de France, fils aubeau roi Philippe, fut trois fois marié, et si mourut sans hoir (héritier) mâle de son corps, dont ce fut' grand dommage pour le royaume, si comme vous orrez ci-après. La pre- mière de ses femmes fut Pune des plus belles dames du monde; et fut fille delà comtesse d'Artois ^'\ Celle garda mal son mariage et se forfit, parquoi elle en demeura long-temps au Châtel Gaillard en prison et à(avec) grand meschef, ainçois (avant) que sou mari fut roi. Quand le royaume lui fut échu et il fut cou- ronné, les douze pairs et les barons de France ne voulurent mie, s'ils eussent pu, que le royaume de- meurât sans hoir mâle. Si quistrent (cherchèrent) sens et avis parquoi le roi fut remarié j et le fut à la fille de l'empereur Henry de Luxembourg ^""^ et sœur
(i) Blanche de Bourgogne, fille d^Othon IV, palatin de Bourgogne, et de Mahaud, comtesse d^Artois, qui fut enfermée au château Gaillard d^Andeljrs, comme le dit Froissart. (Hisi, gén. delà mais, deFr, T, i. p. 96.) J. D.
(a) Marie de Luxembourg, fille de Fcmpereur Henri VII et de IVTar-
(i3j8) de JEAN FROISSART. lai
au gentil roi de Bohême ^'^j et parquoi k premier mariage fut défait et annulé de cette dame qui en prison étoit, et tout par la déclaration du Pape, notre Saint Père, qui adonc étoit De cette seconde dame de Luxembourg, qui étôit moolt humble et prude femme, eut le roi un fils qui mourut moult jeune,asseztotlamèreaprès,àIsso^dunenBerry'^'^5 et moururent tous deux moult soupçonneusement, de quoi aucunes gens furent inculpés en derrière coay ertement. Après , ceroi Charles fut remarié tierce fois à la fille de son oncle de remariage ^^ la fille de Monseigneur Lpuis cpmte d^Ëvreux,la reine Jeanne et sœur au roi de Navarre qui adonc étoit ^^^ : puis ayint que cette dame fut enceinte e^ le roi son. mari s'accoucha malade au lit de la mort Quand il aper- çut que mourir le convenoit, 51 devisa que s'il ave- noit que la reine s'accoudbât d'un fils, il vouloit que messire Philippe de Yalois son cousin germain en fut mambour (tuteur) et régent du royaume , )ps- ques adonc que son fils seroit en âge d'être roi ^ et s'il av^oit que ce fut une fiUe, que les douze pairs et les
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guérite de BraHant. Le mariage se fit k Prorins le ax septembre xSati. ( Uid. P. 97.) J. D.
(i) Jean de Luxembourg. J. D.
(^) Cette princesse mourut k Issoudun le a x mars x 3a3 (x 3^40 ^^'^' ^•^*
(3) Froissart veut apparemment faire entendre par Texpression son oncie de remariage que Louis comte d'Evreux, frère du roi Philippe- le-Bel, étoit issu du second mariage de Philippe le Hardi, leur père com- mun, avec Marie de Brabant. (Voy, ibid, P, 88.) J. D.
(4) Le mariage de Charles le Bel et de Jeanne d'É^reuxjSe fit enfan- nëe i3îi5.(/AiW.P.97.) Elle étoit scenr dePhilippe d'Évrcux qui devint rçi de Navarre par son mariage avec Jeanne de France fille unique de Louis X dit le Hutin, ( Uid. P. 97.) J. D.
laa LES CMRONIQUES (i3'i8)
hauts barons de France eussent conseil etavis entre eux d'en ordonner, et donnassent le royaume à ce-- loi qui avoir le devroit. Sur ce, le roi Charles alla mourir environ la^'^ chandeleur,ran de grâce mil trois cent vingt sept^'l Ne demeura mie grandement après ce que la reine Jeanne accoucha d^une fille ^^^ ^ de quoi le plus (la plupart) durojraume en furent du- rement troublés et courroucés.
Quandlesdouze pairs etles hauts baronsdeFrance surent ce , ils s'assemblèrent à Paris le plutôt qu'ils potent, et donnèrent le royaume de commun ac- cord à monseigneur Philippe de Yalpis , fils jadis au coiate de Valois, et enôtèrent la reine d'Angleterre et le roi son fils, qui étoit demeurée sœur germaine du roi Charles dernier trépassé j pour raison de ce qu'ils dient (disent) qùele royaume de France eslde sigrand'noblesse qu'il ne doit mie par succession al- ler à femelle, ni parconséquent àfils de femelle, ainsi que vous avea ouï ça devant au commencement de ce livre. Et firent celui monseigneur Philippe couron- ner à Reims l'an de grâce mil trois cent vingt huit, le jour delà Trinité ^^\ dont puissedi (depuis) grand' guerre et grand' désolation avint au royaume de
(i)Les imprimés disent mal: eni^iron Pasques, Van iSaS. J. D.
(a) Cette date est exacte: Char]es-Je>Bel mourut à Vincennes dans la nuit du 3i Janvier au i« février 1327, en eammençant Tannée k Pâques suivant Tusage d^alcurs, et iSaS, suivant notre manière actueUe de la commencer au i«- janvier. ( ZT/sf. ^e/i. i« /a /iiâ<5. deFr.T. i. P. 96.)
(3) Cette fille nonunée Blanche vint au monde le i«^ avril i3a8*
(4) Le dimanche de U Trinité étoit cette année le ag mai. J. D.
(i5'28) DE JEAN FROISSART. ia3
France et en plusieurs pays, si comme vous pourrez ouïr en cette histoire.
Assez tôt après ce que ce roi PhiËppe fut couronné àReims, il manda ses princes, ses barons et toutes ses gens d'armes, et alla atout (avec) son pouvoir loger en la ville ^'^ de Cassel, pour guerroyer ks Flamands, qui étoient rebelles à leur seigneur ^*^ , mêmement ceux de Bruges, d'Ypre et ceux du Franc ^^^ j et ne vouloient obéir au dit comte de Flandre, mais Pa- voient enchâssé, et ne pouvoit adonc nulle part de- meurer en son pays, fors tant seulement à Gandet encore assez escharsement (rarement). Si déconfit adonc le roi PhiKppebien seize mille Flamands qui avoient fait un capitaine qui s'appeloit Colin Zon- nekins ^^ hardi homme et outrageux durement, et avoient les dessusdits Flamands fait leur garnison de Cassel, au commandement et aux gages desvilles de Flandre, pour garder ces frontières là endroit. Et vous dirai comment ces Flamands furent déconfits, et tout par leur outrage. Ils se partirent un jour évlt riieure de souper du mont de Cassel ^^^ , en inten-
( z) Ce^4i-dire , sans doute , auprès de Cassel; car les Flamands étoieat maîtres de la ville, comme Froissart le dira plus bas. J. D.
(a) Le comte Louis dit de Crëcy. J. A. B.
r3)Le Franc, Francoruuus, terra, Jronca.CesÏjmeipviXit de la Flan- dre françoise qui fut cédée à la France par la paix des Pyrénées. Elle comprend les BaiUages de Bourbourg, Bergue,Saint-V7irox et Fumes» et outre les chefs lieux de ces baiUages, les vîUes de Dunkerque et de Gr avelines. J. A. B.
(4) Froissart l'appelle Deimckins, tnaiilofrkistociepft Flamands le nomment X^icolas Zonnekins. J. A. B.
(5) Us s'étoient retranchés sur une émlnence àla vue de Cassel dont il s ëtoient en possession et qui leur sevToltcosnma de place forte* Ils firent
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ia4 LES CHRONIQUES (i5<i8î
tioiL de déconfire le roi et tout son ost, et s'en vin- rent tout paisiblenuent, sans point de noise, ordon- nés en trois batailles, desquelles Tune alla droit aux tentes du roi, et orent (eurent) près surpris le roi qui séoit (étoit assis) à souper et toutes ses gens; Tautre bataille s'en alla droit aux tentes du roi de Bohême, et le tiouvèrent près en tel point j et la tierce bataille s'en alla droit aux tentes du comte de flainaut, et l'eurent aussi près soupris (surpris), et le hâtèrent si que à (avec) grand'peine purent ses gens être armés ni les gens monseigneur de Beau- mont son frère. Et vinrent tantôt ces trois batailles si paisiblement jusques aux te&tes qu€ à(avec)grand meschef furent les seigneurs armés et leurs gens as- semblés; et eussent tous les Seigneurs et leurs gens été morts, si Dieu ne le^ eut, ainsi comme par droit miracle, secourus et aidés; mais par la grâce et v^ lonté de Dieu, chacun de ces seigneurs déconfit sa bataille si entièrement et tous à une heure et à un point, qu'oncques de ces seize mille Flamands nul' n'^i échappa, et fut leur capitaine tué ^^\ Et si ne sut oncques nul de ces seigneurs nouvelles l'un de l'autre, jusques adonc qu'ils eurent tout feitj et
arborer sur les murs des tours de Cassel une espèce d'étendard sur lequel ils aycient fait peindre un coq ayec ces mots:
Quand ce coq ici chantera, Le roi trouvé ci entrera.
Us appeloient Philippe le roi trouvé^ parce qu'il n'ayait pas du espé- rer d'être roi. Après la victoire, Philippe fit mettre CasseU feu et àsang. J. A.B.
(i ) N. Zonceldu, qui avoit dirige toutes les opérations de cette jour- »é«, périt après avoir ftut des actes incroyables de bravoure. J. A. B-
(i5ii8) DE JEAN FROISSART. "5
oncques des seize mille Flamands qui morts y de- meurèrent n'eu recula un seul, que tous ne fussent morts et tués en trois monceaux Pun sur Fautre, sans issir (sortir) de la place là où chacune bataille com- mença , qui fut l'an de grâce mil trois cent vingt huit, le jour saint Barthélémy ^*\ Adonc après cette déconfiture vinrent les François à Cassel et y mirent les bannières de France, et se rendit la ville au roi; . et puis Poperingue, et après Ypre, et tous ceux do la châtellerie de Bergues, et ceux de Bruges en sui- vant, et reçurent le comte Louis leur seigneur aima- blement adonc et paisiblement, et lui jurèrent foi et loyauté à toujours mais.
Quand ^'^ le roi PhiUppe de France eut remis le comte de Flandre en son pays , et que tous lui eu- rent juré féauté et hommage, il départit ses gens, et retourna chacun en son lieu ^^5 et il même s'en vint en France et séjourner à Paris et là environ. Si fut
(1) Suivant la Chron. de Flandre P. i35 et le continuateur de Nan* gis (Spicileg, d'Achcry, T. 3. P. 89), la bataille de Cassel se donna U , veiUe de St. Barthélémy. J. D.
(a) Les imprimés retranchent presque entièrement la fin de ce cha- pitre. J.D.
(3) Ayant de quitter la Flandre, Philippe fit venir le comte Louis de Crëcy: a Beau cousin, lui dit-il, je suis venu ici sur les prières que tous m^en ayez faites. Peut-*étre ave:&-vous donné occasion a la révolte par Totre. négligence k rendre la justice que vous.deyez k vos peuples: c^est ce que je ne yeux point examiner pour le présent. U m?a fallu faire de grandes dépenses pour une pareille expédition; j^aurois droit de pré- tendre & quelque dédommagement; mais je yous tiens quitte de tout, et je yous rends yos états soumis et pacifiés. Gardez-^yous bien de nous fidre retourner une seconde fois pour un pareil sujet. Si votre mauvaise administration m^obligeoit de reyenir, ce seroit moins pour yos inténéts que pour les miens ». (VoyczD'oudegherst, anna/es de Flandre,) Jf, A. B.
laC LES CHRONIQUES (i3iS)
durement prisé et honoré de cette emprise qu'il ayoit faite sur les Flamands, et aussi du beau service qu'il avoit fait au comte Louis son cousin. Si demeu- ra en grand'prospérité et engrand'honneur, et ac- crut grandement l'état royal, et n'y avoit oncques mais eu en France roi, si comme on disoit, qui eut tenu l'état pareil au roi Philippe} et f ai soit faire tournois, joutes et ébatemens moult et à (avec) grand plenté (abondance).Or nous tairons nous un petit de lui et parlerons des ordonnances d'Angle- terre et du gouvernement du roi.
CHAPITRE L.
COMMEITT LE I^OI d'AnGLETERRE^ PARLE FAUX ENNOR- TEMEITT (conseil) DE MESSIRE RoGER DE MoRTIMER FIT DÉCOLER le comte DE K.ElfT SOB ONGLE; ET COM- MENT LE DIT ME3SIRE RoGER MOURUT VILAINEMENT APRÈS (').
J-JE JEUNE roi d'Angleterre se gouverna un grand temps, si comme vpus avez ouï ci dessus raconter, par le conseil de madame sa mère, du comte de Kent son oncle et de monseigneur Roger de Mortimer. Au
(i) Froîssart traite fort succinctement cette partie de Thistoire par- ticulière d^ Angleterre, a^n d^arriyerk la grande quereDe de Philippe de Valois et d^Ëdouard, et c'est sans doute, pour De pas interrompre le fil des évènemens qui concernent les deux royaumes, quHl rapporte ici le supplice du comte de Kent et de Roger de Mortimer dont la dale est postérieure k celle des faits qu**!! racontera dans quelques uns des chapitres suiyans. Les détails que Froîssart omet sont suppléés pa» Knjghton, Walsicgham, Ayesburjr, Jos. Barnés dans son hist. d'E- douard JII, etc. et par les historiens moderres d'Angleterre. J. D.
(r5ît8) DE JEAN mOISSART. 127
dernier (enfin), envie qui oncques ne mourut, com- mença à naître entre le comte de Kent dessusdit, et le seigneur deMortimer et monta puis l'envie si haut que le sire de Mortimer informa et ennorta (con- seilla) tant le jeune roi, pa!r le consentement de ma- dame sa mère, et lui firent entendant que le dit comte de Kent le voulôit emprisonner et le feroit mouiir temprement (prématurément) s'il ne s'en gardoit , pour avoir son royaume , comme le plus prochain après lui, "par succession; car le jeune frère du roi qu'on appeloit monseigneur Jean de Eltham étoit nouvellement trépassé ^'\ Le jeune roi qui croyoit légèrement ce dont on l'inforûioit, ainsi que jeunes seigneurs, tels a-t-on vu souvent, croient lé- gèrement ce dont ceux qui les doivent conseiller les informent, et plutôt en mal qu'en bien, fit, assez tôt après ce, son dit oncle le comte de Kent prendre et le fit décojer publiquement ^*^,que oncques il n'en put venir à excusance. De quoi tous ceux du pays, grands et petits, nobles et non nobles, furent dure- ment troublés et courroucés et eurent depuis ce du- rement contre cœur le seigneur de Mortimer j et bien pensoient que par son conseil et par son pour- chas et par fausse induction avoit ainsi été mené et
(i)Froissart se trompe: Jean d'Eltham survécut plus de six ans au
comte dé Kent. Outre son frère aîné, TKomas de Brolherton, comte de
Norfolk, et les deux sœurs du roi, Jeanne et Lléonore vivoîent aussi.
J. A. B.
(2) Le comte de Keot fut décolé k Winchester le 19 mars i33o. (Bamès, hist. Edcuardi lïl. Knyghlon, Col. 2555, etc.) On peut yoirles motifs de sa condamnation dans une lettre d^Édouard aupapeendatedu 24 mars de la même année. (Rymer, T. a. Part 3. P. 40. ) J. 1).
128 LES CHftONlQUES (i5^8)
traité le gentil comte de Kent que ils tenoieut tous ' pour prud'homme et pour loyal ^ ni onojues après ce le sire de Mortimer ne fut tant aimé comme il ayoit été paravant Ne demeura mie depuis guères (jue grand'fame (bruit) i^sit hors sur la mère du roi d'Angleterre, ne Sais mie si voir (vrai) étoit , qu'elle étoit enceinte, et en inculpoit-on plus de ce fait le seigneur de Mortimer que nul autre. Si commença fortement cette esclandre à multiplier, tant que le jeune roi en fut informé suffisamment Et avec tout ce il fut informé que par fausse induction et par en- vie du seigneur de Mortimer , faite plus par trahison que par raison, il avoit fait mettre à mort son oncle le comte de Kent que tous ceux du pays tenoient et avoient toujours tenu pour prud'homme et pour lojal^ dont si le jeune roi fut triste et courroucé, ne fait mie à demander. Si fit tantôt prendre le seigneur de Mortimer ^'^ et le fit mener à Londres, par devant grand'foison des barons et des nobles de son royaa- me, et fit compter par un sien chevalier tous les faits du seigneur de Mortimer, ainsi que escripre (écrire) et enregistrer les avoit faitj et quand ils furent tous dits et comptés , le dit roi d'Angleterre demanda à tous, par manière de conseil et de jugement, quelle chose en étoit bon de faire. Le jugement en fut assez
(i)Le parlement étant alors assemblé k Nottmgham, Mortîmeret la
reine résîdoientdans le château, bien gardés par leurs amis. Mais le roi
ayant séduit le gouverneur, y pénétra secrètement par un passage son*
terrain pendant la nuit et accompagné de quelques uns de ses amis les
plus brayes. Mortimer fut arrêté dans sa chambre à coucher, après
avoir tué le premier qui étoit enîrc. J. A. B..
(i3'i8) • DE JEAN FROISSAIIT. ti()
tôt rendu j car chacun en étoit jàpar renommée et par juste information tout avisé et informé. Si en ré- pondirent au roi et dirent quUl devoit mourir en telle manière comme messire Hugh Spenser avoit fait et été justicié. A ce jugement n'eut aucune dila- tion (délai) de souffrance ni de merci: si fut tantôt traîné par la cité de Londres sur un bahut^'^puis lié sur une aisselle(éclielle)emmy(àtravers)laplace^'\ et puis eut le.*., coupé et toutes les.... et jetés en un feu qui là étoit; et puis fut le ventre ouvert et le cœur trait (tiré) hors, pour ce qu'il en avoit fait et pensé la trahison, et jeté au dit feu et aussi toutes SQs entrailles, et puis fut écartelé et envoyé es qua- tre maîtres cités d'Angleterre et la tête demeura à Londres ^\ Ainsi finit le dit messire Roger de Mor- timer. Dieu lui pardonne tous ses forfaits!
Tantôt après cette justice faite , le roi d'Angle- terre, par le conseil de ses hommes, fît madame sa mère enfermer en un beau château ^*) , et lui bailla dames et damoiselles et chambrières et gens assez pour la garder, servir et tenir compagnie, et cheva-
(i) Espèce de cofifre'outombereaTi. J.D.
(a) Suivant Robert d'Ayesbury l'exécution se fit h Eimes. « A Turre Londoniensi usque aà forças^ apud Elmes per unam leuoam extra ciui^ totem Londoniensem erectas f ad coudas equorumtroctusjiut etsuspen- sus , ibidem, ( Bob. de Avesbé P. 9. ) J. I)«
(3) Le rëcit de Froissart n'est pas exact. Le corps de Mortîmer, après avoir été exposé sur un gibet d'après l'ordre spécial du roi, pen-' dant deiii jours et deux nuits, fut accordé aux frères mineurs de Lon« dres qui l'ensevelirent dans leur église, appelée aujourd'hui église du Christ. C'est de Ik que, long-^temps après, il fut transporté k Wigmore. ( Voyez Dugdale.) J, A, B.
(4) Elle fut confinée au château de Bising près de Londres. (Rap. Thoîr. T. 3. P. 447. ) J. D.
FROISSART -T. I. 9
i3o LES CHRONIQUES (i3i8)
liers et écuyers d^honneur, ainsi comme à si haute dame qu'elle étoitappartenoit^et lui assigna et déli- vra grand' teiTe et grand're venue, pour elle suffisam- ment gouverner, selon son noble état, tout le cours de sa vie; et la dite revenue au plus près de celui cliâtel qu'il pot (put) par raison, mais il ne voulut mie souflfrir ni consentir qu'eUe allât hors, ni se mon- trât nulle part, fors en aucuns lieux ébatants et moult plaisants qui étoient devant la porte du châ- tel, et qui répondoient à la maison. Si usa la dite dame sa vie là assez bellement, et la venoit voir deux ou trois fois l'an le jeune roi Edouard, son fils. Nous nous souffrirons à parler de la dame, et parlerons du roi son fils, et comment il persévéra en sa seigneurie. Après cequeceroi Edouard, qui étoit en son jeune âge^'^, eut fait faire ces deuxgrands justices, si comme vous avez ouï ci-dessus conter, il prit nouveau conseil des plus sages et des mieux crus de tout son royau- me, et se gouverna moult bellement jet maintint son royaume en paix , par le bon conseil qu'il a voit de- lez (près) lui.
CHAPITRE Ll.
Comment le roi de France envoya légats en An- gleterre POUR sommier le roi d'Angleterre qu'il
LUI VENIT (vint) FAIRE HOMMAGE; ET QUELLE CHOSE LE DIT ROI RÉPONDIT AUX DESSUSDITS LÉGATS.
Or AViNT que environ un an après ce que Je roi Phi- lippe de Valois eut été couronné à roi de France, et
( I ] Edouard ycnoit d^ atteindre sa iS"**. aimée. J. A^ 6.
/
»
(iSag) DE JEAN FROISSART. i3t
que tous les barons et les tenants du dit royaume lui eurent fait féauté et hommage, excepté le jeune roi Edouard d'Angleterre quiencorenes'étoit trait (ren- du)avant, et aussiiln'avoit point été mandé, sifutle roi de France conseillé et informé qu'il mandât le dit roi d'Angleterre à venir faire hommage et féau- té,ainsi comme il appartenoit A donc en furent priés d'aller en Angleterre faire ce message et sommer le dit roi ^'\ le sire d'Aubigny ^'^^ et le sire de Beau- sault ^^^,et deux clercs en droit, maîtres en parlement à Paris, que on appeloit pour ce temps maître Si- mon ^*^ d'Orléans et maître Pierre de Maisières. Ces quatre, du commandement et ordonnance du roi, se partirent de Paris bien étoffément, et cheminèrent tant par leurs journées qu'ils vinrent à Wissan: là montèrent-ils en mer et furent tantôt outre, et arri- vèrent à Douvres, et séjournèrent là un jour, pour attendre leurs chevaux et leurs harnois qu'on mit hors des vaissiauls(vaisseaux). Quand ils furent tous
(i) Il paroit que c^étoit pour la seconde fois que Philippe faisoit som-
mer Edouard; car il lui avoit envoyé précëdemment k cet effet Pierre
Boger, abbë de Fescamp, qui fut depuis pape sous le nom de CJémeat
VI. (Conliii. de Nangis, Spicilége, T. 3. P. 91.) J. D.
(a) Les imprimés françois et anglois disent d^Ancenis. Si ce sire d'Aubigny est, comme ou n^en peut guère douter, Charles d^Eyreux Il qui son père Louis de France, comte d£vreux> avoit donné en par. tage, outre le comté d^Étampes et les seigneuries de Dourdan et de Git;n celle d'^Aubigny, il est singulier que Froissartne le désigne pas plutôt par le titre de comte dÉtampes, titre beaucoup plus hoDorable, puis- que le roi avoit érigé pour lui, en 1327, le comté d^Étampes en pairie. {Hist. gén, de lamais.de Fr.T.i. P.28o.)J.I>.
(3) Jean de Montmorency I«'. du nom, seigneur de Beausault, de Br«teuil, ctc ( Hiat, gcn. de la mais, de Fr. T. 3. P.6îii.) J. D.
(4) Les imprimés françois et anglois disent Pierre d Orléans, J. A . B,
9*
i3i LES CHRONIQUES (id'îq)
prêts, ils montèrent sur leurs chevaux et exploitè- rent tant par leurs journées qu'ils vinrent à Windsor où le roi d'Angleterre et la jeune reine sa femme se tenoient Les quatre dessus nommés firent à savoir au roi pourquoi ils étoient là venus , et aussi de qui ils se rendoient. Le roi d'Angleterre, pour l'honneur de son cousin le roi de France, les fit venir avant et les reçut moult honorablement, et aussi fit madame la reine sa femme , ainsi que bien le savoient faire. En après ils contèrent leurs messages et furent vo- lontiers ouïs, et répondit adonc le roi qu'il n'avoit raie son conseil devers lui, mais il le manderoit^ si se retraissent (retirassent) en la cité de Londres , et là il leur seroit répondu tellement que bien devroit suffire. Sur cette parole, quand ils eurent dîné en la chambre du roi et de la reine moult aise, ils s'en par- tirent et vinrent ce soir gésir (coucher)à Colnbrook et lendemain à Londres. Ne demeura guères depuis que le roi d'Angleterre vint à Londres, en son pa- lais à Westmoustier (Westminster), et là en un jour qu'il y ordonna, eut son conseil assemblé, et furent les messagers du roi Philippe de France appelés ^ et là remontrèrent eux pourquoi ils étoient venus et les lettres qui leur avoient été baillées du roi leur seigneur. Quand ils eurent parlé bien et à point ils vuidèrent hors de la chambre j et lors demanda le dit roi à avoir conseil sur cette requête. Il ^'^ me sem- ble que le roi fut adonc conseillé de répondre que voirement (vraiment) par l'ordonnance faite et scel-
( i) Cette phrase et une j)artie de la suivante sont omises dans les im- pvimes, qui abn'geiît ce chapitre environ de moitié. J. D.
(iSîig) . DE JEAN FROISSART. i33
lée de ses prédécesseurs rois d'Angleterre e,t ducs d'Aquitaine il en devoit foi , hommage et loyauté faire au roi de France, ni du contraire on ne Fose- roit ni voudroit l'en (on) point conseiller. Ce propos et conseil fut arrêté et les messagers de France ap- pelés; si vinrent de rechef en la chambre de conseil. Là parla l'évêque de Londres ^'^ pour le roi et dit:
« Seigneur s,, qui êtes ci envoyés de par le roi de France, vous soyez les biens venujs. Nous avons ouï vos paroles et lu vos lettres et bien examinées à notre pouvoir et conseillées; si vous disons que nous conseillons à monseigneur qui ci est, qu'il voist (aille) en France voir le dit roi ^n cousin, qui moult aima- blement le mande, et du surplus de foi et d'hom- mage il s'acquitte et fasse son devoir , car voirement (vraiment) y est-il tenu. Si vous retrairez (retirerez) en France et direz au roi votre seigneur que notre seigneur le roi d'Angleterre passera par delà tem- prement (avant peu) et fera tout ce qu'il doit faire, sans nul estrif (détour). »
Cette réponse plut grandement bien aux dits mes- sagers de France et prirent congé au roi et à tout son conseil; mais ainçois ( avant ) il leur convint dîner dedans le palais de Westmoustier (Westmins- ter), et les fêta le dit roi moult grandement et leur donna au départir, pour l'honneur et amour du roi de France son cousin , grands dons et beaux joyaux. Depuis ce fait ils ne séjournèrent guères de temps à Londres et s'en partirent; et exploitèrent tant par leurs journées qu'ils revinrent en France et droite-
(i)Le docteur Stephen Gravescnd. J. A B.
i34 LES CHRONIQUES (iS^q)
ment à Paris, où ils trouvèrent le roi Philippe, à qui ils contèrent toutes les nouvelles et comment ils avoient exploité , et en quel état ils étoient partis du roi d'Angleterre, et aussi comment grandement et honorablement il les avoit reçus, et à leur dépar- tement et congé prendre, donné de ses biens. De toutes ces choses et exploits se contenta grandement le roi Philippe et dit que moult volontiers verroit le roi Edouard d'Angleterre, son cousin, car oncques ne l'avoit vu. Ces nouvelles s'épartirent parmi le royaume de France que le roi d'Angleterre devoit venir en France et faire hommage au dit roi Si se ordonnèrent et appareillèrent moult richement et très puissamment ducs et comtes de son sang qui le désiroient à voir j et proprement le roi de France en écrivit au roi de Behaigne (Bohême) et au roi de Navarre, et leur signifia le certain jour que le roi d'Angleterre de voit être devers lui, et leur pria qu'ils y voulsissent (voulussent) être. Ces deux rois j puis- que priés en étoient, ne l'eussent jamais laissé, et s'ordonnèrent au plutôt qu'ils purent , et vinrent en France en grand arroi devers le roi de France. Si fut adonc conseillé qu'il recueilleroit le dit roi d'An- gleterre son cousin en la bonne cité d'Amiens. Si fit là faire ses pourvéances (provision s) grandes et gros- ses, et administrer salles, chambres, hôtels et mai- sons pour recevoir lui et toutes ses gens, où il se comptoit parmi le roi de Behaigne (Bohême) et le roi de Navarre, qui étoient de sa déhvrance^'^le duc de
(i) C^est-4i^cli)re auxquels il faisoit Jéliyrer k ses dépens tout ce qui leur éloit nécessaire. J. D.
(î3^9) I^E JEAN FROISSART. ï35
Lorraine, le duc de Bourgogne, le duc de Bourbon et messire Robert d^ Artois, à (avec) plus de trois mille chevaux, et le roi d'Angleterre qui y devoit venir à (avec) six cents chevaux. Il avoit adonc et a encore à Amiens bien cité pour recevoir aisément autant de princes et leurs gens et plus encore. Or parlerons du i:oi d'Angleterre et comment il passa la mer.et vint cette année, Pan mil trois cent vingt neuf, en France.
CHAPITRE LU.
COMMEITT LE ROI d'AnGLETERRB VINT A ÂlfflENS^ OU IL FUT HOKORABLEMEIIT REÇU DU, ROI DE FrAIïGB ET LUI FIT HOMMAGE, MAIS MON MIE TOUT EUTIÈREME ITT COMME IL DEVOIT.
JLe JEUNE roi d'Angleterre ne mit mie (pas) en oubli le voyage qu'il devoit faire au royaume de France, et s'appareilla bien et Suffisamment^ ainsi que à lui appartenoit et à son état. Si se partit d'Angleterre quand jour fut du partir ^'K En sa compagnie avoit deux^ évêques, celui de Londres ^ et celui de Lin- coin, et quatre comtes, monseigneur Henry comte de Derby, son cousin germain, fils messire Thomas
(i) Edouard s^embarqua k Douvres le yeodredi a6 mai iSag, vers midi. ( Rjrmer, T. a. Part 3. P. a6. ) J. D.
(3) Les deux traductions angloises de lord Berner s et de Johnes di- sent: at^c deux évéques , sans compter téuêque de Londres, Ces deux évê- ques étoientle docteur John Stratford évéque de Winchester et le doc- teur Henry Burwash, évéque de Lincoln. J. A. B.
1
i36 LES CHRONIQUES (iStig)
de Lancastre au tort col; son oncle, le comte de Sa- lisbury ^'\ le comte de Warwick et le comte de He- refordj six barons , monseigneur Régnant de Cob- ham, monseigneur Thomas Wager, maréchal d'An- gleterre, monseigneur Richard de Stafford, le sei- gneur de Percj, le seigneur de Man, et le seigneur de Mowbray, et plus de quarante autres chevaliers. Si étoient en la route (suite) et à la délivrance (frais) du roi d'Angleterre plus de mille chevaux, et mirent deux jours à passer entre Douvres et Wissan» Quand ils furent outre et leurs chevaux traits (tirés) hors des nefs et des vaissiaulx (vaisseaux) , le roi monta à cheval, accompagné ainsi que je vous ai dit, et chevaucha tant qu'il vint à Boulogne; et là fut-il un jour. Tantôt nouvelles vinrent au roi Philippe de France et aux seigneurs de France, qui jà étoient à Amiens, que le roi d'Angleterre étoit arrivé et venu à Boulogne. De ces nouvelles eut le roi Philippe grand'joie et envoya tantôt son connétable ^'^ et grand' foison de chevaliers devers le roi d'Angle-, terre , qu'ils trouvèrent à Montreuil surlamer ,etéut grandes reconnôissances et approchemens d'amour. Depuis chevaucha le jeune roi d'Angleterre en la compagnie du connétable de France , et fit tant avec
(i) Guillaume de Montagn ne fut fait comte de Salisbury qu'en 13^7, suivant ImhofF, Tab, 56 . Froissait a donné, par anticipation, ce litre k Montagu^ qui le possëdoit quand il a ëcrit son histoire, J. D.
(2) Comme la date précise de la mort de Gaucher de Chatillon, conné^ table deFrance, arrivée dans le cours de cette année 1 829, n'est pas con- nue, on ignore si c'*est de lui qtfîl s'agit ici, ainsi que l'a pensé du Chesne (HisL gcn, delà mais. deChatUlon, P. 35i), ou de Raoul de Brienne, comte d'£u, qui lui succéda dans la dignité dc connétable, J. D,
(iSag) I>E JEAN FROISSART. iSy
sa route (suite) qu'il vint en la tité d'^A miens, où le roi Philippe étoit tout appareillé et pourvu de le re- cevoii , le roi de Behaigne (Bohême), le roi de Na- varre et le roi de Maillogres (Majorque) ^'^ de-lez (près) lui, et si grand' foison de ducs, de comtes et de barons que merveilles seroit à penser: car là étoient tous les douze J)airs de France pour le roi d'Angle- terre fêter , et aussi pour être personnellement et faire témoin à son hommage. Si le roi Philippe de France reçut honorablement et grandement le jeune roi d'Angleterre , ce ne fait mie à demander ; et aussi firent tous les rois, les ducs et les comtes qui là étoient, et furent tous iceux seigneurs adonc en h cité d'Amiens, jusqu'à quinze jours. Là eut maintes paroles et ordonnances faites et devisées^ et me sem- ble que le roi Edouard fit adonc hommage de bou- clie et de parole tant seulement, sans les mains met- tre entre les mains du roi de France, ou aucun prince ou prélat de jpar lui député^'^j et n'en voulut
»
(i)Dom Jayme IldeU in«ison d'A]TagoD,roide Mijorque et sei- gneur de Montpeflier.J. D.
(a) Edouard ne refusa point de mettre ses mains dans celles du roi de France, le contraire est dit formellement dans Tacte d^hommage que Bymer nous a conservé et que j'ai cru devoir rapporter ici, afin qu'ion puisse le comparer, tant avec le récit de Froissart qu'^ayec les lettres patentes qui sont T interprétation de cet acte et quon trouvera ci- après.
Instrumentum homagii per Eduardum III, jlnAianii facti.
Au nom de Dieu, amen.
Sachent tous, par la teneur de ce public instrument, que, présens nous, notaires et tabellions publics, et les témoins c -dessous nommés, vint en la présence de très haut, très excellent prince, notre très cher sire, Philippe, par la grâce de Dieu, roi de France, et comparut, en sa personne, haut et. noble prince, morseigneur Edouard, roi d'An-
i38 LES CHRONIQUES (iSag)
adonc le dit roi d'Angleterre , par le conseil qu'il eut , dudit hommage plus avant* procéder , si seroit retour-
gleterre, et ayec lui, réyërend père téyêqae de Lincoln, et grancle foi- son de ses autres gens et conseillers, pour faire son hommage de la duchë de Guyenne, et de la pairie de France, audit roi de France.
Et lors , noble homme monseigneur Mille de Noyers , qui étoit de coté le d\t roi de France, dit, de par le roi de France, au dit roi d^'Ângle- terre en cette manière:
<c Sire, le roi ne vous entend point à recevoir ainsi, comme il a été dit
à votre conseil, des choses quHl tient et doit tenir, en Gascogne et en
Agenois, lesquelles tenoit et devoit tenir le roi Charles, et de quoi le
dk roi Charles fit protestation qu^il-ue vous entendoit k recevoir à son
hommage. »
Et le dit évêque de Lincoln dit et protesta pour le dit roi d^ Angle- terre, que, pour chose que le roi d^ Angleterre, ou autre pour lui, dit ou fit, il n^entendoitk renoncer k nul droit qu^ileut, ou dut avoir, eou la duché de Guyenne, et es appartenances; et que aucuns droits nou- veaux y fussent, pour ce, acquis au dit roi de France.
Et, ainsi protesté, le dit éyéque bailla k noble homme le vicomte de Melon, chambellan de France, un.cédule sur le dit hommage, dont la teneur est ci-dessous écrite.
Et lors dit le dit chambellan au roi d^ Angleterre ainsi: <c Sire, vous devenez homme du roi de France, monseigneur, de la duché de Guyenne, et de ses appartenances, que vous reconnoissez k tenir de lui, comme duc de Guyenne, et pair de France, selon la forme des paix faites entre ses devanciers, rofs de France, et les vôtres, selon ce que vous et vos ancêtres, rois d** Angleterre, et ducs de Guyenne, avez fait par la même duché" k ses devanciers, rois de France; »
Et lors le roi d'Angleterre dit: voire.
Et le dit chambellan dit après, ainsi : « Et le roi de France, nostre sire, vous reçoit, sauvées ses protestations, et les retenues dessus dites; »
Et le roi de France dit: voire» »
Et lors, les mains du dit roi d* Angleterre ^ mises entre les mains du dit roi de France, baisa en la bouche le dit roi d'Angleterre..
La teneur de la cédule, que bailla le dit évêque pour Je roî d'Angle- ■ terre, s'ensuit:
« Je deviens votre homme de la duché de GuyenT:e et de ses appar- tenances, que je clame tenir de vous, comme duc de Guyenne et pair de France, selon la forme de paix faite entre vos devanciers et les nô- tres, selon ce que nous et nos ancêtres, rois d'Angleterre et ducs de
{i3q9) I^E JEAN FROISSART. i3g
né en Angleterre et auroit vu, lu et examiné les pri- vilèges de jadis, qui dévoient éclaircir le dit hom- mage et montrer comment et de quoi le roi d'An- gleterre devoit être homme du roi de France. Le roi de France qui véoit (voyoit) le roi d'Angleterre son cousin jeune, entendit bien toutes ces paroles, et lui ne le voulut adonc de rien presser ; car il sa- voit assez que bienyrecouvreroit quand il voudroit, et lui dit: «c Mon cousin, nous ne vous voulons pas décevoir et nous plaît bien ce que vous en avez fait à présent, jusquesàtant que vous soyez retourné en votre pays et vu par les scellés de vos prédécesseurs quelle chose vous en d'evez faire. » Le roi d'Angle- terre et son conseil répondirent: « Cher sire, grands mercis. »
Depuis se joua^ ébatit, et demeura le roi d'An- gleterre avec le roi de France en la cité d'Amiens : et quand tant y eut été que bien dut suffire par rai-
Guyemie, ayons fait, pour la même duché, à yos devanciers, rois de France. »
Cefîit fait a Amiens, chœur de ta granrle église, Tan de gr&ce mil trois cent vicgt neuf. Le sixième jour de juin, indiction douze, treize du ré- gime de notre très St. Père le Pape Jean XXII, présents et k ce appelés témoins, réyérends pères en dieu les évéques de Beau vais, de Laon et de Senlisj et haut prince, monseigneur CharJes, comte d^Alençon, monseigneur Eudes, duc de Bourgogne, monseigneur Lovis, duc Je Bourhon, monseigneur Louis, comte de Flandre, monseigneur Robert d'Artois, comte de Beaumont, et le comte d^Armagnac; les abbés de Clugny et de Corbie; Je seigneur de Beaujeu, et Bernard sieur d^Albr et: Math, de Trye, et Robert Bertrand, maréchaux de France: //em, révé- rend père Tévéque St. Davy, Henry, seigneur de Pcrcy, Robert Uffort, Robert de Wastevillj Robert de MesviUe, Guillaume de Montagne, GU* bertTalbot, Jean IVlaltr avers, sénéchal du roi d"* Angleterre; Geof&oy de Stropt, et plusieurs autres témoins, à ce appelés et requis.» (Rymer T. a. Paît 3. P.a7.)J.D.
ï4o LES CHRONIQUES (i33a)
son, il prit congé et se partît du roi moult aimable- ment et de tous les autres princes qui là étoient, et se mit au retour pour revenir en Angleterre, et re- passa la mer ^'^ j et fit tant par ses journées qu'il vint à Windsor où U trouva la reine Philippe sa femme ^ qui le reçut liement , et lui demanda nouvelles du roi Philippe son oncle, et de son grand lignage de France. Le roi son mari lui en recorda assez, et du grand état qu'il a voit trouvé, et comment on l'a voit recueilli et festoyé grandement, et des honneurs qui étoient en France, auxquelles faire ni de les entre- prendre à faire , nul autre pays ne s'accomparage (compare).
CHAPITRE LUI.
Gomment le roi de Frange envoya s» Angle- terre DE SON PLUS SPÉCIAL CONSEIL POUR SAVOIR PAR LES REGISTRES d'AnGLETERRE COMMENT LE DIT HOM- MAGE SE DEVOIT FAIRE ^ ET COMMENT LE ROI d'An- GLETERRE LUI ENVOYA UNES LETTRES CONTENANT LE DIT HOMMAGE.
JMe demeura guères de temps depuis que le roi de France envoya en AngletdiTC, de son plus spécial consfeil, Pévêque de Charties ^'^ et l'évêque de Beau-
(i) Il ëtoit de retour^ Douyres le ii juin, après une absence de quinze jours en tout; ainsi iJ ne demeura point quinze jours k Amiens, comme Froissart Ta dit précédemment. (Rymer. Ibid,) J. D.
(a) Jean du Plessis-Pasté, transféré en iSaS de Tévéch^ d'Arras îi celui de Chartres. {Gall. Christiana, T. 8. Col. 1 17a. } J. D.
(i55o) * DE JEAN FROISSART. î/fi
vais^'^et aussi monseigneur Louis deCiermont, duc de Bourbon ^'\ le comte de Harcourt ^'^ et le comte de Tancarville ^^\et des autres chevaliers et clercs en droit ^^\ pour être es conseils du roi d'Angleterre qui se tenoient à Londres sur l'état que vous avez ouï, ainsi que le roi d'Angleterre, lui revenu en sou pays, devoit regarder comment anciennement ses prédécesseurs, de ce qu'ils tenoient en Aquitaine et dont ils s'étoient appelés ducs en avoient fait hom- mage j car jà murmuroient les plusieurs en Angle- terre que leur sire étoit plus prochain de l'héritage de France que le roi Philippe. Néanmoins le roi d'Angleterre et son conseil ignoroient toutes ces choses, mais grands parlemens et assemblées sur le dit hoitimage furent en cette saison en Angleterre, et y séjournèrent les dessus dits envoyés de par le
(i) Jean de Marignî, frère du malheureux EuguerranddeMarigni, qui avoitëté pendu sous le régne de Louis Hutin. {GallChrisiiana, T. 9- Col. 74g. ) J. D.
(2) C^est pour ce prince que Charles le Bel érigea en iStî^ la baronic de Bourbonen duchë-pairie. {Hist, généaiogiqu/e de la mais, deFr, T. 1. P.a97.)J,D.
(3) Jean IV du nom, en faveur de qui la baronie de Harcourt fut éri- gée ea comté au mois de mars i338. [IbiJ, T. 5. P. i3o.) J. D.
(4) Jean I du nom, vicomte de Melun, seigneur de Tancarville, etc. chambellan de France et de Normandie. ( Ibid. T. 8. P. 443. ) J. D.
(5)11 est probable que ces ambassadeurs partirent avant la fin de Tan- née i33oj ce qui m^a déterminé à la compter au commencement de ce chapitre. Froissart paroît avoirignoré les autres évènemens de cette an> née, tels que lesmouvemens eu Guyenne, qui donnèrent lieu h quelques hostilités et firent craindre une rupture entière, les négociations qui la prévinrent et autres faits de moiadre importance. Son silence est sup- pléé par les Chroniques de St. Denis, le Continuateur de Nangis, ©t surtout pai; les actes qu'ion trouve dans ît)rmer,T. 3. Part, 3 depuis la P. 29 jusqu^k la P. 60. J. D.
14^ LES CHRONIQUES (i35i)
roi de France, tout l'hiver jusques au mois ^'^ de mars ensuivant, qu'ils ne pou voient avoir aucune défini- tive réponse. Toutefois le roi d'Angleterre , par l'a- vis de ses privilèges, auxquels il ajoutoit grand'foi, fut conseillé d'écrire ainsi lettres patentes scellées de son grand scel, en reconnoissant l'hommage tel qu'il le doit et devoit adonc faire au roi de France: La teneur de laquelle lettre s'ensuit
« Edouard, par la grâce de Dieu roi d'Angleter- re, seigneur d'Irlande, duc d'Aquitaine,à tous ceux qui ces présentes lettres verront ou orront, salut Sa- voir faisons : Comme nous faisions à Amiens hom- mage à excellent prince notre seigneur et cousin PhiUppe roi de France , lors nous fut dit et requis de par lui que nous reconnussions le dit hommage être lige, et que en faisant le dit hommage nous lui pro- missions foi et loyauté porter j laquelle chose nous ne fîmes pas lors, pour ce que nous étions informés que point ne se devoit ainsi faire jet fimes lors au dit roi de France hommage par paroles générales , en disant que nous entrions en son hommage, par ainsi comme nos prédécesseurs ducs d'Aquitaine étoient jadis entrés en hommage des rois de France, qui a voient été pour le temps. Et depuis en çà nous soyons bien informé^ et acertenés (assurés) de la vé- rité, reconnoissons par ces présentes lettres, que le dit hommage que nous fimes à Amiens au roi de France, par paroles générales, fut, est, et doit être
(i) Plusieurs manuscrits et les imprimés portent au mois de mat\ le-
çon, défectueuse, puisque les ambassadeurs François obtiurent le 3o
mars les lettres rapportées dans le texte. 7. A. B.
/
(r55i) DE JEAN FROISiART. i43
entendu lige, et que nous lui devons foi et loyauté porter, comme duc d'Aquitaine et pair de France, et comte de Ponthieu et de Montreuil j et lui promet- tons d'or-en-râvant foi et loyauté porter. Et pour ce que au temps à venir de ce ne soit jamais discord ni question à faire le dit hommage, nous promettons en bonne foi pour nous et nos successeurs ducs d'A- quitaine qui seront pour le temps, que toutes fois que nous et nos successeurs ducs de Guyenne entre- rons, en rhommage du roi de France et de ses suc- cesseurs qui seront pour le temps, le dit hommage se fera en cette manière : Le roi d'Angleterre, duc de Guyenne , tiendra ses mains entre les mains du roi de France , et celui qui adressera les paroles au roi d'Angleterre duc de Guyenne, et qui parlera pour le roi de France ^ dira ainsi : Vous devenez homme lige au roi de France monseigneur qui ci est, comme duc de Guyenne et pair de France, et lui promettez foi et loyauté porter j dites, voira Et ledit roi d'An- gleterre duc de Guyenne et ses successeurs diront, voire . Et lors le roi de France recevra le dit roi d'An- gleterre et duc de Guyenne au dit hommage lige à la foi et à la bouche, sauf son droit et l'autrui. De re- chef, quand le dit roi d'Angleterre et duc de Guyenne entrera en hommage du dit roi de France et de ses suc- cesseurs rois de France , pour la comté de Ponthieu et deMontreuil,il mettra ses mains entre les mains du roi de France , et celui qui parlera pour le roi de France adressera ses paroles au dit roi et duc et dira ainsi: Vous devenez homme lige au roi de France monsei- gneur qui ci est , comme comte de Ponthieu et de
i44 LËfe CHRONIQUES (i35i)
Mon treuil, et lui promettez foi et loyauté.porterj di- tes^ voire. Et le dit roi et duc, comte de Ponthieu et deMontreuil dira, voire. Et lors le dit roi de France recevra le dit roi et comte au dit hommage à la foi et à la bouche, fors sauf son droit et l'autrui. Et ainsi sera fait et renouvelle toutefois que Thommage se fera. Et de ce baillerons nous et nos successeurs ducs de Guyenne, faits les ditshommages, lettres patentes scellées de nos grands sceaux , si le roi de France le requiert, et avec ce nous promettons en bonne foi tenir et garder affectueusement les paix et accords faits, entre les rois de France et les dits rois d'Angle- terre ducs de Guyenne et leurs prédécesseurs roi de France et ducs de Guyenne ^'l En cette manière sera fait et seront renouvelées les dites lettres pour les dits roi et ducs et leurs successeurs ducs de Guyenne et comtes de Ponthieu et de Montreuil, toutes les fois que le roi d'Angleterre duc de Guyenne et ses successeurs ducs de Guyenne et comtes de Ponthieu et deMontreuil, qui seront pour le temps, entreront en l'hommage du roi de France et de ses successeurs, rois de France. En témoin desquelles choses à ces nôtres lettres ouvertes avons fait mettre notregrand scel. Données à Eltham le trentième jour du mois de mars, l'an de grâce mil trois cent et trente ^^^l»
(i)Lereste de cette pièce et du chapitre manque dans les imprimés.
(a) On lit dans Kynier: milirois cents trente et primer [l'ù^i), et de notre règne ^ qiûnt» Cette différence dans les dates n'est qu'apparente : elle yicnt de ce que la chancellerie d'Angleterre commence it Tannée au 25 mars, et que Froissart la commencé k Pâques; or Pâques arriya cette année le '^l mars, ainsi le 3o de ce mois appartenoit encore k l'année iSSo sui-* vant sa manière de compter. J. D.
(i33i) DE JEAN FROISSART. i45
Ces lettres rapportèrent enFrance les dessus nom- més seigneurs, quand ils se partirent d'Angleterre, et ils eurent congé du roij et les baillèrent au roi de France, qui tantôt les fit porter en sa chancellerie et mettre en garde avec ses plus spéciales choses * \
à la cautelle (garde) du temps avenir. Nous nous souffrirons à parler du roi d'Angleterre un petit, et parlerons d'aucunes aventures qui avinrent en France.
CHAPITRE LIV. "^
Comment le roi nE France i^rit bu haine messirb BoBERT n* Artois, dont il lui convint s'enfuir
HORS DU royaume ] ET GOMMENT IL FIT METTRE 8A
femme et ses enfans en prison qui oncques puis (depuis) n'en issirent (sortirent).
L'homme du monde qui plus aida le roi Philippe à parvenir à la couronne de France et à Phéritage, ce fut messire Robert d'Artois ^'\ qui étoit l'un des plus
On tronye encore dans Rymer plusieurs pièces relatiyes k PtffFaire de riioininage, ou qui en sont la suite, et qui annoncent le désir qu^aToient alors les deux rois de vivre en paix, en terminant amiablement toutes leurs contestations. Us étoient à cette ëpoqae de si bonne intelligence qu'Edouard ne craignit pas de partir de Douvres le 4 avril de cette même année iS3i, et de venir en France très peu accompagné, traiter direc- tement avec Philippe. Il y fit expédier le 1 3 de ce mois les pièces dont on vient de parler, et repassa en Angleterre le ao. ( Rjmer, I6id, P. 6a, 63, 64, 65. ) J. D.
(i) On peut consulter sur Bobert d'^Ârtois les mémoires de M, LanreJot, iteprimés dans le Becueil de t Acad. des Belies^LeUres,T, 8. P. 669 et T. 10. P. 57 1 , et la notice d^nne pièce manuscrite qui fournit
FROISSART. T. I. XO
i46 LES CHRONIQUES (ir55i.
hauts barons de France et le mieux en lignages^ et trait(issu)desroyaux^'^;etavoità femme la sœur ger- maine du dit roi Philippe ^""^ , et avoit tondis (tou- jours) été son plus spécial compagnon et ami en tous états ^ et fut bien Fespace de trois ans que en France tout étoit fait par lui ,et sans lui , n'étoit rien fait. Après advint (jue le roi Philippe emprit et accueillit ce mes- sire Robert en si grand'haine, pour occasion d'un plaid (procès) qui ému étoit devant lui, dont le comte d'Artois étoit cause , que le d it messir e Robert vouloit avoir gagné, par vertu d'une lettre que messire Ro- bert mit avant , qui n'étoitmie bien vraie ^'^ y si comme on disoit,que si le roi l'eût tenu en son ire (courroux) il Peut fait mourir sans nul remède. Et combien que le dit messire Robert fut le plus prochain du lignage à tous les ha\its barons de France et serourge (beau- frère) au dit roi, si lui convint-il vider France ^^^ et venir à Namur devers le jeune comte Jean, son neveu et ses frères qui étoient enfants de sa sœur ^^\ Quand il fut parti de France et le roi vit qu'il ne le pourroit
plusieurs détails historiques concernant ce prince" depuis son b<imiis- sèment du royaume. ( IbU, T. 40. P. 170.) J. D.
(i) Cette expression signifie quHl étoit issu du sang royal: il descen- doit en effet du roi Louis VIU au 4* degré. ( Hist. gén, de la mais, de Fr.T. 1.P.386.) J. D.
(2) Il avoit épousé Jeanne de Valois, sœur du roî. {Ibid, P. 387.) J. D.
(3) Froissart veut parler des pièces fausses fabriquées par la demoi- selle de Divion. (Voyez les Mém de Lancelot, cités ci-dessus.) J. D.
(4) Il paroit par les dépositions des témoins qu'il se retira d'abord k Bruxelles vers la fin d'août ou le commencement de septembre i33i , environ six mois avant l'arrêt par lequel il fut condamné aubamii&sc^ ment. Cet arrêt fut rendu le 8 avril 1 33 1, 1 332, et ne fut publié que le 19 mai suivant. {Mém» de Lancelot. Ibid, P. 617 et 621.) J. D.
(5) Us étoient fils de Marie d'Artois, sœur de Robert. T. p.
(i35i) DE JEAN FRÔISSAÈT. U^
tenir, pour mieux montrer que la besoglie lui tou- choit, il fit prendre sa sœur, qui étoit femme au dit messire Robert, et ses deux fils, ses neveux , Jean et Charles ^'\ et lès fît mettre en pi'ison bien étroite- ment, et jura que jamais ti'èn issir oient (sortiroient) tant qu'il vivroit j et bien tint son serment , car oncques depuis , pour personne qui en parlât, ils n'en vidè^ rent, dont il en fut depuis moult blâmé en derrière* Quand le dit roi de France sçut de certain et fut informé que le dit messire Robert étoit arrêté de-lei (près) sa sœur et ses neveux , il en fut moult cour- roucé , et envoya chaudement devers l'évêque Aoulz ^""^ de Liège, en priant qu'il défiât et guer- royât le comte de Namur, s'il ne mettoit messire Robert d'Artois hors de sa compagnie. Cet évêque qui moult aimoit le roi de France, et qui petit aimoit ses voisins, manda au jeune comte de Namur qu'il mît son oncle messire Robert d'Artois hors de son pays et de sa terre, autrement il lui feroit guerre. Le comte de Namur fut si conseillé qu'il mit hors de sa terre son oncle j ce fut moult ennuis (avec peiiie) , mai^i faire lui convenoit ou pis attendre. Quand messire Robert se vit en ce parti , si fut moult angoisseux de
( i) FroLssart se Urompé: on n^atténtà point k la liberté de «A?à/t et de Charles d'Artois, mais leurs frères nommés Jacques et Robert furent arrêtés en i334 et enfermés d^abord au château de Nemburs, puis au château Gaillard d^Andelj, où ils étoient encore le lo* mai i347, sous la garde de Gauthier du Ru, écuyer, qui fournit à cette époque un compte de leur dépense et de celle de vingt personnes attachées à leur service, (Hist, gén, de la mais, de Fr, T. i. P. SSy.) J. D.
(û) Août, ou plutôt Adolphe (Adolphus) de La Marck étoit alors évê- que de Liège. {Gallia Christiana, T. 3* Coli 894O C'est par erreur que» quel^^s manuscrits et les imprimés le nomment Raoul, J. D.
10*
1-18 LES CHttOHIQUES (i55i)
cœur, et s'avisa qu'il iroit en Brabant ^'\ pourtant (attendu) que le duc son cousin étoit si puissant que bien le soutiendroit Si vint devers le duc, son cou- sin, qui le reçut moult liement,et le reconforta assez de ses détourbiers (chagrins). Le roi le sçut, si en- voya tantôt messages au dit duc, et lui manda que s'il le soutenoit ou soufiroit demeurer ou repairer (retirer) en sa terre, il n'^auroit pire ennemi de lui, et le gréveroit en toutes les guises qu'il pourroit. Le duc ne le voulut ou n'osa plus tenir ouvertement en son pays, pour doute (crainte) d'acquérir la haine dudit roi de France j ains (niais) l'envoya cou verte- ment tenir en Argenteau ^*? jusques à tant que on verroit comment le roi se maintiendroit. Le roi le sçut, qu^ partout avoit ses espies (espions), si en eut grand dépit, si pourchassa tant et en moult. bref temps après, par son or et par son argent, que le roi de Behaigne (Bohême) qui étoit cousin germain au dit roi, l'évêque de Liège, l'archevêque de Cologne ^'V
(f) Le récit de Froîssart concernant Bobert d^ Artois est en général assez exact quant aux faits; mais il en intervertit l^ordre, comme je Tai déjk remarqué. U est constant par les dépositions des témoins en^ tendus au procès, que ce prince se retira d^abord en Brabant, qu^ y demeura encore depuis le traité de mariage fait à Crevecceur en Brie le S juillet i33a, entre Jean fils du duc de Brabant et Marie-fille^de FhL lippe de Valois, quoiqu^il fut stipulé dans ce traité que le duc de Brabanft le fcroit sortir de ses états; et quHl ne se réfugia qu^après cette époque cbez le comte de Namur, où il étoit encore aux fêtes de Noël de Tannée suivante i333. (Mém. de Laneelot^ ubi suprà.) J. D.
(a) Chftteau situé sur la Meuse, entre Liège et Viset. {Lanoe/ot, Ibitl. T. I0.P.62X)
. (3) Comme ces hostilités durent avoir Lieu vers la fin de l'année 1 33 1 , et cessèrent avant le 3 juillet de Tannée suivarte, date du traité doit j^ai parlé ci-dessus, il est diffî^cile de déterminer si rarclievéque^b Co-
(i33î) DE JEAN FROÏSSART. i49
le duc de Gueldres, le marquis de Juliers, le comte de Bar, le comte de Los, le sire de Fauquemont et plusieurs autres seigneurs furent tous alliés en con- tre le dit duc , et le défièrent tous , au pourchas (sollicitation), et requête du dessusdit roi. Et entrè- rent tantôt en son pays parmi Hesbaing (Hesbay ) , et allèrent droit à Hanut ^'\ et ardirent (brûlèrent) tout à leur volonté par deux foi^, eux demeurants au pays, tant que bon leur sembla j et envoya avec eux le comte d'Eu son connétable , atout (avec) grand'compagnie de gens d'armes, pour mieux mon- trer que la besogne étoit sienne, et faite à son pour- chas (sollicitation) j et tout ardoientson pays. Si en convint le comte Guillaume de Hainaut ensonnier (intervenir), et envoya madame sa femme, sœur du roi Philippe, et le seigneur de Beaumont, son frère, en France pardevers le dit roi pour impétrer une souffrance et une trêve de lui d'une part, et du duc de Brabant d'autre. Trop enuis (avec peine) et à dureté y descendit le roi de France , tant avoit-il pris la chose en grand dépit Toute fois, à la prière du comte de Hainaut son serourge (beau-frère), le roi s'humilia^ donna et accorda trêves au duc de Bra- bant ^*\ parmi (pourvu) ce que le duc se mit du tout au dit et en l'ordonnance du propre roi de
logoedont il s^agît ici est Henri de Virneburg ou yirnaborch^ qui mou-
rut durant cet intervalle, ou Valrame de Juliers qui lui succéda. {GuUia
Cht'istiana,T. 3. Col. 696, 697. etc.) J. D.
(i}Hannut ouHaunuye, petite ville située sui' la Ghète, dans le dis- trict de Louvaiu. T.D.
(a) Froissarl veut probablement désigner le traité conclu le 8 juillet 1 333, dont ou vient de parler, ainsi on peut commencer à compter ici cette année. I. D.
X 5o LES CHRONIQDES ( 1 55^)
France et de son conseil, de tout ce qu*il avoit à faire au roi et à chacun de ces seigneurs qui défié Favoient; et devoit mettre dedans un certain jour, qui nommé y étoit , monseigneur Robert d'Artois hors dç sa terre et de son pouvoir: si.comme il fit moult enuis (avec peine) j mais faire lui convint, ou autrement il çut eu trop forte guerre de tous côtés > si comme il étoit app^rant Si que entrementes (pen- dant) que ce touUement (embarras) et ces besognes se portoient ainsi que vous oyez recorder, le roi An- glois eutnouveau conseil de guerroyer le roi d'Ecosse son serourge (beau-frère): je vous dirai à quel titra
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CHAPITRE LV.
I
Comment la guerre recommença entre le roi i>Ân-
6LETEIIRE ET LE ROI d'EcOSSE ET SUR QUEL TITREli ET COMMENT MIÇSSIRE RoBERT D ArTOJS VINT ETC An- • GLETERRE.
V ous avez ouï bien recorder ci-dessus de la guerre 4u roi Robert d'Ecosse et du roi d'Angleterre, et comment unes trêves furent prises à durer trois ans, là dedans ce roi Robert mourut, et en après du ma- riage qui fut fait de la sœur au roi d'Angleterre et du fils ce roi Robert, qui fut roi d'Ecosse après la mort 3on père, et l'appeloit-on le roi David ^*V Le
(i)Ce morceau concernant la guerre d^Écosse est très incomplet: Froissart omet les éyénemens les plus importants et ne raconte que ceux, auxquels Edouard prit part ouvertement. Il ne parle point de TexpëcLi- Uon qu^Édouard Balliol,fîls de Jean, détrôné trente huit ans auparavant
(iBSu) DE JEAN FROISSART. i5i
temps que ces trêves durèrent, et encore un an après ou environ, furent les Ecossois et les Anglois bien à paix; ce que on n'avoit point vu par avant, passé avoit deux cents ans, qu'ils ne se fussent guerroyés et hariés (harcelés). Or avint que le jeune roi d'An- gleterre fut informé que le roi d'Ecosse son serourge f beau-frère) étoit saisi deBerwick qui de voit être de son royaume, et que le roi Edouard son ayeul l'avoit toujours tenue paisiblement et franchement, et son père après, un grand temps, et fut informé que le royaume d^Écosse mouvoit de lui en fief, et que le jeune roi d'Ecosse son serourge (beau-frère) ne l'a- voit encore relevé, ni fait son hommage ^'l II en eut indignation et envoya a^sseï tôt après grands messa- ges et suflSsans au jeune roi d^Ecosse son serourge
par Edouard I, fit contre BaVict Bruce , k Hnstigatioa d^Edouard HI qui vouloit anéantir le traité conclu aveo rËcosse la première araiée de son régne. Il nous laisse ignorer les différentes victoires que Ba!- liol, aidé secrètement par Edouard III remporta sur David Pruce» qui fut enfin obligé d^ aller avec sa femme chercher un asjlc en France. Il ne parle point non plus du couronnement du même Balliol k Sooue au mois deseptenoibre 1 332, ni de Phommage que ce prince rendit au roi d'Angleterre pour le royaume d'Ecosse, ni de la cession qu'illui fit de Berwickle 23 novembre de cette même année i33a (Bymer, T. a. Part. 3. P. 84)? ni de plusieiu:s autres faits qui méritoient bien d'être racou. tés. Froissart, ou plut6t Jean-Ie-Bel les igaoroît sans doute, puisqu'il passe subitement, sans même les indiquer, k la rupture ouverte entre l*An^eterre et l'Ecosse, rupture qui ne fut déclarée que le 3o mars i333 (Rymer, Ibid. P. 91), mais cette omission est suppléée par les historiens anglois tant anciens que modernes, par le continuateur de Nai:gis etc. J. D.
(i) Cette phrase prouve que Froissart n' avoit aucune connoissance du traité conclu le I«^ mars i328 entre Edouard III et Robert Bruce, par lequel Edouard renonça k toutes ses préteulions de suzeraii été siu* rÉcossc (Rymer, ubi suprà¥, 6), et qu'il ignoroit entièrement les causes de la guerre dont il va raconter quelques évènemens. J. D.
1 5 i LES CHRONIQUES ( 1 53a )
(beau-frère) et à son conseil, et lui fit requérir qu'il voulût ôter sa main de la bonne cité de Berwick, et lui ressaisir j car c'étoit son héritage et avoit été de ses devanciers rois d'Angleterre j et qu'il vînt à lui pour faire hommage du royaume d'Ecosse, qu'il de- voit tenir de lui en fief ^'\
Le jeune roi David se conseilla à ses barons et à ceux de son pajs, par grand'délibération, et quand il fut assez conseillé sur ces requêtes , il répondit aux messages et dit: (( Seigneurs, nous et tous nos barons nous merveiUons durement de ce que vous nous re- quérez de par le roi votre seigneur, car nous ne trou- vons mie en nos anciens registres ni ne tenons que le royaume d'Ecosse soit de rien sujet ni doit être au roi d'Angleterre, ni par hommage ni autrement, ni oncques messire le roi notre père de bonne mé- moire ne voulut faire hommage 2t ses devanciers rois d'Angleterre, pour guerre qu'on lui en fit, aussi n'ai- je point conseil ni volonté du faire. En après notre père le roi Robert conquit la cité de Berwick ^'^, par
(i)Les historiens angloîs ne disent point, comme Froissart, qa*É-
doûard fit sommer David Bruce de lui livrer Berwick et de reconnoître
sa suzeraineté sur te royaume d^Écosse; mais leur silence ne paroit pas
suffisant pour faire rejeter son récit. Il est possible qu'Edouard, avant
de se déclarer ouvertement pour Balliol, ait tenté d'obtenir de David et
de la régence d'Ecosse la réformatioii d'un tr ai té humiiaut pour lui, et
les mêmes conditions que Balliol lui ofiroit: il est même très probable
qu'Edouard k ce prix eut mieux aimé voir la couronne d'Ecosse sur la
tête de so i beau-irére, trop jeune encore pour gouverner par lui-même,
que sur celle d'un prince dans la vigueur de l'àge, et qui annonçoit du
courage et des talens. J. D.
(2) Robert Bruce conquit en elTet Berwick sur Edouard Uen i3i9* (Walsing. P. 88.) J. D.
(iSSq) de JEAN FROISSAIT. i53
droite guerre, sur le roi d^Angleterre son père, et la tînt tout le cours de sa vie, comme son bon hérita- ge: aussi le pensé-|e bien à tenir, et en ferai mon pouvoir. Si vous requiers que vous veuillez prier au roi, de qui la sœur nous avons, qu'il nous .veuille laisser en cette franchise que nos devanciers ont été, et jouir de ce que le roi notre père conquit et main- tint toute sa vie paisiblement, et que encontre ne veuille croire nul mauvais conseil, car si un autre nous vouloit faire tort, si nous devroit-il aidera dé- fendre pour l'amour de sa sœur que nous avons à femme. »
Les messages répondirent: « Sire , nous avons bien entendu votre réponse j si la rapporterons à notre sire le roi, en telle manière que dit l'avez.» Puis prirent congé et revinrent arrière à leur seigneur le roi d'Angleterre et à son conseil. Si recordèrent toutes les paroles que le jeune roi d'Ecosse avoit répondu à leur requête, lequel rapport ne plut mie bien au roi Edouard nia son conseil: ainçois (mais) fit man- der à Londres à un jour de parlement tous ses ba- rons, chevaliers et conseils des bonnes villes de son royaume pour avoir sur ce conseil et mûre déli- bération.
Ce terme pendant vint messire Robert d'Artois
de Brabant en Angleterre ^*\ en guise de marchand,
(i) Froissart a ëtë mal informé de la date de la retraite de Robert d'Artois en Angleterre: on ne peut la placer avant le commencement de Tannée i334, puisqu'il est certain que ce prince étoit encore malade à Namur aux fêtes de Noël de l'année i:i33. (Vojezles mém. de Lan- csLot et la notice de la pièce historique concernant Bobert d'Artois dans le recueil de l'Acad. des Belles-Lettres, uhisuprà. ) J. ÎD.
i54 LES CHRONIQUES (i55-2)
qui étoit déchassé du roi Philippe de France, si comme vous avez oui; et lui avoil le duc de Brabanf conseillé qu'il se traist (retirât) cette part , au cas qu'il ne pourroit nulle part demeurer paisiblement en France ni en l'Empire. Si le reçut le jeune roi an- glais liement (gaiment) et le retint volontiers deJez (près) lui et de son conseil, et lui assigna le comté de Richmond^'^ qui avoit été à ses devanciers. Or re- viendrai aux dessus dits parlements qui furent à Londres sur l'état du royaume d'Ecosse,
(i) Il n'^est point fait mention de Bobert d** Artois dans la généalogie
des comtes dcKichmond, insérée dans le icr. yot du Monasdcon
AngUcaramt ; k Jean de Bretagne , comte de Kichmond, mort le 1 7 jaityier
l333, succède immédiatement Jean duc de Bretagne son neveu, qui
posséda ce comté jusqu** au mois d'avril i34i, date de sa mort. Alors
Edouard mit le comté de Richmond sous sa main et en affecta les reve-
nus à Pentretien de Leonnel, de Jean, de Jeanne et dlsabelle ses eu-
fants. Ces actes publiés par Rymer (T. 1, Part. 4. P. 99 et 100), sont da-
tés, l'un du 16, Tautre du 19 'mai 1 34 1. Ainsi Froissart se trompe quand
il dit qu'Edouard donna le comté de Richraond à Robert d'Artois-
( Vojez aussi les Mém. de Lancelot, ubi suprà, T. lo. P. 636 et suiv, )
Dugdale est aussi opposé ici à Froissart. « Dans la première année du régne d'Edouard III, dit-il, {Baronage, Vol. i. P. 46)r Jean duc de Bretagne obtint la permission de céder le comté de Ricbmond avec le château de Ricbmond et le château de Bovves à Arthur, son frère et hé- ritier: k la mort de Jean de Bretagne, Jean de Dreux, fils d'Arthur, rendit hommage, pour ce comté de Rich]nond..I] mourut le 16 mai dans la iS*'. année du règne d'Edouard III. Jean duc de Bretagne et comte de Montfort, rendit bientôt après hommage pour ce comté, qui con^ tinua dans cette famille jusqu'à Jean dit le vaillant. Celui-ci s'étant uni au roi de France, et ajant ainsi manqué k son allégeance, ce comté lui fut coiifisqué dans la seconde année d« règne de Richard IL » J^ A..B.
(i53î) DE JEAN FROÎSSART. i55
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CHAPITRE LVI. (
COHMEHT TOrr LE CONSEU. ET X.E COMMCH d'ÂHOLB-
r'
TERRE COIiSBILLERElïT LE ROI EdOUARD Qu'uL A.LLÀT SOUMETTRA LE ROI d'EcOSS:^, E7 QU'iLS ETOIENT TOUS DÉSIRAIS TS d'aller AVEC LUI.
OuAND le jour de parlement approcha que le roi Anglois avoit établi, et tout le pays fut assemblé au mandement du roi à Londres, le roi leur fit démon-* trer comment il 'avoit requis au roi d'Ecosse son se- rourge (beau-frère) qu'il voulût ôter sa main de Ber- wick qu'il détenoit, et qu'il voulut venir faire hom- mageà luideson royaumed'Ecosse, ainsi qu'ildevoit, et comment le roi d'Ecosse avoit répondu à ses messa- gers. Si pria à tous que chacun le voulut sur ce si conseiller que son honneur y fut gardé. Tous les barons , les chevaUers et les conseils des cités et des bonnes villes et tout le commun pays se conseillè- rent et rapportèrent leur conseil tous d'un commun accord ; lequel conseil fut tel que il leur sembloit que le roi ne pouvoit plus porter par honneur les torts que le roi d'Ecosse lui faisoit Ainçois(mais) conseil* lèrent que le roi se pourvut si efforcément qu'il put ravoir la bonne cité de Berwick , et qu'il put entrer au royaume d'Ecosse, si puissamment qu'il put si con- traindre le roi d'Ecosse qu^il fut tout joyeux quand il pourroit venir à son hommage et à satisfactipnj et diren|; qu'ils étoient tous désirants d'aller avec lui à
j
1
i56 LES CHRONIQUES (iSSi)
son coiamandement.LeroiÉdouardfttt moult joyeux de cette réponse , car il y oyoit la bonne volonté de ses gens: si les en regracia (remercia)moult grandement et leur pria que chacun fut appareillé selon son état, et fussent à un jour, qui adonc fut nonuné, droit à Neuf-châtel (New-castle) sur Tyne, pour aller re- conquérir les droitures appartenants à son royaume d'Angleterre. Chacun s^abandonna à cette requête et en raUa en son lieu pour lui pourvoir, selon son état; et le roi se fit pourvoir et appareiller si suffis samment que à teUe besogne appartenoit Si envoya encore autres messages à son dit serourge (beau- frère) pour le suffisamment sommer, et après pour défier, s'il étoit autrement conseillé.
CHAPITRE LVII.
Comment le roi Awolois entra en Rcosse ou il ardit
(brûla) et <JATA GRANd'pARTIE d'ÉCOSSE et prit plu- sieurs CHATEAUX ET VILLES qu'il RETINT POUR LUI.
JLe jour qui dénommé étoit approcha, et vint le roi Edouard atout (avec) son ost au Neuf-châtel (New- ^stle) ^'^. Si attendit par trois jours ses genis qui venoient en suivant Tost. Au quart jour il s'en par- tit et s'en alla atout (avec) son ost par devers Ecosse, et passa la terre du seigneur de Percy et de celui de Nevill,qui sont deux grands barons en Northnmber-
(i) Edouard dut arriver kNewcastle vers le milieu d** avril i333. (B^'mer, T. â. Part. 3. P. 91. ) J. D.
f
( i355) DE JEAN FROISSART. 1 67
land, et marchissent (sont limitrophes) aux Écos-> sois; et aussi font le sire de Roos, le sire de Lucy 1
et le sii-e de Mowbray. Si se traist (rendit) le roi Anglois, et tout son ost, pardevers la cité de Ber- wick j car autrement n'avoit voulu le roi d'Ecosse répondre aux seconds messages qu'il avoit fait aux |
premiers ^*^: si et oit sommé et défié. Tant exploita I |
le roi Anglois atout (avec) son grand ost qu'il entra en Ecosse et passa la rivière qui départ (sépare) Ecosse et Angleterre ^'^j et n'eut mie conseil de s'ar- rêter adoâc devant Berwick, mais de chevaucher avant et ardoir (brûler) et exiller (ravager) le pays, , si comme son ayeul avoit fait jadis. Si exploita tant en cette chevauchée qu'il foula (accabla) grandement toutelaplaine d'Ecosse , et ardit (brûla) et exilla (rava- gea) moult de villes fermées de fossés et de palis , et prit lefort châtcl d'Edimbourg, etymit geng et gardiens de par lui, et passa ]^ seconde rivière d'Ecosse ^'^ dessous Stirling, et coururent ses gens tout le pays delà environ, jusquesà St. Johuston ^^^ et jus- ques en Aberdeen ; et ardirent et exillèr ent (ravagé- *
rent) la bonne ville de Dunfermline : mais ils ne .
firent nul mal à l'abbaye, car le roi le défendit; et |
conquirent tout le pays jusques à Dundee et jusques
i
\
(i ) Ce que Froissait dit du roi d'Ecosse, doit s'entendre du régent ; ^
Car David Bruce s'ëloit retiré en France dès Tannée précédejate. {Sco- torum histor, auct. Hectare Boethio, w-f*, Paris, i b*]^. fol. 3 1 3. V. P. T. v
Buchanan,yc)/. 89.) J. D, • \
(a) Cette rivière se nomme la Tweed. J. D.
(3) La rivière de Forth sur laquelle Stirling est situé. J. D.
(4) Aujourd'hui Pertb. Les traducteurs anglais^ substituent S«one,
ancien palais des roîs d*Écossc près de Perth. T. A. B. j
?
»
V
V •
1 58 LES CHRONIQUES ( 1 553)
à Dimbarton, un très fort château sur la marclie de la sauvage Ecosse ^'^ où le roi étoit retrait (retiré) et la reine sa femme ^"^l Ni nul n'ailoit audevant des Anglois; mais s'étoient rais et retraits (retirés) tous dedans les forêts de Gedours ^^\ qui sont inhabita^ blés pour ceux qui ne connoissent le paysj et avoient là retrait (retiré) tout le leur et mis à sau- veté, et ne faisoient compte du demeurant (reste). - Ce n'étoitmie merveille s'ils étoient ébahis et fuy oient devant les Angloisj car ilsn^avoient nul bon capi- taine ni sage gouverneur , si comme ils avoient eu au temps passé. Premièrement le roi David étoit jeune, en rage de quinze ou seize ans ; le comte de Moray encore plus jeune, et un damoisel qui s^appeloit Guil- laume de Douglas , neveu à celui qui étoit demeuré en Espagne, de tel âge^^^rsi que le pays et le royaume d'Ecosse ^^ étoit tout dépourvu de bon conseil pour aller ni résister contre lesAnglois, qui adonc étoient entrés si puissamment en Ecosse. Parquoi la plaine
(i) C^est-k-dire limitrophe des Highiauds. J. A. B.
(a) Le roi et la reine étoient alors éa France, comme on vient de Ui renfarquer. J. D.
(3)11 s"* agit sans doute ici de la forât de Jeddart, dans le comté de Boxborough. On sait quautrefois toute la Marche (Borders) de PEcossc étoit' garnie de forêts très épaisses dftns lesquelles se retiroient lesban^. des accoutumées k faire de temps k autre des excursiolis sur le sol A.iu glois. Ces forêts s'*étendoient sur les bords de la Jeci, de la Tiviot, de l'Etterick et pouyoient fort bien aller rejoindre celles du conité d^Ayr- Cettc Marche est le pays classique des ballades historiques Écossoises* Voyez les collections de ces ballades par sir Walter Scott, Jamieson et autres. J. A. B*
(4) Jacques Douglas, mentionné dans les premiers chapitres par Froissart sous le nom de Guillaume Douglas. (Voyez P. 80 j:o\u* celte erreur de nom et les détails de sa mort. P. 119. ) J. A. B.
(5) Les imprimés continuent d^ abréger et suppriment entièrement la fin de ce chapitre. J. D.
i
(i555) DE JEAN FROISSART. iSg
Ecosse fut toute courue, arse (incendiée) et gâtée , et plusieurs bons châteaux pris et conquis et que le roi Anglois retint pour lui ^ et se avisa que par ceux il guerroieroit le remenant(reste),et contraindroit ses ennemis du (avec le) leur même.
CHAPITRE LVIIL
Comment le roi d'Awgleterre mit le siège devant Berwick et comment ceux de la cité se rendirent
A LUI.
m
Ouand le roi Anglois eut été et séjourné, couru et chevauché la plaine Ecosse, et arrêté au pays l'es- pace de six mois et plus, et ^'^ il vit que nul ne venoit contre lui pour voir son emprise , il se retraist (retira) tout bellement pardevers Berwick. Mais à son retour
(i) Tout ce récit àe Froissart est fort inexact; yoici ce qu^eki dit lord Hailes dans ses annales: a Edouard paroit avoir passé le 7 maik Belfort dans sa marche vers le nord. (\^oyez Rjmer, Fœdera,T, 4* P. 55.) H est donc probable quun ou deux jours après il a pu aller k Berw'.ck. Frois- sart raconte qu^Edouard laissa Ballîol avec ses troupes devant Berwick pour envabir l'Ecosse, ravager Je pays, pénétrer jusqu^ Dundee, et que de Ik il traversa le pays pour se rendre k Dunbarton; qu'il prit les châteaux d'Edimbourg et de Dalkeith, y mit garnison, et qu'après avoir employé six mois a cette expédition, il alla reprendre le siège de Ber- wick, Ce récit a été copié par plusieurs historiens qui n'ont pas ou dis- tinguer quand Froissart étoit bien ou mal informé. Le fait est que Froissart a placé en i333 des événements qui, pour la plupart, n'eiurent lieu que plus tard. Cette époque de six mois est une chose tout-u-fait impossible, car Edouard ne se rendit au siège de Berwick qu'eau mois de mai, et la place sereudit le ^o juillet. Il paroil de plus par les Fœdera^ (T. 4* P. 558, 64) qu'Edouard se trouvoit dans les environs de Berwick le 37 et 3o mai, les 2, 4, 5, 6, 8, q6 juin et les 2, 6 et i5 juillet, de manière qu'il n'a pu èire absent même trois semaines, et il n'est pas
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i6o LES CHRONIQUES (i535)
il conquit et gagna le châtel de Dalkeith, qui est de Phéritage du comte de Douglas, et sied à cinq lieues de Edimbourg; et y ordonna châtellain et bonnes gardes pour le garder, et puis clievaucha à petites journées, et fit tant qu'il s'en vint devant la bonne et la forte cité de Berwick, qui est à Feutrée d'Ecosse et à l'issue du royaume de Northumberland. Si l'as- siégea et environna le roi de tous points, et dit que jamais n^eu partir oit, sil'auroità sa volonté, non si le roi d'Ecosse ne le venoit combattre et lever par force. Si se tint le roi grand temps devant Berwick , ainçois (avant) qu'il la put avoir; car la cité est durement forte et bien fermée et environnée d'un côté d'un bras de mer; et si avoit dedans bonnes gens en gar- nison de par le roi d'Ecosse, pour la garder et dé- fendre et conseiller les bourgeois de la cité ^'\
Si vous dis qu'il y eut par devant Berwick, pen- dant le terme que le roi y sist (resta) maint assaut et maint butin (combat), maintes dures escarmouches et presque tous les jours , et mainte appertise d'armes faite ; car ceux de dedans ne se vouloient mie rendre simplement, et cuidoient (croy oient) toujours être confortés; mais nul apparant n'en fut Bien est vérité que aucuns preux cbevaliers et bacheliers d'Ecosse chevauchoient à la fois et venoient par vesprées et
même probable qu'il ait jamais quitte le siège. Une iayasion de VÉ~ cosse k ce moment n^auroit pu être utile pour la conquête de ce pays, et en divisant Tarmée, elle eut pu avoir de funestes conséquences. » J. A. B.
(i) Patrick Dunbar, comte de laMarcbe et Guillaume Keitb com- maiidoient dans Benvick. ( Bymer, T. a. Part 3. P.^ ) J. D.
(i353) DE JEAN FROISSÂRT. 161
par ajoumemens ^'^ réveiller Tost des Anglois j mais petit y faisoit, car Fost du roi Anglois étoit si suffi* samment bien gardé et eschargueté (environné de sentinelles), et par si bonne manière, et par si grand avis, que ks Édossois n'y pouvoient entrer, fors à leur dommage et y perdoient souvent de leurs gens. Quand ceux de Berwick virent qu'ils ne seroient secourus ni confortés de nul côté , et aussi que le roi Anglois ne partiroit point delà si en auroit eu sa vo- lonté, et que vivres leur appétiçoient (manquoient), et leur étoient dos les pas (passages) de la mer et de terre, par quoi nul ne leur en pouvoit venir, si se commencèrent à aviser, et enf oyèrent traiter par- devers le roi Anglois qu'il leur voulut donner et accorder une trêve à durer un mpis; et si dedans ce mois le roi David leur sire, ou autre pour lui, ne venoit là si fort qu'il levât le siège, ils rendroient la cité, sauf leurs corps et leurs biens; et que les sou- doyers (soldats) qui dedans étoient s'en pussent aller s'ils vouloient en leur pays d'Ecosse, sans recevoir point de dommage.
Le roi Anglois et son conseil entendirent à ce traité; et ne fut mie sitôt accordé, car le roi An- glois les vouloit avoir simplement pour faire des au- cuns sa volonté, pourtant (attendu) qu'ils s'étoient tant tenus contre lui; mais finalement il s'accorda à ce par le bon avis et conseil qu'il eut de ses hommes; et aussi messûre Robert d'Artois y rendit grand'pei- ne, quiavoit été en ces chevauchées toujours avec
(a) Oeftt-à-dire le soir et le inatin k la poiote du jour. J. A. 6. FROISSART. T. I. II
i6a LES CHRONIQUES (iSSÎÎ)
lui ^'\ et qui lui avoit jà dit et montré par plusieurs claires voies combien prochain il étoit de la couronne de France, dont il se de voit tenir héritier, par la suc- cession du roi Charles son oncle dernièrement tré- passé. $i eut vu volontiers le dit messire Robert que le roi Anglois mût guerre aux François, pour lui con- trevenger des dépits que on lui avoit faits, et que le xoi se fut parti d'Ecosse, à quelque meschef que ce fut, et retrait (retiré) vers Londres. Si que ces paro- les et plusieurs autres inclinèrent le roi à ce que ce traité de Berwick se passât^ et furent les trêves accor- dées de ceux de dehors à ceux de dedans , le mois tout accompli ^*^ j et fe signifièrent ceux de Berwick à ceux de leur côté bien et à point, au roi d'Ecosse leur seigneur et à son conseil, qui ne purent voir ni imaginer voie ni tour qu'ils fussent forts pour combattre le roi Anglois ni lever le siège. Si de- meura la chose en cet état, et fut la cité de Berwick rendue au chef (bout) d'un mois au roi Anglois, et aussi le châtel qui moult est bel et moult fort au dehors de la cité j et en prit le maréchal de l'ost la
( i) Robert d^ Af lois étoit encore en France quand Edouard fit le siège de Berwick: il ne |^assaeu Angleterre que yets le commencement de Tannée suivante i334' Voy« la note Page. 14B. J. A. B.
(2) Latrèye, ou plutcrtla suspension d^ armes arrêtée entre le roi d'Angleterre, Patrick Dimbaf, comte de la Marclie et Guillaume Keith, fut signée les 1 5 et 16 juiSet, pdur durer jusqu'au 20 du même mois, jour de Sic. Marguerite, au leter du soleil. Ainsi la suspension dura environ 5 jours, et non pas un mois, comme le dit Froissart. Il fut stipulé dans le traité que si, durant cet intervalle, les Ecossoisneyenoient pas asseï en force pour faire lever le siège, la ville et le château se ren- droient, sauf la vie et les biens des habitants et de la garnison. L'armée Écossoise s'avança le 19 juillet jusqu'à Halidon hill pour secourir Ber- vvick; mais elle fîit mise en déroute avec une perte considérable; et Berwick ouvrit ses portes k Edouard. (Rymer,T. a. Part. 3. P. 96.) J.D.
ti355) DE JEAN FHOISSART. i63
saisine et la possession de par le roi Anglois, et vîn- tent les bourgeois de la cité en l'ost faire hommage et féauté au dit roi, et jurèrent et reconnurent à tenir la cité de Berwick de lui. Après y entra le roi à grand*solennité de trompes et de nacaires (timbal- !es), cornemuses, claronceaux (clairons) et tambou- rins et y séjourna depuis douze jours, et y établit un chevalier à gardien et à souverain, qui s'appeloit messire Ldouard de Balliol ^'^j et quand il se partit de Berwick, il laissa avec le dit chevalier plusieurs jeunes chevaliers et écuyers, pour aider à garder la terre conquise sur les Écossois et les frontières d'i- celui pays. Si s'en retourna le roi vers Londres et donna à toutes manières de gens congé, et s'en ralla chacun en son lieu ; et lui-même s'en revint à Wind- sor, où le plus volontiers se tenoit, et messire Ro- bert d'Artois de-lez (près) lui, qui ne cessoit nuit ni jour de lui remontrer quel droit il avoit à la cou- ronne de France, et le roi y entendoit volontiers.
CHAPITRE LIX.
Comment messire Guillaume de MoNïÀGti et mes- sire Gautier de Mauny se portèrent vaillam-
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MENT CONTRE LEsEcOSSOlS^ DONT ILS FURENT GRAN- DEMENT EN LA GRACE DU ROI EdOUARD.
Ainsi alla en ce temps de la chevauchée du roi An- glois sur les Écossois: il gâta etexilla(ravagea)laplus
(0 BaOiol , dontFroissiui: parle ici comme d^an simple dieralier^éloît dès lors recomm pour roi d'^Écossr par une partie de la nation et par Edouard III , ainsi qu'on a pu Je voir ci-dessus dans la note page 1 5o. J.D,
II*
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1 64 LES CHRONIQUES ( 1 555 )
grand'partie de leur pays, et y prit plusieurs farts châteaux que ses gens obtinrent sur les Écossoi$ depuis un grand temps, et principalement la bonne cité de Berwick. Et étoient demeurés de par le roi Anglois, pour tenir les frontières, plusieurs apperts chevaliers , bacheliers et écuyers , entre lesquels mes- sire Gui^aume de Montagu et messire Gautier de Mauny sont bi^i^ ^ ramentevoir (rappf3ler)} 6ar de la partie des Anglois ces deux en ayoient toute la huée (renonunée), et faisoient souvent sur les Écocr sois des hardies entreprises de belles çheyauchées, de mêlées et debfitins (combats) jet par usage le jdus (la plupart du temps) ils gagnoient sur eux; dont ils acquirent grand'gr^e devers le roi et les barons d'Angleterj:e. Et pqur mieux avoir leur entrée et leur issue en Écqsse et maîtriser le pays, messire Guill^- flje de Montagu qui fut appert (expert), hardi et en- treprqnantchevaHer durement, fortifia la bastide O de Roxburgh ^ur la marche d'Ecosse , et en fit un bon châtel pour tenir contre tout homme; de quoile roi Anglois lui en sut grand gré, et acquit si grand' renommée et si grand'grâce en ces entreprises du roi Edouard, que le roi le fit comte de Salisbury, et le maria moult hautement et noblement. Aussi fit mes- sire Gautier de Mauny, qui devint en ces chevau- chées chevalier, et fut retenu du plus grand conseil du roi et moult avancé en sa cour. Et fit depuis le dit messire Gautier tant de belles appertises et de grands faits d'armes , si comme vous orrez avant en
( I ) On appeloit ainsi une-yille r ouveUement bâtie. Ce mbt signifie dans le midi une maison de campagne. J. A. B.
( ! 533 ) DE JEAN FROISSART. 1 65
Phistoire, que ce livre est moult renluminé de ses prouesses.
Bien est vrai cpxe aucuns chevaliers d'Ecosse fai- soient souvent ennui aux Anglois , et se tenoient toujours païrdevers le sauvage pays d'Ecdsse, entre grands marais et grands forêts^ et là nul ne les pou- voit suivre, et suivoient aucune fois les Anglois de si près cjue tous les jours y avoit poingneis(conïbats) ou liutin (mêlée). Et toujours messire Guillaume de Montagu et messire Gautier de Mauny,adonc nou- vel'chevalier, y étoient renommés pour lés mieux faisants et les plus aventureux} et y perdit à ces bu- tins et poingneis (combats) le dit messire Guillaume de Montagu, (juiétoit hardi et dur chevalier mer- veilleusement, un œil pour ses hardies entreprises. En ces grands marais et ces grands forêts là où ces seigneurs d'Ecosse se tenoient, s^étoit jadis le preui roi Robert d'Ecosse tenu par plusieurs fois , quand le roi Edouard, ayeul à celui dont nous par- lons présentement, Pavoit déconfit, et conquis tout le royaume d^Lcosse. Et plusieurs fois fut-il si mené et si déchassé que il ne trouvoit aucun en son royaume qui Posât héberger, ni soutenir en châ- tel, ni en forteresse, pour doute (crainte) de ce roi Edouard qui avoit si nettement conquis toute Ecosse qu'il n'y avoit ville, ni châtel, ni forteresse qui n'o- béit à luL Et quand ce roi Edouard étoit arrière re- venu en Angleterre , ce preux roi Robert rassembloit gens, quelque part qu'il les pouvoit trouver, et re- conquéroit ses châteaux, forteresses et ses' bonnes villes, jusques à Berwick, les unes par force et ba-
i66 LES CHRONIQUES (i353)
taille, les autres par beau parler et par amour. Et quand le roi Edouard le savoit, il en avoit grand dépit, et faisoit semondre son ost, et ne cessoit jus- ques à tant qu'il avoit de rechef déconfit et recon- quis le royaume d'Ecosse comme devant. Ainsi avint entre ces deux rois, si comme j'ai ouï recorder, que ce roi Robert reconquit son royaume par cinq fois. Et ainsi se maintinrent ces deux rois, que on tenoit en leur temps pour les deux plus preux du monde, tant que le bon roi Edouard fut trépassé. Et tré- passa en la bonne cité de Berwick ^'^: et avant qu'il mourut il fit appeler son aîné fils, qui fut roi après lui, pardevant tous ses hommes, et lui fit jurer sur saints que sitôt qu'il seroit trépassé il le feroit bouil- lir en une chaudière , tant que la chair se partiroit des- os, et feroit la chair mettre en terre et garderoit les os ', et toutes foisque les Écossois rebelleroient con- tre lui , il semonceroit ses gens et assembler oit et por- teroit avec lui les os de son père : car il tenoit fer- mement que tant qu'il auroit ses os avec lui, les Ecossois n'auroientpointvictoirecontrelui^^l Lequel n'accompht mie ce qu'il avoit juréj ains (mais) fit son père rapporter à Londres, et là ensevelir contre son serment^ de quoi il lui meschey (arriva mal) depuis en plusieurs manières, si comme vous avez ouï j et premièrement à la bataille de Stirling où les Écossois eurent victoire contre lui,
(i) Edouard I^riQourat a Burgh on the sands le 7 juillet i3o7, a Page de 68 ans. J. Â. B.
(a) Dans Le ne. siècle Le Cid ayoit exprimé un yœuk peu près sein- blable. Il commanda par soa testament qu'on le plaçât revêtu de ses ar- mes sur son bon clieval Babicca. [Romancero del Cid.) J. A. P. '
( i336) DE JEAN FROÏSSART. i ^7
CHAPITRE LX.
COMMEITT LE ROI PE FrANCE ALLA VOIR LE PAPE EN
Avignon, et comment , a la prédication du pape, il prit la croix pour aller outre mer*, et aussi
FIT LE ROI DE BeHAIGNE (BoHÊMÉ) , LE ROI DE Na- VARRE ET LE ROI D*ArRAGON.
Après que le jeune roi d'Angleterre eut fait hom- mage au roi Philippe de France de la comté de Pon- thieu et de tout ce qui lui appartenoit à faire, eut le roi Philippe grâce et dévotion de venir voir le saint père pape Benedict ^"^ , qui pour le temps régnoit et se tenoit en Avignon, et de visiter une partie de son royaume , pour lui déduire et ébattre ,.et pour appren- dre à connoître ses cités, ses villes et ses châteaux, et les nobles de son royaume ^^\ Si fit faire en cette instance ses pourvéances grandes et grosses, et se partit de Paris, en très grand arroi, le roi de Behai- gne (Bohême) et le roi de Navarre en sa compagnie, et aussi grand'foison de ducs et de comtes et de sei- gneurs j car U tenoit grand état et étoffé, et faisoit grands livrées (dons) et grands dépens. Si chevaucha
( I ) Jacques Fournier, né dans le comté de Foix, pape sous le nom de Benait XÎI. J. D.
^q) Les chroniques de France ( Chap. i^, édit. de Bonhomme, in- fol^Paris, 1476), etie continuateur de Kangis(tS]p£Cf^g. D.L, Dacher^^, 3. P. 99) fournissent des détails intéressants sur le voyage de Philippe de Valois, quik placent avec raison sous Tannée i336j car il est certain que ce prince ëloit k Avignon le i4 mars de cette année et qu'il étoit de retour k Paris le 22 mai suivant. ( Voy. \ Itinéraire des rois de France dans le recueil intitulé, Piècesju§itifes pour servir à C histoire de France in-4'*. Paris, 1759. ) J. D.
i68 LES CHRONIQUES (i336)
le roi ainsi parmi Bourgogne, et fit tant par ses jour- nées qu'il vint en Avignon, où il fut moult solennel- lement reçu du saint père et de tout le collège, et rhonorèr ent le plus qu'ils purent , et fut depuis grand terme là environ avec le pape et les cardinaux , et se logeoit à Villeneuve près d'Avignon. Si vint le roi d'Arragon ^'^ en ce même temps aussi en cour de Rome, pour le voir et fêter, et y eut grands fêtes et grands solennités à leurs approchements et à leurs assemblées; et furent là tout le carême ensuivant, dont il avint que certaines nouvelles vinrent en cour de Rome que les ennemis de Dieu étoient trop fort rebellés contre la sainte terre , et avoient presque tout reconquis le royaume de Rasse^'^,etpris le roi^^ qui s'étoit de son temps chrétienne (fait chrétien) , et fait mourir à (avec) grand meschef , et menaçoient encore les incrédules grandement sainte chrétienté. De ces nouvelles fut le pape bien courroucé : ce fut raison, car il étoit chef de l'église, à qui tout bon chrétien se doit rallier.
Si prêcha le jour du saint vendredi ^*\ présents les rois dessus nommés, la digne sôufirance de notre sei- gneur , et ennorta (conseilla) et remontra grande- ment la croix à prendre, pour aller contre les enne-
(i) D. Pedre IV qui yen oit de succéder k son père Alphonse FV mort au mois de janvier précédent. J. D.
(a) Russe ou plutôt Rassie, en latin Rassia^ ancien nom de la Servie, province de la Turquie d'Europe. J. D.
(3) Le roi dont il s^agit ici est probablement Etienne Vrosc, que son fils Etienne Duscian fit étrangler. (^Hisi, des Sàwes.F. aSg. Baluze, F^ées des papes d* Avignon T. i .) J. D.
(4) Le 09 mars. Pâques étoit cette année le 3 1 de ce mois. J. D.
( 1 556) DE JEAN FROISSàRT. 1 69
mis de Dieu ;e t si humblement et si doucement forma la prédication, que le roi de France mu de grand' pitié prit la croix, ^'^ et requit au saint père qu'il lui voulut accorder. Adonc pape Benedict , qui vit la bonne volonté du roi de France , lui accorda bénigne- ment et la confirma, par condition que il absolvoit de peine et de coulpe (faute) vrais confès et vrais repentants, le roi de France premièrement, et tous ceux qui iroient avec lui en ce saint voyage. Adonc par gi:and'dévotion , et pour l'amour du roi et lui tenir compagnie en ce jpelerinage, le roi Jeafi de B^ baigne (Bohême) et le roi de Navarre ^'^ et le roi Pierre ^'^ d'Arragon la prirent , et grand'foison de ducs, de comtes et de chevaliers qui là étoient, et aussi quatre cardinaux, le cardinal de Naples^^\ le cardinal de Pierregort ^^y le cardinal Blanc ^^^ et le cardinal d'Ostie ^'^\ Si fut tantôt prêchée et publiée
(i) Il yonlnft sans dootereceToir de nouyeau lacroixdes maînsdupape; car iirayoit prise dès Tannée i333 k Paris yendredi i*'- octobre, et aToit ordonné quVn prêchât la croisade dans tout son royaume. ( Voy. /ej Chron, de France^ chap. 12. et leConttn. deNangis, P. 96.) J. D,
(a) Pldlippe, comte d^É^reux, dit le bon et le sage, couronné k Pam« pelune le 5 mai i328 et marié k Jeanne II, reine de Navarre, fille de Louis Hutin et de Marguerite de Bourgogne. J. A. B
(3) Pierre IV dit le cérémonieux. Voyez note i,P. 168. J. A. B.
(4)Annibal Ceccano archevêque de Naples, créé€ardinal par Jean XXII en 1327. J.D.
(5) TaOeyrand de Périgord, évéqne d'Auxerre, orée cardinal par le même pape en r33i. J. D.
(6] II parolt que Froissart traduit Jlbano, par le mot François Blancy et qu^il veut parler de Gaucelin d^Eusa évéque d'^Albano, neveu de Jean XXII qui le créa cardinal en i3i6. Quelques manuscrits auto- risent cette conjecture en désignant ce môme cardinal que Frois- sart appelle le cardinal Blanc, par le nom de Cardinal et Albanne,}. D.
(7) Bertrand Poyet évéque d^Ostie , créé cardinal par le même pape et la même am:ée que le précédent. J. D.
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1 70 LES CHRONIQUES ( 1 356)
par le mondes et venoit à tous seigneurs à grand' plaisance , et spécialement à ceux qui vouloient le temps employer en armes , et qui adonc ne le sa- voient bien raisonnablement où employer.
Quand le roi de France et les rois dessus nommés eurent été un grand temps de-]ez(près)lepape, et ils eurent jeté, avisé et confirmé la plus grande partie de leurs besognes, ils se partirent de cour de Rome et prirent congé au saint père. Si s'en ralla le roi d'Arragon en son pays, et le roi de France et sa com- pagnie s'en vinrent à Montpelierj et là furent-ils grand temps ; et fit adonc le roi Philippe une paix qui se mouvoit entre le roi d'Arragon et le roi de May ogres (Majorque) ^'^.. Après cette paix faite, il retourna en France à petites journées et à grands dé- pens, visitant ses cités , ses villes, ses châteaux et ses forteresses, dont il avoit grand nombre, et repassa parmi Auvergne, parmi Berry, Beauce et parmi le Gatinois, et revint à Paris, où il fut reçu à grand'- fête. Adonc étoit le royaume de France gras , plein et dru, et les gens riches et puissants de grand avoir, ni on n'y savoit parler de nulle guerre.
( i) Jayme II, roi en i324. Voici k quel propos cettepaix s^étoit rom- pue. Pierre IV, roi d^Arragon, ayoit reçu rhomxnage de Jayme II pour sonrojaumede Majorque, et étoit allé rendre hommage du sienaupape^ alors k Avignon. Pendant la cérémoniede Tentrée solenaelle de ce prince , récuyer du roi Don Jayme, donna , d*un air de mépris, un coup de fouet sur le cheval du roi d^Arragon; ce prince entra en fureur, mitTépée k la main et youloit absolument tuer Téouyer. On parvint k Papaiser; mais U ne pardonna ni k Técuyer ni k son maître, et finit par enlever Jes états de ce dernier. J. A. B.
(i536) DE JEAN FROISSART. 171
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CHAPITRE LXI.
Comment le roi de Frange fit faire son appareil
ET ses POURVÉANGES POUR ALLER OUTRE MER CONTRE LES ENNEMIS DE DIEU.
OUR rordonnance de la croix, pour aDer cuire mer, que le roi de France avoit emprise et enchargée, et dont il se faisoit chef, s'avisèrent plusieurs seigneurs par le monde, et Pemprirent par grand'dévotion les aucuns; car le pape absolvoit tous ceux de peine et de coulpe (faute) qui en ce saint voyage iroient. Si fut la dite croix manifestée etprêchée parle monde, et venoit à plusieurs chevaliers bien à point, qui se désiroient à avancer. Si fit le roi Philippe, comme chef de cette emprise, le plus grand et le plus bel ap- pareil qui oncques eut été fait pour aller outre mer> ni du temps Godefroj de Bouillon, ni d'autre j et avoit retenu et mis en certains ports, c'est à savoir, de MarseUles, d'Aigu emortes, de Lattes ^'\ de Nar- bonne et d'environ Montpelier, telle quantité de vaisseaux , de nefs , de carakes , de hus , de cognes , de buissars, de galées ^'^ et de barges, comme pour pas- ser et porter soixante mille hommes d'armes et leur pourvéances (provisions) j et les fit tout le temps pourvoir de biscuit, de vins, de douce yaue (eau), de chairs salées, et de toutes autres choses nécessai-
(i) Latte, viflage du Bas Languedoc, h une denoi lieue de Montpefier sur un étang qui communique k la mer. J. D*
(a) Ce sont autant de noms de petits bâtiments de transport usités k cette époque. J. D.
17a LES ŒRONIQUES ( i536)
Tes pour gens d'armes, et pour vivre, et si grand' plenté(abondance),commepour durer trois ans, s'il étoit besoin. Et envoya encore le dit roi de France grands messages par devers le roi de Hongrie ^'\ qui étoit moult vaillant homme, en lui priant qu'il fut appareillé et ses pays ouverts pour recevoir les pèle- rins de Dieu. Ce roi de Hongrie y entendit volon- tiers, et dit qu'il étcnt tout pourvu et ses pays aussi, pour recevoir son cousin le roi de France et tous ceux qui avec lui iroient Tout en telle manière le signifia le roi de France au roi de Chypre, monsei- gneur Hugues de Lusignau«, un vaiUant roidure- ment, et au roi de Sicile ^^\ qui volontiers y enten- dirent, et se pourvurent selon ce bien et suffisam-i^ ment, à la prière et requête du roi de France. En- core envoya le dit roi devers les Vénitiens, en priant et requérant que leurs métes(frontières)fussent ou- vertes, gardées et pourvues. Cils (ceux-ci) obéirent volontiers au roi de France et accomplirent son man- dement Aussi firent les Génois et tous ceux dessus la rivière de Gènes. Et fit le roi de France passer ou- tre en l'île de Rhodes le grand prieur de France ^^\ pouraministrer vivres etpourvéances siir leurs métes (frontières) j et firent ceux de saint Jean, par accord avec les Vénitiens, pourvoir moult suffisamment l'île de Crète, qui est de leur seigneurie. Brièvement cha- cun étoit appareillé et rebracié (disposé) pour faire tout ce que bon étoit et sembloit, pour recueillir les
(i) Charles Roberf. J. A. B.
(a) Hugues IV, Lusigqan. J. D.
(S) Pierre H roi d^Arragonet de Sicile. J. A. B.
(4) Florus de FougeroIIes. T. D.
(i536) DE JEAN FROISSART. 173
pèlerins de Dieu y et prii*ent plus de trois cent mille personnes la croix, pour afier outre mer en ce saint vojage.
CHAPITRE LXII.
Gomment le roi d'Angleterre envoya ses messages
AU COMTE DE HaINAUT POUR AVOIR 80V CONSEIL qu'il FEROIT du DROIT QU'iL SE DISOIT AVOIR EN
France.
JliN ce temps que cette croix étoit en si grand'fleur de renommée, et que on ne parloit ni devisoit-on d'autre chose, se tenoit messire Robert d'Artois en
Angleterre, encliassédeFrance,deJez(près)le jeune roi Edouard, et avbit été avec lui au conquêt (con- quête) de Berwick^'^ et en plusieurs chevauchées d'E- cosse. Si étoient nouvellement retournés en Angle- terre et ennortoit (exhortoit) et conseilloit le dit messire Robert tempre (tôt) et tard le roi qu'il vou- lut défier le roi de France, qui tenoit son héritage à grand tort j dont le roi eut plusieurs i^ois conseil par grand'débbération, à ceux qui étoient ses plus se- crets et spéciaux conseillers, comment il se pourroit maintenir du tort qu'on lui avoit fait du royaume de France en sa jeunesse, qui par droite succession de proismeté (proximité) devoit être sien par raison,
(2} Robert d^Artois ne passa en Angleterre que plusieurs mois après la prise de Berwick, ûnsi quon Pa remarqué précëdemmeat. Voyez dans le vœu du héron cité dans Tappendice le résultat des conseils qu'il donna k Edouard. J. Â. 6.
174 LES CHRONIQUES (i537\
ainsi que messire Robert d'Artois l'en avoit informé j et Favoient les douze pairs et les barons de France donné à messire Philippe de Valois d'accord et ainsi comme par jugement, sans appeler ni ajourner par- tie adverse. Si n'en savoit le dit roi que penser; car enuis (avec peine) ainsi le lairoit (laisseroit) , si amender le pouvoit jet si il le challengeoit(disputoit) et le débat en émouvoit, et on lui denioit, si comme bien faire on pourroit, et il s'en tint tout coi et point ne l'amendoit, ou son pouvoir n'en faisoit, plus que devant blâmé en seroit. Et d'autre part il voyoit bien que par lui ni par la puissance de son royaume il ne pourroit mauvaisement mettre au dessous le grand royaume de France, s'il n'acquéroit des sei- gneurs puissants en l'Empire et d'autre part, par son or et par son, argent. Si requéroit souvent à ses spéciaux (intimes) conseillers qu'ils lui voulussent sur ce donner conseil et bon avis, car sans grand conseil il n'en vouloit plus avant entreprendre. A la parfin, ses conseillers lui répondirent d'accord et lui dirent: « Cher sire, la besogne est de si haute en- treprise que nous ne nous en oserions charger ni finalement conseiller^ mais, cher sire, nous vous conseillerions, s'il vous plaisoit, que vous envoyas- siez suffisants messages, bien informés de votre in- tention, à ce gentil comte de Hainaut de qui av^z la fille, et à monseigneur Jean, sonfrère, qui si vail- lamment vous a servi, en priant en amitié que sur ce ils vous veuillentconseiller jcar mieux savent que à telle affaire affiert (convient) que nous ne savons f et si sont bien tenus de votre raison garder, pour
(1557) DE JEAN FROISSART. 175
l'amour de la dame que vous avez; et s'il est ainsi qu'ils s'accordent à votre entente (intention) , ils vous sauront bien conseiller de quels seigneurs vous vous pourrez bien aider , et lesquels , et comment
vous les pourrez mieux acquérir. » « A ce conseil,
dit le roi, nous accordons-nous bien; car il me sem- ble êfre bel et bon; et ainsi que conseillé m'avez sera fait »
Adonc pria le roi à ce prélat, l'évêque de Lincoln , qu'il voulut entreprendre ce voyage à faire pour Pa- mour de lui, et à (avec) deux bannerets ^'^ qui là étoient, et à deux clercs en droit aussi, qu'ils vou- lussent faire compagnie à l'évêque en ce voyage. Les dessus dits évêque, chevaliers bannerets et clercs ne voulurent mie refuser la requête du roi, ains (mais) lui octroyèrent volontiers. Si s'appareillèrent le plu- tôt qu'ils purent, et partirent du roi et montèrent en mer. Adonc arrivèrent à Dunkerque: si reposèrent là tant que leurs chevaux fussent mis hors des vais- seaux, et puis se mirent en chemin et chevauchèrent parmi Flandre, et exploitèrent tant qu'ils vinrent k Valenciennes. Là trouvèrent-ils le comte Guil- laume de Hainaut qui gissoit si malade de goûtes artétiques ^^^ et de gravelle qu'il ne se pouvoit mou- voir, et trouvèrent aussi monseigneur Jean de Hai- naut, son frère. S'ils furent grandement fêtés, ce ne fait point à demander. Quand ils furent si bien fêtés
( 1 )Les deux bannerets qui accompagnèrent Henri, évêque de Lincoln furent Guillaume déMontagu, comte de Salisburyet Guillaume de Clyn- ton, comte de Huntingclon. ( Rymer,T. 2. Part. 3. P. 166, 168.) J. A, B.
(2) Du mot grec ^ApQpirtç, goule, maladie dans les articulations. J. A . B.
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1 76 LES CHRONIQUES ( 1 337 )
commeà eux appartenoit^ils comptèrent auditcomte de Hainaut et à son frère leur entente (intention), et pourq[Uoi ils étoient à eux envoyés j et leur expri- mèrent toutes les raisons et les doutes que le roi même avoit mises avant pardevant son conseil, si comme vous avex ouï recorder ci-dessus.
CHAPITRE LXIIL
Quelle chose le comte de Hàinàut conseilla aux
MESSAGES DU ROI d' ANGLETERRE; ET COlffMENT ILS 8*EN RETOURNÈRENT EN ANGLETERRE ET DIRENT AU ROI CE QUE LE COMTE LEUR AVOIT CONSEILLÉ
Quand ^'^ le comte de Hainaut eut ouï ce pourquoi ils étoient là envoyés, et il eut ouï les raisons et les doutes que le roi Anglois avoit mises avant à son con- seil, il ne les ouït mie enuis (avec peine); ains (mais) dit que le roi n'étoit mie sans sens, quand il avoit ces raisons et ces doutes si bien considérés; car quand on veut entreprendre une grosse besogne, on doit aviser et considérer comment on la pourroit ache- ver, et au plus près peser où l'on pourroit venir. Et dit ainsi le gentil coçite: « Si le roi y peut parvenir , si m'aist (m'aide) Dieu, j'en aurois grand'joie; et peut-on bien penser que je l'auroisplus cher pour lui qui a ma fille, que je n'aurois pour le roi Philippe, qui ne m'a néant fait tout à point, combien que j'aye sa sœur épousée: car il m'a détourné cou vertement
(i) Les imprimes contînaent d'abréger et omettent somrent de» phra&es entières. J. D.
r
(t557) DE JEAN FROISSAIT. 177
le mariage du jeune duc de Brahant , qui devoit •avoir épousé Isabelle ma fille, et Fa retenuepourune sienne autre fille; parquoi je ne faudrai (manque- rai) mie à mon cher et amé fils le roi d'Angleterre, s'il trouve en son conseil qu'il le veuille entrepren- dre; ainsi lui aiclerai-je de conseil et d'aide à mon lojal pouvoir. Aussi fera Jean n^on frèr-e qui là sied, qui autrefois l'a servi; mais sachez qu'il lui faudroit bien autre aide avoir plus forte que la nôtre; car Hainaut est un petit pajrs au regard du royaume de France, et Angleterre en gît Jtrop loin, pour nous secourir. » ..*. « Certes vous nous donnez très bon conseil et nous montrez grand amour et grand' vo- lonté, dont nous vous regracions ( remercions ),de par notre seigneur le roi, ce dit l'évêque de Lincoln pour tous les autres. » Et dit encore: « Cher sire, or nous, conseillez desquels seigneurs notre sire se pourroit mieux aider êtes quels il se pouiToit mieux fier, parquoi nous lui puissions rapporter votre conseil. 3f)-_« Sur Tâme de moi, répondit le cofiate, je ne saurpis aviser seigneur si puissant pour lui aider en ces besognes comme seroit le duc de Bra- bant, qtii est*son cousin germain, aussi Févêque de Liège, le duc dfe Gueldres , qui a sa sœur à femme ^'^, l'archevêque de Cologne ^*^, le marquis de Juliers, messire Arnoul de Bakehen (Blankenhejm) ^'\ et
(i) Éléonore sœur d'*Édouard'IIIaToit épouse Renault ^uc de Gnel- dres- ( Imhoff, Tab. G ). J. D.
(a) Valrame ouValmare de JiùieTs.^Gallia Christtana. T. 3. Col. 696. )
( 3} Il est "nommé Amou de Blankenheym dans, les Troph ,de Brahant.
P. ^nS. Cette leçoi^ paroit d^ autant meilleure que le sujet nommé par
Froissart ArnozddeBakehenySera. qualifié-ci après, chapitre 79, frère de
FROISSART. T. I. 12
178 LËB CHRONIQUES (1537)
le sire de Fauquemont, Ce sont ceux qui auroient plus grand'foison de gens d'armes en bref temps, que seigneurs que je sache en nul pays du monde; et si sont très bons guerriers, et fineront (trouveront) bien si ils veulent, de huit ou de dix mille armures de fer, mais (pourvu) que on leur donne dePargent à TaVenant^ et si sont seigneurs et gens qui gagnent volontiers. S'il étoit ainsi que le roi mon fils et votre sire eut acquis ces seigneurs que je dis, et il fut par deçà la mer, il pourroit bi^n aller requérir le roi Philippe outre la rivière d'Oise et combattre à lui. » Ce conseil plut grandenient à ces seigneurs d'An- gleterre; puis prirent congé au comte deHainaut et à monseigneur Jean son frère. Si s'en r allèrent vers Angleterre porter au roi le conseil qu'ils avoienttrou- véau dessusdit comte etàsoufrèa'e.Quand ils furent venus à Londres , le roi leur fit grand'fête et ils lui ra- contèrent tout ce qu'ils avoient trouvé en conseil, et l'avis du gentil comte et de monseigneur son frère; dont le roi eut grand'joie et en fut grandement ren- foccé , quand il eut entendu ce que son sire lui eut mandé et conseillé. Or vinrent ces nouvelles en France et montepUèrent(multiplièrent)petit à petit, que le roiAnglois supposoit et entendoit avoir grand droit à la couronne de France; et fut le roi Philippe informé et avisé de ses plus spéciaux ( particuliers ) amis que s'il alloit au voyage d'outre mer qu'il avoit
Valrame de Juliers, archevêque de Cologne, et quUl est certain que le
comté de Biankenhejrm dans PEyffel appartenoit k la maison de Ju-
iiers, klaqiielle je ne crois pas qu^on connaisse aucune seigneurie nommée
BakehenJD,
r
(i357) DE JEAN FROISSART. , 179
empris, il mettrCiét son royaume en très grand'aven- ture, et qu'il ne pouvoit faire ni exploite^, meilleur point que de garder ses gens et ce qui sien étoit, dont iltenoitla possession, et qui devoit retourner à ses enfants. Si se refroida ( refroidit ) grandement de cette croix emprise et prêchée , et contremanda ses officiers qui ses pourvéances( provisions) faisoient si grandes et si grosses que c'étoit merveilles, jusques à tant qu'il auroit vu de quel pied le roi An^ois voudroit aller avant, qui mie ne se refroidoit de lui pourveoir et appareiller , selon le conseil que ses hpmmes.lui avoient rapporté du comte de Hainaut. Et fît assez tôt après ce qu'ils forent revenus en An- gleterre ordonner et appareiller dix chevaliers ban- i^rets et quarante autres chevaliers jeunes bacheliers et les envoya à grands frais par deçà la mer, droit à Valenciennes , et l'évêque de Lincoln ^'^ qui fut nioult vaillant homme avec eux, en cause que pour traiter à (avec) ces seigneurs.de l'Empire que le comte de Hainaut leur avoit dénommés, et pour faire tout ce que il et messire Jean son frère en conseilleroient. Quand ils furent venus à Valenciennes, chacun les regardoità graud'mer veille, pour le bel et grand état qu'ils maintenpient, sans rien épargner néant plus
( 1} iL^ëvêque de Lincoln avoit deux adjoints particuliers qui stipulè- rent aveclui dans les négociations, Guillaume de Montagu, comte de Sa- lisbury et Guillaume Cljndbn, comte deHuutingdor?. Les autres cheva- liers qui Taccompagnoient nVtoient sans doute destinés qu^k donner plus d'^latk Tajubassade; car on ne lestrouve nommés dans aucun des traités. Les ambassadeurs et leur cortège arrivèrent vraisembla- blemeatk Valenciennes dans les premiers jours de mai: il est du moins certain qu'ils y étoientle la de ce mois. (Rymer,«^/ ««prà.P.iG;. ) J. D.
la*
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- •
1 8o LES CHRONIQUES ( i SSy )
que si le roi propre d'Angleterre y fut eti propre per- sonne 3 d#nt ils acquéroient grand' grâce et grand^ renommée. Et si y avoit entr'eux plusieurs bacheliers qui avoient chacun un œil couvert de drap ver- meil^'\pourquoi il n'en put voir ^etdisoit-on queceux avoient voué entre dames de leur pays, que jamais ne verroient que d'un œU jusqu'à ce qu'ils auroieiit fait aucunes prouesses de leurs corps* au royaume de France ^'^^ lesquels ils ne vouloient mie connoître . (faire connoître) à ceux qui leur en demandoient: si en avoit chacun grand'njerveille.
Quand ils furent a^sez fêtés et honorés k Valen- ciennes, ducomtedeHainaut, de monseigneur Jean son frère etdes seigneurs et chevaliers dupaysetaussi des bourgeois et des dames de ValencienneiS, le dit évêque de Lincoln et la plus grand'partie de eux se trairent ( rendirent ) pardevers le duc de Brabant, par le conseil du comte dessusdit Si le« fêta le duc assez suffisamment, car bien le sayoit faire, et puis s'accordèrent si bellement au duc que il leur encon- venença (promit)-de soutenir le roi son cousin et toutes ses gens en son pays ^^^; car faire le devoit.
( I ) Voyez dans P appendice leVœn dn héros. J. A. B.
(t2) Ayant les entreprises périlleuses, les chevaliers s'engageoîent assez ordinairement, par des vœux, dont rien ne pouToilles dispenser, a faire que](pie action d^ éclat, souvent même de témérité; et comme les plus braves se piquoient d^ enchérir les une sur les autres, la valeur leur dictoit quelquefois des vœux singuliers tels que celui dont il s'agit ici, et d^autres encore plus bisarres. On en trouvera un grand nombre d'exemples dans les Mémoires sur Vancienne chevalerie^ par M, de la Cume de S'e.Palaye, édit. m-4**. P. 44» i^o, etc. J. D.
(3) Oa ne trouve point dansKjmer le traité fait alors entre le duc de Brabant et les ambassadeurs d'Angleterre; «nais on y voit plusieurs
(i357) DE JEAN FROISSART. i8^
et étoit son cousin germain: si pouvoit venir, aller et demeurer, armé et désarmé, toutes^ fois qu'il lui plairoît; et avec ce il leur encontenença ( promit ) par tout son conseil, et parmi une certaine somme de florins, que si le roi Anglois son cousin vouloit le roi de France défier suffisamment et entrer à force en son royaume, et s'il pouvoit avoir l'accord et l'aide de ces seigneurs d'Allemagne dessus nommés, il le défieroit aussi et iroit avec lui atout ( avec ) mille armures de fer. Ainsi leur eut-il en couvent (convention) par sa créance (foi) , de quoi il chan- cela et détria (différa) puis (depuis) assez, si comme vous orrez (entendrez) avant en l'histoire.
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CHAPITRE LXIV.
Comment les seigneurs d'Angleterre fjrent al-
i:.lANGE AVîlC le DUC DE GuELDRES^ LE MARQUIS DE JULIERS, l'arCHPVÊQUE DE CoLOGNE ET LE SIRE DE
Fauquemont.
«
Aj>onc furent ces seigneurs d'Angleterre moult aises; car il leur serahla qu'ils av oient moult hien be- sogné, tant comme au duc. Si s'en retournèrent à Valenciennes , et firent par messages et par l'or et
actes qui le supposent conclu; entre autres, une promesse d^Édouard, datée du 8 juin de cette année, de payer au dit duc do Brabant, la somme de dix mille livres sterling, pour des raisons qu^on ne spécifie' point 9 et une obligation en date du i^r. juillet suivant de lui payer soixante mille livres sterling k certains termes; enfin, des lettres par les quelles il s'^engage k prendre k sa solde, dès quMl sera arrivé sur les firon- tières'd'ADemagne, douze cents hommes d'armes que lui fournira le duc de Brabant. (Bymer, /6/c/. P. 171. 176. 180. ) J. !>•
iSi LES CHRONIQUES (1357)
Fargent de leur seigneur' tant que le duc de Guel- dres serourge (beau-frère) du dit roi, le marquis de Juliers, pour lui et pour l'archevêque de Cologne Walerant son frère, et le sire de Fauquemont vin- rent à Valencieimes parlera evix ; pardevant le comte de Hainaut,quinepouvoitmais chevaudierm aller^ et pardevant monseigneur Jean son frère 5 et ex- ploitèrent si bien devers eux, payrai grands som- mes de florins que chacun devoit avoir pour lui et pour ses gens, qu'ils leur ençœivéneneèrent (pro- mirent) de défier le roi de France a?vec le roi An- glois quand il lui plairoit, et que chacun^ d*èux le serviroit à (avec) un certain nombre de gens d'ar- mes à heaumes couronnés ^'\ En ce temps parlait- on de heaumes couronnés, et ne faisoient les sei- gneurs nul compte d'autres gens d'armes s^ils n'é- toient à heaumes et à tymbres (casques) couronnés. Or est cet état tout devenu autre maintenant que on parle de bassinets, de lances ou de glaives, de ha- ches et de jaques ^'^5 et vous dis que ces seigneurs dessus nommés enconvenencèrent (promirent) aux gens du roi Anglois qu'ils se aerdroient (allieroient) à d'autres seigneurs d'outre le Rhin , qui bien a voient pouvoir d'amener giand'foison de gens d'armes, mais (pourvu) qu'ils eussent le pourquoi : puis prirent congé les dessus dits seigneurs et Alle- mands et s^en rallèrenten leur pays, et les seigneurs
(i) Ces difierens traités, rapportes par Rymer, sont datés des QlJ^ et
^7 maietdn le'juin i337.( Rymer^/^/c?*P. i68. iSg^ 170 ) J.D.
(3) t/â^ue, espèce de casaque contrepointëe qu^oa mettoit par dessus lacnirasse. J. D.
( î 537 ) ^^ -^EAN FROISSART. 1 83
d'Angleterre demeurèrent encore à Valenciennes et en Hainaut, de-lez (près) le comte, par lequel con- seil ils ouyroient (faisoieut) le plus. Si prirent et envoyèrent encore suffisants messages devers Pévê- que de Liège monseigneur Âoulz (Adolphe), et Feussent volontiers attrait (attiré), de leur partie; mais le dit évêque n'y voulut oncques entendre, ni rien faire contre le roi de France ^*\ de qui il étoit devenu homme et entré en §a féauté. Le roi Char- les de Bohême n'y fut point prié ni mandé, car on savoit bien qu'il étoit si conjoint au roi de France, par le mariage de leurs ^deux en&ns, du duc de Normandie Jean, qui avoit à femme madame Bonne fille au dessus dit rpi, que pour cette cause il ne feroit rien contre le roi de France. Or me tairai un petit d'eux, et parlerai d'une autre matière qui à cette se r a j oindra.
CHAPITRE LXV.
Comment Jaquemart d'Artevelle échut si en la GRACE DES Flamands que tout quant que il fai-
SOIT , NUL NE LUI COKTREDISOIT.
JfcLiN CE temps dont j'ai parlé avoit grand'dissention entre le comte Louis de Flandre et les Flamands ^'^ ;
(i) Adolphe de la Marct, évêque 'de Liège, ?oin de prendre parti pour le roi d'Angleterre, s'arma en i33g pour Philippe de Valois et lui four- nit cinq cents hommes d'armes, moyennant soixante mille florins que le roi lui assigna. ( Gallia Christiana, T. 3. Col. 896.) J. D.
(2) Louis de Cressy, comte de Flandre, fut en guerre continuelle avec ses sujets. A cette époque, il setenoit ordinairement en France et
i84 LES CHRONIQUES (1537)
car ils ne voidoieiit point obéir à lui, ni à peine s'osoit-il tenir en Flandre, fors à (avec) grand pé- ril. Et âvoit adonc à Gand un homme qui avoit été brasseur de miel; celui étoit entré en si grand^for- ' tune et en si grand'grâce à tous les Flamands, que c'étoit tout fait et bien fait quant qu'il vouloit de- viner et commander par tout Flandre, de l'un des côtés jusques à Fautre; et n'y avoit aucun, comme grand qu*il fut, qui de rien osât trépasser son com- mandement ; ni contredire. Il avoit toujours après lui allant aval ( en bas) la ville de Gand soixante ou quatre vingts varie ts armés, entre lesquels il en y avoit deux ou trois qui savoient aucuns de ses se- crets; et quand il encontroit un homme qu'il heoit (haïssoit) ou qu^il avoit en soupçon, il étoit tantôt tué; car il avoit commandé à ses secrets varlets et dit: « Sitôt que j'encontrerai un homme, et je vous fais un tel signe, si le tuez sans déport (délai), comme grand, ni comme haut qu'ail soit, sans atten- dre autre parole. » Ainsi avenoit souvent; et en fit en cette manière plusieurs grands maîtres tuer: par quoi il étoit si douté (redouté) que nul n'osoit parler contre chose qu'il voulut faire, ni à peine penser de le contredire. Et tantôt que ces soixante varlets l'avoient reconduit en son hôtel, chacun alloit dîner en sa maison; et sitôt après dîner ils revenoient de-
venoît rarement en son pays de Flandre à cause de ses querelles avec les Flamands et parce que les trois villes de Gand, Bruges et Ypre gotwernoient le pays à leur plaisir ( D'oudegherst, annales de Flandre^ T. a.P. 429.) Louis s'ëtoit brouillé avec ses sujets pour s'être dirigé uni- quement par les conseils d'un abbé de Vezelaî qui n^cnlendoit rien h r administration et ne cherchoitqu"'h s'enrichir. J. A. B,
(i337) DE JEAN FROISSART. * i85
vant son hôtel, etbéoient (attendoient) en la rue, jusqiiesadonc qu'il vouloit aller aval (en bas) la rue, jouer et ébattre parmi la ville; et ainsi le condui- soieiît jusques au gouper.Et sachez que chacun de ces soudoyés (soldats) avoit chacun jour quatre com- pagnons ou gros de Flandre pour ses frais et pour ses gages; et les faisoit bien payer de semaine en semaine. Et aussi avoit-il par toutes les villes de Flandre et les châtellerîes,sergens et soudoyés à ses gages, pour faire tous ses commandement et lépier s'il avoit nulle part personne qui fut rebelle à lui, ni qui dit ou informât aucun contre ses volontés. Et sitôt qu'il en savoit aucun en une ville, il ne cessoit jamais tant qu'il l'eut banni ou fait tuer sans déport (délai): Jà cil (celui-ci) ne s'en put garder. Et même- ment tous les plus puissants deFlandre, chevaliers, écuyers et les bourgeois des bonnes villes qu'il pen- soit qui fussent favorables au comte de Flandre en aucune manière, il les bannissoit de Flandre et le- Voit la moitié de leurs revenues, et laissoit l'autre moitié pour le douaire et le gouvernement de leurs femmes et de leurs enfans ; et ceux qui étoient ainsi bannis, desquels il étoitgrand'f oison, se tenoient à Saint-Omer le plus, et les afppeloit-on les avollés ^'^ et )ms outre-avollés. Briévc^ment à parler, il n'eut oncques en Flandre, ni en autre pays, duc, comte, prince ni autre, qui put a¥oir un pays siàsa volonté, comme cil (celui-ci) l'eut longuement; et étoit appelé Jaquemart Artevelle ^^\ Il faisoit lever les renies,
(i) Étrangers non domiciliés dans le p^ys. J. A. B. -
(a) Il s'agit ici de Jacob yon Artayeld: il est nommé Jacques de Haa-
i86 LES CHRONIQUES (1357)
leà tonnieux ^'\ les vinages, lès droitures et toutes les revenues que le comte devoit avoir et qui à luiap* partenoient quelque part que ce fut parmi Flandre, et toutes les inaletotes: si les d^endoit à sa volonté et en donnoit sans rendre aucun compte; et quand il vouloit dire que argent lui falloit,on l'en crojoit; et croire Ten convenoit,-car nul n'osoit dire ejicon- tre, pour doute (crainte) de perdre la vie : et quand il en vouloit ecaprunter de^âucuns bourgeois*sur son payement, il n'étoit nul qui lui osâtescondire (refu- ser) à prêter. Or veuille-je raconter et retourner aux messages d'Angleterre.
^^^'W^WV%^^'W%'W*%«%^^
CHAPITRE LXTI.
Comment les seigneurs d'Angleterre firent al- liance AVEC LES Flamands par donner et par pro- mettre, fiT SPÉCIALEMENT AVEC JaQUEMART d'Ar-
- TEVELLE.
v^Ès seigneurs d'Angleterre qui étoient encore par- deçà la mer et étoient si honorablement à Valen-
tevelde par Pautenr anonyme âfi la Chronique de Flandre, qui dit qaHL avoit accompagné le comte de Valois père de Philippe, à Tile de Rho- des, quHlayoit été ensuite yalel dela/ruiteriede messire Lotsis de Fran- ce, âe^pms Louis Hutin,fX qa^enfinderetour2iGand,oi\il étoitné,îl avoit épousé une brasseresse de miel, ( Chron, de Fiand, P. lija. i43.) On lit la même chose dans les Chroruques de France» Chap. i5. J. D.
(i) Tonnieu ou 7o;i/{>u, droit que quelques seigneurs levoient sur eer- taiiies marchandises, dans Tétendue de leur seigneurie. ( Gloss, de du Cange, aux mots Telon, Teloneum, etc. )
Le vinage étoit pareill^neut un droit ou un impôt qui se leToit sur le vin. ( Voy. Finagium, Ibid, ) J. D.
(i337) DE JEAN FROISSART. 187
ciennes comme vous avez ouï, se pensèrent entre eux que ce seroit grand confort pour leur sei^eur le roi, selon ce qu'ils vouloient entreprendre, s'ils pouvoient avoir l'accord des Flamands, quiadonc étoient mal du roi de France et du comte leur sei- gneur. Si s'en conseillèrent au comte de Hainaut qui leur dit que voiremeijt (vraiment) seroit-ce le plus grand confort qu'ils pussent avoir, mais il ne pou voit voir qu'ils y pussent profiter si peu non, si ils n'avoîent premièrement acquis la grâce et la fa- veur de ce Jaquemart d'Artevelle. Ils diluent que ils en feroient leur pouvoir temprement ( bientôt ). Assez tôt après ce ils se partirent de Valenciennes ^ et s'en allèrent vers Flandre , et se partirent, ne sais en trois ou en quatre routes (troupes), et s'en allè- rent partie à Bruges, partie àYpre et la plus grande partie à Gand ; et tous dépensant si largement qu'il sembloit que argent leur plût des nues, ef quéroient accord par tout, et promettoient aux uns ^ aux au- tre là où on les conseilloit) et où ils cuidoient (croyoient) mieux employer, pour parvenir à leur entente (intention). Toute voie (fois) Tévêque de Lincoln et sa compagnie qui allèrent à Gand , firent tant par beau parler et autrement qu'ils eurent l'ac- cord et l'amitié de Jaquemart d'Artevelle, et grande grâce en la ville, et mêmement d'un vaillant cheva- lier ancien qui demeuroit à Gand et y étoit dure- ment amé, et l'appeloit-on monseigueur leCourtri- sien ^'^; et étoit chevalier banneret, et le tenoit-on
(i) U est nommé Zegherdans B'^cmclegherst. Son surnom de Courtrc- sien ou Courtorisin ( Curtracensis) lui vient de ce qu'tf étoit de Cour- ttBy, U tenoit aux meilleiures familles du pays. J. A. B.
i88 . LES CHRONIQUES (1357)
pour le plus preux chevalier de Flan dre et pour k temps yaiUant homme , et qui le plus hardiment avoit tous dis (Jours) servi ses seigneurs. Ce sire Çofurtrîsien compagnoit et honoroit durement ces seigneurs d'Angleterre, ainsi comme y aillants hom- mes doivent toujours honorer étranges chevaliers à leur pouvoir; mais il en eut au dernier mauvais loyer (récompense) j car il fut accusé de cet honneur qu'il faisoit aux Anglois contre Thonneur du roi de France : si que le roi commanda très étroitement au comte de Flandre qu'il fit tant, comment qu'il fut, qrfil eut le dessus dit chevalier, et que si cher qu'il l'aimoit lui fit couper la tête. Le comte qui n'osoit trépasser le commandement du roi, fit tant, je ne sais comment ce fut, que le sire de Courtrisien vint là où le comte, le manda. Si fut tantôt pris et tantôt décolé ^'^ j de quoi moult de gens furent grandement dolents de pitié , car il étoit moult aimé et honoré au paj%, et en surent au comte moult mal gré.
Tant exploitèrent ces seigneurs d'Angleterre en Flandre , que ce Jaquemart d'Artevelle mit plu- sieurs fois le conseil des bonnes villes ensemble, pour parler de la besogne que ces seigneurs d'An- gleten'equéroient,et des franchises et amitiés qu'ils leur ofiroient de par le roi d'Angleterre leur sei- gneur, sans qui (du quel) terre et accord ils ne se peuvent bonnement ni longuement chevir (prospé- rer ). Et tant parlementèrent ensemble qu'ils fu- rent d'accord en telle manière qu'il plaisoit bien à
(i)Il fiit exécute k Bruges suivant Meyer, k Bupelmonde suiTant quelcpies autres. ( Atm* de Fland. fol. 137. V**. ) J . D.
(i537) DE JEAN FROlgSAÏlT. i8g
tout le conseil de Flandre que le roi Anglois et tou- tes' ses gens pou voient bien venir et ajiler à (avec) ' gens d'armes et autrement par toute Flandre, ainsi ^ qu^il lui plairoit: mais ils étoient si forment (forte- ment) obligés envers le roi de France qu'ils ne le pourroient gre ver jUï entrer en son royaume., qu'ils ne fussent atteints d'une si grand' somme de florins que à (avec) grand' malaise en pourfoient-ils finer (trouver) 3 et leur prièrent que ce leur voulut suffire j usques à une autre fois. Ces réponses et ces exploits suffirent adonc assez à ces seigneurs j puis s'en re- vinrent arrière à Valenciennes à (avec) grand' joie. Souvent envoy oient leurs messages devers leur sei- gneur et lui signifioieut ce qu'ils avoient besogné; et le roi leur renvoyoit grand or et grand argent pour payer leurs frais et départir à ces seigneurs d^Alle- magne qui ne convoitoient autre chose.
En ce temps trépassa le gentil comte de Hainaut sept jours au mois de juin, l'an de grâce mil trois cent trente sept ^'\ Si fut enseveli aux Cordeliers à Valenciennes j et là fit-on son obsèque et chanta la messe l'évêque Guillaume de Cambray ^'\ et. y eut grand'foison de ducs, de comtes, de barons, et de chevaliers: ce fut bien raison, car il étoit grandement aimé et renommé de tous. Après sa mort se trait (retira) à la comté de Hainaut, de Hollande et de Zélande, messire Guillaume son fils, qui eut à fem-
•'
(i) Quelques manuscrits portent treize cent trente huit. Cette leçon
ne peut être admise: il est certain que Guillaume comte de. Hainaut
mourut le 7 Juin 1 337. {Ilist. gén, de la mais, de Fr. T. à. P. 784.) J. D,
(a) U s'appcloit Guillaume d'Auxone. {Gall.ChristT! . 3. Col. 4a. ) J. D.
igo LBft CHRONIQUES (iSSn)
me la fiUe au duc Jean de Brabant; et fut cette da- me, (|ui s'appeloît Jeanne, douée de la terre de Binch ^'^ , qui est bien moult bel héritage et profi- table ; et madame Jeanne de Valois sa m^ère s'en vint demeurer à Fontenellès ^"^^ sur Escaut, et elle usa le demeurant (reste) de sa TÎe comme bonne da- me et dévote en la dite abbaye, et y fit moult de biens en l'honneur de Dieu .
CHAPITRE LXVII.
r
Comment aucuns chevaliers et écuyers Flamands
ÉTOIENT EN l'iLE DE CadSAND QUI GARDOIENT COU- VERTEMENT LE PASSAGE CONTRE LES ÂNGLOIS.
jL}e toutes ces devises et ordonnances, ainsi comme elles se portoient et étendoient,etdes conforts et des alliances <jue le roi Anglois acquéroit par deçà la mer, tant en l'Empire comme ailleurs ,étoit le roi Philippe tout informé j et eut volontiers vu que le comte de Flandre se fut tenu en son pays , et eut attrait (attiré) ses gens à son accord: mais ce Jaque- mart d'Artevelle avoit jà si surmonté toutes maniè- res de gens enFlandre, que nul n'osoit contredire à son opinion, mêmement le comte leur sire ne s'osoit clairement tenir en Flandre son pays ^ et avoit en- voyé madame sa femme ^'^ et Louis son fils en France ,
(i) Binch ou Bincbe, petite ville duHainaut Autrichien. J. D.
(a) Ahbâje de filles de Tordre de Clteaux, située à peu près k une lieue de Valenciennes. J. D.
{3) Il avoit épousé Marguerite de Franee , deuxième fiUe du roi Philippe le Long, de laquelle il eut Louis, surnommé de Maie du lieu de sa nais- sance. {Hist, gén, de la mais, de fr. T. i. P. 738 et 739.} J.D.
(i537) DE JEAN FROISSART. 191
pour doute (crainte) des Flamands. Avec ce se te- noient en Fîle de Cadsand ^"^ aucunâ chevaliers et écuyers de Flandre en garnison , dont messire Ou- tres de Hallewyn ^^\ et messire Jfean de Rhodes et les enfants de PEstrief étoient capitaines et souve- rains j et là gardoient le passage contre les Anglois, et faisoient guerre couvertement (secrètement) : dont les chevaliers d'Angleterre qui se tenoient en Hainaut étoient tous informés que si ils s'en ralloient par là en leur pays, ils seroient rencontrés ^ paxquoi ils n'étoient mie hien asseur (assui'és). Nonob3tant ce,chevauchoient eux et alloîent à leur volonté par- mi le pays de Flandre, et par les bonnes villes; mais c'étoit sur le confort de Jaquemart d'Artevelle, qui les portoit et honoroit en toutes manières^ ce qu'il poutoit. Or retournerons un petit au duc de Brabant
(i) Froissart TappeUe Gaganf, c^est une lie située entre la Tille de
PÉcluse et nie de Walcberen en Zélande. J. A.B.
(a) Les annales de Flandre disent mieux le Duckere ( seigneur) de Hallewyn. J. A. B.
ig% LES CHRONIQUES . (1357)
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CHAPITRE LXVIII.
Comment lb duc de Brabant envoya ses messages
PAR DEVERS LE ROI DE FrANCE POUR LUI EXCUSER DE
l'alliahce qu'il avoit faite avec LES Anglois; et
COMMENT LES SEIGNEURS d'AnGLETERRE s'eN RETOUR- NÈRENT-
Quand le duc de Brabant ^'^ eut fait ses convenances (dispositions) à (avec) ces seigneurs d'Angleterre, si comme vous avez oui, il s'avisa que le roi de France autrefois lui avoit été contraire. Si se douta (craignit) qu'il ne fut durement informé contre lui, pour occa- sion des Anglois, et que s'il avenoitque l'emprisedu roi d'Angleterre iie vint à son chef, que le roi de France ne le voulut guerroyer; et lui fit comparer (acheter) ce que les autres avoient accordé. Si envoya de son conseil au roi de France monseigneur Louis de Cranehen^'^ sage chevalier durement, et plusieurs autres de son conseil, pour le excuser, et prier au roi qu'il ne voulut croire nulle mauvaise information contre luij car môult enuis (malgré lui) il feroit au- ciine alliance ou convenance contre lui: mais le roi d'Angleterre étoit son cousin germain, si ne lui pouvoit bonnement escondire (refuser) sa venue de- dans son pays ni de ses gens , leurs frais payants;
(i) Les imprimés omettent tout ce qui est dit ici du duc de Brabant, et abrègent considérablement le reste du chapitre. J. D.
(a) Butkens nomme ce chevalier Léon de Crainhem , et le qualifie, sire de Grobbendonck ( Trophées de Brabant. P. 4 25.) J. D.
(i 337 ) . ^^ •'E^ FROISSART. i gS
mais plus avant il n'en feroit rien qui dut être au déplaisir du roi. Le roi le crut cette foisj si s'en apaisa atant (alors). Et toute fois le duc ne laissa mie pour ce , qu'il ne retint c[es gens d'armes en Brabant et ailleurs là où il les pouvoit !et pensoit avoir, jusques à la somme que enconvenencé (pro- > mis) avoit au roi d' Angleterre Et quand les dessus- dits seigneurs d'An^eterre eurent fait en partie ce pourquoi ils avoient passé la mer, ils se partirent de Valenciennes où ils tenoient leur souverain séjour, premièrement l'évêque de Lincoln, messire Regnault de Cobtam, et les autres, et vuidèrent Hainautet vinrent à Dordrecht en Hollande, et montèrent là en mer, pour eschever (éviter) le passage de Cad- sand , où les dessusdits chevaliers de Flandre se tenoient en garnison de par le roi de France et le comte de Flandre, si comme on disoit; et s'en vin- rent au mieux qu'ils purent , et au plus couverte- ment (secrètement) arrière en leur pays, devers le roiAnglois, leur seigneur, qui les reçut à grand' joie. Si Im recordèrent tout l'état des seigneurs de par deçà , premièrement du duc de Brabant , du comte de Juliers , du duc de Gueldres, de l'ar- chevêque de Cologne , de messire Jean de Hai- naut, du seigneur de Fauquemont, et des alliés; et sur quel point ils s'étoient accordés à lui; et à quelle quantité de gens d'armes chacun le devoit servir j et aussi quelle chose chacun devoit avoir. A ces paroles entendit le roi Anglois volontiers, et dit que ses gens avoient bien exploité j mais trop durement plaignit la mort du comte de Hainaut de qui il avoit la fille,
FROISSART. T. I. 1 3
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194 LES CHRONIQUES (tSSy)
et disoit qu'il a voit perdu en lui un très grand con- fort j si lui convenoit-îl porter et faire à l'avenant. Encore racontèrent les dits seigneurs au roi le con- venant (disposition) de ceux qui se tenoient en la garnison de Cadsand et qui hérioient (fatiguoient ) ses gens tous les jours; et comment pour doute (crainte) d'eux ils étoient revenus par Hollande, et avoient alongé grandement leur chemin; dont dit le roi qu'il y pourverroit temprement ( prompte- ment) de remède. Si ordonna assez tôt après le comte de Derby son cousin et messire Gautier de Mauny, qui jà avoit fait tant de belles bacheleries (prouesses) en Ecosse qu'il en étoit durement alosé (loué), et aussi aucuns autres chevaliers etécuyers Anglois qu'ils se voulussent traire (rendre) devers Cadsand et combattre ceux qui là se tenoient Les dessusdits obéirent au coinmandement du roi leur seigneur et firent leurs pourvéances (provisions) et leurs amas de gens d'armes et d'archers à Londres, et chargèrent leurs vaisseaux en la Tamise. Quand ils furent venus et appareillés, ils étoient environ cinq cents armures de fer et deux mille archers. Si entrèrent en leur navie (flotte) qui étoit touteprête, et puis se désancrèrent et vinrent de cette marée la première nuit gésir (coucher) devant Gravesend; à lendemain ils désancrèrent et vinrent devant Mar- gâte; à la tierce marée ils tirèrent les voiles à mont et prirent le parfont (profond) et nagèrent (naviguè- rent) tant par mer qu'ils virent Flandre: si arrou- tèrent (réunirent) leurs vaisseaux et mirent en bon convenant (disposition) : si vinrent assez près de
(t557) DE JEAN FROISSART. tgS
Gadsand à heure de nonne (midi). Ce fut la Teille Saint Martin en hiver. Fan de grâce mil trois cent trente sept.
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CHAPITRE LXIX.
Comment les Ânglois prirent terre sur les Fla-» mands qui gardoient le passage de gadsaird et vinrent combattre main a maln.
Quand les Anglois virent la ville de Gadsand oh ils tendoient venir et combattre à ceux qui dedans se tenoient, si s'avisèrent qu'ils avôient le vent et la marée pour eux et que au nom de Dieu et Saint George ils approcheroient. Adonc firent-ils sonner leurs trompettes et s'armèrent et appareillèrent vî- tement et ordonnèrent les vaisseaux etmirent les ar- chers devant et singlèrent fort vers la ville. Moult bien avoient les gaites (guets) et les gardes qui en Gadsand se tenoient vu approcher cette grosse ar- mée: si supposoient assez que c'étoient Anglois ;par- quoi ils s'étoient jà tous armés et rangés sur les dikes (digues) et sur le sablon, et mis leurs pennons (ban- nières) par ordonnance devant eux, et fait entre eux des nouveaux chevaliers jusques à seize ; et pou- voient bien être environ cinq mille tous comptés , bien apperts bacheliers et compagnons, hardis et légers ainsi qu'ils le montrèrent
Et la étoit messire Guy de Flandre, frère au comte Louis de Flandre, an bon et sûr chevalier, mais bâtard étoit, qui admonestoit etprioit tous les com- pagnons de bien faire. Et là étoient messire Dutres de
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196 LES CHRONIQUES (ÎSS7)
Hallewyn, messira Jean de Rhodes, messire Gille de FEstrief, qui fut là fait chevalier, messire Simon et messire Jean de Brukedent, quiy furent faits che- valiers aussi, et Pierre d'Englemoustier, et maints compagnons bacheliers et écuyers et apports hommes d'armes, ainsi qu'ils le montrèrent, et qui moult dé- siroient la bataille aux Anglois. Et étoient tous ceux ordonnés et rangés à l'encontre des Anglois^ et n'y eut rien parlementé ni devisé, car les Anglois qui étoient désirants de les assaillir, et ceux dedéfendre, crièrent leur cri et firent traire (tirer) leurs archers moult fortetmoult roide, et tant que ceux qui le havre (port) gardoient et défendoient enfurent si essoinniés (accablés), qu'ils voulussent ou non, il les en convint reculer j et enyeutdutraità ce premier coup moultde mehaigniés (blessés)^ et prirent terre les barons et chevaliers d'Angleterre, et s'en vinrent combattre à haches, àépéeset à glaives l'un à l'autre. Et là y eut plusieurs belles bacheleries et appertises d'armes faites j et moult vaillamment se combattirent les Fla- mands: aussi moult bachelereusement les requirent les Anglois ; et là fut moult bon chevaher le comte de Derby et s'avança des premiers si avant qu'il fut, en lançant de glaives, mis parterre; et lui fut là messire Gautier de Mauny bon confort, car par appertises d'armes il le releva et ôta de tous périls, en écrianl: « Lancastre, au comte de Derby! » Et adonc ils ap- prochèrent de tous côtés, et y eut plusieurs mehai- gniés (blessés), et par spécial plus des Flamands que des Anglois y car les archers d^Angleterre qui conti- nuellement traioient (tiroient), leur portèrent très grand dommage.
(i557) DE JEAN FROISSART. 197
CHAPITRE LXX.
Comment les Anglois déconfirent ceux de Cadsand^ et y fut pris le frere batard du comte de flan- DRE^ QUI PUIS SE RENDIT ÂNGLOIS.
A. PRENDRE terre au havre de Cadsand fut la ba- taille dure et fière,car les Flamands qui làétoient et qui la ville et le havre gardoient et défendoient, étoient très bonnes gensetdegrand^ïippertise pleins; car par élection (choix) le comte de Flandre les y avoit mis et établis pour garder ce passage contre les Anglois: si s'en vouloient acquitter bachelereuse- ment (vaillamment) et faire leur devoir en tous états, ainsi qu'ils firent. Làétoient des barons et chevaliers d'Angleterre , premièrement le comte Derby, fils au comte Henry de Lancastre au tort col, le comte de S ufFolk , messire Regnautt de Cobham , messir e Louis de Beauchamp , messire Guillaume Fitz-Warwick ^'^ , le sire de Beauclerc, messire Gautier de Mauny et plusieurs autres chevaliers et bacheliers, qui très vassaument (vaillamment) seportoien t etassailloient les Flamands. Là eut dure bataille et fort combat^ tue, car ils étoient main à main, et là firent les plu- sieurs moult de belles appertises d'armes et d'un côté et d'autre j mais finalement les Anglois obtin- rent la place et furent les Flamands déconfits et
(x)Le5 imprimés françois et BXi%]ois âiseai: Messire Guillaume fih au comte de Warwick. Fitz Warwick signifie fils naturel du comte de Warwick. J. A. B.
198 LES CHRONIQUES (1337)
mis en chasse; et en y eut plus de quatre mille morts, que sur le havre, que sur les rues, que dedans les maisons. Et là fut pris messire Guy bâtard de Flan- dre, et morts messire Dutres de Hallewyn, messire Jean de Rhodes, les deux frères de Brukedent, et messire Gille de PEstrief, et plusieurs autres; environ vingt six chevaliers et écuyers y furent morts en bon convenant (disposition). Et fut la ville prise, pillée et robée (volée) et tou* Favoir apporté et mis es vais- seaux avec les prisonniers, et fut la dite ville toute arse (brûlée) sans déport (délai); et retournè- rent arrière les Anglois sans dommage en Angle- terre, et recordèrent (racontèrent) au roi leur aven- ture, lequel fut moult joyeux quand il vit et sçut comment ils avoient exploité. Si fit à messire Guy de Flandre créanter (engager) sa foi et obliger pri- son; lequel se tourna Anglois en cette même année et devint homme du roi d'Angleterre de foi et d'hom- mage; de quoi le comte de Flandre son frère fut monlt courroucé.
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CHAPITRE LXXÏ.
Gomment le roi d'Angleterre vint par deçà, la mer, et comment il montra a ses alliés ses grands
FRAIS ET qu'ils VOULUSSENT TENIR CE QUE PROMIS
LUI Avoient; et quelle chose ils lui répondi- rent.
A.PRès la déconfiture de Cadsand ces nouvelles s'épandirent en plusieurs lieux: si en furent ceux de
(i3j8) de JEAN FROI&SART. 199
la partie du comte de Flandre courroucés, et ceux de la partie du roi -d'Angleterre tous joyeux^ et di- soient bien ceux de Flandre* que sans raison hors de leur conseil et volonté le comte les avoit là mis. Si se passa ainsi cette chose 5 qui plus y mit plus y per- dit,fors tant queArtevelle, qui avoit surmonté ceux de Flandre et avoit pris le gouvernement, n'eut voulu aucunement que la besogne se fut autrement portée. Si envoya tantôt ses messages en Angleterre devers le roi Edouard, en soi recommandant de cœur et de foi; et lui signifia que en avant il lui con- seilloit qu^ passât la mer et vînt en Anvers, par quoi il s'acquittât des Flamands qui moult le dési- roient à voir; et supposoit assez qup s'il étoit par deçà la mer ses besognes en seroient plus claires et y prendroit grand profit Le roi Anglois à ces paroles entendit volontiers, et fit faire ses pourvéances (pro- visions) grandes et grosses; et tantôt que cet hiver fut passé, en l'été en suivant il monta en mer bien accompagné de comtes , de barons , et d'autre bache- lerie (chevalerie), et passa la mer et arriva en la ville de Anvers ^'^, qui adonc se tenoit pour le
(i) Edouard s^embaitjua le Dimanche la juillet i338y suiyant le Mémorandum conservé par RymcrjT.o. Part. 4. P. a8, et dut arriver k Anvers peu de jours après. l\y ëtoit certainement le aa de ce mois, date de la révocation des pouvoirs quMl avoit donnés à Tarchevéque de Canlorhery et k IVvéque de Durham pour traiter de la paix entre lui et Philippe de Valois qiU se porte, dit Edouard, pour roi de France, pro Rege Franciœ se gereniem (Rymer. Ibid), C'est sous ce titre qu'il désignoit depuis quelque temps Philippe de Valois, ou sous celui de son cousin de France^ Consanguineuf noster Franciœ, sans ajouter le titrede ro'. (V03'. Rymer, sous les années i337 et 1 338.) Il est clair, d'après le témoignage que j'ai cité au commencement de cette remar-
200 LES CHRONIQUES (i538)
duc de Brabant Sitôt que on sçut qu'il étoit descendu en Anvers, gens vinrent de tous côtés pour le voir et considérer le grand état qu'il maintenoit Quand il eut été assez honoré et fêté, il eut avis qu'il parleroit volontiers au duc de Bra- bant son cousin , au duc de Gueldres son serourge (beau-frère), au marquis de Juliers et à raessire Jean de Hainaut , au seigneur de Fauquemont et à ceux dont il espéroit être conforté et qui étoient à lui en- convenances (engagés) , pour avoir leur conseil com- ment et quand ils pourroient commencer ce qu'ils avoient empris. Ainsile fit 3 et vinrent tousà son com- mandement à Anvers, entxe la Pentecôte et la Saint Jean ^'\ La furent ces seigneurs fêtés grandement à la manièred' Angleterre. Après les traist (amena) à con- seil le roi^ et leur démontra moult humblement sa besogne, et voulut savoir d'eux la certaineté et inten- tion} et leur pria qu'ils le voulussent délivrer tem- prement (promptement),car pour ce étoit^il là venu et avoit ses gens tous appareillés, et lui toumeroit à grand dommage s'ils ne l'en délivroient appertement (vaillamment). Ces seigneurs eurent grand conseil ensemble et long , car la chose leur estraindoit (em- barrassoit)}etsi n'étoient point d'accord, et toujours regardoient sur le duc de Brabant qui n'en faisoit point bonne chère par semblant Quand ils furent bien conseillés et longuement, ils répondirent au roi
quelque Walsingham s^est trompé en plaçant, sous Tannée x 336, le passage duroid^Angleterresurle continent* (Walsing. P. 119.) J. D.
(i)OnYient devoir qa^Édouard ne partit d^ Angleterre pour venir à Anvers que le i3 juillet; ainsi cette date ne sauroit être exacte. J. D
(i538) DE JEAN FROÏSSART. ^d
Edouard et dirent: «Cher sire, quand nous venîmes (vînmes) ci , nous y venîmes plus pour vous voir que pour autre chose, et n'étions mie pourvus ni avisés de vous répondre sur ce que requis nous avez. Si nous retrairons (rendrons) arrière vers nos gens, cha- cun vers les siens , et reviendrons à vous à un certain jour quand il vous plaira, et vous répondrons adonc si pleinement que la coulpe (faute) n'en demeurera point sur nous. » Le roi vit bien qu^il n'en auroi t autre chose à cette fois> et s'en passa atant (alors); et s'ac- cordèrent d'une journée être ensemble pour répon- dre par meilleur avis, à trois semaines après^la Saint Jean ^'\ Mais bien leur démontra le roi les grands frais et les grands dommages qu'il soutenoit chacun jour pour attente j car il pcnsoit qu'ils fussent tous pourvus de lui répondre quand il vint là, si comme il étoit j et leur dit qu'il ne s'en retourneroit jamais en Angleterre jusques adonc qu'il sauroit leur inten- tion tout pleinement Sur ce ces seigneurs se dépar- tirent: le roi demeura tout coi (tranquille) en l'ab- baye Saint Bernard jusques après la journée. Les aucuns des seigneurs et des chevaliers d'Angleterre demeurèrent en Anvers pour lui faire compagnie, les autres alloient ébataut par mi le pays à grands frais, là où ils étoient bien venus durement et bien fêtéjs. Le duc de Brabant s'en alla à Leuvre ^""^ et se tint là un grand temps, et renvoyoit souvent par devers
(i) Cette-crrcur est une suite de celle qu'on vient de relever. J. D.
(a) Vraisemblablement, Lewes, Lewen ou Leuwes^ petite ville du Brabant sur les frontières du pays de Liège. Les imprimés François et Anglois portent Low^ain: la leçon du texte paroit'préférable, étant au- torisée par tous les manuscrits. J. D. '
aoa LES CHRONIQUES (i338)
le roi de France pour soi excuser, et pour prier qu'il ne crut nulle mauvaise information contre lui
CHAPITRE LXXII.
Gomment les seigneurs de l'ei^pire mandèrent Au ROI d'Angleterre qu'ils étoient prêts^ ainsi que
CON VENT (convenu) ÉTOIT, MAIS(pOURVu) QUE LE DUC DE BrABANT le fut.
JLe jour approcha et vint que le roi Anglois atten- doit la réponse de ces seigneurs, mais ils se firent suffisamment excuser; et mandèrent au roi qu'ils étoient tous prêts et appareillés eux et leurs gens» ainsi que couvent (convenu) étoit, mais (pourvu) que il fit tant au duc qu'il s'appareillât, qui étoit le plus prochain, et qui le plus froidement,ce leur sembloit, s'appareilloit; et que, aussitôt qu'ils saufoient de certain que le duc seroit appareillé, ils se mouve- roient et seroient au commencement de la besogne où le duc de Brabant seroit. Sur ces réponses le roi d'Angleterre fit tant qu'il parla au duc de Brabant son cousin , et lui montra le mandement que ces sei- gneurs lui avoient envoyé. Si le pria en amitié et requit par lignage ^'^ qu'il se voulut sur ce aviser, par quoi aucune deffaute (défaut) ne fut trouvée en lui; car endroit (envers) soi s'apercevoit bien qu'il s'appareilloit froidement; et s'il n'en faisoit autre chose , il doutoit (craignoit) qu'il ne perdit l'aide et confort de ces seigneurs d'Allemagne par faute de lui. Quand le duc ouït ce, il en fut tout confus et dit
(i) £n considërAtion de leiir parenté.
(i338) DE JEAN FROISSART. ao3
qu'il s'en conseilleroit. Quand il fut longuement con- seillé il répondit au roi qu'il seroit assez tôt prêt et appareillé quand besoin en seroit, mais il auroit ainçois (avant) parlé à tous ces seigneurs. Adonc le roi aperçut bien qu'il n'en auroit autre chose, et que le courroucer ne lui pouvoit rien valoir: si accorda au duc son propos et dit qu'il enverroit encore aces seigneurs certains messages de par lui qu'ils fussent à une certaine journée encontre lui là où il leur plairoit le mieux. Ainsi se départirent le roi et le duc d'ensemble; et furent devers les seigneurs de l'em- pire messages envoyés , et certain jour assigné qu'ils venroient (viendroient). Ce fut à la Notre Dame mi-août, et fut mis et assis ce parlement par tous communs accords à Halle ^'\ pour cause du jeune comte de Hainaut, qui y devoit être avec messire Jean de Hainaut son oncle.
CHAPITRE LXXHI.
Comment les seigneurs de l'empire dirent au roi qu'ils n'a voient point de gaus£ de défier le roi de Frange sans le congé (permission) de l'empe- reur; ET qu'il veuille TANT FAIRE Qu'iL AIT SON ACCORD.
I^UAND ces seigneurs de l'empire furent assemblés, comme dessus est dit, en la ville de Halle, ils eurent grand parlement et long conseil; car la besogne leur estraindoit ( embarrassoit) durement; enuis (à re-
(i) Petite yille du Hainaut sur les confins du Brabant. 7. p.
ao4 LES CHRONIQUES (i358)
gret)poursui voient leursconvenances , (dispositions) et enuis (à regret) en defFailloient pour leur hon- neur. Quand ils furent très longuement conseillés', ils répondirent d'un commun accord au roi Angloisy et dirent ainsi: <c Cher sire, nous nous sommes lon«- guement conseillés, car votre besogne nous est assez pesante 3 car nous ne voyonis mie que tout considéré nous ayons point de cause de défier le roi de France à votre occasion^ si vous ne pourchassez (obtenez) que vous ayez l'accord de l'empereur ^'^ et qu'il nous commande que nous défions le roi de France de par lui, car il aura bien droite occasion et vraie par rai- son, si comme nous vous dirons; et dont en avant ne demeurera nulle faute en nous que nous ne soyons appareillés de faire ce que promis vous avons , sans nulle excusation. La cause que l'empereur peut avoir de défier le roi de France est telle : il est cer- tain que encotivenancé (promis) a été de long temps ,^ scellé et juré que le roi de France, quelconque soit, ne peut, ni ne doit tenir ni acquérir rien sur l'em- pire j et ce roi Philippe, qui à présent règne, a fait le contraire , contre son serment; car il a acquis le châtel de Crevecœur en Cambrésis et le châtel de ^""^ Arleux en Pailluel, et plusieurs autres héritages en la Comté de Cambrésis ^^\ qui est terre de l'em-
(i) Louis V duc de Bavière. J. D.
(a) Plusieurs manuscrits et les imprimes disent mal, Abtes, Le yëri- table nom est Arleux, ancienne ville du Cambrésis située sur le Sens et dans le canton appelé Pailiuel,Puele, ouPeu/e^dumot latin Pabuta^k cause de ses pâturages, selon quelques étymologistes; du mot Popu- letum suivant d^ autres, h cause des peupliers qu^on y trouvoit en abon- dance. J. D.
(3) Philippe, de Valois ne se borna pas V ces premièi-es acquisitions;
(i338) DE JEAN FROKSART. 2o5
pire et haut fief, et relè\e de l'empereur^ et Fa at- tribué au royaume de France: parquoi le dit empe- reur a bien cause de le défier par nous qui sommes ses sujets. Si que nous vous prions et conseillons que vous y veuilliez mettre peine et pourchasser son accord pour notre paix et honneur ^'^j et nous y mettrons peine avec vous à notre loyal pouvoir. » Le roi Anglois fut tout confus quand il oiiït ce rapport, «tbien lui sembla que ce fut un détriement (délai), et bien pensa que ce venoit de l'avis du duc de Brabant, son cousin plus que des autres. Toutes voies (fois) il considéra assez qu'il n'en auroit autre chose et que le courroucer *ne lui pouvoit rien valoir: si en fit le meilleur semblant comme il peut par em- prunt, et leur dit: « Certes, seigneurs, quand je vins ci je n'étois mie avisé de ce points et si plutôt m'en fusse avisé, j'en eusse volontiers usé par votre con- seil ^^\ et encore vueil (veux) faire. Si m'en aidez à conseiller , selon ce que je suis deçà la mer en étrange pays appassé (passé) 5 et si y ai longuement séjourné et à grands frais, si m'en veuilliez donner bon conseil pour votre honneur et pour la moye (mien); car sachez que si je ai en ce cas aucun blâ- pae, vous n'y pouvez avoir hoimeur. »
il acquit encore en i34o de Bëatrix de St.-Paul la Chàtellenie de Cani- bray, et se rendit maître de la ville: mais après la mort du roi Jean, les rois de France u^en furent plus que les protecteurs et se réservèrent seulement la ChàteUenie, dont ils investissoient leur fils aîné. (Voy. Du Puy, Traité des droits du roi, V. 797 et sut'v, Longuerue, Desoript. de la France, Part. 2. P. 97 , etc. ) J. D.
(i) Les imprimés oçiettent toute la fin de ce chapitre. J. D.
(a) Il y avoit déjk long-'tcmps qu'Edouard avoit commencé k traiter avec Tempereur. (Ry mer, T. 2. Part. 3. P. 191 étal. Ibid, Part. 4. V. 26, etc. J. D.
lo6 LES CHRONIQUES (i358)
CHAPITRE LXXIV.
Comment le roi d'Angleterre envoya le marquis DE Juliers par devers l'empereur pour Avoir son
ACCORD ; ET COMMENT IL FIT LE ROI d'AnGLETERRE SON VICAIRE PAR TOUT l'eMPIRE ( ),
JLoNGUE chose seroit à raconter tous leurs conseils ettoutes leurs paroles.Accordé fut enti'e eux à la par- fin que le marquis de Juliers iroit parler à Fempe- reur,etiroientdes chevaliers et des clercs le roi avec lui, et duconseildu duc deGueldresaussi,et feroient la besogne à la meilleure foi quHls pourroient Mais le duc de Brabant n'y voulut point envoyer, mais il prêta le châtel de Louvain au roi, pour demeurer s'il lui plaisoit jusques à l'été ; car le roi leur avoit bien dit que nullement ne s'en retour neroit en Angleterre, car honte etvergogne lui seroit, s'il retournoit sans avoir fait partie de son emprise , de quoi si grand' famé (bruit) étoit, si la défaute (faute) n'en demeu- roit en eux; et leur dit le jeune roi qu'il manderoit sa femme et tiendroient leur hôtel dedans le dit châtel de Louvain , puisque le duc son cousin lui avoit offert.Ainsi se départit ce parlement, etcréan- tèrent (promirent) les uns en la présence des autres tous ces seigneurs que jamais ils ne querroient nulle excusation ni détriement (délai); que de la fête Saint Jean-Baptiste qui seroit l'an mil trois cent trente neuf en avant,ilsseroient ennemis du roi deFrance,
(i) Les imprimés coaservent h peine quelques lignes de ce chapi- tre. J. D.
(i558) DE JEAN EROISSART. ao;
et seroit chacun appareillé ainsi que promis avoit Chacun en ralla en son lieu: le marquis de Juliers se mut à (avec) toute sa compagnie pour aller devers Tempereur ,- si le trouva à Florinberg ^'\ Pourquoi ferois-je long compte de leurs paroles, ni de leurs re- quêtes? Je ne les saurois raconter tout entièrement j car jen'jfus mie: mais le dit marquis de Juliersparla si gracieusement à monseigneur Louis de Bavière, empereur de Rome pour le temps, qu'ils firent toutes leurs besognes et ce pourquoi ils étoient là allés, et y rendit madame Marguerite de Hainaut sa femme moult grand' peine. Et fut adoncfait marquis de Ju- liers,qui par avantétoit comte de Juliers, et le ducde Gueldres qui étoit comte fait duc de Gueldres ^'^^ et impétrèrent (obtinrent) ces augmentations de noms, ces gens qui là étoient. Et aussi l'empereur donna commission à quatre chevaliers et à deux clercs de droit, qui étoient de son conseil et pouvoir de faire le roi d'Angleterre Edouard son vicaire par tout l'em- pire ^^^; et lui donna grâce parquoi il put faire mon-
(i) Florinberg, iWb/M S. Florœ, dans révêché de Fulde: ce lieu con- sidérable alors n'est plus aujourd'hui qu'uu village. J. V,
(a) Il est inutile d'observer que ce fait n'est pas exact. Tous les monuments déposent que Guillaume VII qui étoit comte de Juliers fut fait alors marquis ou margrave, titre qu'il conserva jusqu'en i356 que l'empereur Charles IV le fit duc. J. D.
(3) Froissart paroit avoir été mal informé de la manière dont le vi- ' cariât de l'empire fut conféré k Edouard. La plupart des historiens s'accordent k dire que l'empereur présida lui-même k cette cérémo- nie; mais ils différent sur le lieu où elle se fit: ce fut k Francfort, sui- vant Meyer (^n/?, /<7, fol. i!'>8. A °.) etPaulcur anonyme de la Chronique de Flandre, P. ilfi qui en donne uu long détail; k Cologne, selon Wa^- singhara P. iSa, qui a été suivi par Jos. Baniès, Hapin Thoiras, et la plupart des historiens anglois, ?Vlais Lenvoldus k Northolf [Chron,
aQ8 LES CHRONIQUES . (i358)
noie d'or et d'argent, de par lui et au nom de lui; et commandement que chacun de ses sujets obéit à
Comit, de Marca, ad an, i338., apud Meibomium^T. i. ) Edmundus Dinterus ( Chron. Brahantiœ manuscr, Lib. VP.) et plusieurs autres placent la scène k Cobleutz, apud Conféuenciatn, et la fixent au mois de septembre iS38. Leur récit est confirmé par deux chartes émanées d^Édouard en sa qualité de vicaire de Tempire, qui ont été découvertes par Fauteur d^une thèse soutenue à Strasbourg en 1778, ayant pour titre de vicariis imperii Romani Germ., speciatim de vicariatu German.infirior. Eduardo 111 commisso, çtc. Dans Tune de ces char- tes, datée d'Anvers le 20 novembre i338 (N?. V.) Edouard dit formelle- ment que r empereur Ta établi son vicaire, dans une assemblée so- lennelle tenue a cet effet k Coblentz; Tautre, qui est datée de Malines, le 18 septembre de la même année prouve qu^k cette époque Edouard étoit déjk revenu de Coblentz, et qu^ ainsi la cérémonie en question avoit dû se faire plusieurs jom^s auparavant. Bymer, quoiqu^on ne trouve dans son recueil aucun acte relatif au vicariat d'Edouard, nous four- nit néanmoins des dates propres k confirmer l'authenticité des pièces dont on vient de parler. On y voit que ce prince avoit constamment demeuré en Brabant depuis son débarquement, et qu'il étoit encore k Herentals le ao août; qu'il étoit k Coblentz le 6 septembre, et qu'il étoit revenu k Malines le 18 du même mois. C'est donc dans cet in- tervalle, c'est-k-dire, vers les derniers jours d'août, ouïe commence- ment de septembre, qu'Edouard se rendit k Coblentz auprès de l'em~ pereur et fut pourvu par lui personnellement du vicariat de l'empire. Ainsi la plupart des historiens se sont trompés sur le lieu de l'entre- vne; et Froissart s'est trompé plus matériellement encore en supposant cp'il n'y en eut point et que l'empereur se contenta d'envoyer k Edouard la patente par la, quelle il le créoit son vicaire. Mais si Frois^ sart a erré sur ce point, ce n'est pas une raison pour rejeter le reste de son récit, d'autant plus qu'il peut très bien se concilier, k cette cir- constance près, avec celui d'Edmundus Dinteçus et des autres his- toriens, et qu'il donne des détails assez vraisemblables. Il paroit en efiet très naturel qu'Edouard avant de se rendre auprè^ âe l'empe- reur se soit fait précéder par le marquis de Juliers jt par quelques seigneurs Auglois pour terminer les] négociations commencées, con- venir du lieu de l'entrevue, régler le cérémonial, etc. On peut supposer aussi, sans blesser la vraisemblance, qu'Edouard pressé de retourner en Brabant, soit qu'il y fût rappelé par ses affaires, soit qu'il^ne vou- lût pas faire un long séjour dans un lieu où il u' étoit que le second, partit sans avoir le diplôme, et que Tempereur le lui envoya par des
(i558) DE JEAN FROISSART. 209
lui comme à son vicaire et comme à lui-mêma Et de ce prirent les dessus dits , instrumens publics con- formes et scellés ^uiEsamment de Pempereur. Quand le dit marquis d^ Juliers eut fait toutes ses beso- ^es, il et sa compagnie se mirent au retour.
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CHAPITRE LÎXV.
Comment le roi Dàyid d^Ecosse avec là reini sa
FEMME vinrent A ParIS AU ROI DE FrANCE; ET COM- MENT IL ET TOUS LES BARONS d'EcOSSE LUI PROMI- RENT ET JURÈRENT QU ILS NE FEROIENT POINT PAiX AUX AnGLOIS sans son CONSEIL.
lliN CE temps le jeune roi David d'Ecosse qui avoit perdu grand'partie de son royaume et ne le pouvoit recouvrer, pour refTort du roi d^ Angleterre son se- rourge (beau-frère), se partit d'Ecosse privément (en secret) à (avec) petite mesgnie (suite) avec la reine sa femme, et se mirent en mer. Si arrivèrent à Boulogne, et puis firent tant qu'ils vinrent en France ^'^ et droitement à Paris où le roi Philippe se tenoit pour le temps, attendant tous les jours que défiances lui vinssent du roi Anglois et des sei-
clievaEers et des gens de loi chargés de le publier soIenneUement dans une assemblée des seigneurs d*en deçà da Bbin, ainsi que Froissart le <)ira au Chap. 76. 7. D.
(x) Barid Bruce s^étoit retiré en France dès Taiinëe i33a. (Voy. ci-dessus la note a P. xxo et i P. xi4- } J* ^*
FROISSART. T. I. l4
2IO LES CHRONIQUES (ir>58)
gneurs de l'empire, selon ce qu'il étoit informé. De la venue du roi d'Ecosse fut le roi de France moult réjoui, et le fêta grandement , pourtant (attendu) qu'il en entendoit à avoir grand confort j car bien véoit (vojoit) le roi de France et oypit dire tous les jours que le roi d'Angleterre s'appareilloit tant qu'il pouvoit pour lui faire guerre: si que quand le roi d^Ecosse lui eut montré sa besogne et sa nécessite, et en quelle instance il étoit là venu, il fut tantôt tout acquitté de lui^ car moult bien se sa- voit acquitter de ceux dont il espéroit à avoir profit, ainsi que plusieurs grands seigneurs savent faire. Si lui présenta ses châteaux pour séjourner à sa volonté, et de son avoir pour dépendre ( dépenser ), mais (pourvu) qu'il ne voulut faire aucune paix ni accord - au roi d'Angleterre, for s par son conseil. Le jeune roi d'Ecosse reçut en grand gré ce que le roi de France lui offrit, et lui créanta (promit) tout ce qu'il lui requit. Si sembla adonc au roi de France que c'était grand confort pour lui et grand con- traire pour le roi d'Angleterre , s'il pouvoit tant faire que les seigneurs et les barons qui étoient demeurés en Ecosse voulussent et pussent si enson- nier (embarrasser) les Anglois qu'il n'en put venir, si petit non(que peu), de deçà la mer pour lui grever, ou qu'il convînt le roi d'Angleterre repasser pour garder son royaume. Pour ce et en telle intention il retint ce jeune roi d'Ecosse et la reine sa femme de-lez (près) lui, et les soutint par long-temps, et leur fit délivrer quant (autant)qu'ilbesognoit: (désiroit), car d^Écosse leur venoit-il assez peu pour leur état
.(i538) DE 3EAS FROISSART. 211
maintenir. Et envoya le dit roi de France grands messages en Ecosse à ces seigneurs et barons qui là guerroyoient contre les garnisons du roi d'An- gleterre, et leur fit ofFrir grand'aide et grand confort mais (pourvu) qu'ils ne voulussent faire paix ni don- ner nulles trêves aux Anglois,si ce n'étoit par sa vo- lonté et par son conseil, etpar la volonté et le conseil de leur seigneur le roi d'Ecosse, qui tout ce lui avoit promis et juré à tenir. Sur les lettres et requêtas du roi de France, les barons d'Ecosse se conseillèrent. Quand ils furent bien conseillés, et ils eurent bien con- sidéré parfaitement toutes leurs besognes et la dure guerre que ils avoient aux Anglois, ils s'accordèrent liement (gaiement) et le jurèrent et scellèrent avec le roi leur seigneur. Ainsi furent les alliances de ce temps faites entre le roi Philippe de France et le roi David d'Ecosse, qui se tinrent fermes et stables un long-temps. Et envoya le dit roi de France gens d'armes en Ecosse pour guerroyer les Anglois , et par spécial messire Arnould d'Audeneham, qui de- puis fut maréchal de France. Et le sire de Garen- cières avec plusieurs chevaliers et écuyers y furent envoyés; ety firent maintes belles appertises d'armes si comme vous orrez (entendrez) avant en l'his- toire. Orme tairai à présent de cette matière, et me retrairai (reporterai) à notre matière de devant
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212 U:S CHRONIQUES (i538)
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CHAPITRE LXXVI.
Comment le roi Edouard manda a la reine sa femme
qu'elle appas SAT (passât) la mer 5 ET COMMENT LE MARQUIS DE JuLIERS ET SA COMPAGNIE y QUI ÉTOIENT ALLÉS DEVERS l'eMPEREUR, s'eN RETOURNÈRENT. «
y^msxD le roi Edouard et les autres seigneurs à lui alliés se furent partis du parlement, si comme vous avez ouï, le roi se traist (retira) à Louvain ^*^ et fit appareiller le château pour demeurer; et m^anda à la reine Philippe sa femme si elle vouloit venir par deçà la mer il lui plairoit bien, car il ne pouvoit de là repasser toute cette année; et renvoya grand' foison de ses chevabers outre, pour garder son pays, mêmement sur la marche d'Ecosse. La reine dessus- dite prit en grand^plaisance ces nouvelles du roi son seigneur, et s'appareilla au mieux et au plutôt qu'elle put , pour repasser k mer. Entrementes (pendant) que ces besognes se détrioient (dijQTé- roient), les autres chevahers' Anglois qui étoienten Brabant de-lez (près) le roi, s'épandirent à val (en- bas) le pays de Flandre et de Hainaut en tenant grand état et en faisant grands frais, et n'épar- gnoient ni or ni argent, non plus que s'il leur plût des nues,etdonnoient grands joyaux aux seigneurs
(i) On ne trouve dans Rymer, sous cette année , aucun acte daté de Louyain; la plupart furent expédiés k Anvers. Il parolt donc que Frois- sart s^'est trompé sur le lieu de la résidence 4?£douard, k mQins«quon ne suppose, ce qui n'^est guère yraisemblable, que ce prince en fixant son séjour à Louvain avoit laissé sa chancellerie k Anvers. J. D.
(i358) DE JEAN FROISSAKT. 2i3
et dames et demoiselles, pour acquérir la louange de ceux et de celles entre qui ils conversoient; et tant faisoient qu'ils Tavoient et étoient prisés de tous et de toutes, et mêmement du commun peuple à qui ils nedonnoient rien, pour le bel état qu'ils me^ noient Or revinrent de l'empereur monseigneur Louis de Bavière, environ la Toussaint ^'\ le mar- quis de Juliers et sa compagnie. Si signifia et escrip- sit (écrivit) par certains messages chevaliers, au roi Edouard sa revenue, et manda aussi que dieu merci il a voit très bien exploité. De ces nouvelles fut le roi Âi^lois joyeux et rescripsit (récrivit)au dit marquis que à la fête Saint-Martin il fut devers lui, et que à ce jour tous les autres seigneurs y seroient. Avec tout ce le roi Anglois se conseilla au duc de Brabant son cousin et demanda où il vouloit que ce parlement se tîiït. Le duc fut avisé de répondre et ne voulut mie adonc qu'il se tînt en son paysj et si ne voulut mie aller jusques à Utrecht où la journée eut été bien séant, pour cause des seigneurs de l'empire; ains ( mais ) ordonna et voulut qu'elle fut assise à Herck, qui sied près de son pays, en la comté de
(i) Le marquis de- Juliers retourna certainement beaucoup plutôt auprès d^Édouard; car PassemLIëe de Herck dont Froissart va parler et qu^ilfixe à la St. Martin, dût se tenir peu après la fête de St. Denis. On trouve en efièt dans la Chron, du Brabant ctEdmundus Dinterus, Lib. V, Tordre adresse au duc de Brabant de. se rendre à cette as- semblée le lundi après la fête de St. Denis, die lunœproxunk post tune instamfistum S. Dj-onisii, cest-k-dire, le lundi n octobre, un mois avant la fête de St. Martin.. L^erreur de Froissart vient probablemtfit de ce quHl a confondu rassemblée de Herck avec une autre qui se tint 11 Matines peu après la Toussaint, suivant le même Dinterus. (/Â/t/.),J.D.
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ai4 LES CHRONIQUES (i338)
Los. Le roi Anglois, sachez, ayoit si grand désir de sa besogne avancer qu'il lui convenoit poursuivre et attendre tous les dangers et les volontés du duc son cousin, puisqu'il s*y étoit embatu (exposé]^ et s'accorda à ce que la journée fut assignée a Herck: si la fit savoir à tous ses alliés, qui tous y vinrent à son mandement, au jour de la Saint-Martin ^*l
Quand tous furent là venus, sachez que la ville fut grandement pleine de seigneurs, de chevaliers, d'écuyers et de toutes autres manières de gensj et fut la halle de la ville où Ton vendoit pain et chair, quiguères ne valoient, encourtinée(tendue) de beaux draps comme la chambre du roi; et fut le roi Anglois assis , la couronne d'or moult riche et moult noble sur son chef, plus haut cinq pieds que nul des au- tres, sur un banc d'un boucher, là où il tailloit et vendoit sa chair. Oncques telle halle ne fut à si grand honneur. Là endroit pardevant tout le peuple qui là étoit, et pardevant tous les seigneurs, furent lues les lettres de l'empereur, par lesquelles il consti- tuoit le roi Edouard d'Angleterre son vicaire et son lieutenant pour lui, et lui donnoit pouvoir de faire droit et loi à chacun, au nom de lui, et de faire mon- noie d'or et d'argent aussi au nom delui,etcomman- doit par ses lettres à tous les princes de son empire et à tous autres à lui sujets qu'ils obéissent à son vicaire comme à lui-même, et fissent féauté et hom- mage comme au vicaire de l'empire. Quand ces let- tres eurent été lues, chacun des seigneurs fit hommage, féauté et serment au roi Angloîs, comme
(i) Voyez la note prëcéieate. J. D.
(t358) - DE JEAN FROiSSART. ^i^
au vicaire de l'empereur j et tantôt là endroit fut damé et répondu entre partie ^*^ comme devant l'empereur, et jugé droit, à la semonce de lui j et fut là endroit renouvelé et affermé (signé) un jugement et statut qui ayoit été fait «n Igucour de l'empereur au temps p^ssé, qui telétoit': que qui vouloit aucun grever ou porter dommage, il le devoit défier suffi- samment trois jours devant sou fait, et qui autre- ment le feroit , il devoit être atteint comme de mauvais et vilain fait. Ce statut sembla être bien raisonnable à chacun; mais je ne crois mie que depuis il ait été partout bien gardé. Quand tout ce fut fait ^'\ les seigneurs se départirent et créantè-
(i) C^est-k-dire, une cause fut plaidée devant lui. J. A B.
(a) D^autves historiens racontent autrement la prise de possession du vicariat de ^empire par Edouard III. Suivant ^x, il y eut une en- trevue solennelle k ce sujet entre Edouard et Louis de Bavière k Colo- gne. On avoit, disent^ ils, dressé dans la grande place de Cologne deux tr6nes élevés pour ces deux princes. Lempereur s^assit le premier «t le roi 8*assit auprès de lui; quatre grands ducs, trois archevêques, trente sept comtes, une multitude innombrable de barons, bannerets, chevaliers et écuyers assistoient a cette cérémonie. L'empereur tenoit son sceptre de la main droite, ayant la gauche appuyée sur un *globe. Un chevalier Allemand lui tenoit sur la tête une épée nue. Dans cette attitude, il déclara publiquement la déloyauté, la perfidie et 4a lâcheté du roi de France : sur quoi il le défia et prononça qiûil auoitfitrfait et perdu laprot ection de Vempire, Il établit en même temps Edouard vi- caire) général de Tempire et lui délivra la charte impériale k la vue des assistants. Pour couronner la^orape de cette' céciémonie, Pem- perem* prétendit obliger Edouard k se prosterner devantiui et k lui bai- ser les pieds. Edouard indigné de cette proposition la rejeta avec hau- teur. L'empereur choqué de ce refus insista, mais Edouard lui déclara nettement qu'il n'en feroit rien. Louis de Bavière, quoiqu'k regret, fut contraint de dissimuler et de dispenser le monarque angloisde cette cérémonie. {Chron, manuscrit. Aiino. i338. i33g. Jos. Bamès,viV dVCdouarU IlL) J. A.B.
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2i6 LES CHRONIQUES (i358>
rent (jurèrent) Punà Fauire d'être appareillés sans délai à (avec) toutes leurs gens, ainsi que enconve- nancé (promis) étoit, trois semaines après la Saint Jean, pour aller de^nt Cambray, qui doit être de l'empire, et étoit tourné pardeyei;& le roi de France.
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CHAPITRE LXXVII.
Comment le duc de Brabant envoya monseigneur Louis de Crâne btbn par devers le roi de France
POUR LUI excuser Qu'iL NE VOULUT CROIRE NULLS MAUVAISE iNFORMATIOir CONTRE LUI.
Ainsi se départirent ces seigneurs: chacun «s raUa en son lieuf, et le roi Edouard vicaire de l'empire s'en revint à Louvain,de4ez (près) madame la reine sa femme, qui nouvellement étoit là venue à (avec) grand'noUesse et bien accompagnée de danies et de demoiselles d'Angleterre ^'l Si tinrent à Louvain . leur tînel (cour plénière) moult honorablement tout cet hiver , et fit faire monnoie d'or et d'argent à An- vers, à grand'faison ; mais pour ce ne laissa le duc de Brabant de renvoyer soigneusement devers le roi de France monseigneur Louis de Cranehen son plus spécialchevalier et conseiller pour lui excuser; . mais en K fin U le fit demeurer tout coi devers le roi, et lui chargea et enjoignit expressément que toujours ilje excusât devers le roi et contredît tou-
(i) On ignore la date précise Je Parrivee de la reine d'Angretcrre ca Brabant; on sait seulement qu^aù commencement de septembre eî^ s» disposoit k passer la mer. (Rymer , T. 2, Part. 4» P- 35.) J» D.
(i558) DE JEAN FROISSART. ai 7
tes les accusations qui pQuvoient venir au dit roi à rencontre de lui. Le dit messire Louis n^osa escon- dire (refuser) le commandement du duc son sei- gneur, ains (mais) en fit toujours bien son devoir à son pouvoir ^'^ ; mais au dernier il en eut pauvre guerdon (récompense)} car il en mourut en^'ance de deuil, quand on vit apparemment le contraire de ce dont il excusoit le duc si certainement; et en de- vînt si confus qu'il ne voulut oncques puis (depuis) retourner en Brabant Si demeura tout coi en France pour soiôter de soupçon tant qu'il vécut: ce ne fut mie longuement, si comme vows orrez (enten- drez) en avant recorder en Phistoire.
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CHAPITRE LXXVIII.
G>MH£NT LE ROI d'ÂNGLETERRE FIT SES POURVÉÀSCBS (provisions) EN ANGLETERRE POUR PASSER LA MER, ET MANDA A SES ALLIÉS Qu'lLS VINSSENT A LUI SANS DÉLAI, SUR LA FOI QUE PROMIS JLUI AVOIENT.
Or passa cet hiver, puis revint l'été, et la fête de monseigneur Saint Jean approcba. Adonc ces seigneurs d'Allemagne s'appareillèrent moult étof- fiément, cbacun selon son état, ainsi que enconve- nancé (promis) ^Favoient au roi d'Angleterre, comme vicaire de l'empire, pour parfaire et accomplir leur entreprise. Le roi de France se pourvut à l'encon- trej car il sa voit partie de leur entente (intention),
(i) Les imprimés continuent d^abréger et retranchent la fin de ce chapitre. J. D.
ai8 LÇS CHRONIQUES (ï33S
combien qu*il n'en fut point encore défié. Le rt)i Anglois fit faire ses pourvéances (provisions) en Angleterre , et ses gens d'armes appareiller et passer par deçà la mer, sitôt que la Saint Jeai» fut passée, et se alla tenir lui-même à Vilvorde ^'^j et faisoit ses gens s ainsi comme ils passoient et qu'ils yen oient, prendre hôtel en la ville de Vïïvorde j et quand la ville fut pleine, il les faisoit loger contre val les prés, selon la rivière, en tentes et en trez (pavillons) j et là se logèrent et demeurèrent de la, Magdeleine jus- ques à la Notre Dame en septembre, en attendant de semaine en semaine la venue des autres sei- gneurs, et par spécial celle du duc de Brabant, après qui tous les autres s'attendoient Quand le roi An- glois vît que ces seigneurs ne venoient point ni ap- pareillés n'étoient, il envoya certains messages vers chacun, et les fit scmondre (avertir) sur leiir créant (foi) , sans aucun délai, qu'ils vinssent, ainsi que créante (promis) avoient, ou ils vinssent le jour Saint Gille ^'^ pour parler a lui en la ville de Malines, et lui dire pourquoi ils targoient (tardoient) tant Le roi Edouard séjournoit à Vilvorde à grands frais, ce pou voit chacun savoir j et perdoît son temps, dont il lui ennuyoit moult, et ne le pouvoit amender* Il soutenoit tous les jours sous ses frais bien seize cents armures de fer, toute fleur de bonnes gens d'armes , tous venus d'outre mer , et dix mille ar- chers, sans les autres poursuivants à ce appartenants.
(i) Ville situëe sur la Benne k enwon deux lieues de Bruxelles entre cette dernière ville et Malinep. J. A . B. (a) Le premier septembre. J. D.
'V- • ■ -*i-JS
(i539) DB JE^N ÇROISSART. 21g
Ce lui jpouvoit bien peser, avec le grand trésor qu'il avoit donné à ces seigneurs, qui ainsi le détrioient (retardoient) par paroles, ce lui pou voit bien sem- bler j et avec ce lea grandes armées qu'il avq^t éta- blies sur mer contre Génois, Normands, Bretons , Picards, Espagnols que le roi Philippe faisoit gésir (rester) et nagier (naviguer) sur mer, à ses gages, pour les Anglois grever ^ dont messire Hugues Kieret ^"^ , messire Pierre Behucbet ^'^ et Barbe- vaire étoient amiraux et conduiseurs, pour garder les détrpits et Içs passages contre les Anglois , qu'ils ne passassent d'Angleterre par deçà la mer pour venir en France. Et n'attendoient ces dessus- dits écumeurs de mer autre chose que les nouvelles leur vinssent que la guerre fut ouverte, et que le roi Anglois, si comme on supposoit, eut défié le roi de France, qu'ils entreroient en Angleterre, où que ce fut: ils avoient jà avisé où et comment, pour por- ter au pays grand dommage, ainsi qu'ils firent
(i) Hugues Qulereti que Froissart appelle Hu^ Kieret^ étoit amiral de France. (Voy . thistoire des connétables Chanceliers, amiraux, etc, par J.leFerou,P. 4.) J. D.
(a) Peu de noms ont été plu» altérés que celui-ci; on le trouve écrit de vingt façons à\SéveiAjes,Bahucet,Bahuchet^ Buchet^ etc. M. Lance- lot, diaprés des titres authentiques, l'appelle Nicolas Behuchet: il étoit trésorier et conseiller du roi. Il fut vax des commissaires nommés pour entendre les dépositions des témoins tians le procès de Bebeit d'Artois, et associé à Hugues Quîeret dans le commandement des vaisseaux nor- mands et picards qui croisoient contre les Anglois. Barbevaire, que Froissart appelle Barbanoire, oommandoit les Génois. {Mém,de VAead, des belles lettres, T. lo, P. 65^ et 653. ) J. D.
aao LES CHRONIQUES (iSSg)
CHAPITRE LXXIX.
Gommeut LE ROI d^Angleterre etsesàlliés envoyè- rent DÉFIER LE ROI DE FràNGE ; ET GOMMENT MEft^
SIRE Gautier de Mauny guida (peksa) prendre Mort
TAGNE, ET GOMMENT IL PRIT LE CHATBL DE ThuN
enCambrésis. ,
Ci ES seigneurs d'Allemagne, à la semonce du roiAn- glois, le duc de Brabaht et messire Jean de Hainaut vinrentàMalines et s'accordèrent communément, après tout plein de paroles , que le roi Anglois pou- Yoit bien mouvoir à la quinzaine après ou environ, et seroient adonc tous appareillés. Et pour tant que leur guerre fut plus belle, et que bien appartenoit à faire puis qu'ils vouloient guerroyer le roi de Fran- ce , ils s'accordèrent à envoyer les défiances au roi Philippe: premièrement le roiÉdouard d'Angleterre qui se fit chef de tous et de ceux de son royaume, ce fut raison j aussi le duc deGueldres,le marquis de Juliers, messire Robert d'Artois ^'\ messire Jean de
(i) M. Lancek>t a prétenda que Robert d^Ârtois a^ëtoit point alors anprès d^Ëdouard: il en donne pour preuye cpie ce prince ëtoit certaine- ment en Angleterre le 7 janvier iSSg, et qu'on Vy voit encore le S no- rembre de la même année. Mais comme le trajet entre la Flandre et r Angleterre est peu considérable et que Bobert d^ Artois eût pu le faire plusieurs fois durant cet intervalle, la raison alléguée par M. Lancelot ne me paroit pas suffisante poiur rejeter le récit de Froissart ou plutôt de Jean le Bel, attaché k Jean de Hainaut, et qui étoit peut-être alors avec lui k la cour d^Édouard. J. D.
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(i359) DE JEAN FROISSART. aai
Hainaut, le marquis de Misse ^'^ et d'Eurient, le marquis de Blanquebourch ^^^ , le sire de Fauque- mont, messire Arnoul de Blankenheim , l'archevê- que de Cologne, messire Galeran (Waleran) son frère, et tous les seigneurs de l'empire qui chefs se faisoi^ût avec le roi Anglois. Si furent ces défiances faites, écrites et scellées de chacun, excepté du duc Jean deBrabant, qui encore s'excusa et ne se voulut mie adonc con joindre en ces défiances, et dit qu'il feroitsonfaità part lui à temps et à point. De ces dé-- fiances porter en France fut prié et chargé Pévêque de Lincoln , qui bien s'en acquitta j car il les porta à Paris et fit son message bien et à point, tant qu'il ne fut de nuUui (personne) repris ni blâmé; et lui fut délivré un sauf-conduit pour retourner arrière de- vers le roi son seigneur, qui se tenoit à Malines.
Or veux-je parler de deux grands entreprises d'ar- mes que messire Gautier de Mauny fit la propre se- maine que le roi de France fut défié. Sitôt qu'il put sentir et percevoir que le roi de France devoit ou
(i)Plusieurs manuscrits portent Nusse-^les imprimés. Musse, Butkens Trophées du Brab, P. 4^6 dit, Mejrsen\ d'où l'on peut conjecturer ayec beaucoup de ■vraisemblance que Froissart yeut parler du marquis de Meissen, appelé communément marquis ou margrave de Misuie. Ce margrave possédoit, outre la Misnie, un pays assez considérable qui s'é- tendoit jusqu'à la Saaie, et qu'on appeloit alors Oriens, ouProvincia Orientaiis, 0«f^r/éi/ic/, en langue du pays, Eurienl ou Orient en françois. Delà vientle double titre de marquis de Misse etd^'Eurient, c'ést-a-dire marquis de Misnie et d'Orient, ou d'Osterland, que lui donne Frois- sart ( Géogr, de Bilsching, T. g. P. 4x8. ) J. D.
fa) Le marquis de Brandebourg (car c'est ainsi qu'il faut lire ") étoit Louis de Bavière que l'empereur Son père investit du margraviat de ^andebburg kla mort du dernier possesseur qui n'avoit point lai^de postérité. (Co£^. Diplom. Brandeb, par Gerkens, T. i. P. 394*) J* ^»
aaa LES CHRONIQUES (iSSg)
pouvoit être défié, il pria et cueillit environ quarante lances de bons compagnons sûrs et hardis , et se partit deBrabant, et cbevaucha tSant de nuit que de jour, qu'ils vinrent en Hainaut et se boutèrent dedans le bois de Blaton, et encore ne savoit nul quelle chose il vouloit faire: mais il s'en découvrit là à au^ins de ses plus secrets, et leur dit qu'il avoit promis et voué en Angleterre, présents dames et seigneurs, que il seroitle premier qui entreroit enFrance et prendroit châtel ou forte vil^e, et y feroit aucune appertise d'ar- mes/*^ Si étoit son entente (intention) de chevau- cher jusques àMortagne ^'^ et de sousprendre (sur- prendre) la ville qui se tient du royaume. Ceux à qui il s'en découvrit lui accordèrent liement (gai ement). Adonc ressanglèrent-ils leurs chevaux et restreigni- rent leurs armures, et chevauchèigpEnt tous serrés, et passèrent le bois de Blaton et de Briffeuil, droit à un ajournement, et un petit devant soleil levant arrivèrent à Mortagne. Si trouvèrent d'aventure le guichet ouvert Adonc descendirent-ils, messire Gautier de Mauny tout premier , et aucuns de ses compagnons, et entrèrent en la porte tout coiment (secrètement), et étabUrent aucuns des leurs pour garder la porte, par quoi ils ne fussent souspris (surpris); et puis s'envinrent tout contre val la «ue, Messire Gautier de Mauny et son pennon (bannière) devant devers la grosse tour et les chain- gles (enceinte). Si la cuidoient (croyoient) trouver
(i) Voyez le vœu du héron dans Tappendice. J. A. B. (a) Petite viUe dn Tournésis, à remboucliure de la Scaq>e dansPEflU caut. J. A. B.
<i339) DE JEAN FROISSART. aa3
aussi mal gardée; mais ils faillirent ( manquèrent N en leur entente (intention), car les portes et le gui- chet étoient fermés bien et. étroitenj^nt: aussi la guète (entrée) du Châtel ouït la frainte (bruit ) et l'aperçut de sa garde : si fut tout ébahi, et com- mença à sonner et à corner en sa buisine (trompet- te): ce trahis! trahis!» Si s'éveillèrent toutes gens et les soudoyés du châtel j mais point ne vuidèrent de leur fort Quand messire Gautier de Maunjr sentit les gens de Mortagne émouvoir, il se retraist (retira) tout bellement devers la portej mais ni fit bouter le feu tn la rue encontre le château , qui tan- tôt s'emprit et alluma j et furent bien à cette matinée soixante maisons arses (brûlées) et les gens de Mor- tagne moult effrayés, car ils cuidoient (croyoient) être tous pris. Mais le sire de Mauny et ses gens se partirent de la ville et chevauchèrent arrière devers Condé et passèrent là l'Escaut et la rivière de Hain- nej et puis chevauchèrent le chemin de Valencien- nes,etle costièrent (côtoyèrent) à la droite main, et vinrent àDenain,et rafraîchirent en Fabbaye, et puis passèrent outre devers Bouchain, et firent tant au châtelain de Bouchain que les portes leur furent ouvertes , et passèrent là une rivière qui y queur t (court) ^'\ qui se fiert(jette)en l'Escaut, et vient d'a- mont devers Arleux enPeule. Après ce quand ils fu- rent tout outre Bouchain et la rivière, ils s'envinrent à un fort châtel qui se tenoit- de l'évêque de Cam- bray et de Cambrésis, et l'appelle-t-on Thun l'Évê-
(i) Cette riyièrc s'appelle le Senset.
111^ LES CHRONIQUES (iSSg)
que, et sied sur la rivière d'Escaut. En ce château n'avoit adonc aucune garde suffisant, car le pays ne cuidoit (croyoit) pbint être en guerre. Si furent ceux de Thiin soudainement surpris, et jie châtel pris et conquis et le châtelain et sa femme dedans j et en fit le sire de Mauny une bonne garnison et y ordon* na à demeurer un sien frère chevalier quis'appeloit messire Gille Guillaume de Mauny que on dit Gri- gnart, lequel fit depuis à ceux de Cambrésis et à la cité de Cambray plusieurs détourbiers (troubles) j et faisfît ses courses trois ou quatre fois la semaine jusques devant la bonne cité de Camèray , et venoit escarn\oucher jusqu'aux barrières, où il faisoit moult grandes et belles appertises d'armes, car le dit châ- teau de Thun sied à une lieue près de la dite cité de Cambray. Quand monseigneur Gautier de Mau- ny eut fait ses entreprises, ainsi comme je vous- ai conté ci-devant, il s'en retourna atout (avec) grand profit, avec une partie de ses compagnons, car il en avoit laissé une partie avec monseigneur Grignart son frère, pour lui aider à garder Thun l'Évêque, et fit tant qu'il vint en Brabant par devers le roi Edou- ard d'Angleterre son seigneur qu'il trouva à Mali- nes, qui le reçut et conjouit moult grandement, et lui recorda (raconta) une grande partie de ses che- vauchées, et comment il avoit pris Thun l'Evêque et iUuec (là) mis et laissé son frère en garnison contre ceux de Cambray j dont le roi Anglois fut moult du- rement réjoui quand il l'eut ainsi ouï parler, et le tint à moult grand vasselage et grand' prouesse, comme vrai étoit.
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CHAPITRE LXXX.
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Comment le roi de France se pourvut biew et grau*
DEMENT DE GENS d'ARMES ET ENVOYA GRANDS GARNI- SONS AU PAYS DE CambRÉSIS^ ET COMMENT LES NOR- MANDS PRIRENT HaNTONNE (SoUTUAMFTON).
V ous avez bien ci-dessus ouï recorder ^*^ sur quel état les seigneurs de Fempire se départirent du roi Anglois 5 et du parlement qui fut à Malines , et corn* ment ils envoyèrent défier le roi de France. Sitôt que le roi Philippe se sentit défié du roi Anglois et de tousses alliés, il vit bien que c'étoit acertes (sé- rieux), et qu'il auroit la guerre. Si se pourvut selon ce bien et grossement, et retint gens d'armes et sou- doyers à tous côtés, et envoya grands garnisons en Cambrésisjcar ilpensoit bien que dececôté il auroit premièrement assaut. Et envoya messire le Galoisde la Baume ^^\ un bon chevalier de Savoye, devers Cambray,etle fit capitaine, avec messire Thibaut de Moreuil et le seigneur de Roye; et étoient bien, que Savoisiens que François, deux cents lances; et envoya encore le dit roi Philippe saisir le comté de Ponthieu que le roi d'Angleterre avoit tenu par
(i) Ce chapitre manque dans an assez grand nombre de manuscrits. J.D.
(a) Etienne de la Baume, Stle Galois, grand maître des arbalétriers de France. {Voy.t Hist. gén, de la mais, de Fr.T. 8. P. 5.) J. D.
FROISSART. T. I. l5
126 LES CHRONIQUES (i559)
avant de par madame sa mère, et manda et pria au- cuns seigneurs de l'empire, tels comme le comte de Hainaut son neveu, le duc de Lorraine, le comte de Bar, l'évêque deMetx^*^ Pévêque de Liège mon- seigneur Aoulz (Adolphe), de la Marck que ils ne fissent nuls mauvais pourchas (brigues) contre lui ni à son royaume. Le plus de ces seigneurs lui mandè- rent que ainsi ne feroient-ils. Et adonc le comte de Hainaut iui rescripvit (récrivit) moult courtoise- ment et lui signifia qu'il seroit appareillé à lui et à son royaume aider à défendre et garder contre tout homme; mais si le roi Anglois vouloit guerroyer jen Fempire^ comme vicaire et lieutenant de l'empe- reur, il ne lui pouvoit refuser son pays ni son con- fort, car il tenoit en partie sa terre de l'empereur: si lui doit, ou à son vicaire, toute obéissance. De cette rescription se contenta le roi de France assez bien , et laissa passer légèrement, et n'en fit nul grand compte, car il se tenoit fort assez pour résister con- tre se& ennemis. Si tr^ès tôt que messire Hugues Quieret et ses compagnons qui se tenoient sur mer entendirent que les défiances étoient et la guerre ou- verte entre France et Angleterre, ils vinrent un di- mancheau matin auliâvrede Han tonne (Southamp* ton), entrementes (pendant) que les gens étoient à messe ; et entrèrent les dits Normands et Génois en la ville, et la prirent, et la pillèrent, et robèrent tout entièrement, et y tuèrent moult de gens, et violèrent
(i)Ce prélat se aommoit Ademare de MonteîL {Hist, des Ev. dé Metz
par le P. Meurisse, i'. 499*) '^- ^*
tT559) DE JEAN FROISSART. 227
plusieurs femmes et pucelles, dont ce fut dommage, et chargèrent leurs nefs et leurs vaisseaux de grand pillage qu'ils trouvèrent en la ville, qui étoit pleine, drue et bien garnie, et puis rentrèrent en leurs nefs^'l Et quand le flux de la mer fut revenu, ils
(1) Cen'étoit 1^ qu^un léger témoignage du zèle qui animoit alors fes
Normands. Us désiroîent ayec tant dVrdeur de porter la guerre eu
Angleterre qu^ils envoyèrent au commencement de cette année pro-
poser au roi d*en faire la conquête à leurs frais, s^il vouloit mettre ii
leur tête leur duc son fîls aine.. Leurs députés furent admis k T au-
dience du roi au bois de Vincennes, le 23 mars i338 (i339), et leurs
offres furent acceptées. Il fut convenu qu^ ils fourniroient pour cet!o
expédition quatre mille hommes d'armes et ringt mille hommes de
pied, dont cinq mille arbalétriers, tous pris dans la province, ex-
cepté mille hommes d^arnies que le duc pourroit choisir ailleurs et
qui seroient néanmoins stipendiés par les Normands. Ils s'obligeoient
a entreteuiij; ces troupes k leurs dépens pendant dix semaines, <^
même quinze jours en sus, si lorsque le duc seroit passé en Angle-
terre son conseil jugeoit cette \ rolongation nécessaire; mais ces
douze semaines passées, si le duc ne licencioit point les troupes, elles
dévoient être k ses gagelL Le roi s'obligepit de son coté k tenir sur mer
une flotte assez considérable poiu: la sûreté du passage et du retour de
farmée, ainsi^jue du transport des vivres. Si Texpédition étoit différée
k une autre année, le roi deyoitle leur notifier trois mois avant remi)ar-
quement et déduire sur leiu: service de Tannée les frais qu'auroient oc-
casionnés les préparatifs du passage. Les Normands s'obligeoient en-
core, en cas que le royaume fut attaqué par les ennemis, k marcher k
sa défense avec le nombre de troupes susdit pendant Pespace de huit
semaines seulement, k condition toutefois que le roi o u leur duc seroit
kTarmée^et que durant Paimée où la province feroit cette aide elle
seroit exejtipte de Tarrière-ban. <c SiPAngleterreest canquis^^ comme oa
respère,la couromie appartiendra dés lors au duc de Normandie et
après lui k ses héritiers rois de France k perpétuité. Les terres et
droits des Anglois nobles et roturiers séculiers appartiendront aux
églises, barons, nobles et bonnes villes de Normandie ; et la portion des
dites églises sera amortie par le roi jusqu^k vingt mille livres sterling
de rente. Les biens appartenant au pape, k P église de Rom« et k
celle d'Angleterre demeureront dans leur entier et ne seront point
compris dans la conquête. Et comme le roi yeut toujours agir de bonne
i5*
i^S LES CHRONIQUES (iSSg)
se désancrèrent et sanglèrent à Texploit du vent devers Normandie , et s'en vinrent rafraîchir à Dieppe; et là départirent-ils leur butin et leur pil- lage. Or nous retournerons au roi Anglois qui se tenoit à Malines et s'appareilloit fort pour venir devant la cité de Cambray.
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CHAPITRE LXXXL
Comment le aoi d'Angleterre se partit de Mali- gnes ET s'en vint a Bruxelles pour parler au
DUC DE BrABANT ET POUR SAVOIR QUELLE ÉTOIT SON INTENTION ('\
-L'E ROI Anglois se partit de Malines où il avoit lon- guement séjourné à grands frais §t dépens en at- tendant de jour en jour ces grands seigneurs d'Aile-
foi avec ses amis et alliés, on restituera au roi d'^Écosse et k ses sujets tout ce qui aura été usurpé sur eux par les Anglois. Si la paix se fait ayant Texpéddonen Angleterre, la Normandie con^eryera les privilèges qui lui ont été octroyés pour récompenser son zèle, «à condition quVJle fournira au roi dans la première guerre quHl aura k soutenir, deux mille hommes d^armes soudoyés pour douze semaines, déduction faite, comme ci-iessus, des frais qu'auroient pu causer les préparatifs de l^expédition: mais si la paix ne se fait qu'après la dite expédition, ou après que les troupes Normandes auront servi un mois le roi par terre contre ses ennemis, la province ne sera plus tenue k fournir les dits deux miffe hommes d^ armes. On peut voir sur cet accord le recueil des traitée entre les rois de France et d'Angleterre ^at Du Tiilet (P. 2 16 et stùu.tt P. ^3îi) et Ôobert d'Avesbury quile rapporte tout entier (P. i^ittsmu,) d'après une copie qui fut trouvée k Caen^ lorsque le roi d'Angleterre s'enipara 'de cette ville en 1 346. T. i:*. (i) Ce chapitre est considérablement abrégé dans les imprimés.!. D .
(i339) ♦ DE JEAN FROISSART. 229
magne qui point ne venoient, ainsi que promis lui a voient, dont moult lui ennuyoit, mais passer il lui en convenoit. Si s'en vint à Bruxelles pour parler au duc de Brabafîit son cousin, et toutes ses gens pasr sèrent aadehors. Adonc s'avalèrent (arrivèrent) AI- Ifman^s efTorcétaent, le duc de Gueldres', le mar- quis de Juliers, le marquis de Brandebourg, le marquis de Misse et d'Eurient ( de Misnie et d'Osterland),lecomtede Mons^'\ le comte de Salm le sire de I^uquemont, messire Arnoul de Blanken- heim et tou^ les seigneurs de l'empire alliés au roi Angloisj etétoientbien vingt mille hommes d'armes. D'autre part étoit messire Jean de Hainaut qui se pourvéoit (pourvoyoit) grossement pour être en cette chevauchée j mais il se tenoit devers le comte de Hainaut son neveu.
Quand le roi Anglois et messire Robert d'Artois furent venus à Bruxelles et ils eurent parlé au duc de Brabant assez et de plusieurs choses, ils deman- dèrent au dit duc quelle étoit son intention fde venir devantCambray, ou du laisser. Le duc à cette parole répondit et dit que sitôt comme il pourroit savoir qu'il auroit assiégé Cambray , il se trairoit (rendroit) de cette part à (avec) douze cents lances bien étoffées de bonnes gens d'armes.- Ces réponses suffirent bien
(x) La terre de ilib/t< ondes Monts, en iaXin Mons ou Montes, tm Aliemai.d, Bergen^est située en Weslphalie à rorient septentrional du Rhin. EUe a été possédée k titre de comté par ]a maison de la Marcls. Marguerite de la Marck,héritière de cette terre, la porta en dot dans te X^I^ siècle k Henri IV duc dé Limbourg. AdolplieVII, son petit fîls, la possédoit k l'époque dont il s'^agit ici. [Hubner, genealogische Tabellen TaK 44c.) J. D.
23o LES CHRONIQUES {t53^)
au roîAugloisa doncet à son conseil. Si separlitledit roi de Bruxelles et passa parmi la \ille de Nivelle, et là gésit (coucha) une nuit Lendemain il vint à Mons en Hainaut, et là trouva le jenne comte son serourge (beau-frère) et messire Jean de. Hainaùt son oncle qui le reçurent moult liement (gaiement), «t messire Robert d'Artois qui étoit toujours de-lez (près) le roi et de son plus secret conseil, et environ quinze ou vingt grands barons et chevaliers d'Angleterre que leditroimenoitavecluipour son honneur et son état, et pour le conseiller. Et si y étoit l'évêgue de Lin- coln,quimoult étoitrenommé en cette chevauchée de grand sens et de prouesse. Si se reposa le roi Anglois deux jours à Mons en Hainaut, et y fut grandement fêté dudit comte et des chevaliers du pays. Et tou- jours passoient ses gens et se logeoient sur le plein pays, ainsi qu'ils venoient, et trou voient tous vivres appareillés pour leurs deniers: les aucuns pay oient et les autres non. Ainsi s'approchèrent les besognes du roi Anglois, et s'envint à Valenciennes, et y entra tant seulement lui douzième de chevahers^ et jà étoient venus le comte de Hainaut et messire Jean de Hainaut son oncle, le sire d'Enghien, le sire de Fagnoelles, le sire de Werchin, le siredeHaverecli, et plusieurs autres qui se tenoient de-lez (près) le comte leur seigneur, etreçurentle roi Anglois moult liement (gaiement) j et l'emmena le dit comte par la main jusques en la salle, qui étoit arrée (ornée) et appareillée pour le recevoir. Dont il advint en mon- tant les degrés de la salle, que l'évêque de Lincoln, qui là étoit présent, leva sa voix et dit: « Guillaume
Cr359) DE JEAN FROISSART. aSi
d'Auxonne, évêque deCambray , je vous admoneste ^ comme procureur du roi d^Angleterre , vicaire de Fempereur de Home, que vous veuillez ouvrir la cité deCambray 3 autrement vous vous forfaites, et y entrer(jns par force. » Nul ne répondit à cette parole, car l'évêque n'étoit point là présent Encore parla le dit évêque de Lincoln et dit: « Comte de Hainaut, nous vous admonestons de par l'empe- reur de Rome que vous veniez servir le roi d' An- gleterre^ son vicaire devant la cité de Cambray , à (avec) ce que vous devez de gens. » Le comte (jni là étoit répondit et dit: «Volontiers. » A ces paroles «Is entrèrent en la salle et menèrent le roi Anglois en sa chambre. Assez tôt après fut le souper appa- reillé, qui fut grand ,^ bel, et bien ordonné. Lende- main au matin se partit le roi Anglois de Yalencien- nes ^'\ et s'en vint à Haspre, et là se logea et reposa
(i) Une lettre d^Édouard oonseryëe par Robertd^Avesburj (P. 4^ et ftuiv.) dans laquelle il rend compte de rincursion qu"*]! avoit faite en France, nous apprend qu^il sortit de Valeneiennes le lundi ao septem- bre, TeUle de îa fête de St. Matbieu.^ Cette pièce fournit encore quelques autres dates qui peuvent servir à éclaircir,- quelquefois même à rectifier le récit de Froissart Comme T ouvrage de Robert d^Âvesbury n^est pas commun ( même ea Angleterre)^ il ne sera pa» inutile de transcrire ici cette lettre.
Lettre d'Edouard.
« Edward, etc. A notre cher filtz et as honOuràb^e8 Pieres en Dieux J par mesme la grâce Ercbevesquc de Cauotirbirs (Cantorbéry), R. ëves- que de Loutidres, W. delà Zouche noire Tresorer et as autres dé noire Consail en Engleterre, SaTutz. La cause de notre long demeore en Bn* banczsi vous avoms souvent foitz fait assavoir avaùnt cez beures et bien est conuz à ^scun de vous. Mais pour ceo q^a dârrain (en dernier) gaires d^aide nous ne vient bors de notre Roialme, et Fa demeore nous estoit s^
232 LES CHRONIQUES (i33g)
deux jours, attendant ses gens, qui venoient; dont, il eny avoit grand' foison tant d'Angleterre comme d'Allemagna
grevouse et noz gei^lz i si graant oHescbîef etnoz dliés Irop peisauntz k la busoigne, noz messagiersauxint qu^avoient taunl de tempf iTemourrez Ters lez cardînals et le Coosail de Fraimcé, pour tretir de peès ne nous porteront iy({es aullres offres forque dous n^averoms unepabnc de teireel roîalflie de Fraunce, et imqorenotre cosyn Phclippc de Valoyt avoittoats jours juré, à ceo qe nous avoîomsnovelx, qe nous ne feriomsjammès de- meore une jour od (avec) notre liost en Fr^unce qu^il ne nous dunroit bataille: nous, toutz jours afiiaimtzcn Dieux et notre droit, si feismesTenir devant nous noz altté$£t iez feismes eerteinement monstrer qe par chose nulle nous ne vorroionis (voudrions) pluis attendre, einz (mais) irioms avaunt sourla pursieute de notre droit, parnaunt (prenant) Iap;iaceque Dieux nous durroit ( donncroitj. Eaux veauntzlc dishonnour qe lour eus! avenuz s'ilz eussent dcmourez derère nous, s assentirent pour nous pur- sieure (poursuivre). Journcfust pris d^estre toutz en la marche dcdcînz Fraunce à certain jour, as queux jour et lieu nous y fusmes tuz prestz; et noz AUiës viendrent après seloncceo q'ils poient Lelundy(i), enla veille lainjt Matheu, si passâmes hors de Valencîens, et mesme le jour com- mença home (on) àardoir en Cambresyn et arderount tut la semaigne tuaunt illeosqes^ (là) issint (tellement) qe celle pais est mult nettement destruit corne de blécset debestaîUe et d'aullres biens. Lesamady suaunt (a) venismes à MarkeyngBe(Marcoing) (3) q^estentre Cambré et Fraunce ctcommencea home (on) d'ardoir dedeinz Fraunee mesme le jour. Et nous avoms entendiiz que le dist seir Phelip se trait devers nous à Fer- roun en venaunt à Noyoun; si lenismes toulz jours notre cheroyn avaunt, nos gcntz audauntz et destruiaotz communément en large de douze leukcs (lieues) ou quatorze de pays. Le samady proschein devant la feste seint '
( i) Le 20 septembre. J. D.
(a) aS septembre. J. D.
(3) La ressemblance de ce nom ayec celui de MarclUennes pourroit faire croire qu'il s'agit ici de ce lieu. Rapin Thoiras (T. 3. P. 178 et 483) n'a pas balancé dédire que le 26 septembre Edouard étoit à Marchiennes entre St. Amand et Douay. Mais Marchiennes situé sur la Scarpe parolt être beaucoup trop éloigné de la route qu'Edouard dit lui même avoir tenue: il est plus vraisemblable que ce prince veut
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( 1^539) DE JE.\N FROISSART- 233
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CHAPIÏBE LXXXII.
Comment le roi d'Angleterre se partit de Hàsprb
ET s'en vint mettre LE t SIÈGE DEVANT CaMBRÀY"; ET COMMENT LE DUC DE BrABANT Y VINT.
OuAND le roi 3' Angleterre eut été deux jours àPas- pre et que jà moult de ^^s gens étoient passés et venu5 à Nave et là environ, il s'en partit et s'euvint
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Luke(i) si passâmes le eawe(eau) d'Eise(Oise) (t2)et loggames etde- iDourasmes illeosqes (ta) le dismenge , quelle jour nous avoîoms noz alliés devaunt nous qui nous monstrcffnt qe jours vitailles estoient pours (presque) despenduz, et que le y ver estoit durement aproschaunt q^ils ne pooient demourrer, einz (mais) y coYÎeudroit retrere sour la marche k retourner. Quant lours vitailles furent despenduz verrai- ment, ils fusrçnt le pluis bricfment vi taillez, par cause q'ilz entenderoni: que notre dit cosyn nous eust doné hastive bataille. Le lund (3)' matin st viendrent lettres à Mons HugUe Tenene , de part le meistre d^Aiblastier
parler de Marl^in ou Marcmngy vîQage distant de Cambray d'enyîroil deux lieues du c6té de TArf^ois. Plusieurs pièces publiées par Rymer T. a, Part. 4- ^* ^i- ^^) datées du a6 septembre, apudviUamde Markoin infrà Marchlam Frcmciœ^ changent cette conjecture ea preuve. J. D.
(i) Le jour de St. Luc étoit cette année le lundi x8 octobre ; le samedi- précédent étoit ddnc le i6.
(2) Lapremit're erreur dans laquelle Rapin Thoîrasest tombé, faut« d^avoir coimu le village de Marcoing,rentraiue dans une autre: au liea défaire passer TOise .k Parmée angloise, comme le dit Edouard, en supposant quVUe partitde Marchiennes, il est obligé de lui faire passer l'Escaut. (Rap. Thoir. wA/ ««;?.) J.D.
(3) Jour de St. Luc, 18 octobre.
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a 34 LÇS CHROMQUES (lîîgj
devers Cambraj, et se logea à*Yvuis, et assiégea la ' cité de'Cambray de tous points jet toujours lui crois-
de Fraunce, fesauntz roeocion qSl iwleit dire àroy d^lîlDgleterre de paît leroy deFraunceq'il voilleit preodre place quelle ne fust afibrcîepar Loys , roareîs ne par eawe, et q'illai durroit jyitaille dedcûnz le jeofdy (i) proschein suaunt. Lendemain', poup fcare tat jour la destruccion qc nous pouYÎoms, ai remuasmes. Le meskerdy (2} après vient unomessagier al dit mons Huglie etluyportalettres ddroy de Bcaume( Bohême) et del dukede Lorreigne od (avec) lorsseals pcndantz^ fesauritzmcncion deqeqautqele dit maistre des Ârblasticrs avoiienvoiez de part le ro'y deFrauncetouchaunt la bataille, il tiendra convenaunt. Nous, rcgardantzliz ditslettres meinte- nannt 1 endemain (3) nous treiasmes vers Flémyngerye où nous demur- rasmeslevendredy tutia jour. Alvespre estoient prises trois espies, et furent examinez chescun par sei, et accordèrent toutzqeieditPhelip nous durroit bataille, le samadye, etq41 estoità une leukeetdimie d« nous. Le8ama(l^(4)nous esteiasm'es (étions) es champs bien un quarter devaunt lejour et preîsmes notre place en lieu covenable pour nous et luy à com- battre. Bien matin fusrent prises de sez descoverours qe nous disoieutque 8 Vaunt garde estoit avaunt ce» champs en bataille et lès (de côlé) en is- Sant devers nous. Lesnovelx vcuuz à notrehostcovientqe nos alliés se por- teront devant mult peisantement : devers nous seulement ilz estoieutdesi lene (doux) convie (accord ; qe unqes gcnizestoient de si bone volenté à com- battre. En le mesme temps si estoient ascuns denoz descoverours, une cheva- lier d 'Almaygnepris, q'avoit vieu tut notre array et le monstre en aventure à Dozennemys, issînt (tellement) meinlenaunt qllfistretreres'avaant gardé etcomaunda de loggier , et fisrent fossés en tour eaux et coupèrent les gro- ses arbres pour nous tollier (ôter) la venue à eaux. Nousdemurrames tut ^e jour enbataillez à pies tanpe deverile vespre q'ilsembloitànoz Alliés qe nous avoms assetz demeorez ; et al vespre , si nous raountasmes noz chivalx et ala8me8pour8(près) d^Avenies (Avesnea) à un lege et dimiedel dist notre cosyn , et luy feismes savoir qe nous luy vorroioms attendre illeosqes tut la dismenge;et en si feismes. Et aultre novds ne envoyoms de Iny, forsqe le samady à Theure qaunt nous mountasroes noz chivalx at de partir de notre place, il quida qe nouseussioms venuz devers luy ; et tielhasteavoit-il
(x) ai octobre. (a) ao octobre. (3) Le jeudi ai. {j) a3 octobre.
A
(tSog) DE JEAN FROISSART. 235
" soient gens. Là lui vint le jeune comte de Hainauta très grand arroy, et messire Jean de Hainaut son oncle ^ et se logèrent assez près du roi Après le duc de Gueldres et ses gens, le marquis de Juliers et sa route (troupe), le marquis de Brankebourch (Bran^ •debourg) et ses gens ,1e marquis de Mise et d'Eurient ( de Misnie et d'Osterland ) le comte dé Mons, le comte de Saumés (Salm), le sire de Fauquemont, messire Arnoul deBakehen (Blankenheym), etainsi tous les autres^ et toujours leur croissoient gens. Au sixième jour que le roiAnglois et tous ces seigneurs Êd furent logés devant Cambray, vint le duc de Brabant en l'ost, moult étofiementeteugrandarroy, et avoit bien neuf cent lances, sans les autres armu- res de fer, dont ily avoit grand'foison, et se logea devers Ostrevant sur l'Escaut j et fit-on un pont sur la rivière pour aller de Pun ost à l'autre. Lorsque le duc de Brabant fut venu , il epvoya défier le roi de France qui se tenoit à Compiègne, de quoi mes- sire Louis de Crainehem, qui toujours l'avoit excusé, en fut si confus qu'il en mourut de deuil, dont ce
ponr prendre plus forte place que mil cbevalers k unefoîtz fusrent enfoun- drés en le mareîs à son passage issint (teltement) Tenist cbescun sour aul- ire. Ladismenge (i) fustle sire de Faniels (Fagnocles) pris par nos gentz^ Lelundy matin . si avoms novels que le dit S ^ Phelip et toutz ses Alliés fusrent desparpillés et retretz à graunt baste. Et sour ceo qeut est oultre afieare si avoms une consail ovcsqe eaux à Andwcrp (Anvers) lende-
mayn seint Martyn. Et d^illeosqes après vous bastiment ceo qest
entre fait. Doné soutz notre privé seal à Brissel le primer jour de novembre.
(i) ^4 octobre.
a36 LES CHRONIQUES (i35g}
cfut dommage pour ses amis. Ce siège dur^t devant- Cambray il y eut plusieurs assauta, escarmouches et paliz ' ^'^ j etchevauchoient , par usage, messire Jean de Hainautet le sire deFauquemont ensemble 3 dont ils ardirent et foulèrent dureitient le pays de Cam- brésis^ et vinrent ces seigneurs à (avec) leurs routes (troupes), où il àvoit bieij cinq cents lances et mille autres conbattans, un jour, devant le châtel d'Oisy en Cambrésis , et y livrèrent un très grand as- sautj et si ne fussent les chevaliers et écuyers qui dedans étoient, ils l'eussent pris par force: mais si bien le défendirent ceux qui dedans étoient, de par le seigneur de Coucy, qu'ils n'y eurent point de dommage j et retournèrent les dessusdits seigneurs et leurs routes (troupes) en leurs logis.
(i) Combats, surtout ceux qui se do.moient aux palissades d<
tiUes. J. A» B.
(f359) DE JEAN FROISSART. ^3^
•V^^'V^.'V*
CHAPITRE LXXXIII.
Comment le comte Guillaume de Hainaut vint a ' Cambrât durant le siège et y livra un dur as- saut CONTRE CEUX DE LA VILLE.
XÎiNCORE ce siège durant devant Cambray, vint par un samedi lecomte Guillaume de Hainaut, quiétoit moult bachelereux (vaillant), atout (avec) ceux de son pays, dont il y avoit très bonne gent, devant la cité de Cambray , à la porte St.-Qupnlin^'\ et y livra grand assaut. Et là fut Jean Chandos , qui adonc étoit écuyer très appert et bon baclielier^ et se jeta entre les barrières et la porte, outre au long d'une lance, et làse combattit moult vaillamment à un écuyer de Vermandois qui s'appeloit Jean de Saint Dizier ^^^', et là firent l'un sur l'autre plusieurs belles appertises d'armes, et conquirent par force les Hainuyerslabar- rière. Et là étoit le comte de Hainant, en très bon convenant (ordre) 3 aussi étoient ses maréchaux ap- pelés messire Girard de Wercbin et messire Henri d'Antoing et tous les autres qui s'avançoient et
(i) Cette [hrase présente un sens louche qu'il faut éclaircir par ce qui a été dit précédemment. On doit donc entendre, non que le comte de Hainaut vint alors au siège ( on a vu ci-dessus qu'il y étoit arrivé un des premiers); mais qu'y étant, î] s' approcha le samedi de la porte du côté de St.-Quentin. J. D.
(2) Les seigneurs de Saint Dizier étoient issus des comtes de Flan- dre de la maison de Dampierre. {ffist. gétu de la mais, <iè Fr, T. 2, P.762.)J.D.
a38 LES €HRONIQUES ( 1 339
aventuroient hardiment pour leur honneur. A une cîorte que on dit la porte Robert étoient le sire de Beaumont, le siredeFauquemont,le sired'Enghien, et messire Gautier de Mauny et leurs gens; et y fi- rent un très fort et dur assaut. Mais s'ils assailloient fortement et durement, ceux de Carabray et les sou- doyers que le roi de France y avoit aussi envoyés se défendoient vassalment (vaillamment) et par grand advis; et firent tant que les dessus dits assail- lants n'y conquirent rien j mais retournèrent bien lassés et bien battus à leurs logis. Si se désarmèrent et pensèrent du reposer. Etvint le jeunecomteGuil- laume de Namur servir le comte de Hainaut, sans prière qui lui en eut été faite, mais seulement par le grand amour qu'il avoit à lui, disant qu'il se tenroit (tiendroit) de leur partie tant qu'ils seroient sur l'Empire.; mais si très tôt qu'ils entreroient sur le royaume de France, il s'en iroit devers le roi Phi- lippe qui l'avoit i^etenu. Aussi c'étoit l'intention du comte de Hainaut, et commandoit étroitement à ses gens que nul, sur la hart, ne forfit rien au royaume de France.
CHAPITRE LXXXIV.
Comment le roi d'Angleterre défit son siège de Càmbray et s'en vint vers le mont Saint-Martin
POUR ENTRER AU ROYAUME DE FrANCE.
JIntrementes (pendant) que le roi d'Angleterre séoit devant la cité de Cambray à (avec) bien qua-
«
{«559) DE^JEAN FROISSART. aSg
rairte mille hommes, et que mouU la contraignoit d'assauts et de plusieurs faits d'armes, faisoit le roi Pliilippe de France son mandement à Péix)nne en Vermandois et là environ j car il avoit intention dfi chevaucher contre les-Anglois qu'il sentoit moult efforcémeht en Gambrésis: dont les nouvelles en vinrent en l'ost d'Angleterre que le roi de France faisoit un grand amas des nobles de son royaume. Si regarda le roi Anglois et considéra plusieurs cho- ses, et se conseilla principalement à ceux de son pays et à messire Robert d'Artois , en qui il avoit moult grand'lîancej et leur demanda lequel étoit meilleur à faire, ou d'entrer au royaume de France et venir contre le roi Philippe son adversaire, ou de lui tenir d-evantCambray, tant que par force il l'eut conquise. Les seigneurs d'Angleterre et son étroit conseil imaginèrent plusieurs choses^ et regardèrent que la cité de Cambray étoit malement forte et bien pourvue de gens d'armes et d'artillerie, et aussi de tous vivres^ selon leur espoir, et que longue chose seroit de là tant séjourner et être que ils l'eurent conquise; duquel conquêt il n' étoit pas encore bien certain j et si approchoit l'hiver, et si ils n'a voient en- core fait nul fait d'armes, ni apparent n'étoit du faire, et séjourn oient là à grands frais. Si lui conseil- lèrent que tout considéré il délogeât et chevauchât avant au royaume; là trouveroient-ils largement à vivre et mieux à fourager. Ce conseil fut cru et tenu: donc s'ordonnèrent tous les seigneurs à dé- loger; et firent trousser tentes et trez (pavillons) et
a4o LES CHRONIQtJES (iSSg)
toutes manières de harnois, et se délogèrent tout communément', et se mirent à voie, et chevauchè- rent devers le mont saint Martin ^'\ qui à ce côté «Bt rentrée de France. Et chevauchoient ordonné- mentetparconnestablies (compagnies), chacun sire entre ses gensj et étoieut maréchaux de l'ost d'An- gleterre le comte de Northampton et de Glocester et le comte de Suffolk, et connétable d'Angleterre le comte de Warwickj et passèrent, assez près du mont Saint Martin les Anglois, les Allemands et les Bra- bançons, la rivière d'Escaut, tout à leur aise, car elle n'est mie là endroit trop large.
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CHAPITRE LXXXV.
Comment le comte de HAy^AuT prit congé du roi
d'Angleterre aussitôt qu'il entra au royaume
DE France; et comment le roi de France envoya
SON connétable A Saint-Quentin four garder la
ville et la FRONTIÈ RE.
Quand le comte de Hainaut eut conduit et accom- pagné le roi d'Angleterre jusques au département
(i)Abbajc de Prëmontrës du diocèse de Cambray sur les fron- tièreâ de Ja Picardie. {Gai/ia Christiana, T. 3. CoL 192). J» D.
I
(i539) I>E JEAN FROISSA.RT a4i
de Fempire, et qu'il de voit passer PEscaut et en- trer au royaume, il prit congé de lui et lui dit <jue tant qu^à cette fois il ne chevaucheroit plus avec luij et que il étoit prié et mandé du roi de France son oncle, à qui il ne vouloit point de haine j mais Piroit servir au royaume, en telle manière comm^ il Pavoit servi en Pempire. Et le roi lui dit: <c Dieu y ait part. » Donc se partit le comte de Uainaut du roi d'Angleterre à (avec) toutes ses routes (troupes), et le comte de Namur avec lui, et s'en revinrent arrière auQuesnoy jet donna le comte congé à la plus grand* partie de ses gens: mais il leur dit et pria qu'ils fussent tous pourvus, car il vouloit aller dedans brief jour devers le roi son oncle j et ils lui répondi- rent que ainsi seroient-ils. Or parlerons du roi d'Angleterre et de tous ses alliés comment ils per- sévérèrent
Si très tôt que le roi d'Angleterre eut passé la rivière de PEscaut , et il fut entré au royaume de France, il appela Henri de Flandre ^*^, qui adonc étoit jeune écuyer , et le fit là chevalier , et lui donna deux cents livres de rente à Pesterlin chacnn an , et les lui assigna bien et suffisamment en Angleterre. Depuis vint le roi loger en Pabbaye du Mont-St- Martin^^^j et là se tint par deux jours; et toutes ses gens étoient épars sur le pays environ lui, et étoit le
(ijCVstrraîsemblablement Henri II du nom, comte deLodi, au duché de Milan, seigneur de Nienhoye , etc. , issu d^une branche cadette des comtes de Flandre de la maison de Dampierre. {Hist. gén^ de la mais, de Fr. T. 2. P. 733. ) J- D.
(a) Il y étoit certaineiiieiit le i3 octobre, suivant la date d^une pièce rapportée par Bjmer, T. 3. Part. 4* P* 54* J. I^*
TROISSART. T. I. l6
a4a LES CHRONIQUES (iSSg)
I
duc de Brabant logé en Pabbaye de Taucelles ^'\ Quand le roi de France qui se tenoit à Compiègae entendit ces nouvelles que le roi Anglois approchoit Saint-Quentin, et étoit logé sur le royaume j si ren- força 3on mandement partout, et envoya son con- nétable le comte Raoul d'Eu et de Ghines, à (avec) toutes grands gens d'armes, à Saint-Quentin, pour garder la viUe et la frontière sur les ennemis; et en- voya le seigneur de Coucy en sa terre, et le seigneur de Ham^'^ en la sienne; et envoya encore grands gens d'armes en Guise et en Ribemont et à Bohaing et es forteresses voisines, sur l'entrée du royaume, pour les garder des ennemis; et descendit devers Péronne en Vermandois , à (avec) grand'foison de gens d'armes, de ducs, de comtes et de barons avec lui; et li(lui) croissoient toujours gensde tous côtés etselogeoient sur cettebelle rivière de Somme, entre Saint-Quentin et Péronne.
CHAPITRE LXXXVI.
Comment messirb Jean de Hainàut et plusieurs autres grands seigneurs guiderent prendre hon-
NECOURT; et comment l'abbé et ceux de la VILLE s'y PORTERENT TRÈS VAILLAMMENT.
ENTREMENTEs(pendant) que le roi Anglois se tenoit en l'abbaye du MontSaiutMartin,sesgenscouroient
(i) Abbaye d'hommes de Tordre de Citeaux, sur la droite de l'Escaut, k deux lieues environ de Gambraj. J. ï).
(a) Il étoit issu des comtes de Vermandois. (ff/Wgiw.<^^ mais, de Fr. T. a. P. 54 et <wV.) J. D.
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(t530) DE JEAN FROISSART. ^43
toutlepays delà environ juscjuesàBapaumes et bien près de Péronne et de Saint-Quentin. Si trouvoient le pays plein et gras, et pourvu de tous biens, car ils n'a voient onccjues mais eu point de guerre. Or avint ainsi que messire Henri de Flandre , en sa nouvelle chevalerie, et pour son corps avancer, et accroître son honneur, se mit un jour en la compagnie et cueillette (réunion) de plusieurs chevaliers, desquels messire Jean de Hainaul étoil chef, et là étoient le sire de Fauquemont, le sire de Berghes , le sire de Baudresen ^*\ le sire de Kuck et plusieurs autres^ tant qu'ils étoient bien cinq cents combattans; et avoient avisé une ville assez près delà, que on ap- peloit Honnecourt(Hainecourt), où la plus grand' partie du pays étoit, sur la fiance de la forteresse, et y avoient mis tous leurs biens. Et jà y avoient été messire Arnoul de Blankenheim et méssiré Guil- laume de Duvort ^'^^ et leurs routes (troupes) j mais rien n'y avoient fait: donc ainsi que par esramie (pique) tous ces seigneurs s'étoient cueillis en grand désir de là venir, et faire leur pouvoir de la conqué- rir. Adonc avoit dedans Hainecourt un abbé ^ de grand sens et de hardie entreprise, et étoit moult hardi et vaillant homme en armes j et bieny apparut, car il fit au dehors de la porte de Hainecourt faire et charpenter en grand'hâte une barrière , et mettre
(i) Vraisemblablement, BmOtrshem, (Voy. PBât. deCamb, par Car- pentier.)!. D.
(a) Peut-être, Duveni^or de. On icouye dans l«s Troph.duBrah.V, 896 un îViUaume de Dui^envorde, chambellan du comte de Hainaut. J. D.
(3) La liste des abbés de Hainecourt est incompMie: on n^y trouve- point le nom de celui-ci. (Voy. le GaU. C?trist, T. 3. ) J. D.
i6*
244 LES CHRONIQUES (iSSg)
et asseoir au travers de la rue^ et y pou voit avoir entre l'un banc et Pautre environ demi-pied de croiz (creux) d'ouverture; et puis fit armer toutes ses gens et chacun aller es guérites, pourvu de pierres, de chaux , et de telle artillerie qu'il appartient pour la défendre. Et si très tôt que ces seigneurs vinrent à Hainecourt, ordonnés par bataille, et en grosse route (suite) et épaisse de gens d'armes durement, il se mit entre les barrières et la porte de la dite ville, en bon convenant (ordre), et fit la porte de la ville ouvrir toute arrière, et montra et fit bien chère et manière de défense. Là vinrent messire Jean de Haiuaut, messire Henri de Flandre, le sirederauquemont,le sirede Berghes etlesautres, qui se mirent toutàpied et approchèrent ces barrières, qui étoient fortes durement, chacun son glaive en son poing; et com- mencèrent à lancer et à jeter grands coups à ceux de dedans; et ceux de Hainecourt à eux défendre vassalment (vaillamment). Là étoit damp abbé, qui point ne s'épargnpit, mais se tenoit tout devant en très bon convenant (ordre), et recueilloit leshorions moult vaillajnment,etlançoit aucune fois aussi grands horions et grands coups moult appaj:tement. Là eut fait main te belle appertise d'armes ; et jetoieut ceux des guérit^scontre val, pierres et bancs, etpots pleins de chaux, pour plus essonnier (emba^rrasser) les as- saillants. Là étoient les chevaliers et les barons devant les barrières, qui y faisoient merveilles d'armes jet avint que. ainsi que messire Henri de Flandre, qui se tenoit tout devant, son glaive empoigné; et lan- çoit les horions grands et périlleux, damp abbé, qui étoit fort et hardi, empoigna le glaive dudit messire
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ri 559) DE JEAN FROISSART. ^45
Henri, et tout paumoiant (tournant avec la main) et en tirant vers lui ,il fît tant que parmi les fentes des barrières il vint jusques au bras du dit messire Henri, qui ne vouloit mie son glaive laisser aller pour son honneur. Adonc quand Fabbé tint le bras du chevalier, il le tira si fort à lui qu'il Pencousit ( fit entrer) dedans les barrières jusques aux épau- les, et le tint là à grand meschef, et l'eut sans faute saché(tiré)dedans, si les barrières eussent été ouver- tes assez. Si vous dis que le dit messire Henri ne fut à son aise tandis que Tabbé le tint, car il étoit fort et dur, et letiroit sans épargner. D'autre parties che- valiers tiroient contre lui pour rescourre (délivrer) messire Henri j et dura cette lutte et ce tiroix moult longuement, et tant que messire Henri fut durement grevé. Toutes fois par force il fut rescous (délivré) j mais son glaive demeura par grand'prouesse devers l'abbé, qui le garda depuis moult d'années, et en- core est-il, je crois, en la salle de Hainecourt. Toutes voies il y étoit quand j'écrivis ce livre ; et me fut mon- tré un jour que je passai parla, et m'en fut recordée la vérité et la manière de l'assaut comment il fut fait; et le gardoient encore les moines en parement
CHAPITRE LXXXVII.
Comment messire Jean de Hàinàut et ses compa- ctons SE RETRAIRENT EN LEURS LOGIS ; ET COMMENT
LE ROI d'Angleterre ardit et exill a (ravagea) le
PAYS DE ThIERASGHE.
Ce jour eut à Hainecourt moult fier assaut et dura jusques aux vespres,ety eut plusieurs des assaillants
^46 LES CHRONIQUES Ci55gtî
morts et blessés jet par spécial, messire Jean.de Hai- nauty petdit un chevalier de Hollande qui s'appeloit messire Hermant,. et s'armoit d'or à une fosse copo- née de gueules, à trois fermaux d'azur au chef de son écu. Quand Hainuyers,Anglois, Flamands et Al- lemands, qui là étoient assaillants^ virent la bonne volonté de ceux de dedans, et qu'ils n'y pouvoient rien cou quester (conquérir) ^.ains (mais) étoient bat- tus et navrés et moult foulés, si se retrairent (retirè- rent) arrière, sur le soir, et emportèrent en leur logis les blessés. Et lendemain au Inatin se partit le roi Anglois du mont Saint Martin et commanda,, sur la hart, que nul ne fit mal à l'abbaye. Son com- mandement fut tenu.. Et puis entrèrent en Verman- dois, et vinrent ce jour loger de haute heure (peu après midi) droit sur le mont Saint-Quentin j et là fuient en bonne ordonnance de bataille, et les pou- voient bien voir ceux de Saint-Quentin s'ils vou- loient. Mais ils n'avoient talent (volonté) d'issir (sortir) hors de la ville. Si vinrent les coureurs d'Angleterre courir jusques aux barrières de Saint- Quentin et escarmoucher à (avec) ceux qui là se te- noient. Le connétable^'Me France et messire Charles de Blois firent tantôt leurs gens ordonner devant les barrières et mettre en bon convenant (ordre). Et quand les Anglois qui là se ten oient, le comte de Sufiblk,, le comte de Northamp ton ,, messire Re- gnault de Cobham, messire Gautier de Mauny et plusieurs autres en virent la manière et que rien ils
(i) Les imprimes retranchent cette plirase et continuent d'»- bré^er* J. D.
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{î35g) DE JEAN FROISjSART. ^47
n'y pouvoient gagner, si se retrairent (retirèrent) arrière devers l'ostduroi, qui se tenoit sur le mont saint Quentin^'^ , et furent làlogés jusques lendemain à prime (aube). Si eurent les seigneurs conseil en- semble quelle chose ils fer oient, si ils se trairoîent (porteroient) avant au royaume, ou si ils se retrai- roient (retireroient) enlaThierasche-Sifut conseillé et regardé pour le meilleur , par l'avis du duc de Brabant, qu'ils se trairoient (rendroient) en Thie- rascHe, côtoyant Hainaut, dont les pourvéances (provisions) leur venoient tous les joursj et si le roi Philippe les suivoit à ost ainsi qu'ils supposoient qu'il le feroit, ils l'attendroient en pleins champs, et 5e combattroient à lui sans faute. Adonc se partit le roi Angloîs du mont Saint-Quentin et s'arroutè- rent (assemblèrent) toutes ses gens, et chevau- choient en trois batailles moult ordonnément : les maréchaux et les Allemands avoient la première ba- taiUe, le roi Anglois la moyenne, et le duc de Bra- bantla tierce. Sichevauchoientainsiardant(brûlant) et exillant (ravageant) le pays, et n'alloient plus de trois ou quatre lieues le jour, et se logeoient de haute heure (au milieu du jour). Et passa une route (compagnie) d'Anglois et d'Allemands la rivière de Somme, dessous l'abbaye deVermand ^*\ et entré-
(i) Il faut plutôt lire sans doute mont. Saint Martin k trois lieues au nord de Saint-Quentin, lieu aux sourees de PEscaut, où étoit placée Tabbaye. J. A. B^
(a) Vermand, abbaye de Prémontrés» k trois ligues de St. Quentin, est k la même distance k peu. près de la rivière de Somme. Ainsi quand Froissart dit qu^une troupe d^nglois et d^AlIemands passèrent celte rivière dessous Vabbaye ie P^ermand^ il faut entendre seulement, ou cpe cette troupe passa la Somme k la hauteur de Vermand, ou bien au dessous vers Pàrouie. T. D.
248 LES CHRO^:lQl:ES (i559)
leiil en ce plein pays de Verraandois: si Fardirent (brûlèrent) et exillèrent (ravagèrent) moult dure- ment, et y firent moult grand dommage. Une autre route (troupe), dont messire Jean de Hainaut, le sire de Fauquemont et messire Arnoul de Blankenbeym étoient chefs et meneurs, chevaucboient un autre chemin , et vinrent à Origni-Sainte-Benoite, une ville assez bonnes mais elle étoit foiblement fermée. Si fut tantôt prise; par assaut , pillée et robée (volée), et une bonne abbaye de dames qui là étoit et est encore, violée, dont ce fut pitié et dommage, et la ville toute arse (brûlée). Et puis s'en partirent les Allemands et chevauchèrent le chemin devers Gui?e et vers RibemonL Si s'en vint le roi Anglois loger à Behoriea^*^ et là se tint un jour tout entier j et ses gens couroient et ardoient le pays de là environ. Si vinrent nouvelles au roi Anglois et aux seigneurs qui avec lui étoient, que le roi de France étoit parti de Péronn e en Verm an dois et les approchoit à (a vec)plus decentmillehommes.AdoncsepartitleroiAngloisde Behories,et prit le chemin de laFlamengerie ^'^pour venir vers FÉcheDe ^'^ en Thieraschej et les maré- chaux et révêque de Lincoln passèrent, à (avec) plus de cinq cents lances, la rivière d'Oise à gué, et en- trèrent en Laonnois et vers la terre du seigneur de Coucy, et ardirent (brûlèrent) La Bère, Saint Go- boin etla villede Marlejet s'en vinrent un soir loger
(i) Boheries, abbaye de Pordre cBb- Citeaux, au diocèse de laoD. {GaU. Christiana, T. 9. Col. 63G.) J. D.
(2) La Flamengerie, ou la Fiamangrie, village peu éloigné de la Ca- pelle. J.D.
(^)VÈciseUe^ Wl'age au sud de iSouvion. J. D.
(iSSg) DE JEAN FROISSART. î?49
àVaulx dessous Laon. LendemaiD ils se retrairent (retirèrent) devers leur ostj car ils surent de certain par aucuns prisonniers qu'ils prirent, que le roi de France étoit venu à Saisit-Quentin, et que là passe- roit-il la rivière de .Somme. Si se doutèrent (craigni- rent) qu'ils ne fussent rencontrés j nonpourquant (néanmoins) à leur retour ardirent-ils une bonne ville qu'on ditCrecj surSele ^'\ qui point n'étoit fermée, etgrand'foison de viUes et de hameaux là en- viron, et à (avec) grand'foison de pillage s'en re- tournèrent-ils en l'ost (armée).
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CHAPITRE LXXXVIII.
COMMEIÏT LA VILLE DE GUISE FUT TOUTE ARSE (brULÉe); ET COMMENT CEUX DE NoUVION FURENT DÉCONFITS ET TOUT LEUR AVOIR PERDU.
Or vousparlerons delà route (troupe) messire Jean de Hainaut où il avait bien cinq cents combattants. Si s'en vint à Guise, et entra en la ville et la fit toute ardoir (brûler) et abattre les moulins. Dedans la forteresse étoit madame Jeanne sa fille, femme au comte Louis de Blois, qui fut moult effrayée de l'ar- sure (incendie) et du convenant (disposition) mon- seigneur son père et lui fît prier que pour Dieu il se voulut déporter et re traire (retirer) j et qu'il étoit trop dur conseillé contre lui, quand il ar doit (bruloit) l'héritage de son fils le comte de Blois. Nonobstant ce, le sire de Beaumont ne s'en voulut oncques dé- porter ( différer ) ni délaisser si eut faite son en-
(i) Il faut lire yraLisemhhhlemeot Crécy sur Serre, petite ville du diocèse de Laon. J. D<
\
a5o LES CHRONIQUES (rSîg)
treprisejet puis s'en retourna devers Tost du roi cpii étoit logé en Tabbaye de Fervaques ^'l Et de men- très (pendant) que ces gens d'armes couroient ainsi tout le pays, vinrent bien six vingts lances d'Alle- mands, dont le sire de Fauquemont étoit chef, jus- ques en Nouvion en Thierasche, une bonne grosse plate ville. Si étoient communément les gensdeNou- vion retraits (retirés) et boutés dedans les boisj et y avoient mis et porté le leur à sauveté, et s'étoient fortifiés de roulliz (troncs d'arbres) et de bois coupé et abattu environ eux. Si chevauchèrent les Alle- mands cette part; et y survint monseigneur Arnoul de Blankenheym et sa route (suite), et assaillirent ceuxdeNouvion,qui dedans les bois s'étoient boutés^ lesquels se défendirent tant qu'ils purent: mais. ce ne fut mie grandement, car ils ne tinrent point de con- roi (ordre) et nepurent durer à la longue contre tant debonnes gens d'armes. Si furent ouverts et leur fort conquis, et mis en chasse j eteny eut bien, que morts que navrés, bien quarante, et perdirent tout ce que apporté là avoient Et ainsi étoit, et fut ce pays de Thierasche couru et pillé sans déport (délai) j et en faisoient les Anglois leur volonté. Si se partit le roi Edouard de Fervaques où il étoit logé^et s'en vint à Montreuil;etlà se logea unsoirjet lendemain il vint,,
(i) Fervaques, abbaye de Fordrede CIteaux, dans le diocèse de Noyou, qui est maintenant détruite. Quelques manuscrits disent, FerrU'^ il est difficile de choisir entre ces deux leçons, la marche d^E-^ douar d ayant pu âtre dirigée également vers Tunou Vautre de ces lieux. J^ai cru néanmoins deyoir préférer la leçon du texte, parceque piu-- sieurs des manuscrits dans lesquels oa lit ici Femi, portent,. Ferva^ ques k la fin du chapitre. J. D.
(i539) DE JEAN FROISSART. 25 1
et tout son ost, loger à la Flamengerie; et fit toutes ses gens loger en^^iron lui où il avoit plus de qua-* rante quatre mille hommes: et eut conseil et inten- tion qu^il attendroit là le roi Philippe et son pou- voir, et se combattroit à lui comment qu'il fut
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CHAPITRE LXXXIX.
Commeut le roi de France fit ses geits loger â
BuiRONFOSSE pour LA ATTENDRE LE ROI D*AngLE*
terre; et comment le comte de Hainaut s'ejs vint le servir.
JLe roi de France ctoit parti de Saint-Quentin atout (aveç)son plus grand effort j et toujours lui eroissoient gens, et venoient de tous pays. Si exploita tant ledit roi et tout son ost qu'ils vinrent à Buironfossej et là s'arrêta le dit roi> et commanda à toutes ses gens loger et arrêter j et dit qu'il n'iroit plus avant tant qu'il eut combattu le roi Anglois et tous ses alliés,, puisqu'il étoit à deux lieues près.
Si très tôt que le comte Guillaume de Hainaut,, qui se tenoit auQuesnoy,tout pourvu de gens d'ar- mes, put savoir que le roi de France étoit logé et arrêté à Buironfosse, en espoir de combattre les An- glois, il se partit duQuesnoy à (avec) plus de cinq cents lances, et chevaucha tant qu'il vint en l'ost du roi de France, et se représenta au dit roi son oncle, qui ne lui fit mie si liée (joyeuse)chère que le comte voulut, pour cause de ce qu'il avoit été devant Cam-
252 LES CHRONIQUES (i33c^)
bray avec son adversaire le roi Anglois et fortement apouri (apauvri) et couru Cambrésis. Nonpourquant (néanmoins) le comte s'en porta assez bellement et s'excusa si sagement au roi son oncle, que \e roi et tout son, conseil pour cette fois s'en contentèrent assez bien, et fut ordonné des maréchaux, le maré- chal Bertrand ^'^ et le maréchal deTrie ^'^,àsoiloger au plus près des Anglois.
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CHAPITRE XC.
Comment la journée fut prise et assignée entre
LES DEUX rois POUR EUX COMBATTRE.
Or SONT ces deux rois de France et d'Angleterre logés entre Buironfosse et la Flamengerie en plein pays, sans nul avantage, et ont grand désir, si com- me ils montrent , d'eux combattre. Si vous dis pour certain qu'on ne vit oncques si belle assemblée de grands seigneurs qu'il y eut làj car le roi de France y étoit lui quatrième de rois: premièrement avec lui étoient le roi Jean de Bohême, le roi de Navarre, le roi d'Ecosse j aussi de ducs, de comtes et de barons tant que sans nombre; et toujours lui croissoient gens de tous les pays du monde. Quand Iç roi An- glois fut arrêté à la Capelle en Thierasche , ainsi que vous avez ouï, et il sut de vérité que le roi Phi- lippe son adversaire étoit à deux petites lieues de
(i) Robert Bertrand seigneur de Briquebec, fait maréchal de France en Tannëe lîaS. (ChronoL histor, milit, T. a. P. lao. ) J. D. (a) Mathieu de Trie créé maréchal de France en i3i8. J. D.
lipvwi^vgniSBBV^S^"^^?^'*?^ -SiL-UP? T ^^^^^^ .iLW^P! j,j^^B
(îSSg) , DE JEAN FROISSART. 253
lui, et en grand Volonté de combattre, si mit les sei- gneurs de son ost ensemble; premièrement le duc de firabant son cousin, le duc de Gueldres, la marquis de Juliersjle marquis de Brandebourg, le comte de ' Mons , messire Jean de Hainaut , messire Robert d'Artois, et tous les prélats et barons d'Angleterre, qui avec lui étoient, et à qui il touchoit bien de la besogne j et leur demanda commenta son honneur ils se pourroient maintenir j car c'étoit son intention de combattre, puisqu'il sentoit ses ennemis si près deluL Adonc regardèrent les seigneurs l'un l'autre, et prièrent au duc de Brabant qu'il en voulut dire son en- tente(intention).Etleducréponditquec'étoitbiensôn accord que de combattre, car autrement à leur hon- neur ils ne s'en pourroient partir j et conseilla adonc qu'on envoyât hérauts par devers le roi de France, pour demander et accepter la journée de la bataille. Adonc en fut chargé un héraut qui là étoit au duc de Gueldres, et qui bien savoit François, et informé quelle chose il devoit dire et quelle chose faire. Si partit le dit héraut de ses seigneurs, et chevaucha tant qu'il vint en l'ost des François, et se trais t (rendit) devers le roi de France et son conseil, et fit son mes- sage bien et à point; et dit au roi de France comment le roi Anglois étoit arrêté sur les champs, et lui re- quéroit à avoir bataille pouvoii' contre pouvoir. A la requête le roi de France entendit volontiers et accepta le jour. Si me semble que ce dut être le vendredi ^'^ en suivant, dont il étoit mercredi. Si
(i) Ce vendredi devoit être le aa octobre, suivant les dates cpie nous fournit la lettre d^Édouard} mais sHl en faut croire la même lettre. Je
aS/i LES CHRONIQUES ( t SSg)
s'en retourna le héraut devers ses seigneurs, bien revêtu de bons manteaux fourrés, que le roi de France et les seigneurs lui donnèrent, pour lesriches nouvelles qu'il avoit apportées; et recordà (raconta) la bonne chère que le roi lui avoit faite, et tous les seigneurs de France.
CHAPITRE XCL
Comment le sire de Fagnoelles et le sire de Tupi- GWY Hainuyers costioient l'ost des ânglois ) et
GOMMENT le SIRE DE FaGNO ELLES FUT PRIS.
Ainsi , et sur cet état , fut la journée accordée de com- battre, et fut signifiée à tous les compagnons d'un ost et de l'autre. Si se habillèrent (préparèrent) et ordonnèrent chacun selon ce qu'il besognoit Le jeudi au matin avint ainsi que deux chevaliers au comte de Hainaut et de sa délivrance, le sire de Fagnoelles et le sire de Tupigny, montèrent sur leurs coursiers roides, forts et bien courants, et se partirent de leur ost, entre eux deux, pour aller voir l'ost aux Anglois et regarder. Si chevauchèrent bien un grand temps à la couverte, toudis (toujours) en costiant Postaux Anglois. Or eschei(advint)quele sire de Fagnoelles étoit monté sur un coursier trop melancolieux (froid) et mal enfrené (bridé) : si s'ef- fraya en chevauchant , et prit son mors aux dens , par telle manière qu'il s'escuillit (agita) et se déme- na tant qu'il fut maître du seigneur qui le chevau-
jour de la bataille fut d^abord fixé au jeudi ai et remis ensuite au sa- medi a3. (Voj. ci-dessus, P. a3. j J. D.
(^559) DE JEAN FROISSART. ^^55
choit, et remporta, voulut ou non, droit enmy (au milieu) le logis des Angloisj et chey (tomba) d'aven- ture entre mains d'Allemands, qui tantôt connu- rent qu'il n'étoit mie de leurs gens. Si l'enclorrent (entourèrent) de toutes parts et le prirent ^'\ et le che- val aussi j et demeura prisonnier, ne sais à cinq ou à six hommes gentils Allemands, qui tantôt le rançonnèrent et lui demandèrent dont il étoit^etil répondit : « De Hainaut » Adonc lui demandèrent- ils si il connoissoit messire Jean de Uainaut^ et il dit: « Oui » Et requit par amour que on le menât devers lui; car il étoit tout sûr qu'il l'applégeroit (cautionner oit) de sa rançon s'ils vouloient. De ces paroles furent les Allemands tous joyeux, et l'ame- nèrent devers le seigneur de Beaumont, qui tantôt a voit ouï messe, et fut moult émerveillé quand il vit le seigneur de Fagnoelles. Si lui recorda cil (celui- ci) son aventure, si comme vous avez ci-dessus ouï, et aussi de combien il étoit rançonné. Adonc de- meura le sire de Beaumont pour le dit chevalier de- vers ses maîtres, et l'applégea (cautionna) de sa rançon. Si se partit sur ce le sire de Fagnoelles et . revint arrière en l'ost de Hainaut, devers le comte et les seigneurs, qui étpient tous courroucés de lui, par la relation que le sire de Tupigny en avoit faite ; mais ils .furent moult joyeux quand ils le virent re- venu. Si remercia grandement le comte de Hainaut messire Jean de Hainaut son oncle qui l'avoit applégé (cautionné) et renvoyé sans péril et sans
Çi) Suivant la même lettre d^Édouard, le sire de FagnoeUes fut pris non le jeudi ai , mais le dimanche a4. {làid.) J, D.
îl56 LES CHRONIQUES (i55g)
dommage, fors de sa rançon seulement; car son coursier lui fut rendu et restitué, à la prière et or- donnance dudit messire Jean de Hainaut. Ainsi se porta cette journée et n'yeut rien fait, non chose qui fasse à recorder.
CHAPITRE XCII.
Comment LE BOi D^ Angleterre se trâist (rendit) sur
LES CHAMPS ET ORDONNA SES BATAILLES BIEN ET FAITICEMENT (rÉGULTEREMENt) y ET QX7EL5 SEIGNEURS IL AYOIT EN SA COMPAGNIE*
Quand ce vint le vendredi matin les deux osts s'ap- pareillèrent et ouïrent messe, chacun sire entre ses gens et en son logis, et se acommunièrent et confes- sèrent les plusieurs, et se mirent en bon état, ainsi que pour tantôt combattre et mourir, si besoin étoit Nous parlerons premièrement de l'ordonnance des Anglois, qui se trairent (rendirent) sur les champs et ordonnèrent trois batailles bien etfaiticement (régu- lièrement), et toutes trois à pied, et mirent leurs che- vaux et leurs harnois en un petit bois, qui étoit der- rière eux, et arroutèrent (assaillirent) tous leurs charrois par derrière eux et s'en fortifièrent. Si orent (eurent) le duc de Gueldres, le comte de Julicrs, le marquis de Brandebourg, messire Jean deHainaut, le marquis deMisnie, le comte de Mons, le comte de Salm, le sire de Fauquemont, messire Guillaume de Duvort (Duvenvorde), messire Arnoul de Blanken- hejm et les Allemands la première bataille, et avoit en cette première route (compagnie) vingt deux ban-
t^f^^gmmwTVimfmmmaiftif'Kmmtfmm'^'^^^^' mm. m-^m ^i ■ ■ ■ ■
(1539) Ï^Ë -^ÎSAN FROlSSA&t* Î2S7
nières et soixante pennons etétoîent bien huit mille hommes de bonne étoffe. La seconde bataille avoit le duc de Brabant: si étoient avec lui tous les ba-^ rons et chevaliers de son pajs, premièrement le sire de Kuck, le sire de Berghes, le sire de Breda^le sire de Rotselaer, le sire de Vorselaer, le sire de Bautershem , le sire de Bornival ,1e sire de Schoonho- ven, le sire de Withem, le sire d*Arschot, le sire de Bouchorst, le sire de Gaesebeke, le sire de Duffle, messire Thierri de Walecourt, Messire Râsse de Grès , messire Jean de Gaesebeke , messire Jean Piilyser , messire Gille de Quaderebbe , messire Gautier de Hotteberghe, les trois frères de Harle-- beke et messire Henry de Flandre, qui fait bien à ra- mente voir , car il y étoit en grand'étoffe, et plusieurs autres chevaliers et barons, et aucuns de Flandre, qui s'étoient mis dessous la bannière du duc de Brabant, tels que le sire de HaUewyn, messire Hec^ tor Villain, messire Jean Rodes, le sire de Gru- thuse, messire Waflart de Ghistelle, messire Guil- laume de Straten, messire Gossuin de la Moere et plusieurs autres j si avoit le duc de Brabant jus- ques à vingt quatre bannières et quatre vingt pen- nons: si étoient bien sept mille combattants toutes gens de bonne étoffe.
La tierce bataille et la plus grosse avoît le roi d* Angleterre, et grand'foison de bonnes gens de son pays de-lez (près) lui; et premièrement son cousin le comte Henry de Derby, fils de messire Henry de Làncastre au tort col, Févêque de Lincoln, Févêque deDurham, le comte deSalisbury, le comte de Nor-
FROISSÀRT. T« I* l'J
«
îiS8 LES CHRONIQUES (i55g)
thampton et de Glocester, le comte de Sufiblk, le comte de Hereford , messire Robert d* Artois , qui s'appeloit comte de Bichmond ,en Angleterre , car yoirement (vraimeiit) le lui a voit le roi Anglois don- né, messire Regnault de Cobham, le sire de Percj, le siredeRoos,le sire deMowbray, messire Louis et messire Jean de Beauchamp, le sire de la Ware, le siredeHamptown, le sire de Basset, le sire de Fitz- Walter, messire Gautier de Mauny, messire Hugues de Hastings, messire Jean de Lisle, et plusieurs au- tres que je ne puis mie tous nommer. Et fit là le roi Anglois plusieurs nouv eaux chevaliers , entre lesquels il fit messire Jean Chandos, qui depuis de prouesse et de chevalerie fut plus recommandé que nul che- valier de son temps , si comme vous orrez avant en cette histoire. Si avoitle roi Anglois vingt huit ban- nières et environ quatre vingt et dix pennons, et pou voient être en sa l)ataille environ six mille homr mes d'armes et six mille archers. Et avoient mis une autre bataille sur aile , dont le comtç de Warw^ick et le comte de Pembroke, le sire deBerkeley, le sire de Milton et plusieurs autres bons chevaliers étoient chefs j et se tenoient cils (ceux-ci) à cheval pour re- conforter les batailles, qui brandeler oient et étoient en cette arrière garde environ quatre mille hommes d'armes et deux mille archers.
(i33g) DE JEAN FÏIOISSÂRT. aSg
CHAPITRE XCni.
Comment le roi d'Angleterre confortoit douce- ment ses gens; ET comment le roi DE FrANGE OR- DONNA SES batailles^ et gomment là journée se
PASSA SANS bataille.
Quand les Anglois , les Allemands , les Brabançons et tous leurs alliés furent ordonnés, ainsi que vous avez ouï) et chacun sire mis et arrêté dessous sa bannière, ainsi que commandé fut de par les maré- chaux, adonc monta le roi Anglois sur un petit pa- lefroi moult bien ambiant (allant Pamble) accompa- gné tant seulement de messire Robert d'Artois, de messke Regnault de Cobham et de messire Gautier de Maunj, et chevaucha devant toutes les batailles et prioit moult doucement aux seigneurs et aux compagnons qu'ils lui voulussent aider à ge^rder son honneur^ et chacun lui enconvenançoiL Après ce il s'en revint en sa bataille et se mit en ordonnance, ainsi qu'U appartenoit, et fit commander que nul n'allât ni se mît devant les bannières des maré- chaux. Or vous recorderons l'ordonnance du roi de France et de ses batailles, qui furent grandes et bien étoffées, et vous en parlerons aussi bien que nous avons fait de celle des Anglois.
Il est bien vérité que le roi de France avoit si grand peuple et tant de nobles et de chevalerie que ce seroit merveilles à recorder; car ainsi que j'ai ouï
^7*
\
îi6o LES CHRONIQUES (iSSq)
dire à ceux qui y furent et qui les avisèrent tous armés et ordonnés sur les champs, ilj eut onze vingt et sept bannières, cinq cent et soixante pen- nons, quatre rois et six ducs, et trente six comtes, et plus de quatre mille chevaliers , et de communes de France plus de soixante mille. Les rois qiii étoient avec le roi de France étoient le roi de Bo- hême, le roi de Navarre, et le roi David d'Ecosse j les ducs, le duc de Normandie, le duc de Bourgogne, le duc de Bretagne, le duc de Bourbon, le duc de Lorraine, le duc d'Athènes. Les comtes, le conle d^Alençon frère au roi de France, le comte de Flan- dre, lé comte de Hainaut, le comte de Blois,Ie. romte de Bar, le comte de Forez, le comte dé Foixjle romte d'Armagnac, le comte Dauphin d'Auvergne» le comte de Joinville, le comte d'Étampes, le comte de Vendôme, le comte de Harcourt, le comte de SaintP6l,le comte deGhines,le comte de Boulogne, IecomtedeRoussy,le comtede Dampmartin,lecomte de Valentinois, le comte d'Auxerre, le comte de San- cerre, le comte de Genève, le comte de Dreux j et de cette Gascogne et de Languedoc tant de comtes et de vicomtes que ce seroit un detrj (retard) à recor- der. Certes c'étoit très grand'beauté que de voir sur les champs bannières et pennons ventiler, chevaux couverts, chevahers et écuyers armés si très nette- ment que rien n'y avoit à ramender ; et ordonnèrent les François trois grosses batailles et mirent en cha- cune quinze mille hommes d'armes et vingt mille hommes à pied. Si se peut et doit-on grandement émerveiller comment si belles gens d'armes se pu-
(i359) DE JEAN FROISSART. a6i
rent partir sans bataille. Mais les François n'étoient point d'accord , ainçois (mais) en dîsoit chacun son opinion , et disoient par estrif (dispute) que ce seroit grand'honte et grand défaut si le roi ne se combattoit, quand il savoit que ses ennemis étoient si près de lui en son pays rangés et en pleins champs , et les avoit suivis en intention de combat- tre à eux. Lés aucuns des autres disoient à rencon- tre que ce seroit grand'folie s'il se combattoit, car il ne savoit que chacun pensoit, ni si point trahison y avoit: car si fortune lui étoit contraire, il mettoit son royaume en aventure de perdre, et si il décon- fisoit ses ennemis, pour ce n'aurôitrilmie le royaume d'Angleterre, ni les terres des seigneurs de l'Em- pire,, qui avec le roi Anglois étoient alliés. Ainsi estrivant (dissertant) et débattant sur ces diverses opinions le jour passa jusques à grand midi Environ petite nonne, un lièvre s'envint trépassant parmi les champs, et se bouta entre les François, dont ceux qui le virent commencèrent à crier et à huier(appe<^ 1er) et à faire grand haro^ de quoi ceux qui étoient derrière cuidoient que ceux de devant se combattis- sent j et les plusieurs qui se tenoienten leurs batail- les rangés fesoient autel (autant): si mirent les plu- sieurs leurs bassinets en leurs têtes et prirent leurs glaives. Lay fut fait plusieurs nouveaux chevaliers; et par spécial le comte de Hainaut en fit quatorze, qu'on nomma depuis les Chevaliers Du Lièvre.
En cet état se tinrent les batailles ce vendredi tout le jour, et sans eux émouvoir, fors par la ma- nière que j'ai dit Avec tout ce et les estrifs (débats)
26a LES CHRONIQUES (îSSg)
qui étoient au conseil du roi de France, furent ap- portées en Tost lettres et recommandations au roi de France et à son conseil de par le roi Robert de Sicile^*^ , le<juel roi Rob(ert,si comme on disoit^étoit un grand astronomien et pl^in de grand'prudence. Si a voit par plusieurs fois jeté ses sorts s\it Pétat et aventures du roi de France et du roi d'Angleterre, et avoit trouvé en l'astrologie et par expérience que si le roi de France se combattoit au roi d'Angleterre, il convenoit qu'il fut déconfit Donc, il, comme roi plein de grand'connoissance, et qui doutoit (crai- gnoit) ce péril et le dommage du roi de France son cousin 3 avoit envoyé jà de long temps moult soi- gneusement lettres et épitres au roi Philippe et à son conseil, que nullement ils ne se combattissent contre les Anglois là où le corps d'Edouard fut pré- sent: pour quoi cette doute (crainte) et les descrip- tions que le roi de Sicile en faisoit, detrioit (décou^ rageoit) grandement plusieurs seigneurs du dit royaume; et mêmement le roi Philippe en étoit tout informé. Mais nonobstant ce que on lui dit et mon- tra par belles raisons et les défenses et les doutes du roi Robert de Sicile son cher cousin, si étoit-il en grand'volonté et en bon désir de combattre ses enne- mis : mais il fut tant detrié (différé) que la journée passa sans bataille et se retraist (retira) chacun en son logis ^'\ Quand le comte deHainautvît qu'on ne
(i) Robert comte de Ptoyence et roi de Naples. J. A. B.
(a) Les Chroniques de France nous apprennent quelles furent, outre les lettres du roi de Sicile, les raisons qui empêchèrent de combattre; elles en spécifient quatre: « la première cause, pour ce quHl était vendredi;
(iS59) DE JEAN FROISSART. ^63
se combattroit point, il se partit, et toutes ses g^s, et s*en vint ce soir arrière au Quesnojf. Et le roi An- glois, le duc de Brabant et les autres .seigneurs se mirent au retour, et firent charger et trousser tous leurs hamois, et vinrent gésir (coucher) ce vpn- dredi î'^ près d' Avesnes en Hainaut et là environ j et lendemain ils prirent tous congé l'un a l'autre et se départirent les Allemands et les Brabançons, et s'en ralla chacun en son lieu. Si revint le roi Anglois en Brabant ^'^ avec le duc de Brabant son cousin. Or vous parlerons du roi de France comment il per- sévéra.
CHAPITRE XCIV.
Commbut le roi de France donna congé a ses gens
d'armes , ET COMMENT IL ENVOYA GENS D^ARMES A TouRNAY en garnison ET ES VILLES MARCHISSANTS
(limitrophes) a l'empire.
V^E vendredi que les François et les Anglois furent ainsi ordonnés pour batailler àBuironfosse, quand ce
»la seconde ëtoit, car lui (le roi) ni ses chevaux n^ayoient bu ni » mange; la tierce cause» car lui et son ost avoîent chevauche cinq «lieues sans boire ni manger; la quarte cause, pour la difficulté d*un » pas qui étoit entre lui et ses ennemis. » {Chron, de Fr. uhi sup. Chap. 17.) Le rëoil 'du continuateur de Nangis est parfaitement sem- blable k celui des Chroniques. (Spicileg, T. 3. P. ici.) J. D.
(i) Le roi d^ Angleterre dit positivement dans sa lettre qu^il ne se re- tira vers Avesnes que le samedi, après être resté une partie du jour en bataille. J. D.
(a) Edouard éloit de-relour k Bruxelles le premier novembre. (Voy. ci- dessus la date de sa lettre. ") J. P.
Vl6\ les chroniques (i559)
vint après nonne (in)di)4e roi Philippe retourna en $onlogiS)tout€ourroucé pouftant(attendu)que laba- taille n'étoit point adressée ; mais ceux de son conseil le rapaisèrent et lui dirent ainsi que noblement et vassalment(vaillamment) il s'y étoit porté j car il avoit hardiment poursuivi ses ennemis et tant fait qu'il les avoit toutes iHp's du royaume, et que il convenoit le roi Anglois faire moult de telles chevauchées ainçois (avant) qu'il eut conquis le royaume. Le samedi '^'^ au matin donna le roi congé à toutes manières de gens d'armes,à ducs,comtes,barons,chevaliers,et réméré
(i)SnîyaQt Fauteur anonyme delachroni^e de Flandre P« i^B, |e roi de France franchit ce samedi avec son armée un passage di^U cile qui le sëparoit du roi d^Angleterre, alla occuper le camp que ce prince ayoit abandonné, y demeura deux jours entieft, et retourna ensuite k SL-Quentin où il licencia son armée. Ce récit s^accorde très bien ayec ce que dit Edouard dans sa lettre, qu'*aussit6t qu'ail fut sorjti de son camp, Philippe voulant se poster plus avantageusement traversa un marais d^où un grai^d nombre de ses chevaliers eurent beaucoup de peine k se dégager. Le passage du chroniqueur est en même temps un très bon commentaire pour cet article de la lettre d^Ëdouard qu{ na pas voulu dire que. ce malais le mettoit k couvert de toute attaque de la part de Philippe, parce qulK lui étoit impossible de le passer k la vue d^une armée ennemie, et que le poste avantageux que ce prmce vouloit occuper étoit le camp même que Parmée angloîse venoit de quitlter. Il est très probable que ia position qu^Édouard avoit su prçib- dre fut la priacipale cause qui empêcha Philippe de le combattre. Malgré les efibrts que faille prince Ânglois.pour dissimuler dans sa let* tre le peu de désir quUl avoit d^en venir aux mains avec son ennemi, cette intention perce par tout% sa marche depuis Papproebe des Fran« çois n^ est k proprement parler. qu'aune retraite dirigée par ta prudence^ Mais le préjugé du temps n^admettoit pas, en fait de guerre, cette supériorité; iifalloit pour acquérir de la gloire se montrer plus hardi, p]u& téméraire que son ennemi; voi& pourquoi Edouard met toujours en avaAt dans cette lettre et dans plusieurs autres du même genre, le désir qu^ il ayoit de combattre et le refus de son adversaire, et ne vent pas convenir qu** il s^ëtoit posté de manière qu^on ne pouyoit Pattaqner «ans 8exro^-era une défaite certaine.. J. D»
{î339) ^ T!E JEAN FROISSART, 26^
cia les chefs des seigneurs moult eourtoisement » quand si appareillement ilsFétoient venu servir. Ainsi se défit et ronipit cette grosse chevauchée. Si se retraist (retira) chacttXk en son lieu : le roi de France s'en revint à Saint-Quentin; et là ordonna-t-il une grand'partie de ses besognes, et envoya gens d'armes par ses garnisons , spécialement à Touruay ,à Lille , M Pouay etàtoutesies villes marchissants (limitrophes) sur l'empire et envoya dedans Tournay messire Go* demar du Fay souverain capitaine et garde de tout le pays d'environ, messire Edouard de Beaujçu de-* dans Mortagne. Et quand il eut ordonné une par- tie de ses besognes à son entente (intention) et à sa plaisance, il se retraist (retira) devers Paris.
CHAPITRE XCV.
COMMEUT LE ROI dAhgLETERRE TINT US GRAND PARLE- MENT A BrTJXI&LLES} 3BT DE LA REQUETE QU'lL Y FIT
AUX Flamands. *
Or parlerons-nous un petit du roiAnglois, et com- ment il persévéra en avant. Depuis qu'il fut parti de la Flamengerie et revenu en Brabant il s'en vint droità Bruxelles : là le reconvoyèrent (accompagnè- rent) le duc de Gueldres, le marquis de Juliers, le- marquis de Brandebourg, le comte deMons, messire Jean de Hainaut, le sire de Fauquemont et tous les barons de Fempire, qui s'étoient alliés à lui; car ils vouloient aviser Vun contre l'autre comment ils se
266 tJES CHRONIQUES (iSSg)
maintiendroientde cette guerre où ils s'étoient bou- tés. Et pour avoir certaine expédition , ils ordonnèrent un grand parlement à être en la dite ville de Bruxel- les et y fut prié et mandé Jacques d'Artevelle, lequel y vint liement et en grand arroy , et amena aveclui tous les conseils des villes de Flandre. A ce parle- ment qui futà Bruxelles ^'^ eut plusieurs paroles dites et devisées j et me semble, à ce qui m'en fut recordé, que le roi Anglois fut si conseilléde ses amis deFEm- pii'e qu'il fit une requête à ceux de Flandre qu'ils lui voulussent aider à parmaintenir sa guerre, et défier le roi de France, et aller avec lui partout où il les voudroit mener jet si ils vouloient il leur aidéroit à recouvrer Xille, Douay,et Béthune. Cette parole entendirent les Flamands volontiers j mais de la re- quête que le roi leur faisoit demandèrent-ils à avoir copseil entre eux tant seulement, et tantôt répon- dre. Le roi leur accorda. Si se conseillèrent à grand loisir; et quand ils se furent conseillés, ils répondi- rent et dirent: «Cber sire, autrefois nous àvez-vous faîl telles requêtes, et sachez voirement (vraiment) que si nous le pouvions nullement faire par notre honneur et notre foi garder, nous le iFerionsj mais nous sommes obligés par foi et serment et sut deux millions de florins à la chambre du pape, que nous ne pouvons émouvoir guerre au roi de France, qui-
(i)On avuci-dessusklafîn de la lettre d^Édouard que tous ses ailles deroient s^assembler k Anyers le lendemain de la St. Martin. Peut-^tre que le lien de rassemblée fut changé, ou b!en qu^on s^assem- bla d'abord k BruxeUes et ensuite k Anyers: peut-être aussi Froissart ft'est-il trompé. J.D.
(i339) I^E JEAN FROISSART. 267
conque ce soit, sans être encourus en cette somme, et échoir en sentence d'excommuniement j mais si vous voulez faire une chose que nous vous dirons, vous y pourverriez bien de remède et de conseil, c'est que Vous veuilliez en charger les armes de France et équarteler d'Angleterre , et vous appeler roi de France , et nous vous tiendrons pour droit roi de France, et obéirons à vous comme au roi de France, et vous de- manderons quittance de notre foi , et vousla nous don- nerez comme roi de France: par ainsi serons-nous absous et dispensés, et irons partout là où voudrez et ordonnerez. »
CHAPITRE XCyi.
Comment le roi b'Âsgleterre enci^argea les armes
ET LE NOM DE ROI DE FrANCE PAR l'eWWORTEMEHT DES
Flamands.
wuAND le roi Anglois eut ouï ce point et la requête des Flamands , il eut besoin d'avoir bon conseil et leur avis, car pesant lui étoit de prendre le nom et les armes de ce dont il n'avoit encore rien conquis j et ne savoit quelle chose l'en aviendroit, ni si conquérir le pourroit. Et d'autre part il refusoit enuis(avec peine) le confort et aide des Flamands, qui plus le pouvoient aider à sa besogne que tout le remenant (reste) du siècle. Si se conseilla ledit roi au duc de Brabant 9 au duc de Gueldres , au marquis de Juhers , à messire Jean de Hainaut, à messire Robert d'Artois et à ses
a68 LES CHRONIQUES (i54o;
plus secrets et spéciaui^ amis: si que finalement tout pesé, le bien contre le mal, il répondit aux Flamands, par Finfounation des seigneurs dessus dits, que si ils lui vouloient jurer et sceller qu'ils lui aideroient à parmaintenir sa guerre, il emprendroit tout ce de bonne volonté et aussi il leur aideroit à ravoir Lille , Douay et Béthune. Et ils répondirent: « Oil ^'^» Donc fut pris et assigné un certain jour à êtreàGand^ le- quel jour se tint, et y fut le roi d'Angleterre et la plus grand' partie des seigneurs de l'empire dessus nommés alliés aveclui; et là furent tous les conseils de Flandre généralement et spécialement Là furent toutes les paroles au devant dites relatées et propo- sées, entendues , accordées, écrites et scellées j et encbargea le roi d'Angleterre les armes de France et les équartela d'Angleterre; et en prit en avant le nom de roi de France j et l'obtint tant qu'il le laissa par certaine composition , ainsi que vous orrez en avant recorder en cette histoire.
(i) Ceci dnt se passer au commencement de janvier i34o. Le pou- voir donne par Edouard k Guillaume de Montagu, comte de Salisl>ury, k Henri de Ferrers son chambellan et k Geoffroi de Scrop cheyalier, pour conclure en sou nom un traite d^aJIiance ayec les Flamands, à coo» dit] on qu^ils le reconnoltroient pour roi de France, est daté du 4 du même mois de janvier. (Rymer, T. a. Part. 4- T. 62). Il en prit bient6t le litre dans les actes publics; on en trouve un du 26 de ce mois, qui est date de la première année de son régne en France. (Rymer, lùiJ^ P. 63), Le 8 février suivant il notifia k tous les François le droit qu'il prétendoit avoir k la couronne de France, les invitant k le reconnoltre pour leur souverain, k l'exemple des Flamands; et il publia en même temps un manifeste dans lequel il essaye de justifier les motifs qui Pont déterminé k prendre le titre de roi de France et k revendiquer I« royaume sur Philippe de Valois. (Rymer, lùid. P. 64. 65.66.) T. D.
,i54o) DE JEAN FROISSART* aOg
CHAPITRE XCVII.
ClOMMEST LE ROI EdOUARD s'eW RETOURNA EW ANGLE- TERRE ET LAISSA POUR GARDER FlANDAE LE COMTE DE
Salisbury et le comte de Suffolk.
A. CE parlement qui fut à Gand, eut plusieurs paro- les dites et retournées; et conseillèrent adonclei^ sei- gneurs que sur l'été qui reviendroit, ils feroient très grand'guerre en France j et proposèrent et encon- venancèrent ensemble qu'ils assiégeroient la cité de Tou rnay. De ce furent les Flamands r éj ouis , car il leur sembla qu'ils Seroient forts et puissants assez pour la conquerre(conquérir) j etsi elle étoit conquise et en la seigneurie du roi Anglois, de legier (aisément) ils conquerroiènt et recouvreroient Lille, Dpuay et Bétbune et toutes les appartenances qui doivent être tenues de la comté de Flandre. Encore fut là pro- posé et regardé entre ces seigneurs et les conseils des bonnes villes de Flandre et de Brabant, qu'il leur viendroit trop grandement à point que le pays et le comté de Hainaut voulussent être à ce parlement Mais le comte s'excusa si bellement et si sagement que le roi d'Angleterre et tous les seigneurs s'en tinrent pour contents. Ainsi demeura la chose sur cet éèat^ et s'en départirentles seigneurs, et s'en retournèrent chacun en son lieu et en son pays. Et le roi Anglois prit congé de son cousin le duc de Brabant, et s'en revint à Anvers. Madame la reine sa femme demeura
270 LES CHRONIQUES (i54o)
à Gand, et tout son hôtel, qui souvent étoit visité et conforté d'Artevelle, des seigneurs, des dames et des demoiselles de Gand. Assez tôt après fut la navie (flotte) du roiAnglois appareillée sur lehâvre d'Anvers: si monta là en mer et la plus grand'partie de ses gens, en espérance de retourner en Angle- terre, et de visiter le pays. Mais il laissa au pays de Flandre deux comtes , sages chevaliers et vaillants du- rement, pour tenir à amour les Flamands, et pour mieux montrer que leurs besognes étoient siennes. Ce furent messire Guillaume deMontagu comte de SaUs- bury, et le comte de Suffolk^'l Cils s'en vinrent en la ville d' Ypres et tinrent là leur garnison et guerroyè- rent tout rhiver moult forment (fortement) ceux de Lille et de là environ. Et le roi Angloj^ nagea (navi- gua) tant par mer qu'il arriva à Londres, environ la Saint André ^'^j où il fut moult çonjoui de ceux de son pays qui désiroient sa venue j car il n'y avoit été de long temps. Si vinrent à lui les plaintes de la destruction que les Normands et les Picards avoient faite de la bonne ville de Hantonne (Southampton.)
(i) Ce récit n^est pas tout k fait exact. Edouard, pour faire consentir le duc de Brabant a son passage en Angleterre, s^engagea par des lettres datées d^An^ers le 4 décembre i339, k revenir en Flandre k la fête de St. Jean-Baptiste de Tannée suivante i34o, et k laisser pour otages de son retour Henri de Lanças tre comte de Derby et'Guillaume deMontagu comte deSalisbury. Il promit de plus qu'eau dimanche de la mi-carême de la même année les comtes de Northampton et de Siifl^ vieu- droient se joindre aux deux autres otages. (Rymer ubi sup. P. 57 et 58.) J. D.
(a) Celte date est fausse: suivant le Mémorandum rapporté par Ry- mer {ubi attp. P. 69.), Edouard débarqua en Angleterre le 31 février i34o> et se rendit le même jour k Westminster. J. D.
(i54o) DE JEAN FROISSART. 271
Si fut le roi Anglois moult courroucé de la désolation de ses gens; cefut bien raison j mais il les rapaisa au plus beîqu'ilput, et leur dit que s'il venoità tour ^'\ qu'il leur feroit cher comparer (acheter), ainsi qu'il fit en cette année mêmement, si comme vous orrez recorder ayant en l'histoire.
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CHAPITRE XCVIII.
COMMEHT MESSIRE HuGUÇS QuiERET ET SES COMPÀGNOlfS
conquirent grand avoir en angleterre et la grand'nef qui s*appeloit Christophe; et comment
LE ROI COMMANDA COURIR ET ARDOIR (iNCENDÏER^ LA TERRE DE MESSIRE JeAN DE HaiNAUT.
m
Or vous conterons du roi Philippe de France qui étoitretraist (retiré) vers Paris, et avoit'donné congé à tout son grand ost (armée), et fit durement ren- forcer sa grosse navie (flotte) qu'il tenoit. sur mer, dont messire Hugues Quieret, Bahuchet et Barbe- vaireétoient capitaines et souverains. Et tenoient ces trois maîtres écumeurs grand' foison de soudgyers (soldats) Génois, Normands, Picards et Bretons j et firent en cet hiver plusieurs dommagesaux Anglois , et venoient souvent courir jusques à Douvres et à Sand- wich , à Winçhelsee, à Rje et là environ sur les côtes d'Angleterre j et les ressoingnoient (redoutoient) du- rement les Anglois, car cils (ceux-ci) étoient si forts
( i) Cela veut dire : si son tour venoit. T. D.
n
171 LES C3aŒlONlQUES (t54o)
sùrmerqueplusdequaranie mille soudoyers(soldats) étoient^n leur compagnie j etne pouvoit nul issir(sor- tir), ni partir d'Angleterre, qu'il ne fut vu et sçu, et puis pillé et robe (volé) 5 et tout mettaient à mort Si conquirent ces dits mariniers a^j roi de France en cet hiver maint grand pillage, et par spécial ils conqui- rent la belle grosse nef qui s'appeloit Christophe -'^ , toute chargée d'avoir et de laines que les Anglois amenoient en Flandre» laquelle nefavoit coûté moult d'avoir au roi Anglois à faire faire: mais ses gens la perdirent sur ces Normands, et furent tous mis à mort ;e t en firent depuis les François maint parlement , commeceuxqui furent gtandementréjouis dececon- quêt Encore subtilloit et imaginoit le roi de France nuit et jour comment il se pourroit venger de ses ennemis, et pai' spécial de messire Jean de Hainaut qui lui avoit fait, si comme il et oit informé, plusieurs dépits, comme amener le roi Anglois en Çambrésiset euThierasche et ars (incendié) tout le pays. Si escripst (écrivit) et manda le roi à messire Jean deBeaumont seigneur de Vervins ^*\ au vidame de Châlons^^\ à messire Jean de Bove ^^\ à messire Jean et k mesure
(t)LesClironi({ues et le coniinaateur de NaUgis plaCeatcet éyénement sous Tannée i338« Suiyant leur récif, les François prirent deux ne/s on grandes barques appartenant k Edouard , nommées Tune Ldot4arde, V ai>« iraChristophejLjQ combat dura près d'^un jour entier et ooiita la vie k plus de mille Anglois; la perte des François fut beaucoup moins Considérable^ ( Chrort, de Fr, ckap, i6é Coiuin, Nangé Dachery , Spiet'LT, 3. P. lo i^ J «D.
(2) Froissart yeut probablement parler àp Jean de Coucy, dit de Veryins, seigneur de Boomont ou Bolmont* (Voj. duGhesne, GénéaU de Guines, P. a4^.W. t).
(3)Layidamie de Cbâlons appartenoit k la maison de Ghatillon^ (Voj. Vhisi. i^ég, de cette mais* par du Chesne.) J. II.
(4) Ce Jean de Bovc paroit être de la f)remièrc maison de Cou«y^
{i34o) DE JEAN FROISSART. • 173
.r
Gérard de Loré que ils missent une chevauchée et armée de compagnons surs, et entrassent en la terre de messire Jean de Hainaut, et l'ardissent (brûlas- sent) sans déport (délai). ^'^
Les dessus dits obéirent au mandement du roij de ce fut raison j et se cueillirent secrètement, tant qu'ils furent bien cinq cents armures de fer, et vinrent une matinée devant la ville de Chimay et cueillirent toute la proie, dont ils en y trouvèrent grand' foi- son j caries gens du pays ne s'en donnoient garde et ne cuidassent (croyoient) que les Français dus- sent passer si avant , ni chevaucher outre les bois de Thiérasche. Mais si firent, et ardirent (incendiè- rent tousles faubourgs deChimay, etgrand'foisonde villages là environ, et presque toute la terre de Chi may, excepté les forteresses j et puis se retrairent (retirèrent) en Aubenton enThiérasïche,etlà départi- rent-ils leur pillage et leur butin. Ces nouvelles et ces complaintes en vinrent à messire Jean de Hai- naut, qui se tenoit adonc àMons en Hainaut, de-lez (près) le comte son neveu, si en futdufement cour- roucé j ce fut bien raison j et aussi fut le comte son neveu, car son oncle tenoit cette lettre de lui: néan- moins ils s'en souffrirent tant qu'à présent, et n'en montrè>ent nul semblant de contre venger au royau- me de France.
Avec ces dépits il avint que les soudoyers (soldats)
dont le nom originaire ëtoit Boues, (Du Ghesne, Gènes de Coucjr^ Guines Voyez.?. 189.)!. D.
(1) Les imprimes abrègent considérablement le récit de la surpiise de Chimay. J. D.
FROISSART. T. I. l8
iî74 • LES CHRONIQUES (i34o)
qui se tenoient en la cité de^Cambray issirent (sorti- rent) hors de Cambray , et vinrent à une petite forte maison dehors Gambray ,qui s'appeloitRelengues, la- quelle étoità messire JeandeHainaut,etlagardoit un sien fils bâtard qu'on appeloit messire Jean le bâ- tard j et pouvoient être avec lui environ vingt cinq compagnons. Si furent assaillis un jour tout le jour; mais trop bien se défendirent: au soir ceux deCam- bray se retrairent (retirèrent) en leur cité, qui mena- cèrent à leur département (sortie) grandement ceux de Relengues i et dirent bien que jamais n'enten- dr oient à autre chose si les auroient conquis et la maison abattue. Sur ces paroles les compagnons de Relengues s'avisèrent, et regardèrent la nuit qu'ils • n'étoient mie assez forts pour eux tenir contre ceux de Cambray, puisqu'ils les vouloient ainsi accueillir j car avec tout ce qui bien les ébahissoit , il avoit si fort gelé qu'on pouvoit bien venir jusques aux murs sur les fossés tousengelés. Si eurent conseil qu'ils se partiroient, ainsi qu'ils firent j et troussèrent tout ce qui étoit l^r, et vuidèrent environ minuit et boutè- rent le feu dedans Relengues. A lendemain au matin ceux de Cambray. là vinrent parardoir (incendier) et abattre j et messire Jean le bâtard et ses compa- gnons s'envinrent à Valenciennes et puis ilj se dé- partirent et s'en ralla chacun en son lieu. Et ainsi alla-t-il de la maison monseigneur Jean de Hainaut qui en fut durement courroucé.
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(i34o) DE JEAN FROISSART. 275
CHAPITRE XCIX
• *
Comment ceux de Cambra y et ceux de Thu» l'Eve -
QUE SE CO MB ATTIRENT DUREMENT, ET FURENT CEUX DB ThUN l'EvEQUB déconfits, et LEUR CAPITAINE NAVRÉ A MORT.
V ous avez ci-dessus bren ouï recorder comment mes- ' sire Gautier de Mauny prit par prouesse et par fait d'armes le châtel deThun rÉvêque,et y mit dedans en garnison un sien frère que moult aimoit, qu'on appeloit messire Gille ditGrignard de Mauny , et un certain nombre de compagnons aventureux avec lui. Cil (celui ci) faisoit mainte saillie (sortie) et mainte envaie (incursion) sur ceux de Cambray , et leur portoit plusieurs détourbiers (dommages) et couroit presque tous les jours devant leurs barrières. En cet état et cette doute(crainte) les tint-il un grand temps , et tant que il avint que un jour moult matin il étoit parti de sa garnison de Thun, environ six vingt ar- mures de fer en sa compagnie, et s'en vinrent cou- rir devant Cambray, et jusques aux barrières. La noise (bruit) et le barp monta, et tant que plusieurs gens en furent effrayés; et s'arma chacun qui mieux mieux, et montèrent à cheval ceux qui avoient che- vaux, et vinrent à la porte où l'escarmoucKe étoit et où messire Gille de Mauny avoit rebouté ceux de Cambray. Si issit (sortit) chacun qui mieux mieux contre les ennemis. Entre'les Cambrésiens avoit un jeune châtelain appert (expert) homme d'armes du-
18*
276 LES CHRONIQUES (iSJ©)
rement , et étoit gascon ,* et s'appeloit Guillaume Marchant: si se mit hors aux champs monté sur un bon coursier,la targe ^'^ au col, le glaive au poing, et armé de toutes pièces. Si éperonna tout devanl de grand courage j et m^ssire Gille de Mauny le vit ve- nant vers lui , qui ne désiroit autre chose que la . joute: si en fut tout joyeux et éperonna aussi moult roidement vers lui. Si se consuirent (s'atteignirent) deleurs glaives sans épargner Fun Pautre nullement j donc ainsi chey (arriva)* à messire Guillaume Mar- chant qu'il atteignit messire Gille de Mauny si roir dement^qu'il lui perça la targe de son glaive et toutes ses armures, et lui mit le glaive de-lez (près) le cœur, et lui fit passer le fer de l'autre côté, et l'abattit jus (à bas) de son^cheval, navré à mort. De cette joute furent ses compagnons moult ébahis , et ceux de Càmbray trop réjouis. Si se recueilUrenttousensem-. ble:là eut, je vous dis, de première venue, très bons poingneis (combats) et forts, et plusieurs des uns et des autres renversés par terre, et maintes appertises d*armes faites. Finalement ceux deCambray obtin- rent la place et reboutèrent (repoussèrent) leurs en- nemis, et en navrèrent (blessèrent) et méhaignèrent (maltraitèrent) aucuns, et les chassèrent bien avant et retinrent messire Grignard de Mauny , ainsi navré (blessé) qu'il étoit, et l'emportèrent en Cambray, à (avec) grand'joie, pt le firent tantôt désarmer et re- garder à sa plaie et bien mettre à point j et eussent volontiers vu qu'il fut réchappé de ce péril ^ mais il
(i) Espèce de bouclier ainsi nommé parce qu'il étoit recouvert de cuir bouilli , Tergum, T. A . B.
Cr54o) DE JEAN FROISSART. -277
ne put, ainçois (mais) mourut dedans le second jour après.
Quand il fut mort^ ils regardèrent qu'il en étoit bon à faire: si eurent conseil que le corps ils ren- verroient devers ses deux frères Jean et Thierry ^qui se tenoient adonc eu la garnison de Bouchain en Ostrevant. Car combien que le pays de Hainaut ne fut point en guerre, si se tenoient les frontières de France toutes closes et sur leur garde. Si ordonnè- rent adonc un sarcueU (cercueil) ^LSse^ honorable, et le mirent dedans, et le recommandèrent à deux frères mineurs, et envoyèrent le corps messire Gri- gnard de Mauny à ses deux frères Jean et Thierry,
qui le reçurent à grand'douleur. Depuis ils le firent porter aux Cordeliersà Valenciennes, et là fut-il en- seveli.
Après ces ordonnances , les deux frères de Mauny s'en vinrent loger au châtel de Thun FÉvêque que leur frère avoit un grand temps tenu, et firent forte guerre à ceux de la cité de Gambray , en contreven- geant la mort de leur frère.
CHAPITRE G
Comment le roi de France donna congé a ceux de CambrAyde faire guerre Au comte de Hainaut et
COMMENT ILS PRIRENT LA VILLE DE HaspRE ET l'ar- DIRENT (incendièrent) TOUTE ET PILLÈRENT.
Vous devez savoir qu'en ce temps, de par le roi Philippe de France, étoit messire Godemar du Fay
278 LIS CHRONIQUES Ci54o)
tout capitaine delà cité deTournay et deTournesis et des forteresses environ. Et adonc aussi étoit le sire de Beaujeu dedans Mortagne sur Escaut, le séné- chal de Carcassonne ^'^ en la ville de Saint Amand , messire Ainrery de Poitiers en Douay , messire le Gallois de la Beaume, k sire de Villiers,le maré^ clial de Mirepoix ^'^ , le sire de Moreuil en la cité de Cambray j et ne désiroient ces chevaliers et ces sou- doyers (soldats) de par le roi de France autre chose, fors que ils pussent courir en Hainaut, pour piller et gagner, et pour le pays mettre en guei-re. Aussi révéquedeCambray , messire GuiHaumed'Ausonne,. y rendoit grand^peine, et étoit tout coi à Paris de-lez (près) le roi de France , et se complaignoit à lui , quand il chéoit(tomboit)à point, trop amèrement des Hai- nuyers ; et 3isoit que les Hainuyers lui avoient fait plus de contraire et de dommages , ars (brûlé) ^ couru et pillé son pays, que nul autre. Siseportèrent adonc tellement les besognes , et fut le roi si dur conseillé sur son neveu le comte de Hainaut et sur ses gens , que les soudoyers de Cambrésîs eurent congé et accord d'entrer en Hainaut, et d'y faire aucune envaye (invasion) ou chevauchée, au dom- mage du pays. Quand ces nouvelles furent venues à
(i ) Hugues de la Boque etoit sénéchal de Carcassonne en cette an- née. {Hist. de Carcaisonne par le P. Bouges, P. 488.) J. D.
(si) Jean de Leyis II du nom, appelé maréchal de Mirepoix, ou maréchal de la Foy, titre deyenu héréditaire aux ain^s de sa maison depuis Guy Itr^ qui fut maréchal de Parmée des Croisés conlre les Al- bigeois» sous le comte de Montfort, et devint possesseur de la teiTe de Mirepoix en Languedoc. (JffisL généaL de la mais^ de Fr. T. 4- P. ii.)J. D.
(i34o) DE JEAN FROISSART. 279
ceux, qui dedans les garnisons de Cambrésis se te- noient, si en furent moult joyeux, etmiient sus une chevauchée de six cents armures de fer. Et se par- tirent un samedi, après jour faillant, de Cambray, ceux qui ordonnésy étoient^ et aussi à cette heure, ceux du Castel en Cambrésis (Cateau-Cambresis) et ceux de la Malemaison ; et se trouvèrent tous sur les champs j et vinrent en la ville de Haspre , qui lors étoit une bonne ville et grosse et bien fossoyée, mais point n'étoit fermée; et si n'étoient les gens en au- cune doute (crainte), car on ne les avoit point avisés ni ascriés (avertis) de nulle guerre. Si entrèrent les François dedans , et trouvèrent les gens, hommes et femmes^ en leurs hôtels: si les prirent à leur volonté, et tout le leur, or et argent, draps et j.oyaux,et leurs bêtes; et puis boutèrent le feu en la ville et Far dirent (brûlèrent) si nettement que rien n^y de- meura , fors les parois (muraiUes).
Dedans Haspre a une prévoté (prieuré) de moi- nes noirs, et grands édifices avec le moutier, qui se tient de SaintYastd^Arr as, que pillèrent les François et r obèrent (volèrent) ; et puis boutèrent le feu dedans et l'ardirent moult vilainement Quand ilseurent fait leur volonté ,ils chargèrent tout leur pillage , et chassè- rent devant eux, et s'en retournèrent àCambray. Ces nouvelles furent tantôt sçuesàValenciennes; e{ pro- prement elles vinrent jusques au comte Guillaume de Hainaut^qui se dormoit en son hôtel, que on dit la Salle. Si se leva, vêtit et arma moult appertement, et fit réveiller toutes ses gens, dont il n'avoit mie grand'foison de-lez (près) lui, fors tant seulement
aSo LES CHRONIQUES {i54c»)
son sénéclial, messire Girard de Werchin, messire Henry d'Antomg,messire Henry de Hufialise,mes- sire Thierry deWallecourt, le seigneur de Potelles, le seigneur de Floyon, et aucuns chevaliers qui se tenoientde-lez(près)lui, ainsi que tous gentils hom- mes se tiennent volontiers de-lez (près) leurs sei- gneurs; mais ils étoient tous couchés en leurs hô- tels. Si ne furent mie sitôt appareillés, armés, mon- tés à cheval, que le comte fut j car il n'attendit nul- lui (personne), ainçois (mais) s'envint au marché deTalenàennes, et fit sonner les cloches du Beffroy k volée. Si s'estourmirent (s'assemblèrent) toutes gens, s'armèrent et suirent (suivirent) leur seigneur à efibrt, qui s'étoit jà mis hors la ville, et chevau- choit roidement devers Haspre , en- grand'volonté de trouver ses ennemis.
Quand il eut chevauché environ une heure, nou- velleslui vinrent qu'il se travaiUoit envain,et que les François étoient retraits (retirés). Adonc se retraist (retira) le comte en l'abbaye de Fontenelles, qui étoit assez près de là, oii madame sa mère demeu- roit, qui fut toute ensoinnée (occupée) de le rappai- Mr,tant étoit échaufie et aire (irrité); et disoit bien que cette arsure de Haspre , il feroit temprement (bientôt) cher comparer (acheter) au royaume de France. Sa dame de mère lui accordoit tout ce qu'il disoit combien qu'elle eut volontiers de cette mé- prise excusé son frère le roi de France; mais néant, car le comte n'y vouloit entendre, et disoit: «il me faut regarder comment hâtivement ie me puisse venger de ce dépit que l'en (l'on) m'a fait, et autant
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(i34o) DE JEAN FROISSART. 281
ou plus ardoir (brûler) en France. Quand le comte de Hainaut eut été une espace à Fontenelles de-lez (près) madame sa mère, il prit congé, puis s'en par- tit et retourna à Valenciennesj et fit tantôt lettres écrire partout aux chevaliers et aux prélats de son pays , pour avoir conseil comment il se pouvoit che*- vir (tirer) de cette aventure j et mandoit par ses let- tres que tous fussent à Mons en Hainaut au certain jour qui assigné y étoit Ces nouvelles s'épandirent parmi le pays, et les sut moult tôt messire Jean de Hainaut, qui se tenoit à Beaumont, pensant et ima- ginant comment il pourroit aussi Parsure de sa terre de Chimay contrevenger. Si ne fut mie courroucé quand il ouït dire et recorder le grand déplaisil: que on avoit fait à son neveu le comte, et aussi en quel desdaing (déplaisir) il Tavoit prisj et ne le sentoit mie si souffrant (patient) qu'il voulsist (voulut) lon- guement souffrir cette vilenie. Si monta à cheval et vint au plutôt qu'ilput à Valenciennes,où il trouva le dit comte à la Salle: si se traist (rendit) vers lui^ ainsi que raison étoit
CHAPITRE CI.
Comment le comte de Hainaut assembla sow parle'- ment en la ville de mons et comment il envoya
DÉFIEa LE ROI DE FrANCE.
OitÔt que le comte de Hainaut sut son oncle venu ^ il vint contre li (lui) et lui dit: « Bel oncle, votre
iCiiilMI «'^
1
a8a LES CHRONIQUES (i34o)
guerre aux François est grandement embellie. »
« Sire, ce répondit le sire de Beaumont, Dieu en soit loué j de votre ennui et dommage serois-je tout cour- roucé^ mais' ceci me vient assez à plaisance j or avez- vous ceci de l'amour et du service des François que vous avez tout temps portés. Or nous faut faire une chevauchée sur France j regarder de quel côté. «Dit le comte: Vous dites voir (vrai), et si sera bien brièvement »
Si se tinrentdepuis^ne saisquans (combien) jours,, à Valenciennes: Et quand le jour du parlement, qui étoit assigné à Mons , fut venu , ils y furent: là fut tout le conseil du pays et aussi de Hollande et de Zé- lande. A ce parlement qui fut en la ville de Mous en Hainaut eut plusieurs paroles proposées et re- montrées; et vbuloient les aucuns des barons du pajs que on envoyât suffisants hommes devers le roi de France, à savoir si il avoit accordé ni con- senti à ardoir (brûler) en Hainaut, et envoyé les soudoyers (soldats) de Cambrésis en la terre du comte, ni à quel titre cils (ceux-ci) Pavoient fait, pourtant (attendu) qu'on n'avoit pointdéfié le comte ni le pays. Et les autres chevahersqui proposoient à rencontre vouloient tout le contraire, mais (pourvu) que on se contrevengeât en telle manière comme les François avoient encommencé.
Entre ces paroles des uns aux autres eut plu- sieurs détris (retards) , estrifs(discussions) et débats: mais finalement il fut regardé, tout considéré etima- giné , que le comte de Hainaut et le pays ne pouvoient nullement issir (sortir) de cette besogne, sansfaire
(i34o) DE JEAN FROISSART. 2r&3
guerre au royaume de France, tant pour Tàrsure (incendie) de la terre de Chimay, comme pour celle de Haspre. Si fut là ordonné que on défieroît le roi de France, et puis entreroit-on au royaume à effort* Et de porter ces défiances fut prié et chargé l'abbé deCrespy, qui pour le temps s'appeloit Thibaut ^*K Si fuient les lettres des défiances écrites et scellées du comte et de tous les barons et chevaÙers du pays. En après le dit comte remercia très grandement tous ses honneurs pour la bonne volonté dont il les vit^ car ils lui promirent confort et service en tous états. Je n'ai que faire de démener cette matière trop longuement L'abbé de Crespy se partit, et vint en France apporter au roi Philippe les défiances , qui n'en fit pas trop grand compte, et dit que son neveu étoit un fol outrageux , et qu'il marchand oit bien de faire ardre (brûler) tout son pays. L'abbé retourna arrière devers le comte et son conseil, et leur conta comment il avoit exploité, et les réponses que le roi en avoit faites. Assez tôt après le comte se pourvey (pourvut) de gens d'armés , et manda tous chevaliers et écuyers parmi son pays, et aussi en Brabantet en Flandre j et fît tant qu'il eut dix mille arihures de fer de bonne étbfie, tous à cheval. Si se partirent de Mous en Hainaut, et de là environ j et chevauchè- rent vers la terre de Ghimay : car l'intention du comte et de son oncle le seigneur de Beaumont étoit telle qu'ils iroientardoir (brûler) et essillier (ravager)
(i) Thibaud Gignos. {Gai/, Christiana, T. 3. Col. loi.) J. D.
3i84 LES CHRONIQUES (i34a)
la terre du seigneur de Veryins, et aussi Aubentont en Thiérascha
CHAPITRE CIL
Comment le comte de Hainaut s'envutt ATOtJi!*(AV£c)
SON OST DEVANT ÂUBENTON OU IL EUT MOULT DUR ASSAUT, ET GOMMENT LES HaINUTERS GAGNÈRENT LES^ BARRIERES^ •
Bien se doutoient(méfioient)ceux de la ville d'Au- ben ton ducomtede Hainaut et de son oncle : si le signi- fièrent au grand bailly de Vermandois qu'il leur voulsist (voulut) envoyer gens pour eux aider à tenir et défendre contre les Hainuyers, qui leur étoient trop prochains voisins: et bien leur convenoit qu'ils eussent avec eux bonnes gens d'armes j car leur ville n'étoit fermée que de palis. Dont le dit bailly y en-- voya bons chevaliers delà environ, premièifement le vidame de Châlons, messire Jean deBeaumont^ messireJean delà Bovej le seigneur de Loré et plu- sieurs Cintres. Si étoient les dessusdits chevaliers et leurs routes (troupes), où bien aVoit trois cents ar- mures de fer , mis dedans Aubenton , et la pensoient bien tenir contre les Hainuyers j et la réparèrent et fortifièrent encore en aucuns lieux où ils sentirent et virent qu'elle étoit la plus foible; et étoient tous confortés et poui'vus d'attendre les Hainuyers , qui
(i) Les imprimés abrègent considérablement ce chapitre.
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(i34o) DE JEAN FROISSART. 285
ne firent pas long séjour, depuis qu'ils furent assem-- blés à Mons en Hainaut: mais se partirent yitemeut et en grand arroi, si comme ci-dessus est dit, et s'a- cheminèrent vers Chimay, et passèrent par un ven- dredi les bois que on dit de Thiérasche, et exploi- tèrent tant qu'ils vinrent à Aubenton,quiétoit une ^osse ville et bonne et. pleine de draperie. LesHai- nuyers se logèrent ce vendredi assez près, et avisè- rent et considérèrent auquel lez (côté) elle étoit plus prenable. Lendemain ils vinrent tous ordonnés par- devant pour l'assaillir, leurs bannières tout faitice- ment (régulièrement) tout devant, et les arbalétriers aussi et se partirent (partagèrent) en trois connéta- blies (compagnies), et se traist (retira) chacun à sa bannière, dont le comte de Hainaut eut la première bataille, avec lui grand' foison de bons-chevaliers et écuyersdeson paysrsile sire deBeaumontson oncle eut la seconde hvrée, aussi atout (avec) grand'foison de bonnes gens d'arme s j et le sire de Fauquemont avec grand' foison d'Allemands une autre. Et se traist (retira) chacun sire à sa bannière et entre ses gens celle part où ils furent ordonnés et envoyés pour assaillir. Si commença l'assaut grand et fort dure- ment, et s'employèrent arbalétriers de dedans et de- hors à traire (tirer) moult vigoureusement^ par le- quel trait il en y eut moult de blessés des assaillants et des défendants. Le comte de Hainaut et sa route (suite), où moult avoit d'apperts (experts) chevaliers et écuyers, vinrent jusques aux barrières de l'une des portes. Là eut grand assaut et forte escarmouche. La étoit le vidame de Châlons un appert (expert)
j a86 LES CHRONIQUES (i34o)
chevalier , qui y fit merveilles d'armes , et qui moult i vassalement(vaillamment) se combattitet défendit^
' et fit à la porte mêmement trois de ses fils cheva-
\ liers,qui aussi se acquittèrent moult bien en leur
nouvelle chevalerie , et y firent plusieurs appertises d'armes, mais ils furent si fort requis et assaillis du comte de Hainaut qu'il les convint retraire (retirer) à la porte , car ils perdirent leurs barrières. Là eut un moult grand et dur assaut. Sur le pont mêmement, à la porte vers Chimay , étoient messire Jean de Beau- mont ^'^ et messire Jean de la Bove. Là eut très grand assaut et forte escarmouche, et convint les François retraire (retirer) dedans la porte; car ils perdirent leurs barrières, et les conquirent les Hainuyers et le pont aussi. Là eut dure escarmouche forte, et grand assaut et félonneux, car ceux qui étoient montés sur la porte jetoient bois et mairain contre val, et pots pleins de chaux et grand'foison de pierres et de cailloux, dont ils navroient (blessoient) et méhai- guoient (maltraitoient) gens s'ils n'étoient fort ar- més. Et là fut atteint du jet d'une grosse pierre et
(i) Le coatînuateur de Naagîs {Spicileg, T. 3. P. loi ) et l'auteur des Chroniques, Chap. 17, racontent en peu de mots la prise d'Aubenton et disent formellement que le seigneur de Veryins n'y ëtoit point. Sui- vant leur récit, Jean de Hainaut ayoit trouvé le moyen de l'en faire sor- tir ainsi que la plupart des clievaliers, en leur proposant de se trouver le jour du jeudi-saint 1 337 (^^4®) ^^^ ^^ ^^^ indiqué, pour lui faire rai- son du pillage de Chimay et de l'incendie de Haspre. Le seigneur de Ver- vins fut exact aurende^vous; mais Jean de Hainaut qui ayoit voulu le tromper, ne s'y trouva point et investit ce jour Ik même Âubenton dont il s'empara. Quoique ce récit ne porte aucun caractère évident de faus- seté, celui de Froissart, beaucoup plus détaillé et composé sur les mé- moires de Jean le Bel qui vivoit presque habituellement k la cour de Hainaut, paroit mériter la préférence. J. D.
i
(i54o) DE JEAN FROÏSSART. îiS;
vilaine, unbonécujer de Hainaut, qui se tenoit tout devant pour son corps avancer, Baudouin de Beaufort , et reçut un si dur horion sur sa targe (bouclier), que on lui écartela et fendit en deux moi- tiés , et eut le bras rompu dont il la portoit ^ et le con- vint retraire (retirer) pour le vilain horion, et por- ter au logis, ainsi que celui qui ne se put depuis ai- der ni armer de grand temps , jusques à tant qu'il fut sanê (sain) et guéri. Si sachez qu'il ne faisoitmie bon approchersionn'étoit fort armé et bien pavoisé.
CHAPITRE CIIÏ.
Comment la ville d'Aubenton fut prise et con- quise PÀH force et toute pillée et robée et Arse
(brûlée), ET TOUS CEUX QUI DEDANS ÉT0IENT MORTS ET PRÏS.
C^E SAMEDI au matin fut l'assaut moult grand et très fiera la ville d'Aubenton en Thiérasche, et se met- toient les assaillants en grand'peine et en grand pé- ril pour conquérir la vUle. Aussi les chevaliers et écuyers quiétoient dedans rendoient grand^entente (intention) de eux défendre , et bien le convenoit j et sachez que si ne fussent les gentils hommes qui dedans Aubentôn étoient et qui la gardoient, elle eut été tôt prise et d'assaut, car elle étoit fort et dur assainie de tous côtés et de grand'foison de bonnes gens d'armes. Si y convenoit de tant plus grand avis et plus grand hardiment (intrépidité) pour la défen-
tî88 LES CHRONIQUES (i54o)
drej et en firent les chevaliers de dedans, au voir (vrai) dire, bien leur devoir. Mais finalement elle fut conquise par force d'armes j et les guérites qui û'étoient que de palis rompues et brisées ; et entra dedans la ville tout premièrement messire Jean de Hainaut et sa bannière , en grand'huée et en grand' foule de gens et de chevaux j et adonc (alors) se recueilUrent en la place devant le moutier le vidame deChâlons et aucuns chevaliers et écuyers, et levè- rentlàleursbannièresetleurspenons(pannonceaux), et montrèrent de fait bien semblant et courage d'eux combattre et tenir tant que par honneur ils pour- roient durer. Mais lesiredeVervinssè partit et (ainsi que) sa bannière sans arroi et sans ordonnance , et n'osa demeurer j car bien savoit messire Jean de Hainaut si aire (irrité) sur lui qu'il ne l'eut pris à nulle rançon. Si monta au plutôt qu'il put sur une fleur de coursier et prit les champs.
Ces nouvelles vinrent à messire Jean de Hainaut que son grand ennemi, qui tant avoit porté de dom- mage en sa terre de Chimay, étoit parti et s'en alloit vers Vervins. Adoucie sire de Beaumont monta sur un coursier et fit chevaucher sa bannière et vuida Aubenton,en intention de raconsuir (atteindre) son ennemi. Ses gens le suirent (suivirent) qui mieux: mie ux , et les a utr es deme ur èr ent en la ville. Le comte de Hainaut et sa bataille se combattirent âprement et fièrement à ceux qui s'étoient arrêtés devant le moôtier. Là eut dur hutin (combat) et fier, et maint homme renversé et mis par terre j et là furent très bons chevaliers le vidame de Cbâlons et ses trois fils, et y firent maintes belles appertises d'armes.
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(i54o) DE JEAN FROISÔART. 289
Entrementes (pendant) que cils (ceux-ci) se com- battoient, messire Jean de Hainaut et ses gens chas- soient le seigneur de Vervins, auquel il avint si bien qu'il trouva les portes de sa ville toutes ouvertes, et entra dedans à grand'hâtej et jusques là le poursui- vit sur son coursier, Tépée en sa main, messire Jean de Hainaut. Quand il vit qu'il étoit échappé et ren- tré en sa forteresse, si en fut durement courroucé, et retourna arrière vîtement , tout le grand chemin d'Aubenton. Si encontrèrent ses gens les gens du seigneur de Vervins qui le suivoient à leur pouvoir. Si en occirent et mirent par terre grand'foison et puis retournèrent dedans Aubfenton. Si trouvèrent leurs gens qui jà avoient délivré la place de leurs ennemis, et étoit pris le vidame de Châlons et dure- ment navré, et morts deux de ses fils, ce jour faits chevaliers, et aussi plusieurs autres: ni oncques che- valiers ni écuyers n'en échappa, fors cèiix qui se sauvèrent avec le sire de Vervins, qu'ils ne fussent tous morts ou pris, et(ainsique)biendeux cents hom- mes ^*^ delà ville j etfut toute pillée et robée (volée) et tous les grands avoirs et profits qui dedans étoient chargés sur chars et charrettes et envoyés à Chimay. Avec tout ce la ville d'Aubenton fut toute ar se (incen- diée) et se logèrent ce soir les Hainuyers sur la ri- vière, et lendemain ils chevauchèrent devers Mau- ber t-F ontain es ^'\
(i)Les imprimés disent, deux miUe hommes, J. D. (1) Bourg k trois lieues d^Aubenton. J. D.
FROISSART. T. I. '9
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ago LES CHRONIQUES (i54o
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CHAPITRE CIV.
Comment le comte de Hàinàut donna congé a ses gens^ et comment il monta sur mer pour aller EN Angleterre.
A.PRÈS la destruction d'Aubenton, ainsi que vous avez OUÏ, s'acheminèrent les Hainuyers et leur route (troupe)deversMaubert-Fontaines. Sitôtqu'ilsy par- vinrent, ils la conquirent, cariln'y a voit point de dé- fense; et la pillèrent etrobèrent (volèrent), et depuis l'ar dirent (brûlèrent): après la ville d'Aubencueil, et Segny le grand ^'^ et Segny le petit et tous les ha- meaux et villages de là environ , dont il en y eut plus de quarante . Ainsi se contr evengèr ent à ce commence- ment les Hainuyers des dommages que on leur avoit faits , tant en la terre de Chimay , comme à Haspre. Mais depuis les François leur firent cher comparer (acheter), si comme vous orrez (entendrez) avant en l'histoire. Mais (pourvu) que vous le veuiUiezlire ou écouter.
Depuis cette chevauchée faite , le comte de Hai- naut se traist (porta) devers la ville de Mons et donna congé à toutes manières de gens d'armes, et les remercia grandement et bellement chacun de
(i) Signy le grand est vraisemblablement le village construit autour (leTabbaje de ce nom, au diocèse de Reims, entre Rcthel et Rocroy. Signy le petit ett au sud-ouest de cette dernière ville, k une très petite distance. J. D.
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son bon service j et fit tant que chacun se partit bien content de lui et s'en ralla chacun en son lieu* Assez tôt après il yint en volonté et propos audit comte d'aller ébattre en Angleterre et faire certaines allian» ces au roi d'Angleterre son serourge (beau-frère), pour être plus fort en sa guerre ; 'car bien pensoit et disoit que ainsi la chose ne pou voit demeurer, que le roi son onde ne fit aucune armée contre lui j et pour être plus fort, bon lui sembloit et à son conseil aussi, qu'il eut Tamour et l'alliance des Anglois, des Flamands et des Brabançons. Si manda le dit comte tout son conseil à Mons en Hainaut, et leur remon- tra son entente (intention) j et ordonna et institua là messire Jeande Hainaut son oncleà êtrebaulx (admi- nistrateur) et gouverneur de Hainaut, de Hollande et Zélande; et se partit depuis assez tôt, à (avec) petite maisgniée (suite), et vint à Dordrecht en Hollande; et là monta en mer, pour arriver eu Angleterre. Or nous tairons-nous à parler du comte de Hainaut, et parlerons des besognes de son pays, et des avenues qui y avinrent tandis qu'il fut hors.
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CHAPITRE CV.
GoMMBlfT MESSIRB JeàN DE HilVAUT MIT BOHITBS GARSI-
soirs DE GEifs d'armes par toutes les forteresses DE Hainautmarghissahs (limitrophes) au royaume de France (').
V ous avez bien ouï recorder comment messire Jean de Hainaut demeura baulx (administrateur) et gou- verneur des trois pays, par Tordonnance du comte. Si obéirent en avant tous les barons et les chevaliers et les hommes -des dessus dits p^s à lui, comme à leur seigneur, jusques a son retour. Si se tint ledit messire Jean de Hainaut enjla ville de Mons etpour- vey (pourvut) le pays, et garnit bien et suffisamment de toutes bonnes gens d'armes, spécialement sur les frontières de France ^ et envoya quatre chevaliers en la ville de Valenciennes pour aider à garder et con- seiller la ville, les bourgeois et la communauté. Ce furent le sire d'Antoing, le sire de Wargny, le sire deGomignies, et messire Henri de HufTalise; et en- voya le sénéchal de Hainaut messire Girard de Wer- chin, atout (avec) cent lances de bonnes gçns d'ar- mes, en la villje de Maubeuge, et mit le maréchal de Hainaut messire Thierry de Wallecourt en la ville du Quesnoy et le seigneur de Pô telles en la ville de Landr ecies. Après il mit en laville de Bouchain trois
(i) Une partie de ce chapitre est omise dans les imprimés: le reste y est défiguré. J. D.
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chevaliers Allemands, qui tous trois se nommoient messire Conrard, et envoya à Escaudeuvre messire Girard de Sassegnies et aussi en la ville d'Aves- nes leseigneur deFauqueniont,etaussipar toutes les forteresses deHainaut,voire (même) sur les frontiè- res du royaume j et pria et enjoignit à chacun de ces capitaines qu'ils fussent soigneux pour leur honneur d'entendre à ce qui leur étoit enchargéjet chacun lui enconvenança (promit). Si se traist (retira) chacun sire et capitaine avec ses gen;s en sa garnison et en- tendirent de mettre en point, garnir et pourvoir ce dontils étoient gardes. Or reviendrons-nous au roi de France et recorderons (raconterons) comment il en- voya une grand'chevauchée de gens d'armes en Hai- naut pour ardoir (brûler) et exillier (ravager) le paysj et en fit le duc de Normandie son fils chef
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CHAPITRE CVI.
Comment le roi Philippe commanda au duc de Nor- mandie SON FILS qu'il ALLAT DÉTRUIRE LE PAYS DE ^ HaiNAUT, ET ENVOYA LE COMTE DE LiLLE EN GAS- COGNE SON LIEUTENANT.
OuAND le roi de France eut ouï recorder com- ment les Hâinuyers avoient ars (brûlé) au pays de Thiérasche, pris et occis ses chevaliers et écuyers,et détruit sa bonne ville d'Aubenton , sachez qu'il ne prit mie cette chose en gré, mais commanda à sou fils le duc de Normandie, qu'il mît une grosse che-
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vauchée sus, et s'en vetiist (vint) en Hainaut, et sans déport (délai) atournast (ravageât) tel le pays, que jamais ne fut recouvré (réparé) j et le duc ré- pondit qu'il le feroit volontiers. Encore ordonna le roi de France le comte de Lille ^'\ gascon, qui se tenoit adonc à Paris deJez (près) lui, et que moult aimoit, que il mît une grosse chevauchée de gens d'armes sus, et s'en allât en Gascogne, et y che- vauchât comme lieutenant du roi de France, et guerroyât durement et roidement Bordeaux et Bor- delois et toutes les forteresses qui là se tenoient pour le roi d'Angleterre.
Le comte dessusdit obéit au commandement du roi et se partit de Paris et fit son mandement à Tou- louse à être à pâques closes ^"^^ ; lequel mandement fut tenu, ainsi que vous orrez (entendrez) ci-après quand lieu et temps sera. Encore renforça grande- ment le roi de France l'armée qu'il tenoit sur mer, et la grosse armée des écumeurs, et manda à messire Hugues Quieret, à Barbevaire et aux autres capi- taines qu'ils fussent soigneux d'eux tenir sur les mettes (limites) de Flandre, et que nullement ils ne laissassent le roi d'Angleterre repasser , ni prendre port en Flandre j et si par leur coulpe (faute) en demeuroit^ il les feroit tous mo\irir de maie mort.
Avec tout ce vous avez bien ouï recorder (raconter) comment de nouveau les Flamands étoient alliés et
(i) Il s'agit de Bertrand comte de Lille-jotirdaiD.(Voyeïr^5f^ ge«ca/. de la mais, de France, T. 2. P. ^oS.) J. A. B.
.(2) Onuppeloit pâques c/oses, le dimanche de Toctavede ]>âques, nommé aujourd'bai Quasimodo^ ( Cang'u, Gloss, Art. Pascha claii- sitm.) ,T. P,
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( ï 340) DE JEAN FROISSART. î^O^^^
conjoints par scel (traité) avecleroi d'Angleterre , et lui avoient juré à lui aider à poursuivre sa guerre, et lui avoient fait encharger les armes de France^ et cil (ce)roi les avoit absous et clamés (déclarés) quit- tes d'une grand'somme de florins dont ils étoient de jadis obligés et liés au roi de France. Dont il avint que quand le roi Philippe ouït ces nouvelles sine lui plurent mie bien, tant pour ce qu'ils avoient fait hommage à son adversaire , comme pour ce que le roi Anglois comme roi de France les avoit quittés de la somme et de l'obligation, ce que nullement il ne pouvoit faire. De quoi encore pour eux retraire (rappeler), il leur manda par un prélat, sous Pom- bre du pape, qu'ils tinssent ferme et stable leur ser- ment, autrement il jetteroit sentence contre eux : nonobstant ce et la petite et foible information qu'ils avoient eue, ^i ils se vouloient reconnoître et retour- ner à lui et à la couronne de France et relenquir (abandonner) ce roi d'Angleterre, qui enchantés les avoit, il leur pardonneroit tous mau-talents et leur quittetoit la dite somme, et leur donneroit et scelleroit plusieurs belles franchises en son royaume. Les Flamands n'eurent mie adonc conseil ni accord de ce faire, et répondirent qu'ils se tenoientbien pour absous et pour quittes de tout ce où obligés étoient tant comme au roi de France. Et quand le roi de France ouït et sçut qu'il n'en auroit autre chose,ils'eil complaignit au pape Clément VI ^'^ qui
( I ) Froissdrt se trompe sur le nom de ce pape. Benoit XII vivoit encore et ne mourut qu'en i34a. Son successeur Clément VI fut élu le 7 mai de cette année. {F'itœ Pop. Aven, T. i. Col. an. a4^> «te.) J. D.
296 LES CHRONIQUES (i34o)
régnoit pour le temps, lequel pape jeta une sentence et un excommuniement en Flandre si grand et si horrible qu'il n'étoit prêtre qui y osât célébrer ni faire le diyin service. De quoi les Flamands furent moult courroucés et envoyèrent complaintes grands et grosses au roi Anglois , lequel pour eux apaiser leur manda* que de ce ils ne fussent néant effrayés, car la première fois qu'il repasseroit la mer, il leur méneroit des prêtres de son pays, qui leur chante- r oient des messes, voulut le pape ou non, car il est bien privilégié de ce faire. Parmi ce s'appaisèrent les Flamands.
CHAPITRE CVII.
Comment ceux de Tournât, de Lille et de Douât coururent jusques devant courtràt ou ils pri- RENT grand' proie de BETES et TUERENT PLUSIEURS HOMMES.
C^tJAND le roi vit que par nulle voie ni pour chas (sol- licitation) qu'il sut faire ni montrer il ne pourroit re- traire (rappeler) les Flamands niôterde leur opinion, si commanda à ceux qu'il tenoit en garnison à Tour- nay ,àLille, àDouay , àBéthuneet aux châteaux voi- sins, qu'ils fissent guerre aux Flamands et courussent leur pays sans déport (délai). Dontil avâvt que messire Mathieu de Roye, qui pour le temps se tenoit dedans Tournay et messire Mathieu de Trye, maréchal de France, avec messire GodemarduFay, et plusieurs
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autres mirent sus une chevauchée de mille armures de fer, tous bien montés et trois cents arbalétriers, tant deTournay, de Lille que de Doîiay, et se parti- rent de la cité de Tournay un sep* après souper, et chevauchèrent tant que sur le point du jour ils vin- rent devant Courtray , et accueilUrent entour soleil levant toute la proie de là environ. Et coururentles coureurs jusques aux portes, et ocdrent et méhai- gnièrent (blessèrent) aucuns hommes qu'ils trouvè- rent dedans les faubourgs; et puis s'en retournèrent arrière et sans dommage; et prirent ces gens d'armes leur retour devers la rivière du lis et devers War- neston, en accueillant et emmenant devant eux toute la proie qu'ils trouvèrent et encontrèrent. Et amenèrent ce jour là en la cité de Tournay plus de dix mille blanches bêtes et bien autant, que porcs, que bœufs, que vaches; et en fut la dite cité bien pourvue et rafraichie un grand temps et largement avitaillée.
Ces nouvelles qui ne furent mie trop plaisants pour les Flamands s'espartirent ( répandirent ) parmi Flandre. Si en fut le pays durement ému et troublé, et en vinrent les complaintes à Jaquemart d'Arte- velle qui se tenoit à Gand: pourquoi le dit Artevelle fut durement courroucé et dit et j ura que cette forfai- ture seroit vengée au pays de Tournesis. Si fit son mandement partout, et commanda par toutes les bonnes villes de Flandre que tous vuidassent et fussent à un certain jour qu'il leur assigna, avec lui devant la cité de Tournay; et écrivit au comte de Salisbury et au comte de Sufiblk,quise tenoienten
^^ LES ŒRONIQUES (1540)^
la vUledTpres, qu'ils se traissent (rendissent) celle part Et encore pour mieux montrer que la besogne étoit sienne et qu'elle lui touchoit, il se partit de Gand moult étoffliment, et s'en vint entre la ville d'Audenarde et la cité de Tournay , sur un certain pas que on dit le pont de fer; et se logea là, atten- dant les dessusdits comtes d'Angleterre et aussi ceux du Franc de Bruges.
CHAPITRE CVIII.
Gomment les comtes de Sàlisburt et de Suffolk. QUI Âlloientàu secours des Flamands furent pris de ceux de Lille et envoyés au roi de France.
V^uAND les deux comtes d'Angleterre entendirent ces nouvelles, ils ne voulurent mie pour leur hon- neur délaier (différer), ains (mais) envoyèrent tan- tôt pardevers Artevelle eh disant qu'ils seroient là au jour qui assigné y étoit Sur ce ils partirent assez brièvement de la ville d'Ypres environ cinquante lances et quarante arbalétriers^ et se mirent au che- min pour venir là ou Artevelle les attendoit ^'^. Ainsi
(i) Froissart passe sous silence un fait rapporte par Les autres histo- riens, sayoii*, la prise et Ja destruction d^Armentières par le comte de Salisburyj mais en revanche ceux-ci ne parlent point du> projet de réunion du comte ayec Arteyelle pour assiéger Tournay et disent seu- lement qu^en allant d^Armentières k Marquettes, il fut surpris par un détachement de la garnison de Lille et fait prisonnier. ( Chron, de Fr. Ohap. 17. Chron. de FL P. i5o. Annales de Flandre par Meyer, P. 34®» etc. ) J. D.
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qu'ils chevauchoient et qu'il leur convenait passer au dehors de Lille, leur venue et chevauchée fut sçue en la dite ville j dont s'armèrent secrètement ceux de Lille et partirent de leur ville bien quinze cents à pied et à cheval, et se mirent et établirent en trois aguets, afin que cils (ceux-ci) ne leur pussent mie échapper j et vinrent les plusieurs et les plus cer- tains sur un pas entre haies et buissons, et là s'em- buchèrent
Or chevauchoient adonc ces deux comtes Anglois et leur route (suite), au guidement de messire Wa- flart de la Croix , qui un grand temps avoit gujer- royé ceux de Lille , et encore guerroyoit quand il pouvoit, et s'étoit tenu à Ypres celle saison pour eux mieux guerroyer jet sefaisoit fort d'eux mener sans péril, car il savoit toutes les adresses et les torses voies, et encore en fut-il bien venu à chef (bout), si ceux de Lille n'eussent fait au dehors de leur ville un grand' tranchée nouvellement, qui n'y étoit mie accoutumé d'être. Et quand ce messire Waflart les eut amenés jusques là, et il vit qu'on leur avoit coupé la voie , si fut tout ébahi et dit aux comtes d'Angle- terre: (c Messeigneurs^ nous ne pouvons nullement passer le chemin que nous allons, sans nous mettre en grand danger et péril de ceux de Lillej pourquoi je conseille que nous retournions et prenions ailleurs notre chemin. » Adonc répondirent les barons d'An- gleterre: «Messire Waflard, il n'a viendra jaque nous issions (sortions) de notre chemin pour ceux de Lille ^ chevauchez toujours avant, car nous avons accordé à Artevelle que nous serons ce jour, à quelle heure '
3oo LES CHRONIQUES (i34o)
que ce soit, là où il est» Lors chevauchèrent les An- glois sans esmaî (inquiétude) nul. Et quand messire Waflart vit que c'étoit acertes (sérieux), et qu^il ne pou voit être cru ni ouï, si fit son marché tout avant oeuvre, et dit: «Beaux seigneurs, voir (vrai) est que pour guide et conduiseur en ce voyage vous m'avez pris, et que tout cet hiver je me suis tenu avec vous en Ypres, et me loue de vous et de votre compagnie grandement; mais toute fois s'il avient que ceux de Lille saillent ni issent (sortent) contre nous, ni sur nous, n'ayez nulle fiance que )e les doive attendre; mais me sauverai au plutôt que je pourrai, car si je étois pris ou arrêté par aucun cas de fortune, ce se- roit sur ma tête que j'ai plus chère que votre com- pagnie. » Adonc commencèrent à rire les chevaUers, et dirent à messire Waflart qu'ils le tenoient pour excusé. Tout ainsi comme il imagina il avint, car ils ne se donnèrent garde; si se boutèrent en l'embûche qui étoit grande et forte et bien pourvue de gens d'armes et d'arbalétriers, et qui les écrièrent tantôt «f Avant, avant, par cy ne pouvez-vous passer sans notre congé ! » Lors commencèrent-ils à traire (tirer) et à lancer sur les Anglois et leur route (suite). Et sitôt comme messire Waflart en vit la manière il n'eut cure de chevaucher plus avant, mais retourna le plus tôt qu^il put, et se bouta hors de la presse et se sauva, et ne fut mie pris cette fois. Et les deux seigneurs d'Angleterre messire Guillaume de Mon- tagu, comte de Salisbury et le comte de Sufiblk es- cheirent (tombèrent) dedans les mains de leurs en- nemis et furent mieux pris qu'à la roix (filet); car
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ils furent embûches en un chemin étroit entre haies et épines et fossés à tous lez (côtés) , si fort et par telle manière qu'ils ne se pouvoient ravoir ni retour- ner ni monter, ni prendre les champs. Toute fois quand ils virent la mésaventure, ils descendirent tous à pied et se défendirent ce qu'ils purent, et en navrèrent (blessèrent) et mehaigfidèrent (maltraitè- rent) assez de ceux de la ville ^ mais finalement leur défense ne valut néant, car gens d'armes frisques et nouveaux croissoient tondis (toujours) sur eux: là furent-ils pris et retenus par force, et un écuyer jeune et frisque (vif) de Limosin , neveu du pape Clément^'^ qui s^appeloit Raymond: mais depuis qu'il fut créante prisonnier fut-il occis, pour la convoi- tise de ses belles armures, dont moult de gens en furent courroucés ^\
Ainsi furent pris et retenus les deux comtes d'An- gleterre et mis en la halle de Lille en prison j et de- puis envoyés en France devers le roi Philippe qui en eut grand'joie,et en sut grand gré àceux de Lillejet dit adonc le roi et promit à ceux de la ville de Lille qu'il leur seroit guère donné (récompensé) grande- ment, car ils avoient fait un beau service. Et quand Jacquemart d'Artevelle, qui se tenoit au pont de fer, en sut les nouvelles, il en fut durement cour-
(i j Clément VI s'appeloit Pierre Roger. Si Raymond étoit son neveu du côté paternel, il devoit porter le même nom. Au reste, Pierre Roger nétoit point encore pape, il ne fut élu quVn 134^ , comme on l'a re- marqué ci-dessus. J. D.
(a) Selon JDugdale ce ne seroit pas le comte de SuHblk lui-même, mais son fils Robert de Ufford-le-fitx qui auroit été fait prisonnier k cet endroit. J. \ . B.
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3oa LES CHRONIQUES (i34o)
roucé, et brisa pour cette avenue son propos et son emprise, et donna à ses Flamands congé, et s'en re- tourna en la ville de Gand,
CHAPITRE CIX.
Comment le duc de Normaiidie fit très gràkd'as-
SKMBLÉE DE GERS d'âRMES POUR ALLER DÉTRUIRR TOUT LE PAYS DE HaiNAUT.
JXous retournerons, car la matière le requiert, aux guerres de Hainaut et à la contrevcngeance que le roi Philippe y fit prendre parle dit duc de Norman- die son ains-né (aine) fils. Le duc, au commande- ment et ordonnance du roi son père, fit son spécial mandement à être à Saint-Quentin et là environ; et se par tit dé Paris environ pâques , Tan mil trois cent quarante ^^\ et vint à Saint-Quentin. Et là étoît avec lui le duc d'Athènes, le comte de Flandre, le comte d'Auxen-e, le comte de Sancerre, le comte Raoul d'Eu, connétable de France, le comte de Ponthieu, le comte de Roussy, le comte de'Braîne, le comte Grandpré, le sire deCoucjr, le sire de Craon, et grand'foison de noble chevalerie de Normandie et des basses marches.
Quand ils furent tous assemblés à Saint-Quentin et là environ, le connétable, le comte de Ghines, et les maréchaux de France, messire Robert Bertrand
(i) Plaques éioit cette amiëe le 19 ayril. J. A B.
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ti54o) DE JEAN FROISSART, 3o3
et messire Mathieu de Trye regardèrent quel nom- bre de gens d'armes ils pouvoient être. Si trouvè- rent qu'ils étoient bien six mille armures de fer, et huit mille, que brigands ^^\ que bidaus ^\ que au- tres poursuivant l'ost C'étoit assez, si comme ils di- soient, pour combattre le comte deHainaut et toute sa puissance. Si se mirent aux champs par l'ordon- nance des maréchaux, et se partirent de Saint-Quen- tin, et s'arroutèrent (assemblèrent) devers le Châ- tel en Çambrésis (Câteau-Cambrésis), et passèrent dehors Bohain ^\ et chevauchèrent tant qu'ils pas- sèrent le Châtel en Çambrésis (Câteau-Cambr esis) , et s'en vinrent loger le duc de Normandie et son ost en la ville de Montay stir la rivière de Salles. Or vous dirai-je une grand' appertise d'armes que messire de Werchin Girard sénéchal de Hainaut pour le temps fit et entreprit, laquelle doit bien être recor- dée et tenue à grand' prouesse.
(i) Les brigands étoient des gens de pied qui avoient pour arme dé- lènsiTe une espèce de cotte de mailles, appelée brigandine^ ( Voyez le gloss, de Ducange au mot brigancii. ) J. A^ B.
(a) Les bidauts étoient des troupes légères armées de dards, d^une Unce «t d^un poignard. J. A. B.
(3) Bourg k quatre ou cinqlieues de Saint-Quentin, J. D.
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3o4 LES CHRONIQUES (i54o)
CHAPITRE ex.
Comment le sénéchal de Hainàut fit une apper^e
ESCARMOUCHE EN l'oST DU DUC DE NoRMANDIE ; ET COMMENT LES COUREURS DU DUC ARDIRENT (iNCENDIÈ- RENt) PLUSIEURS VILLES EN HaiNAUT.
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JLe SENECHAL de Hainatit dessus nommé sut bien par des espies (espions) que le duc de Normandie
étoit logé à Saint-Quentin, et que ses gens mena- çoient durement le paj^s de Hainaut Avec tout ce il sut l'heure et la venue du dit duc qui étoit arrêté à Montay , dehors la forteresse du ChâtelenCambrésis (Cateau-Cambrésis). Si s'avisa en soi-même, comme preux chevalier et entreprenant, qu'il iroit le duces- carmoucher et réveiller. Si pria aucuns chevaliers et écuyers, ce qu'il en put trouver de-lez (près) lui, que ils voulsissent (voulussent) aller où il les mene- roit, et ils lui enconvenancèrent (promirent). Si se partit de son châtel de Werchin, environ soixante lances en sa compagnie tant seulement , et chevau- chèrent depuis soleil esconsant (couchant), et firent tant qu'ils vinrent à Fores, à l'issue de Hainaut, et à une petite lieue de Montay, et pouvoit être envi- ron jour failli. Si très tôt qu'ils furent venus en la ville de Forés, il fit toutes ses gens arrêter enmy (dans) un champ, et leur fit restraindre (serrer) leurs armures et ressangler leurs chevaux , et puis leur dit sa pensée et ce qu'il vouloit faire; et ils en
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furent tous joyeux, et lui dirent qu'Us s'aventure- roient volontiers avec lui, et ne lui fauldroient ( manqueraient ) jusques au mourir, et il leur dit: « Grands mercis. »
Avec lui étoient de chevaliers, messire Jacques du Sart, mcssire lIenrydeHu{falise,messire Oulphart de Ghistelle, messire Jean du Ghatetet, le sire de Vertain, le sire de Wargny, et des écuyers, Gille et Thierry de Sommain, Baudouin de Beaufort, Colebret de BruiUe, Moreau de Lestines,Saiidras d'Ëscarmaing , Jean de Robersar t^ Bridoul de Thians , et plusieurs autres. Puis chevauchèrent tout coie- ment (secrètement), et vinrent à Montay et se bou- tèrent en la ville, et ne faisoient les François point de guet Et descendrait premièrement le sénéchal de Hainaut et tous les compagnons devant un grand hôtel oùilscuidoient(croyoient)certainement que le ducdeNormandiefut ; maisil étoitea une autre hôtel avant; et léans (là) étoient logés deux grandis sei- gneurs de Normandie, le sire de Bailleul et le sire de Briançon ^'\ Si furent assaillis vitement , et la porte de leur hôtel boutée tout outre (enfoncée).
Quand les dits chevaliers se virent ainsi surpris et ouïrent crier : « Hainaut, au sénéchal! » si furent moult ébahis : néanmoins ils se mirent à défense ce qu'ils purentj mais finalement le sire de Bailleul fut là occis, dont ce fut dommage, et le sire de Briençon prisonnier du dit sénéchal j et enconve-
(i) Quelques manuscrits portent de Brientes, (Tautres de Beaulté. Le véritable nom paroit être Brienson ou Briençon. (Voirez Phist, de la maison de Harcourt par La Ro(pie T. i • P. 8aa* ) 7. D.
FROISSART. T. I. 20
3o6 LES CHRONIQUES (i54o)
nança (promit) sur sa loyauté de venir dedans trois jours tenir prison à Yalenciennes. Adonc se com- mencèrent François à émouvoir, et vuidèrent leurs hôtels, et à allumer grands feux et tortis (torches), et réveiller Fun Fautre: mêmement on réveilla le duc de Normandiç, et le fit-on armer en grand'hâte, et apporter sa bannière devant son hôtel, et la déve- lopper: là se traioient (rendoient) toutes gens d'ar- mes de tous côtés. Quand les Hainuyers aperçurent les François ainsi émouvoir, si ne voulurent plus demeurer^ mais se retrairent (retirèrent) bellement et sagement devers leurs chevaux , et montèrent et se partirent, quant (autant que) ils furent remis ensemble, et emmenèrent dix ou douze bons pri- sonniers, et retournèrent sans dommage, car point ne furent poursuivis pour ce qu'il faisoit brun et tardj et vinrent environ l'aube du jour au Ques- noy: là se reposèrent eux et rafraîchirent, et puis vinrent à Valenciennes.
Or parlerons du duc de Normandie, qui moult courroucé étoit du dépit que les Hainuy er s lui avoient fait. Si commanda au matin à déloger et à entrer en Hainaut pour tout ardoir (brûler) sans déport (dé- lai). Donc s'arroutèrent (assemblèrent) les charrois et chevauchèrent les coureurs premiers , qui étoient bien deux cents lancer, et en étoient capitaines messire Thibaut de Moreuil, le Gallois de la Baume, le sire de Hambi^e, le sire de Mirepoix, le sire de Raineval, le sire de Sempy, messire Jean de Lan- dart, le sire de Hangès et le sire de CramaiUes ^'\
( i) Quelques manuscrits disent Carmelles, J. D.
(t543) de JEAN FROISSARf. 807
. Après chevauchoieiit les deux maréchaux en grand' route (troupe), messire Robert Bertran et messire Mathieu de Trje j et étoient bien cinq cents lances; et depuis le duc de Normandie avec grand'foison de comtes, barons et de tous autres chevaliers. Si en- trèrent les dits coureurs en Hainaut, et ardirent (brûlèrent) Forés , Vertain ^ Vertigneuil, Escarmaing, Vandegies au bois, Vandegies sur Escaillon, Berme- rain, Callome, Salèches et les faubourgs du Ques- noj j et se logèrent sur la rivière du Viiel ^'\ Lende- main ils passèrent outre et ardirent (brûlèrent) Ors- ' ainval, Villiers enla chaussée , Gomégnies ,Mar esche , Poix, Preseau, AmfroidpréjPreu au sart, Franoit, Obies et la bonne ville de Bavay , et tout le pajs jus- qu'à la rivière de Honnel (Honneau) et eut ce jour grand assaut et escarmouche au châtel de Verchin , de la bataille des maréchaux j mais néant n'y firent, car ils furent bien recueilUs et le châtel bien dé- fendu et gardé: et s'envint le duc de Normandie
, loger sur la rivière de Salle entre Haussi et Saulzoir. Or vous parlerons du seigneui' de Fauquemont, qui fut un roide chevaher, d'une grande appertise d'ar- mes qu'il fit.
(i) Quelques manuscrits disent Viceh^ d^autres Nitel,^inel^ JVincel et yitel. Tous ces noms paroissent altérés : la position que Froissart assigne k cette rivière convient assez bien k la Bonelle qui prend sa source dans la forêt de Mormal, traverse Vaknciennes et se perd dans TEscaut. J. D.
10*
3o8 LES ŒRONIQUES (i34o)
CHAPITRE CXI.
Comment le sire de Fauquemont atout (avec) cent
LANGES se bouta EN l'oST DES FrANÇOIS ET EN TUA ET PRIT PLUSIEURS A PRISONNIERS; ET COMMENT QUA- TRE CENTS LANGES DE FrANÇOTS ARDIRENT (brULÈ-
rent ) plusieurs villes et prirent la ville de Trith.
AlESSiHE Waleran sire de Fauquemont étoit gar- dien et capitaine de la ville de Maubeuge, et bien cent lances d'Allemands et de Haimiyers avec lui. Quand il sut que les François ckevauchoient, qui ardoient (brûloient) le pays ^ et ouït les pauvres gens pleurer, crier etplaindre le leur, si en eut grand^ pitié. Si s'arma et fitsesgensarmer, et recommanda la ville de Maubeuge au seigneur de Beau) eu et au seigneur de Montigny , et dit à ses gens qu'il avoit très grand désir de trouver les François. Si chevaucha ce jour toudis (toujours) côtoyant les bois et la forêt de MormaL Quand ce vint sur le soir, il entendit et sut que le duc de Normandie et tout son ost étoient logés sur la rivière de Salle, assez près de Haussi, dont il fut tout joyeux et dit brièvement qu'il les iroit réveiller. Si chevaucha cette vesprée (soirée) tout sagement: environ mie^nuit il passa la dite ri- vière à gué, et toute sa route (suite). Quand ils fu- rent outre, ils ressanglèrent leurs chevaux et se mi- rent à point, et puis chevauchèrent tout souef(dou- cement) j usques adonc qu'ils vinrent au logis du
fiSifcr) DE JEAN FROISSAKT. 809
duc Quand ils durent approcher, ils férirént che- vaux des éperons tous d'un randon (impétuosité), et se plantèrent en Fost du duc, en écriant: « Faur quemont, Fauquemont!» et commencèrent à couper cordes, à ruer et abattre tentes et pavillons par terre, et à occire et découper gens, et d'eux mettre en grand meschef. L'ost se commença à émouvoir, et toutes gens à armer età traire (aller) celle part où la noise (bruit) et le hutin (désordre) étoit Quand le sire de Fauquemant vit que point étoit ,^ il se retrais t (retira) arrière en retraiant (retirant) ses gens tout sagement» et adonc fut mort, des François, le sire de Pequigny, Picard^ et fiancé prisonnier le vicomte de Quesjies et le Borgne de Rouvroy, et durement blessé messire Antoine de Codun.
Quand le sire de Fauquemont eut faite son em- prise» et il vit que le temps fut et que Fost s'émou- voit, il se partit, et toutes ses gens, et repassèrent la rivière de Salle sans dommage, car point ne furent poursuivis j et chevauchèrent depuis tout bellement ; et vinrent environ soleil levant au Quesnoy où le maréchal de Hainaut se tenoit, messire Thierry de Walecourt, qui leur ouvrit la porte et les reçut lie- ment. Et d'autre part, le duc de Normandie fut moult courroucé de ses gens que on a voit occis et blessés et fiancés prisonniers} et dit: « Agar ^'^ com- ment ces Hainuyers nous réveillent. »
Alendemain ,aupointdu jour ,fittromper les trom- pettes en l'ost le duc de Normandie: si s'armèrent et
(i) AgaroM Aga^ mot usité encore daas plusieurs provinces, pour signi6er, voiSy regar^Cé J. D.
3iO LES CHRONIQUES (î54o)
ordonnèrent toutes manières de gens, et mirent h pied et à cheval, et arroutèrent (assemblèrent) le charroi,, et passèrent la dite rivière de Salle, et en- trèrent de rechef en Hainaut, car le duc vouloit ve- nir devers Valenciennes et aviser comment il la pourroit assiéger. Ceux qui chevauchoient devant, c'est à savoir, le maréchal de Mirepoix , le sire de Noyers, le Gallois de la Baume et messire Thibaut de Moreuil à(avec)bien quatre cents lances, sansles bidaus ^'^, s'en vinrent devant le Quesnoy, et appro- chèrent la ville jusques aux barrières, et firent sem- blant de Fassaillir j mais elle étoit si bien pourvue de bonnes gens d'armes et de grand'artillerie ^"^ qu'ils y eussent perdu leur peine. Toutes voies ( fois), ils escarmouchèrent un petit devant les bar- rières,, mais on les fit re traire j car ceux du Quesnoy descliquèrent canons et bombardes qui jetoient
(i) Voyez la note de la Page 3o3.
(a) Quoique les canons ne fussent pas encore d^un usage ordinaire, ils étoient connus en France ayant cette époque ^ On s^en servoit pour Fattaque et la défense des places dès Tannée i338, comme nous rappre- nons d^un registre de la chambre des comptes de Paris. Barthélémy de Drach, trésorier des guerres, porte sur ses comptes de cette année, une somme d^ argent donnée k Henry de Famechon, pour avoir poudre et autres choses nécessaires aux canons qui étoient detfant Pîr}r-GutUaum€, ( VoycTt/c ^oss^ de Ducange aux mots Bombardes et Canon, ) Mais on convient assez, généralement qu^avant la journée de Crécy on ne s'en ser^- ▼oit point dans les batailles. On pourroit même douter, à la rigueur, si on en fît usage k Crécy, puîsqu'aucun des historiens contemporains ne fait meatxon d'un fait aussi rentarquable, excepté Villani, étranger, éloi- gné du th^re de la guerre et de qui,. par conséquent^ le silence des his- toriens françois etanglois, témoins, pour ainsi dire, des faits quîîs raco .tcnt, aSbiblit singulièrement le témoignage. (Voyez. ii/oWar/* Gio^ van» FiUaw^ Lîv. 12. Chap. 65. ) J. D..
^i34o) DK JEAN FROISSART. 3ii
grands carreaux ^'\ Si se doutèrent (craignirent) les François de leurs chevaux , et se retrairent (retirè- rent) pardevers Wargnies et ardirent Wargnies le grand et Wargnies le petit, Fieulainnes, Famars, Sepmeries , iLrtre , Artenel, Saultain, Curgies, Es- treu et Aulnoit^ et en voloient les flaméches et les tisons en la ville de Valenâennes. Et puis vinrent les coureurs ver5 Valenciennes endcmentres (pen- dant) que les François ordonnoient leurs bataiUes sur k mont de Châtre près de Valenciennes; et se tenoient là en grand'étofie, et moult richement Dont il a vint que. environ deux cents lances des leurs, dont le sire de Craon , le sire de Maulevrier , le sire de Mathefelon et le sire d'Avoir étoient conduiseurs , s'a- valèrent devers Maiitg, et vinrent assaiHir une forte tour quarrée, qui pour le temps étoit à Jean Ber- nier de Valenciennes: depuisfut-eHe à Jean de Neuf- ville. Là eut grand assaut, dur et fort, et dura pres- que tout le pur , ni on n'en pouvoit les François faire partir. Si j en eut-il morts cinq ou six j et si bien se tinrent et défendirent ceux, qui la gardoient qu'ils n'y eurent point de dommage. Si s'en vinrent le plus (la plupart) de ces François à Trith, et cuidè- rent (crurent) de première venue là passer FEseaut; mais ceux de là ville avoient défait le pont et défen- doient le passage roidement et fièrement; et jamais à' cet endroit ne l'eussent les François conquis , mais
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(i) Espèce At ffôehe dont la pointe de fer étôit triangulaire. On don. noit aussi ce nom à de gros traits dalba]étners. Les éclats de la foudre ont reçu depuis lecomde carreaux, parcequHls sont comme uo trait rapide. J. A.B.
3ia LES CHRONIQUES (i34o)
il en y eut entr^eux de ceux qui connaissaient le pas- sage, la rivière et le pays* Si emmenèrent bien deux cents de pied passer à planches à Prouvy. Quand cils (ceux-ci) furent outre, ils vinrent tantôt baudement (hardiment) sur ceux, de Trith qui n'étoient qu'un^ peu de gens dedans , au regard (comparaison) de eux, et ne purent durer: si tournèrent en fuite, et en y eut de moils et de navrés (blessés) plusieurs.
Ce même jour étoit parti de Valenciennes le sé- néchal de Uainaut à (avec) cent armures de fer, et îssit (sortit) de la viUeparlaporte d'Anxain;etpensoit bien que ceux deTrithauroientà&irersi lesvouloit secourir. Dont il avint que dessus Saint Yast il trouva de rencontre vingt cinq coureurs François que trois chevahersde Ponthieu menoîent, messireBoucicaut Fun, le sire de Surgères Fautre, et messire Guil- laume Blondeau le tiers ; et àvoient passé l'Escaut assez près de Yalenciennes au pont que on dit la Toumelle , et avoient couru par droite bachelerie (valeur) dessus Saint Vast. Si très tôt que le sé- néchal les perçut, si fut moult lie (joyeux), car bien connut que c^étoient ses ennemis j et férit après eux et toute sa route (suite) aussi Là eut bon este- quis (combat) des uns aux autres; et me semble aussi que le sénéchal de Hainaut porta jus (bas) de coup de lance messire Boucicant, qui adonc étoit moult appert (expert) chevalier, et fut plus encore depuis et maréchal de France, si comme vous orrez avant en riiistoire, et le fît là fiancer (jurer) prison , et l'en-, voya à Valenciennes. Mais je ne sais comment ce peut être car le sire de Surgères échappa etse sauva,.
(i54o) DE JEAN FROISS-4RT. 3iî
et ne fut point pris^ mais messire Guillaume Blon- deau fut pris et fiança prison à messire Henry de Huffalize jet furent presque tous les autres morts ou pris. Ce rencontre détria (arrêta) grandement le sé- néchal de Hainaut qu^il ne put Tenir à temps au pont de Trithj mais Favoient jà conquis les Fraft- çois quand il y vint;» et mettoient grand'peine à abattre les moulins, et un petit châtelet qui là étoit. Mais si très tôt que le sénéchal vint en la ville , ils n'eurent point de loisir, car ils furent reboutés (re- poussés) et reculés vilainement , occis et découpés et mis en chasse j et les fit-on saillir en la ri^dère d'Escaut, dont il en y eut d'aucuns noyés, et en fut la ville de Trith adonc toute délivrée. Et vint le sé- néchal de Hainaut passer l'Escaut à Denain, et puis chevaucha et toute sa route (suite) vers son châtel de Werchin,et sebouta dedans pour le garder et défendre, si mestier (nécessaire) étoit Et encore se tenoitle duc de Normandie sur îe mont de Castres, et se tint en bonne ordonnance la plus grand'par- tie du jour j car il cuidoit (croyoit) que ceux de Va- lenciennes dussent vuider et là venir combattre. Aussi l'eussent-ils très volontiers fait j mais messire Henri d'Antoing, qui la ville avoit à garder, leur dénéoit (refusoit) et défendoit j et étoit à la porte Cambrésienne moult ensongnié (embarrassé) et en grand' peine d'eux détourner de non vuider j et le prévôt de la ville pour le temps avec lui, Jean de Vassi, quiles afirénoit (retenoit) ce qu'il pou voit j et leur montra adonc tant de belles raisons qu'iU s'en souflfrirent.
3i4 LES ŒRONIQUîS (i54«^
CHAPITRE CXII.
Gomment le duc de Normandie se partit de Castres
ET ARDIT (brûla) plusieurs VILLES ENTRE CaMBRAY ET VaLENCIENNES ET PRIT LE CHATEAU D*EsGANDEUYRE.
Ou AND le duc de Normandie et ses batailles, qui très belles étoient à regarder, ainsi que ci-dessus est devisé, se furent tenus une grand'pièce sur le mont de Castres et ils virent que nul ne viendroit ni is- troit (sortiroit) hors de Valencienne^ pour eux com- battre, adonc furent envoyés le duc d'Athènes et les^ deux maréchaux de France, et le comte d'Auxerre et le sire de Châtillon , à (avec) bien trois cents lan^ ces de gens bien montés , pour courir jusques à Valenciennes. Cils (ceux-ci) chevauchèrent en ti*ès bonne ordonnance et vinrent au lez (côté) devers la tourelle à Gognel , et chevauchèrent moult arré- ment (en ordre) jusques aux barrières de la ville, mais ils n'y demeurèrent mie planté (beaucoup); car ils redoutèrent le trait pour leurs chevaux jet toute fois le sire de Châtillon chevaucha si avant que son cheval fut féru et chey (tomba) dessous lui, et le convint monter sur un autre. Cette chevauchée prit son tour devers les tentes, etles ar dirent (brûlèrent), et abattirent tous les moulins qui* là étoient sur la rivièrede Wincel ^*^j et puis prirent leur tour par
(i) Voyez la note de la Page 307.
(i34o) DE JEAN FROISS.4RT. 3i5
derrière les chartreux et revinrent à leur bataille. Or vous dis qu'ils étoient demeurés aucuns compa- ^ gnons François derrière en la ville des Marlis pour mieux fourrer (fourrager) à leur aise. Dont il avint que ceux qui gardoient une tour qui là est aux hoirs (héritiers) de Hainaut, et fut jadis à messke Ro- bert de Kamur , de par madame Isabelle de Hai- naut, sa femme, perçurent ces François qui là étoient et si virent bien que la grosse chevauchée étoit retraite (retirée). Si issirent baudement (har- diment) hors et les assaillirent de grand courage et les menèrent tellement qu'ils en tuèrent bien là moitié et leur ôtérent tout le pillage j et puis ren- trèrent en leur tour. Encore se tenoient les batailles sur le mont de Castres , et tinrent tout le jour jusques après nonne (midi) que les coureurs revinrent de tous côtés. Dont eurent conseil là entr'eux moult grand, et disoient les seigneurs que, tout considéré, ils n'étoient mie assez gens pour assiéger une si grand' ville que Valenciennes est. Si eurent finale- ment conseil de partir d'illeç (là) et d'eux retraire (retirer) devers Cambray. Si s'en vinrent ce soir loger à Maing et à Fontenellesj et là furent toute nuit et firent bon guet et grand. Lendemain ils s'en parti- rent, mais ilsardirent (brûlèrent) MaingetFontenel- les et toute l'abbaye qui étoit à madame' de Valois tante au dit duc et sœur germaine du roi son j)ère. De quoi le duc fut trop courroucé et fit pendre ceux qui le feu y avoîent mis et bouté. A ce département fut pararsé (incendiée) la ville de Trith, le châtelet le moulin abattu, et Prouvy, Rouvegny, Thians,
3i6 LES CHRONIQUES (i5^of
Monceaux, et tout le plat pays entre Cambray et Va- lenciennes. Ce jour chevaucha tant le duc de Nor- mandie ^'^ qu'il'vint devant EscandeuvrCyUn bon châtel et fort du comte de Hainaut, séant sur la ri- vière d'Escaut, et qui moult grévoit ceux de Cam- bray avec ceux de la garnison de Thun L'Évêque: duquel châtel d'Escandeuvre étoit capitaine et sou- verain messire Girard de Sassegnies, qui devant ce n'a voit eu aucune reproche de diiïame (déshonneur). Or ne sais-je que ce fut, ni qui l'enchanta, mais le duc n'eut mie sis (siégé) devant la forteresse six jours quand elle lui fut rendue saine et entière, dont tout le pays fut émerveillé j et en furent soupçonnés de trahison messire Girard de Sassegnies et un sien écuyer qui s'appeloit Robert de Marinian. Ces deux en furent pris et inculpés, et en moururent vilai- nement à Mons en Hainaut, et ceux de Cambray abattirent le châtel d'Escandeuvre et emportèrent toute la pierre en Cambray, et en firent réparer et fortifier leur ville.
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CHAPITRE CXIII. ' ' *
Comment ceux de Douât et cetîx de Lille issirent (sortirent) de leurs forteresses et ârdirent (iw- cendièrekt) tout le plat pats d'Ostrevawt,
Après la prise et la destruction d'Escandeuvre, se retrais t(retira)le duc Jean de Normandie en la cité
(i) La plupart des chroniques disent que PhiJippe de Valois étoit
J
îi54o) DE JEAN FROISSART. 3 17
de Cambrajr,et donna à une partie de ses gens d'ar- mes congé j et les autres envoya es garnisons de Lille, de Douay et des autres forteresses voisines. Et avint en cette même semaine que Escandeuvre- fut prise, que les François qui dedans Douay se tenoient, issirent (sortirent) hors et ceux de Lille avec eux, et pouvoient être environ trois cents lan- ces, et les conduisoit messire Louis de Savoye et messite Aymery de Poitiers , le comte de Genève (Gènes), le sire de Villers et le Gallois de la Baume avec le seigneur de Wavrin et le sire de Wazières, et vinrent en celle chevauchée ardoir (brûler) en Hainaut ce beau plein pays d'Ostrevant, et n'y de- ' meura rien dehors les forteresses: dont ceux de Bou- chain furent moult courroucés , car ils véoient les feux et les fumier es (fumée) entour eux^ et si n'y pouvoient remède mettre. Si envoyèrent à Valencien- nesen disant que si de nuit ils vauloient issir (sortir) environ cinq ou six cents armures de fer , ils porte- roient. grand dommage aux François quiétoient en- core tous cois (tranquilles) et logés au plein pays. Mais ceux de Valenciennes n'eurent point conseil de pajrtir ni vuider leur ville: par ainsi n'eurent les Fran- çois point d'encontre. Si ardirent(brûlèrent) ils Ani- che et la moitié d'Abscon, Escaudain,Erre, Fenain, Denaing, Montigny,Warling, Wargnies, Auberci- court , Saultz, Rœult , Neuf ville , le lieu Saint Amand ,
»
en personne au siège d^Eseandeuvre et le font durer beaucoup plu9 long-temps que Froissart. Suivant eux, ce château étoit assiégé depuis environ quinze jours quand le roi y arriva; et il ne se rendit que plu« sieurs semaines après son arrivée. J. D.
3iB LES CHRONIQUES (i34o)
et tous les villages qui en ce pays étoient; et emmenè- rent grand pillage et grand'pr oie en leurs garnisons. Et quand ceuxdeDouay furent retraists (retirés), les soudoyers (soldats) de Bouchaing issirent (sorti- rent) hors et chevauchèrent et ardirent (brûlèrent) Fautrepartiedela ville d'Abscon, qui se tenoitFran- çoise , et tous les villages François jusques aux portes deDouay ,etlaville d'Ëscrechins. Ainsi que je vous ai ci-dessus devisé, lesgamisons des frontières étoient pourvues et garnies de gens d'armes; et souvent y avoit des chevauchées, des rencontres et des faits d'armes des uns aux autres, ainsi que en tels beso- gnes appartient Si avint en cette même saison que soudoyers (soldats) Allemands qui se tenoient de par l'évêque de Caimbray en la Malmaison, à deux Ueues de Castel en Gambresis (Cateau-Cambrésis), etmar- chissant (limitrophe) d'autre part plus près de Lan- drecies dont le sire de Potelles , un appert (expert) chevalier , étoit capitaine et gardien, car le comte de Blois , quoiqu'il en fut sire , l'avoit rendu au comte de Hainaut, pourtant (attendu) qu'il étoit François j et le comte le tenoit en samain et le faisoit garder pour les François. Si avoient souvent le hutin (dispute) ceux de la Malmaison et ceux de Landrecies en- semble: dont un jour saillirent (sortirent) hors de la Malmaison les dessus dits Allemands bien mon- tés et bien armés, et vinrent courir devant la ville de Landrecies et accueillirent la proie, et l'emme- noient devant eux, quand les nouvelles et le haro en vinrent à Landrecies entre les Hainuyers qui là se tenoient. Adonc s'arma le sire de Potelles et fit
(i34o) DE JEAN FROISSAKT. 3 19
"armer ses compagnons, et montèrent à cheval et se partirent pour rescourre (reprendre) aux Allemands leur proie qu^ils emmenoient Si étoit adonc le sire dePof elles tout devant > et le suivoient chacun qui mieux mieux. Il qui étoit de grand' volonté et plein de hardiment ^ardiesse) abaissa son glaive et écria aux François qu'ils retournassent, car c'étoit honte de fuir. Là avoit un écuyer Allemand qu'on appe- loit Albrecht de Cologne, appert (expert) homme d'armes durement, qui fut tout honteux quand il se vit ainsi chasser. Si retourna franchement et baissa son glaive, et férit cheval des épei*ons, et s'adressa sur le seigneur de Potelles, et le chevalier sur lui, tellement qu'il le férit sur la targe (bouclier) un si grand horion que le glaive vola en pièces j et l'Alle- mand le consuivit (atteignit) par telle manière de son glaive roîde et enfumé ^'^ que oncques ne brisa ni ploja, mais perça la targe, les plates et l'hocque- ton, et lui entra dedans le corps et le poignit droit au cœur, et l'abattit jus (en bas) de dessus son che- val, navré (blessé) à mort. Dont vinrent les compa- gnons Hainuyers , le sire de Bousies, Girard de Mas- tain, Jean de Mastain, et les autres qui de près le suivoient, qui s'arrêtèrent sur lui quand en ce parti le virent, et le regrettèrent durement j et puis requi- rent les François fièrement et asprement en contre- V en géant le seigneur de Potelles qui là gissoit navi'é (blessé) à mort. Et combattirent et assaillirent si dur Albrecht et sa route (troupe) qu'ils furent déconfits,
{i) On durcissoit quelquefois le bois des lances au feu. J. A. B.
320 LES CHRONIQUES (i54o)
morts et pris, ou peu en échappèrent; et la proie res- cousse (délivrée) et ramenée^ et les prisonniers aussi en Landrecies, et le sire de Potelles mort, dont tous les compagnons en furent courroucés durement.
CHAPITRE GXIV,
CoMMEiTT François et Hainuters s'entrecouroieht
sus LES UNS Aux AUTRES^ ET GOMMENT LE PAYS DE
Hainaut étoit en grand'tribulation.
Après la mort du seigneur de Potelles, le sire de Floyon fut un grand temps gardien de la ville et du châteldeLandreciesjetcouroit souvent sur ceux de Bouchaing, delaMalmaisonetdu Castel en Cambré- sis (Câ teau-Cambrésis) et des forteresses voisines , qui ennemies leur étoient Ainsi couroient un jour les Hainuyers , un autre les François. Si y avoit souvent des rencontres , des escarmouches et des rués (renver- sés) par terredesuns et des autres jcarau voir (vrai) dire, tels besognes lé requièrent. Si étoit le pays de Hainaut en grand' tribulation et eu grand esmay (inquiétude) j car une partie de leur pays étoit arse (brûlée) et exiUée (ravagée)} et si sentoient encore le duc de Normandie sur les frontières, et ne sa- voient qu'il avoit empensé j et si n'avoient aucunes nouvelles de leur seigneur le comte. Bien est voii' (vrai) qu'il avoit été en Angleterre où le roi et les barons l'avoient honoré et fêté, et avoit fait et juré
^^^w
(i54o) DE JEAN FROISSART. 3a î
grands alliances au roiAnglois; et s^en étoit parti et allé en Allemagne devers Fempereur Louis de Bavière: c'étoit la cause pourquoi il séjournoit là tant D'autre part messire Jean de Hainaut étoit allé en Brabant et en Flandre , et avoit montré au dit duc de Brabant et à Jaquemart d'Artevelle la désolation du pays de Hainaut, et comment les Hai- nuyers leur prioient .qu'ils y voulsissttt (voulus* sent) entendre et pourvoir de conseil Les dessus ^xlits lui avoient répondu que le comte ne ppuvoit longuement demeurer , et lui revenu , ils étoient tout appareillés d'aller à (avec) tout leur pouvoir là oh il les voudroit mener. Or reviendrons-nous au duc de Normandie, et recorderons coimme il assiégea ceux de Thun FÉvêque.
CHAPITRE CXV.
Comment le duc de NoRikfAirDiE assiégea le chatei
• r
DE Thun l'Eveque^ et comment ceux de dedans
eurent TREVES DE QUINZE JOURS A LUI RENDRE LE CBATEL OU A LUI C09CBATTRB.
Ëhtrementes (pendant) que le duc de Noi:mandie se tenoit en la âté de Cambray ,1e dessus dit évêque et ks bourgeois dû lieu lui remontroient comment les Hainyyers avoient pris et emblé (enlevé) le fort châtel de Tbun, et que par amour, et pour son hon- neur garder, et le profit du commun pays, il voul- sist (voulut) mettre conseil et entente (intention)
FROISSART. T. I. 21
32a LES CHRONIQUES (1540)
au r'ayoit ^ car ceux de la garnison ^ontraignoieut durement le pays de là environ. Le duc y entendit volontiers, et fit de recbef semondre (convoquer) son ost et mit ensemble grand^foison de seigneurs et de gens d'armes, qui se tenoient en Artois et en Yermandois» lesquak il avoit eu en sa première che- vauchée. Si se partit de Cambray et s'en \int à (avec) toutes ses gens loger devant Thun,sur la rivière d'Escaut, en ces beaux plains au lez (côté) devers Qstrevant; et fit le duc là amener et charger six- grands engins (machines) de Cambray et de Douay , et les fit dresser et asseoir fortement devant la for- teresse. Ces engins (machines) jetoient nuit et jour pierres, et mungonneaux ^'^ à gr and'f oison , qui en- foudroient et abattoient les combles des tours, des chambres et des salles , et contraignirent par ce dit assaut durement ceux du châtel^ et n'osoient les compagnons qui le gardoient demeurer en chambre et en salle qu'ils eussent, fors en caves et en cel- liers. Oncques gens d'armes ne souffrirent pour leur honneur en forteresse autant de peine ni de mfes- chef que cils (ceux-ci) faisoient. Desquels étoit sou- verain capitaine un chevalier Aliglois qui s'appeloit messire Richard de Limosin, et aussi deux écuyers de Hainaut, frères au seigneur de Mauny, Jean et Thierry. Ces trois, dessus toui les autres, en avoient la charge, la peine et le faix, et tenoient les autres compagnons en vçrtu et en force, et leur disoient:
(i)Maiigonncau, machine à jeter des piertes, etc« On entcndoit aussi par ce mot les pierres et tcmt ce qu'on h^-çoit avec cette machine. f\*o> . le CUost, de Bucange et ieSuf^. au tQèt Tnangonèatt, ) J« C^
(t84b) DÉ JEAN FROISSAfeT. Sîiâ
« Beaux seigneurs > le gentil comte de Hainaut vien- dra un de ces jours à (avec) si grand ost contre les François ) qu'il nous délivrera à (avec) tout honneur de ce péril et nous saura grand gré de ce que si fran- chement nous serons tenus; » Ainsi reconfortoient les trois dessus dits les compagnons qui n'étoient mie à leur aise; car pour eux plus grever et plutôt amener à mercy , ceux de l'ost leur jetoieiit et eil^ voyoient par leurs engins chevaux morts et bêtds mortes et puants pour eux empunaiser } dont iisi étoientlà dedans en grandMétresse, car Pair étoit fort et chaud, ainsi qu'en plein étéj et furent con-« traints par cet état, plus que par autre chose. Fina- lement ils regardèrent et considérèrent entr'eux que celte mésaise ils ne pouvoient longuement souffrir ni porter, taiit leur étoit la punaisie abominable. Si eurent conseil et avis de traiter une trêve à durer quinze jours; et là en dedans signifier leur pauvreté à messire Jean de Hainaut^ qui étoit régent et gar- dien de tout le pays, afin qu'ils en fussent confor- tés; et s'ils ne l'étoient, ils rendroient la forteresse au dit duc de Normandie. Ce traité fut entamé et mis avant: te duc leur accorda et mit en souffrance tous assauts, et leur donna trêves quinze jours, qui firent moult, de bien aux compagnons du dit fort; car autrement ils eussent été tous morts et empu- naisés sans percy, tant leur envoyoit-on de charo- gnes pourries etd'auttes ordures par les engins (machines). Si firent tantôt partir Ostelart de Somaing par le traité devisant, qui s'en vint à Mons en Hainaut, et trouva le seigneur de Beaumont qui
ai*
i
3a4 LES CHRONIQUES (i34o)
ayoit ouï nouvelles de son neveu le comte de Hai- naut, qui revenoit en son pays, et avoit été devers Fempereur et fait grands alliances avec lui, aussi aux seigneurs de Pempire, le duc de Gueldres, le marquis de Juliers, le marquis de Brandebourg et tous les autres. Si informa le sire de Beaumont le dit écuyer Ostelart de Somaing,et lui dit bien que ceux de Thun l'Ëvêque seroient bientôt confortés, mais (pourvu) que son neyeu fut revenu au pays.
CHAPITRE CXVI.
Comment le comte de Hainàvt fit son mandement ▲ tous ses alliés pour aller secourir ceux de
' — *
Thun l'Eveque.
IjATrèvb durant qui fut prise entre le duc de Nor- mandie et les soudoyers (soldats) de Thun , si comme vous avez ouï, revint le comte de Hainaut en son pays; dont toutes manières de gens furent ré- jouis , car moult Favoient désiré. Si lui recorda le sire de Beaumont son oncle comment les choses étoient allées depuis son département^ et à (avec) quelle puis- sance le duc de Normandie étoit entré et séjourné dans son pays, et ars (brûlé) et détruit tout par de- là Valenciennes, exceptées les forteresses. Si répon- dit le comte qu'il seroit bien amendé et que le royaume de France étoit assez grand pour en avoir satisfaction de toutes ces forfaitures; mais briève- ment il voulait aller devant Thun TÉvêque et cou-
(i54o) DE JEAN FROISSART. 3^5
forter ses bonnes gens qui gissoient là si honorable- ment, et qui si loyalement s^étoient tenus et défen- dus. Si fit le comte son mandement et ses prières en Brabant, en Gueldres, en Juliers et en Allema- gne, et aussi en Flandre devers son bon ami Arte- vellej et s'en vint ledit comte à Valenciennes , à (avec) grand'f oison de gens d'armes, chevaliers et écuyers de son pays , et des pays dessus nommés \ et toudis (toujours) lui croissoient gens. Et se partit de Valenciennes en grand arroy de gens d'armes, de charrois, de tentes, de traits, depavillcms et de toutes autiîes pourvéances (provisions), et s'en vint loger à Nave sur ces beaux plains (plaines) ef, ces beaux prés ^ tout contre val la rivière d'Escaut. Là étoient les seigneurs de Hainaut avec le dit comte et en bon arroy: premièrement messire Jean de Hainaut sou oncle, le sire d'Enghien, le sire de Werchin sénéchal de Hainaut, le sire d^Antoing, le sire de Ligne, le sire de Barbençon^ le sire de Lens, messire Guillaume de Bailleul^ le sire de ' Haverech châtelain de Mons, le sire de Montigny , le sire de Marbais , messire Thierry de WaUecourt maréchal de Hainaut, le sire de la Hamaide, le sire de Gomignies , le sire de Roisin ,1e sire de Trazegnies , le sire de Brifeuil, le sire deLalaing, le sire de Mas- tain, le sire de Sars, le sire de Wargniés, le sire de Beauriea et plusieurs autres chevaliers et écuyers, qui tous se logèrent de-lez (près) leur seigneifi\ Assez tôt après y revint le jeune comte Guillaume de Namur moult étoflfément à (avec) deux cents lances , et se logea aussi sur la rivière d'Escaut en
320 LES CHRONIQUES ( 1 540)
Post du coiiite; et après revinrent le duc de Bra-^ bant à (avec) bien six cents lances y le duc de Guel- dres, le comte de Mous, le sire de Fauquemont, messire Amoul de Blankenhejm et grand'foiso& d'autres seigneurs et gens d'armes d'Allemagne ^t de Westphalie, Si se logèrent tous , les uns après Içs autres, çur la rivière d'Escaut, àl'enconfre de l'ost François; et étoient plentureusemeut (abon- damment) pourvu^ de tous vivres qui leur venoient tous les jours de Yalenciennesetdu pays de Hainaut voisin à ei^,
CHAPITRE CXTII.
Comment le roi Philippe envoya douze cents lan- ces E;Er l'ost de son fils et assez tqt aj^res y viht
LUI-MÊl^E gomme SOyjDOYER.
OuANç ces seigneurs se furent logés ainsi que vous sivez ei^tçndu, sur la rivière d'Escaut, et mis eqtre If ave et Ywis, le duc Jean de Normandiç qui étoit d'autre part dç la rivière, avecques lui moult belle gent d'armes, vit que l'ost du comte de Hainaut çroissoit durement Si signifia tout l'état au roi de France sou père, qui se tenoit à Péronne en Ver- mandois, et étoit tenu plus de six semaines à (avec) grands gens. Lors fit le roi de reclief une semonce très spéciale, et eijivoya jusques à douze centslanceai de bpnnes gens d'armes en l'ost son fils jj et assez tôt
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(i54o) DE JEAN FROISSART. 327
après il y vint comme soudoyer du duc son fils ^'^ ; car il ne pouvoit nullement venir à main armée sur Tempire, si il vouloit tenir son serment, ainsi qu'il fit ^"^^j pourquoi le duc son fils fut toudis (toujours) chef et souverain de cette emprise ,^ mais il s^ardon- noit par le conseil du roi son père. Quand ceux de Thun l'Évêque virent leur seigneur le comte de Hainaut venir si puissamment,^ si en furent moult joyeux j et fut bien raison, car moult Ta voient dé- siré , et bien pensoieut à en être déliviés.
Le quatrième g^ur après qu'ils furent là venus et hôtelés (logés) à (avec) ost, vinrent ceux de ^alen- cieniïes en grand arroy, desquels Jean de Vassy qui prévôt étoit pour le temps, se faisoit maître et gouverneur. Si très tôt que ceux de Valenciennes furent venus , on les envoya escarmoucher aux François sur la rivière de l'Escaut , pour ensonnier (harasser) ceux de l'ost,.et pour faire à ceux de la garnison de Thun voie. Là eut grand'escarmouche des uns aux autres et plusieurs carreaux (flèches) traits et laneé^, et maints hommes navrés et blessés. Entrementes (pendant) qu'ils entendoient à paleter (escarmoucher) , les compagnons de Thun rÉvêque, messire Richard de Limosin et les autres se parti- rent du châtel ^*^ et se mirent en l'Escaut; et leur
(i) Il s^étoit renduk rarinée plus d^un luois'auparavant, selon les au. très historiens (Voy. ci-dessus rote i.P. 3i6); mais Jean le Bel éfoit plus à portée qu'eux d'être instruit de ce qui se passoit en Cambré- sis, surtout quand les événemens intéressaient la maison de Hainaut, k laquelle il étoit attaché. J. D.
(2) On voit qu'on avoit dans ce siècle une étrange idée de la manière de tenir nn serment: l'extérieur étoit tout. J. A. B.
(3) La plupart des Chroniqueurs ajoutent quils mirent ]c feu aucha- ^au avaut d'en sortir. J, D.
3a8 LES C3IRONIQUES (i54o)
appareilla-f>on bateaux et nacelles en quoi on les alla quérir d'autre part le rivage. Si furent amenés en l'ost et devers le comte de Hainaut, qui liement et doucement les reçut et les honora moult du bon service qu'ils lui avoient fait, quand si lon- guement et à (avec) tel meschef ils s'étoient tenus en Thun rÉvêqua
CHAPITRE CXVIII.
Ck>MM^T Jaquemart d*Artevelle vint au secours du
COMTE DE HaINAUT a(aVEC)pLUS DE SOIXANTE MILLE
Flamands; et comment le dit comte envoya ses hérauts demander bataille au duc de normandie.
JIjNtrementes (pendant) que ces deux osts étoient ainsi assemblés pour le fait de Thun rÉvêqueetlogés sur la rivièred'Escautjles François deversFrance et les Hainuyers sur leur pays, cour oient les fourreurs (fourrageurs) fourrer partout où trouver en pour- roient d'un côté et d'autre : mais point ne s'entr'en- controient ni trouvoient,car la rivière d'Escaut étoit entre deux. Mais les François parardirent (incendiè- rent) et coururent tout le pays d'Ostrev^nt, ce qui demeuré y étoit, et les Hainuyers tout le pays de Cambrésis. Et là vint en l'aide du comte de Hainaut , et à sa prière Jaquemart d'Artevelle à (avec) plus de soixante mille Flamands tous bien armés, et se logè- rent puissamment à l'encontre des François. Quand ils furent venus, moult en fut le comte de Hainaut
(i54o) DE JEAN FROISSART. ^ Sîîg
lié (joyeux), car son ost étoit grandement renforcé: si manda par ses hérauts au duc de Normandie son cousin, que Bataille se peust (pût) faire entre eux, et que ce séroit blâme pour toutes les parties, si grands gens d'armes qui là étoient sedépartoienl (quittoient) sanS bataiQe. Le duc de Normandie ré- pondit à la première fois qu'il en auroit avis. Cet avis et conseil fut si long que les hérauts adonc s'en par- tirent sans réponse certaine j dont il avint que le tiers jour après, le comte de rechef y envoya pour mieux savoir l'intention du dit duc et des François. Le duc répondit qu'il n'en étoit encore pas conseillé de com- battre ni de y mfettre journée j et dit encore ainsi que le comte étoit trop hâtif Quand le comte ouït ces paroles, si lui semblèrent un détriement (délai): si manda tous les plus grands barons de son ost et pre- mièrement le duc de Brabant son grand seigneur ^'^ et tous les autres en suivant j et puis leur piontra son intention et les réponses du duc de Normandie; si en demanda à avoir conseU. Adonc regardèrent- ils chacun l'un l'autre et ne voulut nul répondre premier. Toute fois le duc de Brabant parla, pour- tant (attendu) que c'étoit le plus grand de l'ost et tenu le plus» ^age: si dit que de faire un pont, ni de combattre aux J7rançois, iln'étoit mie d'accord j car il savoit de certain que le roi Anglois devoit pro-
(i) Cette expression ne peut s'entendre de la suicraincté, puisque le Hainaut ne releyoit point du Brabant: Froissart a voulu seulement designer par Ik l'espèce de supériorité que les liens du sang donnolent au duc de Brabant sur 1» comte de Hainaut qui a\oit épousé sa fille. {Hist. gén, de la mais, de Fr, T. a. P. 784.) J. D.
33o LES CHRONIQUES (i34o)
chainement passer la mer et yenir assiéger la cité de Toumay: « Et lui avons, ce dit le duc,, promis et juré foi, amour et aide de nous et des nôtres ^ donc si nous combattions maintenant, et fortune fut con- tre nous, il perdroit son voyage, ni nul confort il n'auroit de nous 3 et si la journée étoit pour nous, il ne nous en sauroit gré, car c'est son intention que jà sans lui, qui est chef de cette guenre, nous ne nous combattions au pouvoir de France. Mais quand nous serons devant Tournay , et il avec nous , et nous avec lui, et le roi de France sera d'autre part, enuis (avec peine) se départiront si grands gens sans com- battre. Si vous conseille, beaufils,quevous départez de ci, car vous y séjournez à grands fraisj et donnez congé à toutes manières de gens d'armes , et s'fen revoist (retourne) chacun en son lieuj car dedans dix jours vous orrez (entendrez) nouvelles du roi d'Angleterre. » A ce conseil se tint la plus grand* partie des seigneurs qui là étoient, mais il ne plut mie encore très bien au comte de Hainaut, et pria aux seigneurs et aux barons tous'en général qui là étoient qu'ils ne voulsissent (voulussent) pas encore départir: car ce seroit trop giandèment, ce lui sem- bloit, contre son honneur, si les François n'étoient combattus; et lui eurent tous en cpnvent (conven- tion). A ces paroles issirent (sortirent) -ils de parle- ment et se retraist (retira) chacun en son logis. Trop volontiers se fussent partis ceux de Brii^xeUes et de Louvain,car ils étoient si tanés (fatigués) que plus ne pou voient j et en parlèrent plusieurs fois au duc leur seigneur, et lui montrèrent qu'ils gissoient là à grands frais et rien n'y faisoient.
(i54ft) DE JEAN FROISSART. 33 1
CHAPITRE CXIX.
Comment le comte de Haikàvt envoya de rechef messireJeân de Hàinaut au dit duc pour lui re- quérir BATAILLE, ET QUELLE lUÊPONSE IL EUT.
Ou AND le comte de Hainaut vit son conseil varier, et qu'ils n'étoient mie bien d'accord de passer la ri- vière d'Escaut et de combattre les François, si en fut durement courroucé. Srappela un jour son onele messir e Jean d e Hainaut , et lui dit: « Bel oncle , vous monterez à cheval et chevaucherez selon cette ri- vière, et appelerez qui que soit homme d'honneur en Yosi François j et direz de par moi que je leur livriM'ai pont pour passer, mais (pourvu) que nous ayons trois jours de répit ensemble tant seulement pour le faire, et que je les vueil (vçux) combattre, comment que ce soit.» Le siredeBeaumontqui véoit (voyoit) son neveu en grand désir de combattre ses ennemis, lui accorda volontiers, et dit qu'il iroit et feroit le message. Si vint à son logis et s'appareilla bien et faiticement (régulièrement), lui troisième de chevaliers tant seulement, le sire de Fagnoelles et inessire Fleurent de Beaurieu , et un autre cheva^ Ijer qui portoit son pennon devant lui , montés sur bon^ boursiers, et chevauchèrent ainsi sur le rivage d'Escaut
Et avint que de l'autre part le sire de Beaumont iiperçut un chevalier de Normandie qu'il connut pair
33a LES CHBONIQUES (i54o>
ses parements, si l'appela et dit: «Sire de Maubuis- sou, sire de Maubuisson, parlez à moi. » Le cheva- lier qui se ouït nommer et qui aussi connut messire Jean de Hainaut, par le pennon de ses armes, qui étoit devant lui, s'arrêta et dit: « Sire, que plait
vous? » ff Je vous prie, dit le sire de Beaumont^
que vous veuilliez aller devers le roi de France, le duc de Normandie et leur conseil, et leur dites que le comte de Hainaut m'envoie ci pour prendre une trêves tant seulement que un pont soit fait sur cette rivière, par quoi vos gens ou les nôtres la puissent passer pour nous combattre: et ee que le roi ou le duc de Normandie répondra, si le me venez dire^ car, je vous attendrai tant que vous serez revenu. » ' — « Par ma foi, dit le chevalier, volontiers. »
Atant (alors) se départit le sire de Maubuisson et iérit cheval des éperons, et vint à la tente du roi de France, où le duc de Normandie étoit adonc person- nellement , et grand'foison d'autres seigneurs. Le sire de Maubuisson ssalua le roi, le duc et tous les seignetirs, et relata son message bien et duement,, ainsi qu'il appartenoit , et que chargé lui étoit. Quand il fut ouï et entendu, on lui répondit moult briève- ment et lui ditpon: « Sire de Maubuisson ^ vous direz de par nous à celui ^i d vous envoie que en tel état comme nous avons tenu le comte de Hainaut jusquesà itaintenant, nous le tiendrons en avant, et lai ferons engager sa terre: ainsi sera-4r3 guer- royé de deux côtés j et quand boi^ nous semblera, nous entrerons en Hainaut si à point que nous par- ardrons (incendierons) tout son pays. *
r.
034d) de JEAN EROISSART. 333
Ces paroles, ni plus ni moins, rapporta le sire de Maubuisson à messire Jean de Hainaut qui là l'at- tendoit sur le riva^. Et quand la relation lui en fut faite, il dit au chevalier: k Grands mercis. » Lors se partit et s'en revint arrière à leur logis, et trouva le comte de Hainaut son neveu qui jouoit aux échecs au comte de Namur. Le comte se leva sitôt qu'il vit son oncle, et lui demanda nouvelles. « Sîpe, dit mes- sire Jean de Hainaut, à ce que je -puis voir et consi- dérer , le roi de France et son conseil prennent grand'plaisance en ce que vous séjournez 41 à grands frais, et disent ainsi, qu'ils vous feront dépendre4et engager toute votre terre, et quand bon leursem- Liera, ils vous combattront, non à votre aise ni vo- lonté , mais à la leur. » De ces réponses fut le comte de Hainaut tout grigneux (triste), et dit qu'il n'iroit pas ainsi.
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CHAPITRE CXX.
Gomment le roi d'Angleterre monta sur mer pour VENIR EN Flandre ; et comment il trouva les Nor- mands QUI LUI GimDOlKNT LE PASSAGE, ET GOMMENT. IL ORDONNA SES BATAILLES.
jN ocs nous tairons un petit à parler du duc de INormandie et du comte de Hainaut, et parlerons du roi d'Angleterre , qui s'étoit mis sur mer pour venir et arriver selon son intention en Flandre, et puis venir en Hainaut aider à guerroyer le Comte de
334 LES CHRONIQUES (t54o)
Hainàutsonserourge(beau-frère)contrelesFrançois. Ce futle jour devant la veille Saint Jean-Baptiste ^'\ Fan mil troiscent quarante, qu'il nageoit(naviguoit) par mer, à (avec) grand'et belle charge de ne& et de vaisseaux; et éioit toute sa navie (flotte) par- tie du havre de Tamise, et s'en venoit droitement à rÉduse. Et adonc se tenoient entre Blankeberghe et FÉcluse e^ $ur la mer messire Hugues Quieret et messire Pierre Bahnchet etBarbevairë, à (avec) plus de sept vingt gros vaisseaux sans les Hokeboz ^*^; et étoiëiit bien^ Normands, Bldaus ^^\ Génois et Picard» qtiarante mille; et étoient là ancrés et arrê- tés,'au commandement du roi de France, pour at- tendre la revenue du roi d'Angleterre, car bien sa- voient qu'il devoitpat là passer. Si lui vouloient dé- néer (refuser) et défendre le passage, ainsi qu'ils fi- rent bien et hardiment, tant comme ils purent, si 4îomme vous orrez (entendrez) recorder.
Le roi d* Angleterre et les siens, qui s*en venoietit . singlant, regardèrent et virent devers l'Écluse si grand'qnantité de vaisseaux que des mâts ce sem- bloit droitement un bois: si en fut fortement émer- veillé et demanda au patron de sa navie (flotte) quels gens ce pou voient èWe: il*^ répondit qu'il cui- doit.(croyoit) bien que ce fut l'armée des Normands que le roi de France tenoit sur mer, et qui plusieurs
(i) Ce fut en eS^t le ai juin avant-veiOe de la fête de saint Jean-Bap- tistâ qt^Édouard s^embarqua; et le combat doiit Frôissart ya faire le rédt se donna le jom* même delà Ate. (Rjmcr, T. a* Part. 4. P. 79O J.D-
(2) Esprce de barcjtie. J. A. B.
(3) Vojez la note de la Page 303^
(i54o) DE JEÀ^N FROISSART. 335
fois lui avoient fait grand dommage, et tant que ars (brulé)etrobé(pillé)la bonne ville de Hampton(Sou- thampton) et conquis Christophe, son grand vaisseau ^ et occis ceux qui le gardoientet con^uisoient Donc répondit le roi Anglois : « J'ai de long-temps désiré que je les pusse combattre ; si les combid;troi|s, s'il plaît à Dieu et à Saint George^ car voirement (vrai- ment) m'ont-ils fait tant de contraires que j'en vueil (veux) prendre la vengeance, si je y puis avenir. » Lors fit lerai ordonner tous ses vaisseaux et mettre les plus forts devant, et fit frontière à tous côtés de ses archers j et entpe deux nefs d^archers en y avoit unede gens<d'armes j et eftcorefit-il une bataille sur- côtière, toute pure d'archers, pour réconforter, si mestier (besoin) étoit, les plus lassés. Là y avoit grand'foison de dames d'Angleterre, de comtesties, baronnesses, chevaleresses et bourgeoises de Lon- dres, quivenoientvoir lareine d'Angleterre à Gand, que vue n'avoient un grand temps, et ces dames fit le roi Anglois bien garder et soigneusement, à(avec) trois cents hommes d'armes et cinq cents archers 5 et puis pria le roi à tous qu'ils voulsiissent (voulus- sent) penser de bien faire et gardef' son hon)|eur j et chacun loi enconvenançat (promit).
336 LES CHROinQUES.. <i54o)
CHAPITRE CXXI.
» m
CoitMBHTLB ROI D* ANGLETERRE ET LES NORMAHDS ET ÀUTflBS^B COXBATTIREUT DURBMENT; ET COmCENT ChrIWOPHB le GRAirD VAIStiblLU FUT RECONQUIS DES
Auglois.
QaAND le roi d'Angleterre et. son maréclial eurent ordonné les l^atailles et leurs navies (flottes) bien et «agement, ils firent tendre et traire (tirer) les voiles contre mont, et vinrent a)A vent, de quartier, sur destre (droite), pour avoir l'avantage du soleil, qui en venant leur étoit au visage. Si s'avisèrjent et re- gardèrent cjue ce leurpouvoit trop nuire, et detriè- r ent (différèrent) un petit , et tournoyèrent tant qu'ils eurent vent à volonté. Les Normands qui les véoient (voyoient) tournoyer s'émerveillaient trop pourquoi ils le faisoient, et disoient: <c Ils ressongnent (redou- tent) et reculent, car ils ne sont pas gess pour com- battre à nous. >» Bien véoient (voyoient) entre eux les Nowands, par l^s bannières, que le roi d'Angle- terre y étoit personnelletaent: si eu étotent moult Jojjeux, car trop le désiroient à combattre. Si mirent leurs vaisseaux en bon état, car ils étoient sages de mer et bo^s combattants; et ordonnèrent Christophe le grand vaisseau que conquis avoient sur les An- glois en crtte même année^tout devant, et grand ' foison d'arbalétriers Génois dedans pour le garder et traire (tirer) et escarmoucher aux Anglois, et puis
{l^à) Dfc JEAN FROi^ARt. 33^
s'aiTOutèrent (s'assemblèrent) à (avec) grand^ foison de trompes et de trompettes et de plusieurs autres instruments , et s^en vinrent requerre (chercher) leurs ennemis. Là se commença bataille dure et forte de tous côtés, et archers et arbalétriers à traire (tirer) et à lancer l'un contre Pautre diversement et roide- ment, et gens d'armes à approcher et à combattre main à main asprement et hardimetit^et parquoi ilsi pussent mieux avenir l'un à l'autre, il.^ ôVoient grandscrocsethavez (crochets) de fel* tenants àchaî^ nes^siles jetoient dedans les nefs de l'un à l'au- tre et les accroch oient en semble > afin qu^ils pussent mieux aherdre (se joindre) et plus fièrement com- battre. Là eut une très dure et forte bataille et main« tes appertises d'armes faites , mainte lutte , m aint e pri- se, mainte rescousse (délivrance). Là fut Christophe le grand vaisseau auques (aussi) de commencement reconquis des Anglois, et tous ceux morts et pris quilegardoientet défendoient. Et adonc y eutgrand» huée et grand'noise, et approchèrent durement les ' Anglois, et repourveirent (reconquirent) inconti- nent Christophe ce bel et grand vaisseau depurs ar*- chers qu'ils firent passer tout devant et combattre aux Genevois (Génois).
«*i
fïiOISSART T. ï* 2tî*
338 LES CHRONIQUES (i54o)
CHAPITRE CXXII/
Comment les Anglois décohfirbnt les Normands qu'oncques-n'en échappa pied que tous ne fussent mis a mort.
Cette bataille dont je voub park fut mouU fébn- neuse et très horrible; car bataille et assaut sur mer soat plus durs et plus forts que sur terre: car là ne peut-on reculer ni fuirj mais se faut vendre et com- battre et attendre l'aveuture, et chacun en droit soi montrer sa hardiesse et sa prouesse. Bien est voir (vrai) que messire Hugues Quieret étoit bon che- valier et hardi, et aussi messire Pierre Bahuchet et Barbe vaire, qui au temps passé avoieut fait maint meschef sur mer, et mis à fin maint Anglois. Si dura la bataille et la pestillence de l'heure de prime ^'^ jusquesà haute nonne. Si pouveii bien croire que ce terme durant il y eut maintes appertises d'armes faites; et convint là les Anglois souffrir et endurer grand' peine, car leurs ennemis étoient quatre con- tre un et toutes gens de fait et de mer ^"^^ ; de quoi
(i) Depuis six heures du maiîajuscju' après midi. (Voyez Page ig. ) (2') Les grandes chroniques de FraTice blâiuent Barbevaire de ce dont Froissart le loue ici, d'avoir choisi des gens de mer au lieu de cheva- liers qui demandoient de forts salaires ctn'*e'toient pas bons k ce genre de service. Les grandes chroniques prétendent que Barbevare fut dé- fait parcequ^il avoit pris des poissoBBi«rs et des mariniers pour servir sur mer et non pas des gentils hommes. Quant à Bahuchet, qiii corn- mandoit avec Barbev^ire, les grandes chroniques disent qu^/7 se sa^ voit mieux mêler d'un compte à faire qtie de gticrrojrer en mer,' il étoit trésorier de la couronne, J. A. B.
U54o) DE JEAN FROISSART. 339
les Anglois, pour œ qu^il le conyenoit, se pénoient moult de bien faire. Là fut le roi d'Angleterre de sa main très bon chevalier , car il étoit adonc en la fleur de sa jeunesse; et aussi furent le comte Derbj, le comte de Pembrocke, le comte de Hereford^ le comte de Huntingdon, le comte de Northampton et de Glocester, messire Regnault de Cobham , mes- sire Richard Stafford,lesire de Percy, messire Gau- tier de Mauny , messire Henry de Flandre, messire Jean de Beauchamp, le sire de Felton, le sire deBra- destan, messire Jean Chandos, le sire de la Ware, Je sire de Multon» et messire Robert d'Artois, qui s'appeloit comte de Richemont ^"^ , et étoit de-lez (à côté) le roi en grand arroy et en bonne étoffe, et plusieurs autres barons et dievaliers pleins d'hon- neur et de prouesse, desquels je ne puis mie (pas) de tous parler, ni leurs bienfaits ramentevoir (rap- peler). Mais ils s'éprouvèrent si bien ctsi vassalement (vaillamment) parmi un secours de Bruges et du pays voisin qui leur vint, qu'ils obtinrent la place et l'eau , et furent les Normands et tous ceux qui là étoient encontre eux, morts et déconfits, péris et noyés, ui oncques pied n'en échappa que tous ne fus- sent mis à mort ^*\ Cette avenue fat moult tôt sçue
(i ) Il ne parott pas que Robert cT Artois ait jamais possédéce comté ainsi que cela a dëjk été expliqné en note« J. A. B.
(a) Les historiens attribuent nnanim.ement la défaite des François k la division des chefs et au peu de talent de Bahuchet. Barbe raire von- loit que la flotte quittât la c6te et allât a la rencontre des Anglois; mais les amiraux François sVbstioèrent k rester près de la terre, resserrés dans une anse. Par cette mauvaise disposition, ils rendirent inutile la ftupériorité de leurs forces ^ elle leur devint même nuisible, parce que les vaisseaux, n^ ayant pas assez despace pour manœuvrer, s^embar*
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34o LES CHRONIQUES (1^40)
parmi Flandre et puivS en Hainaut; et en vinrent les certaines nouvelles dedans les deux osts devant Thunl'Evêque. Si en furent Hainuyers, Flamands et Brabançois moult réjouis et les François tous cour- roucés. Or vous conterons du roi Anglois comment il persévéra après la bataille faite.
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CHAPITRE CXXIII.
Comment le comte de Hainaut, quaud il sut la
VENUE DU ROI d' ANGLETERRE, SE PARTIT DE DEVANT ThuH l'EvÊQUE ET s'en ALLA A VaLENCIENNES; ET
COMMENT Jaquemart d'Artevelle prêcha et mon- tra DEVANT TOUS LES SEIGNEURS LE DROIT QUE LE
ROI Anglois avoit en France.
Quand cette victoire^ ainsi que dessus est dit, fut avenue au roi Anglois, il demeura toute cette nuit, qui fut la veille saint Jean-Baptiste ^'\ sur mer en ses
rassoient les uns les autres et oe pouvoient se prêter de seconrs. Bar- bevaire, qui atoit gagné le large avec sa division, eut seul le bonbeur d'*écbapper; les deux amiraux François furent battus et perdirent la vie.' Hugues Quieret ait assassiré de sang-firoid, après avoir été fait prisonnier, et Bahucbet fut pendu au mât de son vaisseau. On évalue la perte totale k 3o»ooo hommes dont plus des trois quarts étoient François. Le roi d'Angleterre fut légèrement blessé k la cuisse. ( Chron^ de Fr, chap. 19. Comin, de Nangis, P. 102» Chron, de Flan,'P. iSS.Ann, de Fland, par Meycr, fol. 141. Voy. ) J, D.
(i)En suivant les Cbron. de Fr. uii suprà, Edouard remporta cette victoire le lendemain de la fête de saint Jean-Baptiste; mais cet*e date n'est pas plus exacte que celle de Froissart $il est certaio que la ba- taille se donna le jour même de la fête. ( Rymer, T. 2. Part. 4» P. 79.) J. D.
(i34o) DE JEAN FROISSART. 34 1
navçs (vaisseaux) devant rÉcl use, en grand bruit et grand'noise de trompes et de nacaires(timballes)y tabours , cornets et de toutes manières de raenestran- dies ^'^ tellement qu'on n^j ouït pas dieu tonnant j et là le vinrent voir ceux de Flandre qui étoient in- formés de sa venue. Si demanda le dit roi nouvelles aux bourgeois de Bruges de Jaquemart d'Artev elle ^ et cils (ceux-ci) répondirent qu'il étoit aune semonce (appel) du comte de Hainaut contre le duc de Nor- mandie à (avec) plus de soixante mille Flamands. Ces paroles furent assez plaisantes au roi Anglois. Quand ce vint à lendemain, le jour de saint Jean,, le. roi et toutes ses gens prirent port et terre, et se mit le roi tout à pied, et grand'foison de sa cheva- lerie, et s'en vinrent en. tel état en pèlerinage à Notre Dame d'Ardenbourg. Là ouït messe le roi et dîna, et puis monta à cheval et vint celui jour à Gand, où madame la reine sa femme étoit, qui le reçut à (avec) grand'joie; et toutes les gens du roi et tout leur harnois vinrent cette part depuis petit à petit*
Le roi d'Angleterre avoit écrit et signifié sa venue aux seigneurs qui encore étoient à Thun l'Évêque,. devant les François : si très tôt qu'ils surent qu'il étoit sirrivé, et qu^il avoit déconfit les Normands,. ils se délogèrent; et donna le dit comte de Hai- naut, à quel prière et mandement ils étoient là ve-s nus, à toutes manières de gens congé, excepté les' corps des seigneurs : mais ceux amena-t-il à VaJen- ciennes et les fêta et honora grandement, par spé-
(l) Toute espèce dUustruments joués parles luën^streJF. J. A^B.
34a LES CHRONIQUES (i34o)
cial, le duc de Brabant et Jaquemart d^Arteyelle. Et là prêcha le dit d'Artevelle^ emmy (dans) le mar- ché, devant tous les seigneurs et ceux qui le purent ouïr, et montra quel droit le roi d'Angleterre avoit en la chalange (réclamation) de Fraïice, et aussi quelle puissance les trois pays avoient, c'est à sa- voir , Flandre, Hainaut et Brabant , quand ils étoient d'un accord et d'une alliance ensemble 3 et fit tant adonc par ses paroles et par son grand sens, que toutes manières de gens qui l'ouïrent et enten- dirent, dirent qu'il avoit grandement bien parlé et par grand'expérieace^ et en fut de tous moult loué et prisé j et dirent qu'il étoit bien digne de gouver- ner et exercer la comté de Flandre;
Après ces choses faites et de visées, les seigneurs se partirent là l'un de l'autre, et prirent un bref jour d'être ensemble à Gand de-lez (près) le roi d'Angle- terre : ce fut le huitième jour après. Et vinrent vers le roi Anglois, qui les reçut à grand'chère, et les fêta moult liement (joyeusement), et aussi fit la reine d'Angleterre, Philippe de Haiuaut, qui nou- vellement étoit'relevée d'un fils qui s'appeloit Jean, et fat depuis duc de Lancastre, de par madame Blanche sa femme, fille au duc de Lancastre, si comme vous orrez (entendrez) recorder avant en l'histoire. Adonc fut pris et assigné certain jour de parlement à être à Villevorde tous les seigneurs et leurs conseils et les conseils des bonnes villes de leurs pays. Si se partirent du roi d'Angleterre et s'en r'alla chacun en son lieu, attendant que le terme devoit venir pour être à Villevorde, si comme
(î54o) DE JEAN FROISSART. 343
dessus est dit Or vous conterons du roi d« France et d'aucunes de ses ordonnances qu'il fit depuis qu'il sut (jue le roi Anglois étoit arrivé en Flandre.
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CHAPITRE CXXIV.
COMMEIÎT LE ROI PhILIPPE, QUAND IL SUT LÀ VENUE DU ROI AnGLOIS, SE PARTIT DE ThUK l'EvÊQUB ET EJfVOTA BONNES GENS d'ARMES EN GARNISON SUR LES FRONTIÈRES DE FlANDRE.
Quand le roi Philippe de France sut la vérité de son armée sur mer, comment ils avoientété décon- fits , et que le roi Anglois son adversaire étoit arrivé paisiblement en Flandre, si en fut durement cour- roucé, mais amender ne le put: si se délogea et se retraist (retira) vers Arras , et donna à une partie de ses gens congé, jusquesà tant qu'il orroit (enten- droit) autres nouvelles. Mais il envoja messire Godemar du Fay à Tournay pour là aviser des be- sognes, et penser que ]a cité fut bien pourvue jcar il se doutoit plus des Flamands que d'autrui^ et mit le seigneur de Beaujeu en'Mortagne pour faire fron- tières contre les Hainuyers j et envoya grand'foison de gens d'armes à Saint-Omer , et à Aire, et à Saint Venant^ et pourvey (pourvut) suffisamment tout le pays sur les frontières de Flandre.
En ce temps régnoit un roi en Sicile qui s'appe-
344 LES aîRONIQUES (i54d)
loit Robert ^'\ et avoit la famé (réputation) et la renommée d'être très grand astronomien, et défen- doit tant comme il pouvoit au roi de France et à son conseil que point ne se combattit au roi An- glois , car le dit roi Anglois devoit être trop fortuné en toutes ses besognes; et eut le dit roi Robert vu volontiers qu'on eut les dessus dits rois mis à accord et à fin de leur guerre ; car il aimoit tant la cou- ronne de France qui enuis (avec peine) eut vu sa désolation. Si étoit le dit roi venu en Avignon de- vers le pape Clément ^'^ et le collège, et leur avoit montré les périls qui pouvoient être en France, par le fait des guerres des deux roisj et encore avec ce prié et requis qu'ils se voulsissent (voulussent) en- sonnier (prendre soin) d*eux appaiser , pourtant
(i) Robert dit le Boi, roi de Naples et comte de Provence, petit-fils de Ch irles d'A-ajouqui perJit la Sicile par suite des Vêpres siciliennes^ C^est U toit que Froissart appelle Robert roi de Sicile, puisqu^U ne pos~ sé-1? jamais Qclte lie . Quoiqu'il ne fut que le troisième fils de Charles II (!it le Boiteux, il parvint 9 éliminer son neveu de la succession de ses états de Naples et de Proveace qu'il se fit conférer par le pape Clé^ ment VI. Il fut longtemps le chef du parti Guelfe en Italie, et après uce vie très agitée , il mourut en 1 343 dans son royaume de Naples quelqi^e temps (iprès être revenu d'un voyage qu'il avait fait dé& Tannée i338 en Provence, comme le dit justement Froissart, pour empêcher, s'iléloît possible, la guerre déclarée entre l'Angleterre et la France et intéresser en sa faveur le pape Benoit XII contre Pierre fils de Frédéric, qui avoit pris le titre de roi de Sicile. Robert avoit beau^ coup d'amour pour les lettres, et c'étoit k son érudition pédantesque, exaltée par les gens de lettres comblés de ses bienfaits, bien plus qu'Ali la prospérité de son pays etkla gloire des armes, quUl dut sa réputation d'être le roi le plus sage de la chrétienté. Pétrarque en i34i fît choix de Robert, pour lui faire subir sou examen avant son couronnemei^t. J,A,B.
(9) On a déjà obstn^vé que Benoit XII vivoit encore et ne mourut qM^e tk
(!54o) DE JEAN FROISSART. 345
(attendu) qu'il les y éoit ( voyoit) si émus en grand' guerre où nul n'allait au devant. De quoi le pape Clément VI et les cardinaux lui en répondirent tout à point, et dirent qu'ils y enlendroient volontiers^ mais (pourvu) que les deux rois les en voulsissent (voulussent) ouïr.
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CHAPITRE CXXV.
Gomment le roi d'Angleterre tint son parlement A Ville voRDE ou ceux de Flandre, de Hainaut et de Brabant jurèrent en la main dudit roi a eux entr'aider a jamais contre qui que ce fut.
Or retournerons auparlementquifutà Villevorde» si comme dessus est dit. A ce parlement qui fut à Villevorde furent tous ces seigneurs ci-après nom- més: premièrement le roi Edouard d'Angleterre > le duc Jean de Brabant, le comte de Hainaut, mes- sire Jean de Hainaut son oncle, le duc de Guel- dres, le marquis de Juliers, le marquis de Brande- bourg, le marquis de Misnie etd'Osterland,lecomte d e Mons , messire Robert d'Artois , le sire de Fauqui»- mont , messire Guillaume de Duvinvorde , le comte de Namur^, Jaquemart d'Artevelle, et grand'foison d'autres seigneurs et de toutes les bonnes villes de Flandre, de Brabant et de Hainaut, trois ou qua-- tre vaillants bourgeois de chacune par manière de conseil. Là furent parlementes et conseillés plusieurs avis et statuts entre les seigneurs et leurs pays; et
346 LES CHRONIQUES (i34o)
aocordèrent et scellèrent les trois pays, c^est à sa- voir, Flandre, Hainaut et Brabant, qu'ils seroient de ce jour en avant aidants et confortants Pun l'au- tre en tous ca& et en tous affaires, et s'allièrent par certaines convenances que si l'un des trois pays avoit à faire contre qui que ce fut, les deux autres le dé- voient aider, et s'il avenoit qu'ils fussent en discord ni en guerre au temps à venir les deux ensemble, le tiers y devoit mettre bon accord y et s'il n'étoit fort pour ce faire, il s'en devoit retraire (retirer) au roi d'Angleterre, en qui main ^'^ ces convenances et al- liances étoieat dites et jurées à tenir fermes et sta- bles, qui comme ressort (garant) les devoit apaiser^ et furent plusieurs statuts là jurés, écrits et scellés, qui depuis se tinrent trop mal. Mais toutes fois, par confirmation d'amour et d'unité, ils ordonnèrent à faire forger une monnoie coursable (de cours ) de- dans les dits trois pays, que on appeloh compa^ gnons ou alliés.
Sur la fin du parlement il fut dit et arrêté et re- gardé pour le meilleur que environ la Magdelaine le roi Anglois s'émouveroit et vieadroit mettre le siège devant la cité de Tournay^ et là y dévoient être tous les seigneurs dessus nommés, aveic leur mandement de chevaEers et d'ccuyers, et le pou- voir des bonnes villes. Si se partirent sur cet état pour eux retraire (retirer) en leur pays et appareil- ler suffisamment , selon ce qu'il appartenoit, pour
(i) CVsi-à-dire en la main de qui, Frousart se sert sotfyeat de ceUe tournure et emploie quel et qui dans le sens du cujua des Latins. J.A.B.
(i54o) DE JEAN FROISSART. 34?
être mieux pourvus quand le jour et le term^i vien- droit qu'ils devroient être devant Toumay.
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CHAPITRE CXXVI.
CoMîifEirr LE ROI Philippe ehvoya très notable che- valerie EN LA CITÉ DE ToURNAY POUR LA GARDER ET GARNIR DE POURVÉÀNCES, POUR CE QUE LE ROI An- GLOIS LA DE VOIT ASSIÉGER.
O^ SUT le roi Philippe asseï tôt après le d^éparte- ment dé ces seigneurs qui à Villevorde avoient été, ]a plus grand'partié de Tordonnance de ce parle- ment, et tout l'état et comment le roi Anglois devoit venir assiéger la cité de Tournay. Si s'avisa qu'il la conforteroit tellement et y envoieroit si bonne che- valerie que la cité seroit toute sûre et bien conseil- lée. Si y envoya droitement fleur de chevalerie, le comte Raoul d'Eu, connétable de France et le jeune comte de Ghines son fils ,1e comte de Foix et ses frères , le comte Aymeri de Narbonne, messire Aymart de Poitiers , messire Geoffroy de Chargny, messire Gi- rard de Montfaucon, ses deux maréchaux, messire Robert Bertrand et messire Mathieu de Trie, le sei- gneur de Cay eu , le sénéchal de Poitou , le seigneur de Châtillon et messire Jean de Landas. Cils (ceux-ci) avoient avec eux chevaliers et écuyers preux en ar- mes et très bonnes gens. Si leur pria le dit roi chè- rement qu'ils voulussent si bien penser et soigner de Toùmay que nul dommage ne s'en prit j et ils lui cnconvenancèrent (promirent).
348 LES CHRONIQUES (i54o)
Adonc se partirent-ils d'Arras et duroi de France , et chevauchèrent tant par leurs journées qu'ils vin- rent à Tournay. Si y trouvèrent messire Godeniar du Fay , qui par avant y avoit été envoyé, qui les reçut liement; et aussi firent tous les hommes de la ville. Assez tôt après qu'ils furent venus, ils regar- dèrent et firent regarder aux pour véan ces de la cité,, tant en vivres comme en artillerie, et en ordon- nèrent bien et à point, selon ce qu'il convenoit; ety firent amener et charrier du pays voisin grand'foi- son de blés et d'avoines et de toutes autres pour véan- ces, tant que la cité fut en bon état, pour la tenir un grand temps. Or retournerons au roi d'Angle- terre qui se tenoit à Gand, de-lez (près) ta reine sa femme, et entendoit à ordonner ses besognes.
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CHAPITRE CXXVII.
Comment le roi nAnoLETERRE se partit de Ganix
ET ALLA METTRE LE SIÈGE DEVANT LA CITÉ DE. ToURNAY.
Quand le terme dut approcher que les seigneurs dessus nommés se dévoient trouver devant Tour- nay, et que les blés commençoient à mûrir, le roi Anglois se partit de Gand à (avec) moult belles gens d'armes deson pays ,septcomtes, deux prélats, vingt huitbannerets,et bien deux cents chevaliers^ et étoient Anglois quatre mille hommes d'armes et
(i34o) DE JEAN FROISSAHT. S/jg
neuf mille archers, sans la piétaille (piétons) ^'\ Si s'en vintetpassa,ettout son ost, parmi la ville d'An- denarde, et puis passa la rivière de l'Escaut, et s'en vintloger devant Tournay ^'^àla porte que on dit de saint-Martin , au chemin de Lille et de Douay. Assez tôt après vint son cousin le duc de Brabant, à (avec) plus de vingt mille hommes chevaliers et écuyers, et les communes de ses bonnes villes^ et se logea le dit duc devant Tournay^ et comprenoit son ost grand'- quantité de terre; et étoient les Brabançons logés au Pont à Baisse contre val l'Escaut, mouvant (près) de l'abbaye Saint-Nicholas, revenants vers les près et la porte Valenciennoise. Après étoit le comte Guil- laume de Hainautavec belle chevalerie de son pays; et avoit grand'foison de HoUandois et de Zélandois qui le gardoient de près, et servoient ainsi que leur seigneur; et étoit le comte de Hainautlogé entre le duc de Brabant et le roi d'Angleterre. Après étoit Ja- quemart d'Artevelle à (avec) plus de soixante mille Flamands, sans ceux d'Ypres, de Poperinghe, de Casselet de la châtellenie de Berghe,qui étoient en- voyés d'autre part , ainsi que vous orrez (entendrez) ci-
( 1 ) Quelques manuscrits disent: ians tespétauîx, tuffes et guieliers. Lespétaulx étoient des paysans enrégimentés, les tuffes et les ^eliers des masses d'hommes k pied mal armés et mal habillés, uniquement destinés k faire nombre et k opposer un corps de résistance. J. A. B.
( a ) Edouard établit son quartier k Chin-Iea-Tournay, le dimanche a3 Juillet, le lendemain de la fête delà Magde^eine, ( Hisf. de Tournay^ r. 1 36 et 137.) Le 27 du même mois il écrivit a Philippe de Valois la let tre suivante:
Philip de Valeys, par ionc temps avoms pursui par deyers vous, par messages, et toutes autres voyes, que noussavissiomsresonables,aufvn que tous nousvoulsissîez avoir rendu nostre droit héritage de Fraim-
35o LES CHRONIQUES (i54o)
après; et étoit logé Jaquemart d'Artevelle à la porte ^inte Fontaine d'une part de l'Escaut et d'autre;
ce, lequel vous nous avez lonc temps détenu etk grand tort occupé. Et par ce que nous véoms bien que vous estes eu entent de perséTerer en rostre injuriouse détenue, sans nous faire rayson de nostre demande, snmus cous entrez en la terre de Flandres, come seigneur soverajn de y celé, et passé parmi le pays.
Et vous signifions que, pris ovesque nous le eyde de nostre seigneur Jeku-Christ, et nostre droit, ovesque le poer du dit pays, et ovesque nos gentzet alliez, regardant le droit que nous ayons k Theritage, que nous détenez k vostre tort, nous nous treoms vers vous, por mettre droit fin sur nostre droitur chalaunge, si vous voiliez approcher. Et pur ce que si grand poer degentz assemblez, qui peignent de rostre part, et que bien quidoms que vous averriez de vostre part, ve se purrontsaie longement tenir ensemble, sans faire gref destruction au pécule et au pays, la quelle chose chascuns bons christiens doit eschuer, et especia- lemcnt prince, et autres qui setignent gouverneurs des gentz; si desiroms mont, que brief point se prist pour escbuer mortalité des Christiens, ensi comme, la querelle est apparaunt k vous et k nous, que la discussion de nostre chalaunge se sist entre nos deux corps, kla quelle chose nus nous ofroms, par les causes' dessus dites, cornent que nous pensomsbienlegraunt noblesse de vostre corps, de vostre sens, auxi et aviseme iit.
Et en cas que vous ne vourriez celle voye, que adonques fut mis nostre chalaunge, pour affiner ycele par bataille de corps de cent personnes des plus suffîsaunts de vostre part, et nous autres taluns de nos gentz liges.
Et si vous ne voiliez Tune voye ne Pautre, que vous nous ass'gnez cer- taine journé devant la cité de Tourney, pur combattre, poer contre poer, dedans ces dix jours proscheins après la date de ces lettres.
Et nos offices dessus dites yoloius par tout le mount est reconnues, jt que ce est nostre désyr, ne mye par orgul, ne surqui dance, mais par les causes dessus dites, an fyn que la yolunté notre seigneur Jehu- Christ montre entre nous, repos puisse estre de plus en plus entre Christiens, et que par ceo les ennemis Dieu fussent résistez, et chris- tienté en saufeté. Et la voye sur ce que eslire voilles des oHTres dessus dî- tes, nous voiliez signefîer par le por tour de ces dites lettres et par les vostres, enluifesaunt bastive déliveraunce.
Douée de souz nostre Privée seal, k Chyn, sur les champs de lecz Tonmey, le a6 de jour du mois de Juille, l'an de nostre régne de Fraunce primer, et d'Angleterre quatorze.
{i34o) DE JEAN FROISSART. 35 1
et avoient lesFlamands faitunpontde Dcfs sur TËs- cauty pour aller et venir à leur aise. Leduc deGuel- dres, le marquis de Juliers, le marquis de Brande- bourg, le marquis de Misnie et d'Osterland, le
Réponse de Philippe,
»
Philip, par Im grâce àt Dieux, roi de Fraunce, k Edouart rei d^Aa^ gleterre.
Nous ayoms yen vos lettres apportées k no&tre court, de ^r vous k PheHp de Valeis, en quelles lettres estoieat contenuts ascunes requcs- tes, que vous feistes al dit Phelip de Valeis.
Et pur ceo que les ditz lettres ne venoient pas k nous, corne et que les ditz requestes ne esloient pas faites k nous, apert cleirement par le ténor des lettres, nos Be vos feisons nul réponse, oient mje, pur ceo que nos avoms entenduzpar les dits lettres, et autrement, que vos es- tes entrez ennostre roialme, et k nostre people, mes de yolenté, sauntz nulrezon, etnoun regardant ceo que homme lige doit garder k son sei- gneur, car TOUS estes entrez encontre vostre hommage lige, en nous re- 4ioDBis6ant, si come rezon est, roy de Fraunce et f»romis obéissance fiel, come Ion doit promettre k son seigneur lige, si com appert plus clerement par vos lettres patentz, seales de vostre graunt seale, lesqucles nos avoms de pardevers oos, et de queles vous devetz avoir k taunt de- vers vous. Kostre entent si est, quant bon nous sembler, de voz geter hors de nostre jpoialme^ et «n profit de nostre people, et k ceo i'aire . avoms ferme esperauqce in Jhesu-Christ, dount tout puissance nous vien^. '
Que par vostre entreprise, qu^este de volonté, et nom résonablesdVs^ tre empeschez la saint voiage d^outre meer, et graunt quantité de gentz christieus mis k mort, le service divine apelisez et sainte église eu meindre révérence. Et du ceo qu^escript avoiez que vous entendez avoir fost défi Fiemings, nous cpiidoms estre eertins que ios bonesgentz et les conuines du pajs se porteront par tiel macère, par devers nostre cosinle count de Flaundres lor seigneur sauntz meine, et nos, lor sei- gneur soveraign, qu'ils garderont lor honure et lor loialte.
Et que oeo qu^ils «ttt mépris jus(|Hfis a cy, ceo ad a est par malvais conseil des geuts, que ne regacdans pas au profit commune, ne honure de pay5, meas au profit de eaux taunt seulement.
Donne sous les Campes, près de la pi'ioric St. ^ndreu, couizle wtX de nostre secret en Tabsence du Graunt, le 3o jour de jujl Tan de grâce i34o. [Hj^mer et Robert d^At*esbury.)J» A. B.
352 LES CHRONIQUES (i34d)
comte deMons ^'\ le comte de Salm, le sire de Fau- quemont, messire Arnoul de Blankenhejm et tous les Allemands étoient logés d'autre part devers Hai- naut, et pouvoient aller de Pun ost en l'autre. Ainsi étoit la cité de Tournay assiégée et environnée de tous lez (parts) et de tous côtés, ni nul n'en pou voit partir, entrer ni aller, que ce ne fut par congé, et qu'il ne fut vu et aperçu de ceux de l'ost, de quel- que côté que ce fut
CHAPITRE CXXVIII.
Comment Lte côMte de HAiïiAtJT se partit du siégé DE Tournay atout cinq cents lances et ardit PLUSIEURS villages; et gomment les Flamands as-
SAIIXIRENT VIGOUREUSEMEHT CEUX DE ToURNAY.
Vje siégé fait et arrêté devant la dté de Tournay, si comme vous avez ouï, dura longuement, et étoit l'ost de ceux de dehors bien pourvu et avitaillé de tous vivres et à bon marché, car ils leur ven oient de tous les côtés par terre et par yaue (eau). Si y eut le siège durant là environ fit plusieurs belles appcr- tises d'armes, car le comte de Hainaut, qui étoit hardi et entreprenant, a voit si pris en cœur cette guerre, combien que de premier il en fut moult froid, que c'étoit celui par qui semettoient sus toutes les envajes (incursions) et les chevauchées, et se partit de l'ost à une matinée, à (avec) bien cinq cents
( i) Quelques manuscriU disent de VauJemont. J. A. B. "
r^54o) DE JEAIÏ EaOlSSART. 353
lances, et s'en vint passer dessous Lille, et ardit (brûla) la bonne ville de Sedin et grand' foison de villages là environ, etcoururentœscoureursJBsques dedans les ùubourgs de Lens en Artois. Tout ce fut recordé (rappelé) au roi Philippe son oncle, <jui se tenoit à Arras^ si en fut moult courroucé, mais amender ne le put tant qu'à <;ette fois. Encore après cette chevauchée en remit le dit comte une sus, et chevaucha adonc devers la bonne ville d'Orchies. Si fut prise et arse (brûlée), car elle n'étoit point fer- mée, et Landas et La Celle ^'^ et plusieurs autres villages qui sont là en ce contour j et coururent tout ie pays où ils eurent très grand pillage, et puis s*en revinrent arrière au siège de Tournay. D'autre part les Flamands assailloient souventceux de Tournajr, et a voient fait en nefs sur FEscaut beffrois ^'^ etatour- nements d'assauts; et venoient heurter et escarmou- cher presque tous les jours à ceux de Tournay. Si en y avoit de navrés (blessés) des uns et des autres, et se mettoient à grand'peine les Flamands de con- quérir et dommager Tournay, tant avoient pris la guerre en cœur. Et on dit, et voir (vrai) est, qu'il n'est si felle (cruelle) guerre* que de voisins et d'amis.
Entre les assauts que les Flamands firent, il en y eut un qui dura un jour tout entier. Là eut mainte appertise d'armes faite; car tous les seigneurs et les chevaliers qui en Tournay étoient furent à cet
( i) Ce lieu est situé, ainsi que Landas» entre Orcfa&es et Condë. J. D,
(a) Appels au son des cloches. J. A. B.
FROISSART. T. I. 2$
354 LES CHRONIQUES (i34o)
assaut; et étoit le dit assaut en ne& et en vaisseaux à.ce appareillés de long temps, pour ouvrir et rompre les barrières de la poterne de Tarche; mais elles furent si bien défendues que les Flaniands n^y con- quirent rien j ainçois (mais) perdirent une nef toute chargée de gens; dont il y en eut plus de six vingts noyés 9 et retoumèreuf au soir tous lassés et tra- vaillés (fatigués).
CHAPITRE CXXIX.
Comment les soudoters (soldats) de SVÂmand ar-
DIREIfT (brûlèrent) LA VILLE DE HasNON ET VIO- LÈRENT L*ABBAYE ; ET COMMENT ILS GUIDÈRENT (CRU- RENt) prendre l'abbaye DE ViCOGNE; et COMMENT L*ABBÉ Y POURVEI (pOURVUt) DE BON REMÈDE.
J^E SIEGE durantet tenant devant Tournay,issirent (sortirent) hors une matinée les soudoyers (soldats) de Saint-Amand, dont il en y avoit grand'foison , et vinrent à Hasnon ^'^ qui se tient de Hainaut, et ardirent la ville et violèrent (saccagèrent) Fabbaje et détruisirent le moutier et emmenèrent et empor- tèrent devant eux tout ce que mener et emporter en purent, et puis retournèrent à Saint-Amand. Assez tôt après se partirent les soudoyers dessus dits et passèrent le bois de Saint-Amand , et vinrent
(i) HasDon, nbbaye d^hommes, de Tordre de St.-BeDoit, sur U
Scârpe,eDtTe Marchieanes et St..>Amaad. J. D.
I
(l'Sio) DE JEAN FROISSART. 355
jusquesàPabbayede Vicogne^'^pour Fardoir (brûler) <ît exillier (ravager) j et en fassent venus à leur entente (intention), car ils avaient fait un grand feu contre la port€ pour Pardoir et abattre à forcer Hiais un gentil abbé qui laiens (dedans) étoit pour le temps y pourvut de remède grand j car quand il eut considéré le péril, il monta à cbeval et partit par derrière, et chevaucba tous les bois à la cou- verte, et fit tant que moult hâtivement il vint à Valenciennes. Si requit au prévôt de la ville et aux jur^s qu'on lui voulut prêter les arbalétriers de la vill^pour aidera défendre sa maison; etils lui accor- dèrent volontiers. Si les emmena damp ^'^ abbé avec lui , et passèrent derrière Raymes ^'^ et les mit dedans ceboisqui regarde devers Pourcelet et sur la chaus- sée. Là commencèrent-ils à traire (tirer) et à verser sur ces bidaus ^^^ et Genevois (Génois) qui étoient devant la porte de Vicogne. Sitôt qu'ils sentirent ces sagettes (flèches) qui leurs venoient de dedans ce bois, si furent tous effrayés et se mirent au retour, chacun qui mieux mieux: ainsi fut Fabbaye de Vicogne sauvée.
En ce temps^*^ étoit le comte de Ldlleen Gascogne,
(i) Abbaye de Prémontrës entre St.-Âmaiid et Valencieimes. Udïbc doat il Ta élre question s^appeloit Godeiroj de Bavay. ( GaUia Christia- na, T. 3. Col. 464. ) J. D,
(a) Damp est ua diminutif de Dominas. Cétoit un titre qui se don- noit k quelques prëlats et k certains ordres religieux. Us le prcnoient pour se mettre, disoient-il, au dessous de Dieu k qui seul appartient le titre de Dominus. J. A. B.
(3) Raismes, entre Valeociennes et Pabbaye de Vicogne. J. D.-
(4) Voyez la note de la page 3o3.
(5) La fin de ce chapitre manque dans les imprimes. J. D.
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356 LES CHRONIQUES (,340)
de par le roi de France, qui y faisoit la guerre et ayoit jà repris et reconquis tout le pays d'Aqui- taine j et y tenoit les champs à (ayec) plus de six mille chevaux^ et avoit assiégé Bordeaux par terre et par eau. Si étoit avec* le dit comte toute la fleur de cheyalerie des marches de Gascogne, le comte de Périgord, le comte de Cominges, le comte de Girmaing, le vicomte de Villemur, le vicomte de Braniquel, le sire de la Borde et plusieurs autres barons et chevaliers j et n'étoit nul de par le roi An^ois qui leur deveast (empêchât) leurs chevau- chées, fors tant que les forteresses Anglesches ( An- gloises) se tenoient et défendoient à leur pouvoir. Et là dedans ce pays avinrent moult de beaux faits d'armes, desquels nous vous parlerons ci-après, quand temps et lieu sera. Mais nous retournerons encore un petit aux besognes qui avinrenten Ecosse, k siège durant devant Tournay.
CHAPITRE CXXX.
Comment les seigneurs qui étoient demeurés en Ecosse capitaines, par le commandement du roi de France, recouvrèrent plusieurs forteresses EN Ecosse et coururent en Angleterre trois journées loin.
Vous devez savoir que messire Guillaume de Douglas, fils du frère à messire Guillaume de Douglas qui demeura en Espagne, si comme dit
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est ci-desstis, lé jeune comte de Moret, le comte de Patrick Dunbar, le comte de Sutherland , messdre Robert de Versi ^'\ messire Simon Fraser et Alexan- dre de Ramsay étoient demeurés capitaines du reme- nant (reste) d'Ecosse, et se tenoient et tinrent lon- guement en ces forêts de Jedart, par hiver temps et par été, par l'espace de sept ans et plus» comme très vaillants gens; et guerroyoient toujoursles villes et les forteresses où le roi Edouard avoit mis ses gens et ses garnisons; et souvent leur avenoient de belles aventures et périlleuses, desquelles ils se pàrtoient à leur honneur: par quoi on les doit bien compter entre les preux ; et aussi fait-on.
Si avint en ce temps que le roi Anglois étoit par deçà, et guerroyoit le royaume de France, etséoit devant Tournay , que le roi Philippe envoya gens en Ecosse, qui arrivèrent en la ville de Saint- Jehan (Perth); et prioît adonc le roi de France à ces des- sus nommés d'Ecosse qu'ils voulussent émouvoir et feire guerre si grand'surle royaume d'Angleterre, qu'il convint que le roi Anglois s'en r'allât outre, et défit son siège de devant Tournay; et leur promit aider de puissance de gens et d'avoir. Si que en ce temps que le siège fut devant Tournay , ces sei- gneurs d'Ecosse se pourvurent, à ta requête du roi de France, pour une grand'chevauchée sur les An- glois. Quand ils furent bien pourvus de grands gens ainsi qu'il leur falloit, ils se partirent de la forêt de Jedart, et allèrent par toute Ecosse reconquérir ^es
(i) Les imprimé^ Anglois disent Robert Keitb. J. A. B*
35& LES CHRONIQUES* Ci54oJ
forteresses celles qu'ils purent ravoir, et passèrent outre la bonne cité de Berwiek et la rivière de Thy- iie,et entrèrent au pays de Northumberland qui jadis fut royaume. Là trouvèrent bêtes grasses en grand'^ foison: si gâtèrent tout le pays, et ardirent (brûlè- rent) jusques à la cité de Durham, et assez outre^ puis s'en retournèrent par un autre chemin , gâtan^t et ardant (brûlant) le pays, tant qu'ils détruisirent bien en cette cbevaucliée trois journées loin du pays d'Angleterre et puis rentrèrent dedans le pays d'E- cosse, et reconquirent toutes les forteresses que les Anglois tenoient, hormis la bonne cité de Berwiek et trois autres forts châteaux , qui leur faisoient trop grand ennui et souvent, parles vaillants gens qui les gardoient et le pays d*entour aussi. Et sont encore . ces trois châfteaux sd forts que à peine pourroit-on trouver si forts en nulpays;etappelle-t-on Pun Stir- Kng, l'autre Roxburgh et le tiers et le souverain d'E- cosse Haindebourg (Edimbourg). Le châtel d'Edim- bourg sied sur une haute roche , par quoi on voit tout le pays d'environ ;et est la montagne si roi<le que a peine y peut un homme monter, sans reposer deux fois ou trois, et aussi un cheval à demie charge j dt étoit celui adonc qui faisoit plus de contraires à ces seigneurs d'Ecosse et à leurs gens; et en étoit châ- telain et gardien pour le temps un vaillant cheva»- Ker Anglois qui s'appdoit messire Gautier de Limo- sin, frère geimaîn de messire Richard de Limosin qui si vaillamment se tint et défendit à Thun rÉvè> que contre les François.
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CHAPITRE CXXXI.
Comment messire. Guillaume se Douglas prit le
FORT CHATEAU d'EdIMBOURG PAR GRAND £liGl9(RUS£) ET PAR GRANd'sOUBTIVETÉ (ADRESSe).
Or a vint en ce temps que le siège se tenoit devant Tournaj^ et que ces seigneurs d'Ecosse, si comme dessus est dit,chevauchoient parmi le pays d'Ecosse, reconquérant les forteresses à leur loyal pouvoir, messire Guillaume Douglas s'avisa d'un grand fait et périlleux et d'une grand'soubtiveté (adresse) , et la découvrit à aucuns de ses compagnons, au comte Patrick, à messire Simon Fraser, qui avoit été maî- tre et gardien du rai David d'Ecosse, et à Alexan- dre de Ramsay, qui tous s'y accordèrent et se mi- rent en cette périlleuse aventure avec le b^n cheva- lier dessus dit; et prirent bien deux cents compa- gnons de ces Écossois sauvages, pour faire une em- bûche , ainsi comme vous orrez ^entendrez). Ces quatres seigneurs et gouverneurs de tous les Ecos- sois, qui savoient la pensée l'un de l'autre, entrèrent en mer à(avec) toute leur compagnie, et firent pour- véance d'avoine, de blanche farine, de charbon et de feures (paille); puis arrivèrent paisiblement à un port qui étoit à trois lieues près de ce fort châtel de Edimbourg, qui les contraignoit plus etgrévoit que tousles autres.Quand ils furent arrivés , ilsissirent (sor^ tirént)horsparnuit,etprirentdixoudouzedescompa-
36o LBS CHRONIQUES (r34:o->
gnons es quels ils se confioient le plus, et se vêtirent de poures(pauvres)cotes (habits) déchirées et de pour - res chapeaux , en gatse de poures marchands , et chargèrent douze petits chevalets ^'^ de douze sacs^ les ans emplis d^avoine y les autres de farine ^ et les autres de charbon et de feures (paille), et envoyè- rent leurs autres compagnons embûcher en une va- gue (abandonnée) abbaye et gâtée , là où nul ne demeuroit, et étoit assez prè&du pied de la monta- gne sur quoi le châtel séoit. Quand jour fut, ces- marchands, qui étoîent couvertement (secrètement}- aumés, s'émurent et mirent à chemin vers le châtel atout (avec) les chevalets chargés, ainsi que vous avez ouï. Quand ils vinrent au pied de la montagne,, qui étoit si roîde et si malaisée à monter,, ils menè- rent les chevalets chargés à mont, ainsi qu^ils pu- rent. Quand ils vinrent au milieu de la montagne,, qui étoit si roide, comme vous oyez (entendez), le dit messire Guillaume et messire Simon Fraser allè- rent devant , et firent les autres venir tout bellement,. et firent tant qu^ils vinrent jusques au portier, et lui dirent qu'ils avoietit amené en grancrpeur bléd^ avoine et charbon, et sllsen avoient mestier (be- soin), ils leur vendroient volontiers et à bon mar- ché. Le portier répondit qifô voirement (vraiment)- auroieni-ils bon mestier (besoin) en la forteresse,, mais il étoit si matin qu'il noseroit éveiller le sei-
(i)Iies chevaliers se piquoient cfavonr de grands et forts ciieraux et Uissoîeiit. les. petits cheyanx aux marchands. Les juments é(oientsur> tout dédaignées; on regardoit unejume'it comme iioe monture «vilû- santc pour des chevalierfs* T. A» B»
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gneur de la forteresse ni le maître d*hôfel , mais qu'ils les fissent venir avant et il leur ouvrîroit la ^p^eraiè^e porte. Et cils (ceux-ci) Touïrent volontiers et firent passer avant tout bellement les autres avec leur charge, et entrèrent tous en la porte des barriè- res qui leur fut ouverte. Messîre Guillaume de Doir- glas avoit bien vu que le portier av oit toutes les clefs de la grand'porte du châtel; et avoit cou:\^ertement (secrètement) demandé au portier laquelle dëférmoit la grand^porte ef laquelle le guichet. Quand la porte des barrières fut ouverte, si comme vous avez ouï (entendu), ils mirent dedans les chevalets, et e» déchargèrent deux,.qui portoient le charbon ,droite- ment sur le seuil de la porte ,^ afin que on ne la put reclorre^ puis prirent le portier et le tuèrent si pai- siblement qu'oncques ne dit mot, et prirent les clefs et defiermèrent les portes du château: puis corna le dit messire Guillaume de Douglas un cor, et jetèrent lui et ses douze compagnons leurs cotes (habits) dé- chirées jus (à bas)>et renversèrentles autres sacs de * charbon au travers de la porte, parquoi on ne la put clorre. Quand les autres ' compagnons qui étoient embûches assez près de là euïrent le cor ^ils saillirent hors de Fembûchement et coururent contre mont la voie du châtel, tant qu'ils purent
La guette (sentinelle) du châtelquidormoît adonc s'éveilla au son du cor, et vit gens monter hâtive- inent contre mont le châtel tous armés: si commença à corner et à crier tant qu'il put: « Trahi, trahi, sei- gneurs, trahi; armez-vous tôt et appareillez, car vez (voyez) ci gens d'armes qui approchent cette forte-
36a LES CHRONIQUES (i54a)
resse. » Adonc s'éveilla le châtelain et tous ceux: de laiens (dedans) ^ qui s'armèrent sitôt qu'ils pu- rent, et vinrent tous accourants à la porte pour la refermer , mais on leur devéa (refusa)^ car messire Guillaume et ses douze compagnons leur défendi- rent Adonc monteplia (multiplia) grand hutin (bruit} entre eux j car ceux du châtel eussent volontiers la porte refermée pour leurs vies sauver: car ilsaperce- voient bien qu'ils étoient trahis; et ceux qui a voient bien accompli leur emprise et leur désir se penoient tant qu'ils pou voient du tenir; et tant firent par leur prouesse qu'ils tinrent l'entrée, tant que ceux de l'embûche furent parvenus à eux. Lors se com- mencèrent à ébahir ceux du châtel, car ils virent bien qu'ils étoient surpris : si s'efforcèrent de défen- dre le châtel et de leurs ennemis remettre hors s'ils eussent pu, et firent tant d'armes que merveilles étoit à regarder, et par spécial messire Gautier de Limo- sin qui bien y besognoit, car il étoit mestier (néces- saire). Mais au dernier leur défense ne les put sau- ver, combien qu'ils tuèrent et navrèrent (blessèrent) aucuns de ceux de dehors, que le dit messire Guil- la ume Douglas et ses compa gnons ne gagnassent le fort château par force, et occirent le plus de ceux qui le gardoient, excepté le châtelain et six écuyers qu'ils prirent à mercy. Si demeurèrent laiens (dedans) tout le jour; puis y établirent châtelain un gentil- homme du pays bon écuyer qui s'appeloit Simon de Weseby ^*^ et avec lui grand'foison de bons Gom-
(i) Les traducteurs Anglois disent Simon de Vescj. J. A. B.
(i54o} DE JEAN FROISSART. 363
pagnons , tous hommes de fi^f du roi d'Ecosse. Ainsi fut repris k fort cbâtel d'Edimbourg en Ecosse j et en vinrent les certaines nouvelles au roi Anglois, tandis qu'il séoit devant Tournay: auquel siège nous retournerons, car il est heure.
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CHAPITRE CXXXII.
Comment ceux de Tourkay mirent hors de la cité toutes poures (pauvres) gens; et comment le roi DE France fit son mandement pour les secourir.
Vous avez ci-dessus bien ouï recorder comment le roid'AngleteiTcavoit assiégé la bonne cité de Tour- nay, et moult la contraignoit j car il a voit en son ost plus de six vingt mille hommes d^armes, parmi les Flamands, qui s'acquittoient bien de l'assaillir j et Tavoient les assiégeurs tellement environnée de tous côtés, que rien ne leur pouvoit venir, entrer, ni issir (sortir), qu'il ne fut tantôt hapé et aperçu. Et pour ce que les pourvéances (provisions) de la cité commencèrent à amenrir (diminuer), les sei- gneurs de France qui là étoient firent vuider toutes manières de poures (pauvres) gens, qui pourvus n'étoient pour attendre Paventure, et les mirent hors à plein jour, hommes et femmes, et passèrent parmi l'ost du duc de Brabant, qui leur fit grâce^ car il les fit conduire sauvement (en sûreté) tout outre l'ost Le roi Anglois entendit par ceux et par autres que la cité étoit durement étreinte : il en fut
364 LES CHRONIQUES (iS^o)
joyeux, et pensa bien qu^il la conquerroît, combien longuement ni quels frais il y mit D'autre part le- roi de France qui se tenoit à Arras, et fut toute la saison, entendit que ceux de Tournay étoient moult c:ontraints, et qu'ils a voient grand mestier (besoin) d'être confortés. Si s'ordonna (disposa) à ce qu'il les conforteroit, à quelmeschef que ce fut j car il ne vouloit mie perdre une telle cité que Tournay étoit Si fit un très grancj mandement par tout son royaume, et aussi une grand'partie dedans l'empire,, tant qu'il eut le roi Jean de Behaigne (Bohême), le duc de Lorraine, le comte de Bar , l'évêque de Metz, Pévêque de Verdun, le comte de Montbéliar, mes- sire Jean deChâlons, le comte de Genève (Gènes) ,. et aussi le comte de Savoye et messïre Louis de Savoye son frère. Tous ces seigneurs vinrent servir le roi de France, à (avec) ce qu'ils purent avoir de gens. D'autre part revinrent le duc de Bretagne, le duc de Bourgogne, le duc de Bourbon, le comte d'Alençon,le comte de Forez, le comte d'Arma-^ gnac, le comte de Flandre, le comte de Blois, mes- sire Charles de Blois, le comte de Harcourt, le comte de Dampmartin , le sire de Coucy et si grand'- foison de barons et de seigneurs que les nommer par nom et par surnom seroit un grand détriement (délai). Après revint le roi de Navarre à (avec) grand'foison de gens d'armes de Navarre et de la terre qu'il tenoit en France, dont il étoit homme du roijetsiy étoit le roi David d'Ecosse, à la délivrance (frais) du roi de France à (avec) belle route (suite) de gens d'armes.
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CHAPITRE CXXXIII.
Comment le roi de France se logea au Powt a Bo- vines A trois lieuçs de Tournât ; et gomment
CEUX DE BOUCHAIN RESCOUIRENT (DÉHVaÈRENT) LA PROIE QUE CEUX DE MoRTAGNE EMMENOIENT.
OuAND tous ces seigneurs dessus nommés et plus encore furent venus à Arras devers le roi, il eut con- seil de chevaucher et de traire (aller) par devers ses ennemis. Si s'émut, et chacun le suivit, ainsi que ordonné étoit; et firent tant par leurs petites jour- nées qu'ils vinrent jusques à une petite rivière ^'^ qui est à trois lieues près de Tournay, laquelle est moult parfonde (profonde), et environnée de si grands marais, que on ne la pouvoit passer que parmi un petit pont si étroit que un seul homme à cheval seroit assez ensonnié (embarrassé) de passer outre; deux hommes ne s'y pourroient combiner. Et logea tout l'ost sur les champs, sans passer la ri- vière, car ils ne purent. Lendemain Fost demeura tout coi. Les seigneurs qui étoient de-lez(près)le roi eurent conseil comment ils pourroient faire pont pour passer cette rivière et les crolières (tourbières) plus aise et plus sûrement. Si furent envoyés aucuns chevaliers et ouvriers pour regarder le passage. Mais quand ils eurent tout considéré et avisé, ils regardèrent ^qu'ils perdoient leur temps. Si rap-
(x) Sans doute, la mière de Marque. J. D.
366 LES CHRONIQUES (k)4o)
portèrent au roi qu'il n'y avoit point de pas- sage, fors par le pont à Tressin tant seulement. Si demeura la chose en cet état, et se logèrent les sei- gneurs, chacun sire par lui et entre ses gens. Les nouvelles s'épandirent partout que le roi de France étoit logé au pont à Tressin et emprès (près) le pont de Bouvines, en intention de combattre ses ennemis : si que toutes manières de gens d'honneur qui se désiroient à avancer et acquérir grâce par fait d'armes, se traioient (portoient) cette part, tant d'un lez (côté) comme de l'autre.
Or avint que trois chevaliers Allemands, qui se ten oient en la garnison de Bouchain, furent infor- mes que les deux rois s'approchoient durement, et que on supposoit qu'ils se combattroientj de quoi les deux prièrent tant à leur compagnon , qu'il s'ac- corda qu'il demeureroit, et les autres iroient quérir les aventures devant Tournay j et il garderoit la forteresse bien et soigneusement jusques à leur re- tour. Si se partirent les deux chevaUers , dont on appeloit l'un messire G)nrard d'Aerschot et l'autre messire Conrard de Lensemich, et chevauchèrent tant qu'ils vinrent vers Escaut-Pont dessus Valen- ciennesj car ils vouloient passer l'Escaut à Condé. Si ouirent entre Fresnes etEscaut-Pont grand effroi de gens, et en virent plusieurs fuyants. Adonc bro- chèrent (piquèrent) eux des éperons cette part et (ainsi que) leur route (suite) j et pouvoient être en- viron vingt cinq lances. Si encontrèrent les premiers qui fuyoient et leur demandèrent ce qu'il leur fail- loit (manquoit) ni étoit avenu. « En nom de Dieu,
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Seigneurs, ce répondirent les fuyants, les sou- doyers (soldats) de Mortagne sont issus (sortis) et ont accueilli grand'proie ci en tour, et l'emmènent devers leur forteresse, et avec ce plusieurs prison- niers de ce pays. » Donc répondirent les deux che- valiers Allemands: « Et nous sauriez-vous mener cette part où ils vont ?» — « En nom de Dieu, sei- gneurs, oil (oui). »
Adonc se sont mis les Allemands en chasse après les François de Mortagne, et ont suivi les bonshom- mes qui les avoièrent (conduisirent) parmi les bois, et avancèrent les dessus dits assez près de Notre Dame au Bois ^'^ et du^Crousagej et étoient bien les François six vingt soudoyers , et emmenoient devant eux deux cents grosses bêtes, et aucuns prisonniers paysans du pays. Adonc étoit leur ca- pitaine, de par le seigneur de Beaujeu, un cheva- lier de Bourgogne qui s'appeloit messii^e Jean de Frellay. Sitôt que les Allemands les virent, ils les écrièrent fièrement et se boutèrent de grand randon (impétuosité) entre eux^ et là eut bon hutin (combat) et dur j car le chevalier Bourgui- gnon se mit à défense et hardiment, et les aucuns de sa route (suite), non pas tous; car il en y eut plusieurs bidaus ^*^ qui fuirent; mais ils furent de si près enchâssés des Allemands et des vilains du pays , qui les suivoient, à ( avec ) plançons (épieux).et à (avec) bourlès (massues), que peu en
(i) Chapelle et hameau k Test de St. • Amaiid. On trouye ktrés peu de distance un autre hameau aj^elé la Croisette, qui pourroit bien être le Crousage du texte. J. D*
(a) Vojezla note de la page 3o3.
^
368 LES aiRONIQUES (i54o)
échappèrent qu'ils ne fussent morts et aterrés (renversés). Et y fut messire Jean deFrellay pris, et toute la proie rescousse (délivrée) et rendue aux hommes du pays, qui grand gré en surent aux Alle- mands, Depuis cette avenue s'en vinrent les cheva- liers devant Tournay, où ils furent les bien venus.
CHAPITRE CXXXIV.
Comment àucuws Hainuters , par l'enhortbmekt (conseil) de messire Waflart de la Croix j s'en
ALLERENT ESCAAMOUGHER EN l'oST DU ROI DE FrANCE,
qui furent déconfits^ bt comment le dit messire Waflart fut mort.
V
AssEx tôt après ce que le roi de France s'en fut venu loger à (avec) ost au pont à Bovines, se mit une compagnie de Hainuyers sus , par Fennort (conseil) messire Waflart de la Croix , qui leur dit qu^il savoit tout le pays et connoissoit, et qu'il les meneroit hien en tel lieu sur Tost de France où ils gagneroientSi se par tirent àsonennort (persuasion), et pour faire aucun beau fait d'armes, une journée environ six vingt compagnons chevaliers et écuyers, tout pour Famour l'un de l'autre, et chevauchèrent devant le pont à Tressin, et firent de messire Guil- laume de Bailleul leur chef, et à sa bannière se de- voient tous rallier. Cette même matinée chevau- choientlesLiégeois,dontmessireRobertde Bailleul, frère germain du dit messire Guillaume, étoit chef,
(i54o) DE JEAN FROISSART. 369
.de par les Liég^pisj car .adonc il éloit, et faire le devoit, avec J^^évêque de Liège. Si ayoient les Lié- geois passé le pQ^t à Tressin et étoient épars en ces beaux plains (plaines) entre Tressin et Baisieu^'\ et étoient en fourrage p&ur leurs chevaux , et pour voir aussi s'ils trouveroient aucune aventure où ils pussent profiter. Les Hainuyer&cbevauchèrent cette matinée qu'ils ne trouvèrent aucun de rencontre, car il faisoit si grand'bruine (brouillard) qu'on ne pouvoit voir un demi bovier ^'^ de terre loin , et pas- .sèrent le pont baudement (hardiment) et sans en- A)ntre, et messire Waflar| de la Croix devant qui les menoit/Juand^ls furent tout outre, ils ordon- «èrent que Guillaume de Bailléul et sa bannière demeureroient au pont, et m'essire Waflart delà Croix, et messire Rasses de Monceaux, et messire Jean de Sor ces et messire Jean de Wargnies couroient devant. Si se départirent les coureurs et chevauchè- rent si ayant ?ju'ils s'embatirent (arrivèrent) en Post du roi de Behaingne (Bohême) et de l'évêque de Liè- ge, qui assez près du pont étoient Et a voit la nuit fait le guet en Post du roi de Bohême le sire de Rode- mach^et jà étoit sur son département, quand les coureurs Hainuyers vinrent Si leur sailUrent (sor- tirent) au devant hardiment quand ils les virent venir j et'aussi les Liégeois s'estourmirent (s'assem- blèrent) et reboutèr,ent (repoussèrent) ces cotireurs
(î)Cc8 lieux, ainsi que Bouvines, sont situés entre LiDc et Toiirnay^
J.D.
(a) Mesure dont la valeur précise n'^est pas connue. C^ctoit peut-étrr le terrain que peut labourer un bœuf en un jour. J. A. B.
FROISSART. T. I. ^4
\
370 LES CHRONIQUES, , (i34o)
moult âprement; et y eut là adoii^ moult bon poin- gneis (combat), car Hainuyers \ assalment (brave- ment) s'éprouvèrent Toutefois pour revenir à leur bannière ils se mirent devers le pont^ lors vftsiez Liégeois et Lucemboursinsi(Luxembourgeois)après eux venir au pont. Là y eut grand'bataille, et fut conseillé à messire Guillaume de Bailleul qu'il re- passâtle pontet (ainsique) sa ba^ièré, car ikavoient ' encore de leurs compagnons outre. Si repassèrent Hainuyers au mieus: qu'il purent,*et y eut au passer mainte belle appertise d'armes taitë, mainte prise, mainte rescousse (délivrance); eta^int que messirë Waflart de la Croix fut si coiiié (pre^é) qu'il ne put repasser le pont Si douta (craignit) le péril et qu'il ne fut pris. Si s'avisa qu'il se sauveront, et issit (sortit) hors de la presse au mieux qu'il put, et prit un chemin qu'il connoissoit as^ez, et se vint bouter (jeter) dedans un marais entre roseaux et crolières (tourbières); et se tint là un grand temps. £t les autres toujours se combattoient; lesquels Liégeois et Lucemboursins (Luxembourgeois) avoient ià rué jus (renversé) et abattu la bannière messire Guil- laume de Bailleul. A ce coup vinrent ceux de la route (suite) messire Robert de Bailleul qui vcnoient de courir et entendirent le butin (combat): si chevau- chèrent cette part; et fit passer messire Robert de Baiileulsabannière devant, que un sien écuyer por- toit qui s'appeloit Jacques de Fourvies, en écriant ce Moriaumez! » Les Hainuyers qui jà étoicnt échaufies aperçurent la bannière de Moriaumez qui éloit toute droite : si Guidèrent que ce fut la leur où
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fi54o) DE JEAN FROISSARt. S^t
ils se dévoient radrecier (diriger) j car moult petite difFéreiice /avoit de Pune à l'autre, car les armes dcfeHoriaumez sont barrées , contrebarrées à deuï cbevrons degueules,etsur le chevron messîre Robert pfrtoit une petite croisette d'or. Si ne l'avisèrent mie bien, et pour ce en furent déçus, et s'en vinrent de fait bouteï' dessous la bannière messire Robert- et iîirent^les Hainuyers îièrement reboutés (repoussés) et tous déconfits; et y furent morts trois bons che- valiers de leur côté, messire Jean de Wargnies, messire Gauthier de Pontelarche, messire Guilkume de Pijj^npois et plusieurs autres bons écuyers et hommes d'armes, dont ce fut dommage , et pris mes- sire Jean de Sorce, messire Daniel de St.-Blaise messire Rasses de Monceaux , messire Louis de Jup- pleu et plusieurs autres 5 et retourna au mieux qu'il put messire Guillaume de Bailleul qui se sauva quoiqu'il en perdit assez de ses gens.
D'autre part messire Waflart de la Croix qui s^é- toit bouté (jeté) et repus (caché) entre marais et roseaux, et se éuidoit (croyoit) là tenir jusques à la nuit, fut aperçu d'aucuns compagnons qui chevau- ch oient parmi ces marais et voloient de leurs oiseaux j et étoient au seigneur de Saint Venand. Si firent si grand'noise et si grand bruit que messire Waflart issit (sortit) hors tout déconfit et se vint rendre à eux qui le prirent et l'amenèrent en l'ost, et le déli- vrèrent à leur maître, qui le tint un jour tout entier en son logis, et l'eut vok)ntiers sauvé s*il l'eut pu, pour cause de pitié, car bien sa voit qu^il étoit pris sur la tête. Mais il fut encusé (accusé); car les nou-
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372 LES CHRONIQUES (i34o)
velles vinrent au roi de France de la besogne com- ment elle étoît allée, et de messire Waflart qui a voit été pris, où et comment: pourquoi le roi en voulut avoir la connoissance. Si lui fut rendu le dit messire Waflart, qui eut moult mal exploité et mal finé^car le dit roi, pour complaire à ceux de Lille, pourtant (attendu) qu'ils lui avoient rendu le comte de Sa- lisbury et le comte de Suffolk, leur rendit messire Waflart de la Croix, qui grand temps les avoit guer- royésj dont ceux de la ville furent moult joyeux, pourtant (attendu) qu'il leur avoit été grand enne- mi j et le firent mourir en leur vilte, ni oncqtfes n'en voulurent prendre aucune rançon. Ainsi finit hon- teusement monseigneur Waflart de la Croix.
CHAPITRE CXXXy.
Comment le comte de Hainaut se partit du siège de tournay et alla assiéger mortagwe et com- MANDA A CEUX DE VaLENCIENNES Qu'iLS Y VINSSENT.
Ue l'advenue messire Robert de Bailleulet des Lié- geois, qui avoient rués jus (renversé) les Hainuyers, fut le roi Philippe tout joyeux, et en loua grande- ment tous ceux qui y avoient été. D'autre part le comte de Hainaut et ceux qui leurs amis avoient perdus en furent moult courroucés; ce fut bien rai- son. Or avint assez tôt après que cette chevauchée fut avenue, le comte de Hainaut, messire Jean de Hainaut son oncle, messire Girard de Werchin,
(i34o) BÇ JEAN FROISSART. 873
sénéchal (te Hainaut, et bien six cents lances de Hainuyers et Allemands, se partirent du siège de Tournaj et s'en vinrent devant Mortagne^ et manda le dit comte de Hainautàceux de Valenciennes qu'ils vinssent d'autre part et se missent entre la Scarpe et l'Escaut pour assaillir la ville : lesquels y vinrent en grand arroi, et firent charrier et amener grands engins (machines) pour jeter à la ville. Or vous dis que le sire de Beau] eu, qui étoit dedans et capitaine dé Mortagne et un moult sage guerroyeur, s'étoit bien douté de ces assauts , pourtant (attendu) que Mortagïie sied si près de l'Escaut et de Hai- naut de tous côtés. Si avoit fait piloter la dite rivière de l'Escaut, afin que on n'y put na^er (naviguer); et y pouvoit avoir par droit compte plus de douze cents pilotis. Pour ce ne demeura mie que le comte de Hainaut et les Hainujers n'y vinssent de l'un des côtés et ceux de Valenciennes de l'autre. Si se ordonnèrent et appareillèrent et sans délai pour assaillir, et firent les Valenciennois tous leurs arba- létriers traire (aller) avant et approcher les bar- rières : mais il, y avoit si grand trencheis (tranchées) de fossés qu'ils n'y pouvoient avenir. Lors s'avisè- rent les aucuns qu'ils passeroient outre la Scarpe, comment qu'il fut, au dessous de Château. l'Ab- baye ^^\ et viendroient décote devers Saint-Amand, et feroient assautàla porte qui ouvre devers Mandé. Si passèrent aucuns compagnons volonteux aux armes, et firent tant qu'ils passèrent outre la dite
(i) Abbajre au sud de Mortagae entre la Scarpe et ^Escaut. J. D.
374 LES CHRONIQUE^ (i54o)
rivière, ainsi que proposé Pavoient, bien quatre cents tous habiles et légers, et en grandVolonté de bien faire la besogne.
Ainsi fut Mortagne environnée à trois portes, des Hainuyers et tous prêts d'assaillir. Mais le plus foible des côtés , c'étoit celui devers Mandé j si y fai- soitr.il fort assez. Toute fois le sire de Beaujeu vint cette part très bien pourvu de défendre, car bien savoit qu'il n'avoit que faire d'autre partj et tenoit un glaive roide et fort à (avec) un long fer bien acéré j et dessous ce fer avoit un havet (crochet) aigu et prenant^ si que quand il avoit lancé et il pouvoit sachier (tirer) en fichant le havet (croc) en plates ^'^ ou en haubergeon ^*^ dont on étoit armé, il conve- noit que on s'en venist (vint) ou que on fut renversé en l'eau. Par .oitte manière en attrapa-t-il et noya ce jour plus d'une douzaine^ et fut à celte porte l'as- saut plus grand que aulre part. Et rien n'en savoit le comte de Hainaut qui étoit du côté devers Brif- feuil tout rangé sur le rivage de FEscaut. Et avisè- rent là les seigneurs entre eux voie et engin (arti- fice) comment on pourroit tous les pilotis dont on avoit piloté l'Escaut, ôteret ti-aire (tirer) hors par force ou par soubtilleté (adresse) par quoi on put nagier (naviguer) jusques aux murs. Si ordonnèrent et avisèrent à faire une grosse nef ou engin (ma-
(i) Armure faite de lames de fer. T. A. F.
(%) Le haubergeon étoit une cotte de mailles qui courroit la poitrmo jusqu^au défaut des cotes et desc^doit jusqu'^aux gecoux. Les nobles et les chevaliers ayoient seuls le droit de la porter. Elle se mettoit sur ie gambeson, J. A. B,
{i54o) VE JEAN FR0I9SART. S'jb
chine), quitousles put attraîre(tirer)hors par force, Fun après l'autre. Adonc furent charpentiers mandés et mis en œuvre, et le dit engin (machine) fait en une nef. Et aussi ce même jour levèrent ceux de Valen- ci«nnes un très bel engin (machine) et bien jetant, qui poYtoit les grosses pierres jusques dedans la ville et au château, et travaiiloit (fatiguoit) durement ceux de Mortagne. Ainsi passèrent ce premier jour et la nuit ensuivant en assailkint, avisatit et devi- sant comment ils pourroient grever (tourmenter) Mortagne. Et lendemain se trairent (portèrent) à l'assaut de fous côtés. Encore n'étoit point le se- cond jour fait Pengin (machine) qui devoit traire (tirer) les pilots (pilotis) hors : mais Fengin de Ya- lenciennes jetoit ouniement (tout à la fois) à ceux deMortagna
CHAPITRE CXXXVI.
Comment ceux de Mortàgne rompirent l'engin (machine) i>e ceux djs Valbncibnnes, qui moult
LES GRBVOIT (tOURMENTOIT) PAR UN AUTRE ENGIN
qu'il firent.
JLe tiers jour fut la nef toute ordonnée et avalée (descendue), et l'engin dedans assis et appareillé pour traire (tirer) hors les pilotis j lors commen- cèrent à aller ceux qui s'en mêloient au dessus dit pilotis, et commencèrent à ouvrer (travailler), si comme commandé leur fut Si s'affichèrent à ôter les piloz (pilotis), dont il en y avoit en l'Escaut semé
\
376 LES. CHRONIQUES . ( 1 540)
grand'foison. Mais tant de peine et de labeur eurent^ ainçois (avant) cpi'ils ea pussent avoir un, que mer^ veilles fut à penser. Si regardèrent et considérèient les seigneurs que jamais ils n'aur oient fait: si com- mandèrent à cesser cet ouvrage. D'autre part il y avoit dedans Mortagne un maître en^gneur (ingénieui*) qui avisa et considéra l'engin de ceux de Yalenciennes, et comment il grevoit (touriaen:r toit) leur forteresse j si en leva un au châtel^qui n'é- toit mie trop grand , et l'attrempa (ajusta) bien et à points et ne le fit jeter que trois fois dont la première pierre chey (tomba) à douze pa$ de FenjgindeValen- âennes, la seconde au pied de la huche ^'^ et la tierce pierre fut si bien appointée qu'elle férit l'en- gin parmi la flèche et la rompit en deux moitiés. Adonc fut grand' la huée des soudojers de Morta- gne contre ceux de Valenciennes pour leur engin quiétoit rompu au milieu, et l'allèrent regarder à (avec) grand' merveille.
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CHAPITRE CXXXVII.
Comment le comte de Hainaut se partit du siège DE Mortagne et s'en retourna au siège de Tour- nât; ET GOMMENT IL PRlT LA FORTERESSE DE S^.-
Amand.
Ainsi furent les Hainuyers devant Mortagne deux nuits et trois jours que rien n'y conquirent Si eurent le comte de Hainaut etmessire Jean de Haînaut
(i) Espèce de coffre q^i scrvoit à contenir la pierre qu'on vouloit lancer . J. O.
-r
(i34o) DE JEAN FjaOISSART, ^
son onde avis et volonté de eux rètraîre (retirer) au siège de Tonrn^, et donnèrent congéàêeux de Vaîenciennesj et le comte et ses chevaliers revinrent en Tost devant Tomnay,* et s^ tintent là environ trois jours. Et puis fit le dit comte une prière aux compagnons pour les amener devant S*.-Amand,car les plaintes étoient venues à lui -que les soudoyers (5(^dats) de S*.-Amand avoient arse (brûle) l'abbaye de Hasnon,et s'étoient mis enpeine d'ardoîr (brûler) Vicbgne, et avoient fait plusieurs dépits aux fron- tières de Hainaut; par quoi le dit comte vouloit ces forfaitures contrevenger. Si se partit du dit siège de Tournay à (avec) bien trois mille combattants, et s'en vint à Saint-Amand , qui adonc n'étoit fermée que de palis (palissades). Bien avoient les soudoyers (soldats) qui étoient dedans entendu que le comte de Hainaut les viendroit voir j mats ils s'étoient si glorifiés en leur orgueil qu^ils n'en faisoient compte. Adonc étoit gardien et capitaine de S'.-Amand un bon chevalier de Languedoc et sénéchal de Carcas- sonne ^'\ lequel avoit bien imaginé et considéré la force de la ville. Si en avoit dit son avis aux moines et à ceux qui étoient demeurés pour garder la ville etl'abbayej et disoit bien que cen'étoitpas forteresse tenable contre un ost j non mie qu'il s'en voul ut partir , mais vouloit demeurer et garder en son loyal pou- voir rmais ille disoit par manière de conseil La parole du chevalier ne fut mie ouïe ni crue bien à points dont il leur mésa vint, sicommevous orrez (entendez)
(i) Il s'appeloit Hugue de ia Roque. {Hist, de Carcassonne, P. 468. )
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3*[8 LES CHRONIQUES (i34o)
ci-après. Toute fois il avoit fait par son ennort (conseil) dès longtemps les plus liclies joyaux de l'abbaye et de la ville vuider et porter à Mor- tagneà sauvefé («i sûreté), et là fait aller l'abbé et les moinesy qui n'étoient taillés d'eux défendre. Ceux de Yalenciennes qui avoient été mandés du comte leur seigneur qu'ils fussent à un certain jour deyant Saint- Amand, et ilseroit à l'autre côté /vin- rent, ainsi que commandé leur fut, en très bon convenant (ordre) i et étoientbiendouze mille combat- tants. Sitôt qu'ils furent venus devantSaint-Amand, ils se logèrent et mirent en bonne ordonnance, etpuis eurent conseil d'aller assaillir. Si firent armer tous leurs arbalétriers et puis traire (aller) vers le pont de la Scarpe. La commença l'assaut dur et fier et périlleux durement, et en y eut plusieurs blessés et navrés (maltraités) d'un côté et d'autre. Et dura cet assaut tout le jour, que oncques ceux de Yalen- ciennes n'y purent rien forfaire; mais en y eut des morts et des navrés grand'foison des leurs; et leur disoient les bidaus ^'\ par manière de reproche, « Allez boire votre goudale ^'\ allez. »
Quand ce vint au soir , ceux de Valenciennes se retrairent (retirèrent) tous lassés, et furent moult émerveillés qu'ils n'avoient oui nulles nouvelles du comte leur seigneur. Si eurent avis qu'ils déloge- roient et retourneroient vers Valenciennes: si firent tout trousser et se retrairent (retirèrent) ce même
( I ) Voye» la note de la Page 3o3.
(a) L^a]e est une espèce de bière. Goudale est un mot composé de deux mots Flamands gta bonne et aie bière. J. A. B.
<i54o) ^ DE JEAN FROISSART. Syg
soir vers leur ville. Lendemain au matin que ceux de Valenciennes se furent retraits (retirés), le c(»nte deHainautse partitdu siège deTournay, si comglie dît est, à (avec) grand'cpmpagnie de gens d'armfts, de bannières et de pennons, et s'en viiit devant Saint-Amand , du côt4 devers Mortagne. Sitôt qu'ils furent venus, ils se trairent (portèrent) à l'as- saut^ et là eut moult grand assaut et dur, et gagnè- rent les Hainuyers, de venue, les premières bar- rières, et vinrent jusques à la porte qui ouvre devers Mortagne. Là étoient tous premiers à l'assaut le comte de Hainaut, le sire de Beaumbnt son oncle, et assailloient de grand courage sans eux épargner; de quoi près fut qu'il ne leur mévint (arrivât mal)^ car ils furent tous deux si dur rencontrés de deux pierres jetées d'amont (d'en haut), qu^ils en eurent leurs bassinets ^'^ effondrés et les têtes toutes éton- nées. Adonc fut là qui dit: « Sire, sire, à cet endroit- ci ne les aurions jamais; car la porte est forte et la voie étroite, si coûteroit trop des vôtres à con- quérir : mais faites apporter de grands mairains ouvrés (travaillés) en manière de piloz (pilotis), et heurter aux murs de l'abbaye; nous vous certifions que par force on la pertuisera (percera) en plu- sieurs lieux; et si nous soiùmes en l'abbaye, la ville est nôtre ; car il n'y a point d'entre deux entre la ville et l'abbaye. »
Adonc commanda le dit comte que on fit ainsi comme pour le mieux on lui conseilloit, et pour la
(i)Glu^peaux d« fer en forme de bassine. J. A. B.
38o 1.ES CHRONIQUES -^(1340)
tôt. prendre. Si quist (chercha) on ^ands bois de di^es; et puis furent tantôt ouvrés (travaillés) et aiguisés devant 5 et «i s'accompagnoient (mettoient) à un' pilot vingt ou ti^ente, et s^écueilloient, et puis boutoient ' (frappoient) de grand randon (impé- tuosité) contre le murj et tant boutèrent (frappè- rent) de grand randon (impétuosité), et si vertueuse- ment, qu'ils pertuisèrent (percèrent) le mur de Fab- baje, et rompirent en plusieurs lieux , et entrèrent dedans abondamment, et passèrent une petite ri- vière qui là étoit, et s^en vinrent sans contredit jus- ques à une place qui étoit devant le moutier, où le marché de plusieurs choses est; et là étoit le dit sénéchal de Gircassonne en bon convenant (dispo- sition), sa bannière devant lui, qui étoit degueules à un chef d'argent et à deux demi chevrons au chef, et étoit à une bordure d'azur endentée. Là de-lez (près) lui s'étoient recueillis plusieurs compagnons de son pays, qui assez hardiment reçurent les Hai- nuyers et se combattirent vaillamment, tant qu'ils purent: mais leur défense ne leur valut néant, car Hainuyers y survinrent à trop grand'foison. Et vous dis encore, pour tout ramentevoir (rappeler), à l'entrer des premiers dedans l'abbaye, il y avoit un moine qu'on appeloit damp Froissart qui 3^ fit mer- veille, et en occit que mehaigna (blessa), au devant d'un pertuis (ouverture) où il se tenoit, plus de dix huit, et n'osoit nul entrer par le lieu qu'il gardoit Mais finalement il le convint partir j car il vit que Hainuyers entroient en l'abbaye et avoient pertuisé (percé) le mur en plusieurs lieux : si se sauva le dit
(r54o) DE JEAN FROISSART. 38 1
morne, au mieux qu'il put, et fit tant qu'il vint à Mortagne.
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CHAPITRE CXXXVIII.
■
Comment le comts de Hainàut détruisit et àrdit
- (brûla) là ville et l'abbaye de S'.-Ajcand; et puis
APRÈS ARDIT ET DÉTRUISIT l'abBAYE DE MarCHIENNES.
OuAND \fi comte de Hainaut et mesure Jean de Hainaut son oncle et la cheyçilerip de Hainaut fureiU; entrés en l'abbaye de Saint- Amarid, ainsi que vous avez ouï, si commanda le dit comte qu'on mit tout à l'épée, sans nullui (personne) prendre à raercy , tant étoit-il courroucé sur ceux de Saint- Amand , pour les dépits qu'ils avoient faits à son pays. Si fut la dite ville moult tôt emplie de gens d'armes j et bidaus ^'^ et Qénois qui la étoient furent enchâssés et quis (poursuivis) de rue en rue et d'hôtel en hôtel : peu en échappèrent qu'ils ne fus- sent tous morts et occis, car nul n'étoit prisàmercy. Mêmement le sénéchal dç Carcassonne y fut occis dessous sa bannière, et plus de deux cents hommes d'armes, que environ lui que assez près. Ainsi fut Saint-Amand détruit, et retournalecomte, ce propre soir, devant Tournay. Et le lendemain les gens d'ar- mes et la communauté de Valenciennes vinrent à Saint-Amand, et paraçdirent (brûlèrent) la ville, et toute l'abbaye, et le grand moutier, et brisèrent toutes les cloches, dont ce fut dommage^ car il en y
(i; Vojexia note de laPa^e 3o3.
38a LES CHRONIQUES (i5^)
a voit de moult bonnes et mélodieuses; et si ne leur vint à nul proût qui à compter £issa
Après la destruction de Saiat^Amand, le comte de Hainaut, qui trop durement avoit pris cette guerre en cœur, et qui en étoit plus aigre que nul des autres, se départit encore dusiégedeToumay, qui avoit en 6a route (suite) environ six cents armuree de fer et s'en vintardoir (brûler) Orchies, Landas et La Celle , et grand'foison de villages là environ , et puis passa, et toute broute (suite) , la riWère de la Scarpe, au dessous de Hasnon, et entrèrent en France, et vinrent à Marchiennes, une grosse et riche abbaye, dont messire Aymes de Warinaut étoit capitaine, et avoit avec lui une partie des arba- létriers de Douay. Là eut grand assaut,, car le dit chevalier avoit durement garni la première porte de Fabbaye, qui étoit toute enclose et environnée de grands fossés et parfons (profonds) j et se défendi- rent les François et les moines qui dedans étoient moult vassalment (bravement). Mais finalement ils ne purent durer contre tant de gens d'armes; car ils quirent (cherchèrent) <et firent tant qu'ils eurent des bateaux et les mirent dans l'eau, et entrèrent en l'abbaye. Mais il y eut mort et noyé un chevalier Allemand , compagnon au seigneur deFauquemont, qui s'appejoit messire Bachon de le Wiere, dont le dit sire de Fauquemont fut moult courroucé, mais amender ne le put. é
A l'assaut de la porte où messire Aymes de Wa- rinaut se tenoit, furent moult bons chevaliers le comte de Hainaut, le sire de Beaumont son oncle
(i34o) DE JEAN FROISSART. 383
et le sénéchal de Hainaut, jet firent tant finalement que la porte fut conquise et le chevalier qui la gir- . doit pris et morts et -occis la plus grand'partie des autres; et furent pris plusieurs des moines qui laiens (dedans) furent trouvés , et toute là dite abbaye robée (volée) et pUlée, et puis arse .(brûlée) et dé- truite, et la ville aussi Et quand ils eurent fait leur emprise, le comte et tous ses gens d'armes, qui fu- rent à la destçuctîon de Marchiennes et en cette chevauchée, s'en retournèrent au siège de Tour- nay. - *
CHAPITRE CXXXIX.
Comment les Allemands se partirent du siège de
ToURNAY ET VINRENT ESCARMOUCHER EN l'oST DU I^OI
DE France; et comment le sire de Montmorency
LES SUIVIT JUSQUBS AU PONT DE TrESSIN.
JuE siège qui fut devant Tournay fut grand et long et bien tenu , et moult y eut le roi Anglois grand' foison de bonnes gens d'armes j et s'y tenoit le dit roi volontiers, car bien lapensoit à conquérir, pour- tant (attendu) qu'il pensoit qu'il y avait grand'foi- son de gens d'armes et assez escharsement (peu) de vivres. Pourquoi il les pensoit plutôt avoir par affa- mer que par assauts. Mais les aucuns disent qu'ils trouvèrent moult de courtoisies en ceux de Brabant, et qu'ils souffrirent par plusieurs fois laisser passer panni leur ost vivres assez largement pour mener
384 LES CHRONIQUES (1:^40)
dedans Toumay, dont ils furent bien confortés.
. Arec tout ce ceux de Bruxelles et ceux de Lou- vaing, qui étoient tous taaés (fatigués) de là tant seoir et demeurer, firent une requête au maréchal de Fost qu'ils se pussent partir et retraire (rétirer) en Brabant, oar trop avoient là demeuré à (avec) peu de fait. Le maréchal qui vit bien que la requête n'étoit rtipe honorable, ni raisonnable, leur répondit que c'étoit bien son gré que ils s^en par tissent quand il leur plairoit jmais lejir convenoit mettre jus (bas) leurs armures. JLes dessusdits furent tous honteux; si se souffrirent (restèrent) ^nt (alors) et n'en par- lèrent oncques depuis.
Or vous recorderons d'une chevauchée des Alle- mands, qui fut faite devant Tournay k ce même pont de Tressin où messire Robert de Bailleul et les Liégeois avoient déconfit les Hainuyers. Le sire de Randenrode et messire Jean de Randenrode son fils adonc écuyer et messire Jeam de Randebourch aussi adonc écuyer et maître du fils au seigneui' de
, Randenrode , messire Arnoul delBlankenhey m , mes- sire Regnaultde Scoinevorst, messire Conrard de Lensemach, messire Conrard d'Aerschot, messire Bastien de Barsies et Canedolier son frère, et mes- sire Stramen de Venone, et plusieurs autres de la duché de Juliers et de Gueldres avoient jpris en grand'vergogne ce que les Hainuyers avoient été ainsi rencontrés. Si parlementèrent ensemble à un soir, et s'accordèrent de chevaucher le matin au point du jour, et passer ce pont que on dit de Tres- sin. Si se armèrent et ordonnèrent dès la nuit bien
(iHo) i>É JEAN FROISSART. 385
«t faiticement (régulièrement) , et se partirent sûr le jour: et aussi se mirent avec $ux aucuns bacheliers de Hainaut qui point nWoient été à la chevauchée dessus ditej si comme messire Florent de Beaûrieu, méssire Bertrau de la Haye, maréchal de Tost, mes- sire Jean de Hainaut, messire Oûlphart deGhîstel- les, messire Robert de Glennes de la Comté de Los 5 adoncécuyer, et du Corps messire Jean de Hainaut, et plusieurs autres. Si chevauchèrent ces chevaliers et ces compagnons dessus nommés bellement et sa- gement; et étoient bien trois cents ou plus, toutes bonnes armures de fer j et vinrent droit au pont de Tréssin droit au point du jour; et le passèrent outre sans dommage. Et quand ils furent par delà, ils s'a- visèrent et conseillèrent ensemble comment ils s*or- donueroient, pour le mieul et à leur honneur ré- veiller et escarmoucher Tost de France. Là furent ordonnés le sire de Randenrode et Arnoul son fils^ messire Henry de Kakeren un chevalier mercenaire , tnessire Thielemans de Saussy, messire Oulphart de Ghistelles, messire l'Alematit bâtard de Hainaut^ itiessire Robert de Glennes et Jàqùelot de Thiâns à être coureurs et chevaucher jusques àui tentes et logis des François; et tous les autres chevaliei-s et écuyers, qui bien étoient trois cents, dévoient de- meurer au potit et garder le passage, pour le défen- dre aux aventures des survenants. Aiïisi et sur cet état se partirent les coureurs, qui pouvoient être en- viron quarante lances, et très bien montés sur fleut de roncins et de gros coursiers, et chevauchèrent de premier tout bellement tant qu'ils vinrent en Tost
FROISSART. T. L 5t5
38C LES CHRONIQUES ( 1 340)
du roi de France: donc seboutèrent (jetèrent) eux de- dans de plein eslai (élan), et commencèrent à décou- per cordes et paissons (pieux) et à abattre et renver- ser tentes et trez (pavillons), et à faire un très grand desroi (dégât), et François à eux estourmir (assem- bler). Cette nuit avoient fait le guet deux grands barons de France, le sire de Montmorency et le sire de Saint Sauflieu; et étoient encore à cette heure que les Allemands vinrent à leur garde. Quand ils ouïrent la noise (bruit) et entendirent Teffroi, si tournèrent cette part leurs bannières et leurs gens, et chevauchèrent fort et roide sur les coureurs qui leur ost avoient estourmjr (troublé). Et quand le sire de Randenrode les vit venir, il tourna son frein tout sagement et fit chevaucher son pennon (bannière) et ses compagnons, pour revenir au pont à leur grosse route (troupe) j et les François après. En cette chasse là eut bon coureis (course) car les Allemands se hâtoient pour revenir au pont, et les François aussi pour eux retenir. En cette chasse fut pris et retenu des François messireOulphart de Ghistelles, qui ne se sut ni put garder à points car le chevalier avoit courte vue. Si fut enclos de ses ennemis par trop demeurer derrière, et fiança prison, et aussi deux écuyers, dont on nommoit Pun Jean de Mondorp et l'autre Jaquelot de Thians; les Fran- , çois et leur route (troupe) chevauchoient d'un côté, et les coureurs Allemands d'autre, et étoient enari- ron demi bonnier ^'^ près l'un de l'autre, et tant
(i) Mesure de terre dont il n'est guère possible de fixer Téteu duc, parce qu'elle n^étoit pas h içéme dans toutes les contrées. J. D.
{i54o) DE JEAN FROISSART. 887
qu'ils se pouvoient bien leconnoître et entendre de leurs langages^ et disoient les François aux Alle- mands: « Ha, ha, seigneurs, tous n'en irez pas ainsi » : et se hâtoient pour prendre le pont; et pas ne savoient la grosse embûche qui étoit au pont, de mesisire Regnault de Scoinevorstet des autres. Si que il fut dit au seigneur de Randenrode: « Sire, sire, avisez-vous j car il nous semble que ces François nous toldront (ôteront) le pont » Adonc répondit le sire de Randenrode et dit : « Si ils savent un che- min, j'en sais bien un autre » Adonc se retourna sur destre (droite) et sa route (suite), et prirent un che- min assez frayé, qui les mena droit à cette petite rivière dessus dite, qui est si noire et si parfonde (profonde) et si environnée de grands marais. Et quand ils furent là venus, si ne purent passer, mais les convint retourner devers le pont Et tondis (toujours) chevauchoient les François les grands ga- lops devers le pont , qui cuidoient (croyoient) ces Allemands coureurs enclorre et prendre, ainsi qu'ils avoient jà pris de leurs compagnons; et par spécial moult y mettoit le sire de Montmorency grand'en- tente (ardeur).
i5'
388 LES CHRONIQUÏS <i54o)
CHAPITRE GXL.
Comment le sire de Montmorency fut pris des Al- lemands « ET BIEN quatre VINGTS GENTILS HOMMES QUI ÉTOIENT SOUS SA BANNIÈRE.
Quand les François eurent tant chevauché qu'ils furent près du pont, et ils virent la grosse embûche qui étoit au derant du pont toute armée et ordon- née, et qui les attendoit en très bon convenant (dis- position), si furent moult émerveillés, et dirent en- tr'euxles aucuns qui regardèrent la manière: « Nous chassons trop follement de léger; si pourrons-nous plus perdre que gagner ». Donc retournèrent les plu- sieurs, et par spécial la bannière du seigneur de Saint Sauflieu , et le sire aussi; et messire Charles de Montmorency et sa bannière chevaucha toudis (toujours) avant, et ne voulut oncques reculer; mais s^en vint de grand courage assembler (attaquer) aux Allemands, etlcsAllemandsàlui et à ses gens. Là y eut de première venue durs encontres et fortes j ou tes , et maint homme renversé d^un côté et d'autre. Ainsi qu'ils assembloient (attaquoient), les coureurs des- sus nommés qui costiez (accostés) les avoient , s^en vinrent férir sur eux, et se boutèrent (retirèrent) de- dans, de plein eslai (élan) et de grand' volonté; et aussi les François les reçurent moult bien.
(i34o) DE JEAN FROfôSABTv 389
Or vous dirai ^'^ une grand'appertise d'armes et un grand avis dont messireRegnault deScoinevorstusa à l'assembler (attaque), et que on doit bien tenir et recommander à sage fait d'armes. Il quiétoit adonc en la fleur de sa jeunesse, fort chevalier et roide durement, bien armé et bien monté pour la journée, s'en vint assembler (attaquer) à la bannière du sire de Montmorency qu'il reconnut assez bien; et s'avisa qu'il se viendroit éprouver à celui qui étoit plus prochain de sa bannière, car il pensoit bien que c'étoit le sire. Ainsi qu'il jeta son avis, il le fit et férit son cheval des éperons, et passa par force la route (suite), et s'en vint au seigneur de Mont- morency, qui étoit dessous sa bannière, bien monté sur bon coursier j et le trouva en J)on convenant (disposition), l'épée au poing, et combattant à tous lezi (côtés), car il étoit aussi fort chevalier et grand durement; et lui vint lesiredeScoinevorstsurdestre (droite)., et bouta (plaça) son bras senestre (gauche) au frein de son coursier, et puis férit le sien des éperons, en le tirant hors de la bataille, comme vite et fort chevalier. Le sire de Montmorency, qui bien se donna de garde de ce tour, se prit à défendre vassalement (bravement) comme fortethardi'cheva- lier, pour soi délivrer de ce péril et des mains du seigneur de Scoinevorst ; et féroit à tas ^coups redou- blés) de son épée sur son bassinet et sur le dos du seigneur de Scoinevorst Mais Je sire deScoînevorst, qui bien étoit armé et monté, brisoit les coups à la
(t) Les impiimés abrègent considérablement la fin de ce chapitre.
3go LES CHBONIQUES ( 1 34a)
fois et les recevoit moult yassalement (bravement) Et tant fit par son effort, voulut ou non le sire de Montmorency, qu'il lecréanta (fit jurer) prisonnier- £t les autres se combattoient; et là furent bons chevaliers messire Arnoul de Randenrode , messire Henry de Kakeren, messire Thielemans de Saussy , messire Bastien de Barsies et Candoelier son frère et messire Robert de Glennes qui prit un homme d'armes en bon convenant (ordre), quis'ar- moit de gueules à trois faulx d'or. Et firent adonc tant les Allemands et leur route (troupe) qu'ils obtinrent la place, et prirent bien quatre vingts prisonniers tous gentils hommes dessous la bannière messire Charles de Montmorency j et repassèrent le pont sans domipage^ et vinrent en l'ost devant Tour- na y et ralla chacun à sa partie et se désarmèrent, et puis allèrent voir les seigneurs, dont ils furent bien fêtés, le comte de Hainaut et messire Jean de Hainaut son oncle, et plusieurs autres grands sei- gneurs qui là étoient
CHAPITRE CXLI.
Comment cepx de la garnisost de Saint-Omer dé-
CONFIREMT TROIS MILLE FlAMAJNDS QUI ÉTOIEHT VE- NUS COURRE (courir) DEVANT SaIHT-OmER.
IJe la prise messire Charles de Montmorency furent les François moult courroucés, mais amender ne le
(i34o) DE JEAN FROISSART. Sqi
purent tant comme adoncques. Cette chose passai le siège se tint; les prisonniers se rançonnèrent le plutôt qu'ils purent. Or vous recorderons d'une aventure qui avint aux Flamands que messire Robert d'Artois et messire Henry de Flandre gou- vernoient, dont il en y avoit plus de soixante mille de la ville d'Ypres,dePoperingue, de Messines, de Cassel et de la châtellerie de Berg; et se tenoient tous ces Flamands , dont les dessus dits éfoient chefs, au val de Cassel logés en Rentes et en traits (pavillons) à grand arroy , pour contrester (résister) contre les garnisons fançoises que le roi Philippe avoit envoyées à Saint-Omer, à Aire, à Saint Ve- nand et es villes et forteresses voisines. Et se te- noient dedans Saint-Omer, de parle roi de France, le comte Dauphin d'Auvergne, le sire de Mer cœur, le sire de Chalençon, le sire de Montagu, le sire de Rochefort , le vicomte de Thouars et plusieurs au- tres chevaliers d'Auvergne et de Limosin ^'l Et de- dans Aire et dedans Saint-Venand aussi en avoit ' grand'foison ; et issoient (sortoient) souvent hors et venoient escarmoucher aux Flamands: si gagnoient
(i) Les autres historiens François entrent dans beaucoup plus de
détails sur le siège de Saint-Omer par Robert d^ Artois, et font honneur
de la défense de cette yille au duc de Eourgogne, au eomte d^ Arma-
gnac et k d^ autres chevaliers qui y étoient eu garnison sous les ordres
du duc, sans faire aucune mention de ceux dont parle Froissart;
{Chron. de Fr, Chap. ao. Ckron. de Flandre, P. i64 «« «»'»'. ^nnai. de
Fhmd. par Meyer, fol. 142. etc. ) mais on ne peut, ce semble, con-
clure autre chose de cette différence, sinon (jue Froissart et les au-
tres historiens ont omis réspectÎTemeut de nommer une partie de ceux
qui contribuèrent a la défense de Saint-Omer. J. D.
39a LES CHRONIQUES (i54<v)
aucune fois, et aucune fois y perdoient Or ayintua jour à ces Flamands qu'ilss'en yinjent, environ trois mille, tous légers et habiles, compagnons, et s'ava- lèrent (descendireixt) et issirent (sortirent) hors de leurs logis pour venir hutiner (combattre) devant Saint-Omerj et se boutèrent dedans les fciubourgs, et brisèrent plusieurs maisons, çtentendii:ent telle- ment au pillage qu'ils dérobèrent tout ce qu'ils trou— vèrent La noise et l'effroi monta en la ville de Saint- Omer: adonc s'armèrent les seigneurs qui laiens (dedans) étoient, et aussi firent toutes leurs gens, et se partirent par une autre porte que par celle devant qui les Flamands étoieût venus, et pouvoient être entqur six bannières et deux cents bassinets ^'\ et envirQïî cinq cents bidaus^'^ tous à piedj et chevau- chèrent tout autour de Saint-Omer, ainsi qu'ils avoient guides qui bien ks savoient mener, et vin- rei^t tout à temps à ces Flamands, qui se ensonnioient (fatiguoient) de piller et rober tout ce qu'ils trou- voient eu la ville d'Arqués, qui est assez près de^ Saint-Omer, et étaient dedans épars, sans capitaine çt §ans arroi (cortège). Et voilà Içs François soudain nement venus sur eux, lances abaissées, bannières déployées, et en bon convenant (disposition) de bataille, çt en écriant: « Clerniont, Clermont,au Dauphin d'Auvergne, » Lors cintrèrent en ces Fia-, mands, qui furent tous ébahis, quand si près ils les virent d'çuxj^ et j\e tiçrent ordpunançe ni conroj
(i) Simples soldats la tête couverte de bassinets, J A..
^a) Voye^ page 3o3..
(i54o) DE JEAN FROISSART. 3g3
(ordre); mais fuit chacun, qui mieux mieux» et jetèrent tout jus (à bas) ce que diargé avoient, et prirent les champs, et François aprèseux^ tuants et abattants par monceaux et par troupeaux f et dura cette chasse bien deux lieues ^'\ Et en y eut bien morts des trois mille, dix huit cents,' et retenus quatre cents, qui furent amenés prisonniers à Sainte Omer^'>.
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CHAPITRE CXLII.
Gomment une soudaine peur prit les Flamands en- viron MINUIT , TANT QUE TOUS s'eNFUIRENT CHA- CUN VERS SA MAISON EN GRANd'hATE.
OuandIc demeurant (reste) qui échapper purent, furent venus en l'ost devers leurs compagnons, si
( i) Cet événement aniva le 26 juillet (Chron, de Fr. Chron. de. Flandre, etc. uhi sup. ) J.. D.
(a) On peut reprocher îcik Froissart une erreur assez considérable: il suppose que les Flamands attaquèrent, sans chef et sans ordre, les faubourgs de Saint-Omer, tandis que les autres historiens disent unani- mement {uhi sup»)(^e Bobert d^ Art ois les soutenoit en personne ayec le reste de son armée et cnCiX y fut complètement battu et mis en dé- iToute par le duc de Bourgogne qui lui tua 4ooo hommes, suivant les uns, et 3ooo seulement, suivant les autres^ Froissart a-t^il ignoré les circonstances de cet événement, ouïes a-t-il omises k dessein ? Le ton de vérité et même de cconplaisance avec lequel il raconte en mille aun très endroit^ les succès des François, ne permet guère de le soupçon- ner dans celui-ci de partialité pour leurs ennemis : il parolt plus na- turel de croire quil a ignoré ce qu'ail n^a pas dit< C^est probablement 9iussi pour cette raison qu^il n^a point parlé du défi envoyé par Ëdctua^d au roi Philippe de Valois le 26 juillet, jour de la défaite de
394 LES CHRONIQUES (i54o)
contèrent leurs aventures aux uns et aux autres ; et Tinrent les nouvelles à messire Robert d'Artois et à messire Henry de Flandre, qui peu les en plai- gnirent, mais dirent que c'étoit bien employé, car sans conseil et sans commandement ils y étoient allés. Or avint cette même nuit à tout leur ost géné- ralement une merveilleuse aventure^ ni oncques on n'ouït (entendit), je crois, parler ni recorder de si sauvage; car environ heure de minuit que ces Fla- mands gissoient en leurs tentes et dormoient, un si grand eflfroi et telle peur et hideur (terreur) les prit généralement en dormant, que tous se levèrent en si grand'hâte et en telle peine qu'ils ne cuidoient (croyoient) jamais à temps être délogés; et abat- tirent tantôt tentes et pavillons, et troussèrent tout sur leurs cbarriots, en si grand^hâte que l'un n'at- tendoit point l'autre, et fuirent tous sans tenir voie, ni sentier, ni couroy (ordre). Et fut ainsi dit à mes- sire Robert d'Artois et à messire Henry de Flandre qui dormoient en leur logis: « Chers seigneurs, levez- vous bientôt et hâtivement et vous appareillez, car
Robert d^Artois devant Saint-Omer, et delà réponse duroi de France en date du 3o de ce mois: pièces qui se trouvent dans tous les historiens cités et dans Rymer ( T. 3. Parti 4- P- ^o )• De ce que Frolssart ne dit rien de ce défi et parie d^un autre qui eut lieu, selon lui, Tannée pré- cédente. M. Lancelot conclut quil a confondu les temps et placé mal k propos sous Tannée iBSg un fait qui appartient à Tannée i34o. {Mém. de VAcad, des beÛes lettres ^T, lo. P. 656.) Cette critique, quoi- qu'elle paroisse assez juste au premier coup d^œ'l,pourroit cependant n'être pas fondée; car on n'a point de preuves qu'Edouard n'ait point défié Philippe de Valois dès Tannée iSSg, et dans les mœurs de oe siècle, ii ne seroit pas étonnant que le monarque Anglois eut ré- pété cette bravade: ainsi rien ne peut empêcher de croire que les deux cartels sont véritables. J. D.
(i34o) DE JEAN FROISSART. SqS
vo&gens s'enfuient et nul ne les chasse, et ne savent à dire quelle chose ils ont, ni qui les meut (excite) à fuir. » Adonc se levèrent les deux seigneurs en grand'hâte, et firent allumer feux et grands tortis (torches) et montèrent sur leurs clievaux, et s'en vinrent au devant d'eux, et leur dirent: « Beaux seigneurs, dites-nous quelle chose il vous faut (manque) qui ainsi fuyez: n'êtes vous miehienasseur (en sécurité)? retournez, retournez, au nom de Dieu: vous avez grand tort quand ainsi fuyez, et nul né vous chasse. j> Mais quoiqu'ils fussent ainsi priés ni requis d'arrêter et de retourner, ils n'en firent compte, mais toujours fuirent; et prit chacun le chemin vers sa maison, au plus droit qu'il putËt quand messire Robert d'Artois et messire Henry de Flandre virent qu'ils n'en auroient autre chose, si firent trousser tout leur hamois et mettre à voiture, et s'en vinrent au siège devant Tournay. Et recor- dèrent (racontèrent) aux seigneurs l'aventure des Flamands, dont on fut durement émerveillé et dirent les plusieurs qu'ils avoient été enfantosmés (ensor- celés).
396 LES CHRONIQUES (i54oi
CHAPITRE CXLIII.
Comment ▲ la requête et prière de madame Je aune DE Valois, soeur du roi de Frange et mère du
COMTE DE HaINAUT, LES DEUX ROIS FIRENT TRAITÉ DE PAIX.
CiE SIÈGE ^'^ de devant la cité de Toumay dura assez loDgaement , onze semaines trois jours moins : si pouvez bien croire et savoir qu'il y eut fait plusieurs escarmouches et paletis (combats), tant à assaillir la cité, comme es chevauchées des compagnons bâche- lereux (vaiDants) l'un sur Pautre. Mais dedans la cité de Tournay avoit très bonne et sage chevalerie, envoyée en garnison de par 1er oi d e France , si comme dessus est dit, qui tellement ensongnèrent (soignè- rent) et pensèrent que nul dommage ne s'y prît. Or n'est rien, si comme on dit, qui ne prenne fin^
On doit savoir que ce siège pendant , madame Jeanne de Valois, sœur au roi de France, et mère au comte Guillaume de Hainaut, travailloit dure- ment d'un ost en l'autre, afin que paix ou répit fut entre ces parties , par quoi on se départit sans ba- taille. Car la bonne dame véoit (voyoit) là de deux côtés toute la fleur et l'honneur de la chevalerie du monde: si eut vu trop enuis (avec peine) pour les
(i) Les impriniës abrègent beavcoup le commer cernent de ce chapw tre, et continuent de retrancher des mots, des membres de phrases» ^elquefois même des phrases entières, J. D,
\
(^34o) DE JEAN FROISSART. 897
grands périls qui en pou voient venir, que bataille fut adressée enti e eux. Et par plusieurs fois la bonne dame en étoit chue (tombée) aux pieds du roi de France son frère, en lui priant que répit ou traité d'accord fut pris entre lui et le roiAnglois. Et quand la bonne dame avoit travaillé à ceux de Fjtance^ elle s'en venoit à ceux de l'empire, spécialement au duc de Brabant et au marquis de Juliers son fils qui avoit eu sa fille^'\età messire Jean de Hainaut, et leur prioit que pour Dieu et pour pitié ils voulus- sent eilfendre à aucun traité d'accord, et avoier (engager) le roi d'Angleterre à ce qu'il y voulut des- cendre. Tant alla et tant procura la bonne dame en- tre ces seigneurs, avec l'aide et le conseil d'un gen- til chevalier et sage, qui étoit moult bien de toutes les parties, qui s'appeloit messire Louis d'Agimont, que une journée Je traiter fut accordée à lende- main, là où chacune des parties devoit envoyer qua- tre personnes suffisants pour traiter toutes bonnes voies pour accorder les dites parties, s'il plaisoit à Dieu, et souffrance de trois jours que l'un ne pou- voit ni devoit forfaire sur l'autre -, et se dévoient as- sembler ces traiteurs en une chapelle séant en my (milieu) les champs , qu'on appelle Esplechin. Lende- main après messe et après boire, les traiteurs vinrent ensemble en la dite chapelle, et la dessus dite bonne
(i) Le marquis de Juliers avoit épousé Jeanne de Hainaut, fille de la comtesse, laquelle Jeanne étoit morte en i337« ( •^'* ë^^' '^^^^ Jnais. de Fn T. a. P. 784. ) Plusieurs manuscrits et les imprimés portent, au duc de Juliers i d^ autres manuscrits, au comte : leçons déi'ectueuses, puisque ce seigneur ayoit été fait marquis plusieurs années auparavant, et ne fut fait duc qu'en i356, ainsi qu'on Ta ru cl-^essus. J. D.
398 LES CHRONIQUES (i54o)
\ dame avec eux. De la partie du roi de France y fu-
I rent envoyés Jean le roi de Behaigne (Bohême),
Charles le comte d'Alençon frère du roi , l'évêque de Liège, le ^omte de Flandre et le comte d'Anna-
é gnac ^'\
' De la partie du roi d'Angleterre y furent envoyés
le duc de Brabant, Févêque de Lincoln, le duc du Gueldres, le marquis de Juliers et messire Jean de Hainaut
CHAPITRE CfcXIV.
(
/
Comment les dextx rois fireut trêves jttsques à ub an *, et gomment le siège sb départit de devant Tournât.
Quand ils furent venus à la dite chapelle, ils se
saluèrent moult aimablement et fêtèrent grande-
ment^ et après ils entrèrent en leur traitement.
Toute cette première journée ces traiteurs traitèrent
par plusieurs voies d'accord, et tondis (toujours)
é toit la bonne dame madame Jeanne de Valois enmy
(milieu) eux, qui moult humblement et de grand
cœur leur prioit que clj^acune partie se voulut près
prendre d'accorder. Toutefois cette première journée
passa sans aucun certain accord : chacun s'en ralla
(i)Dans la charte de cette trêve rapportée par Rymer, on trouve nommes parmi les plénipotentiaires François, au lieu du comte de Flandre, Raoul duc de Lorraine et Ajme comte de Savoie; et parmi le» plénipotentiaires du roi d"* Angleterre, il n'est point fait mention de rérèquc de Li icoln. ( Rymer , T. «. Part. 4. P. 83. ) J. D.
(i34o) DE JEAN FROISSART. Sgg
en son lieu, sur convenant (promesse) de if avenir. Lendemain ils revinrent tous à la dite chapelle en tel point, et commencèrent à traiter comme devant, et chéirent (tombèrent) sur aucunes voies assez accor- dables j mais ce fut si tard que on ne lesput escripre (écrire) de jour. Si se partit le parlemeat adonc et créanta (promit) chacun de revenir là endroit, pour parfaire et accorder le remenant (reste). Au tiers jour ces seigneurs revinrent à (avec) grand conseil. La fut accordée une trêve à durer un an entière- ment ^^^; et devoit entrer tantôt entre ces seigneurs et ces gens qui là étoient d'une part et d'autrej et entre ceux qui guerroyoient en Lcosse et en Gas- cogne, en Poitou et en Saintonge, elle ne devoit entrer jqsques à quarante jours^ dedans lesquels quarante jours chacune des parties le devoit faire savoir ^'^ aux siens, sans nul engin (artifice). S^ils les vouloient tenir, si les tinssent} et si tenir ne les vouloient, si guerroyassent assez l'un l'autre. Mais
(i) Cette trêve fut signëe le a 5 septembre i34o et devoit durer jus-
qu'au a5 juin, lendemain de la Saint Jean-Baptiste, de Tannée suivante.
iHymer, Ibid.) J.D.
(q) Chacun des deux rois devoit faire publier la trêve en Gascogne et en Aquitaine dans vingt jours, k compter de la date du traité; et le roi d^ Angleterre devoit la faire notifier en Angleterre et ei\ Ecosse dans vingt cinq jours, k compter de la même date. Il n'*est point fieiit explici. tement mention des articles suivants dans la charte, excepté de celui où il est dit que chacune des deux parties tiendra paisiblement, du- rant la trêve, les places dont elle est saisie: mais en revanche on j trouve plusieurs clauses omises par Froissart et les autres historiens contemporains, et de plus la liste des états ou des particuliers qui, ou- tre les deux rois et leurs principaux alliés, furent compris dans la trôve. ( Rjiner, itbi sup. P. 83 et 84' ) J. T)-
4oo LES GHRONIQUÈS (i34d)
France, Picardie, Bourgogne, Bretagne et Nor-- mandie la tenoient sans nulle exception. Et dévoient les deux rois dessus nommés, chacun pour lui et au nom de lui, envoyer quatre ou cinq personnes nota- bles , et le pape deux cardinaux en légation en la cité d'Arras^ et ce que ces parties ôrdonneroient, les deux rois le tiendroient et confirm^oient sans nul moyen. Et fut encore cette trêve présentée et ac- cordée sur cette condition que chacun devoît tenir paisiblement ce dont il étoit saisi.
Quand cette trêve fut accordée sur cette condi- tion que dit est d'une part et d'autre, chacun s'en retourna en son ost : si le firent tantôt crier par tout l'ost d'une part et d'autre, dont les Brabançons eurent grand' joie,. car ils avoient là logé et été un grand temps tiloult enuls (avec peine). Qui lende- main, sitôt que jourfut, eutvu tentes abattre, char- riots charger, gens for hâter, emblaver (emballer) et entouUier (couvrir de toile), bien put dire: « Je vois un nouveau siècle. »
CHAPITRE CXLV*
COMMEWT LE ROI ÀNGLOtS S£ PARTIT ENUIS (AVECPEIWe) DE DEVANT ToURNAY ; ET GOMMENT CHACUNE DES PARTIES 8E DIT AVOIR L*HOZfNEUR DE CETTE DÉPARTIE.
Ainsi, comme vous avez ouï, se départirent ces deux osts, par le travail et pourchas (effort) de cette bonne dame, que Dieu fasse pardon, qui y
►
(i3^o) DE JEAN FROISSART. 4oi !
Tendit grand'peinej et demeura la bonne cité de Tonrnay franche et entière, qui avoit été en très tgrand péril, car toutes leurs pourvéances failloient (manquoient) et n^en avoient mie pour trois jours ou pour quatre \ vivre. Les Brabançons se mirent à raller hâtivement, car grand désir en avoient. Le roi Anglois s'^en partit moult enuis(avtec peine), s'il €ut pu amender et à sa volonté en fut; mais il lui <:onvenoit suivre partie de la volonté âes antres sei- <gneurs et croire leur conseil Le jeune comte de Uainaut et aussi messire Jean son oncle se fassent aussi bien «nuis (avec peine) accordés à cette partie, si ils eussent aussi bien su le convenant(disposition) de ceux qui étoient dedans Tournaj , comme le roi de France faisoit, et si ne fut ce que le duc de Bra- bant leur avoit dit en secret qu'il detenoit à grand' mesaise ses Brabançons, et comment que fut, il ne les pouvoit tenir qu'ils ne dussent partir ie jour ou lendemain , si accord né se faisoit
Le roi de France et tout son ost se départit assez iiement (gaiement), car bonnement ils ne pouvoient plus demeurer là endroit, pour la punaisie (puan* teur) des bêtes que on tuoit si près de leur logis , et pour le chaud qui faisoit 3 et si pensoient en leur part avoir Fhonneur de cette départie, si comme ils disoient, pour raison de ce qu'ils avoient rescousse (délivrée) et gardée d'être perdue la bonne cité de Toumay,et avoient fait départir cette gfand'assem- blée qui assiégée Favoit, et rien n'y avoient fait, combien qu'ils y eussent grands frais mis et dépen- dus (dépensés). Les autres seigneurs et ceux de leur
FKOISSART. T. I. ^ 6
4oî LES CHRONIQUES (i54o)
partie pensoient aussi bien à avoir Thonneur de cette départie, pour raison de ce qu'ils ^vment si longue- ment demeuré dedans le royaume et assiégé une des bonnes cités que le roi eut, et ars (brûlé) et gâte son pays chacun jour, lui sachant et voyant^ et point ne Tavoit secouru de temps ni d'heure, ainsi qu'il dutj et au dernier il avoit accordé une trêve, ses ennemis séapts devant sa cité, et ardant (brûlant) et gâtant son pays. Ainsi s'en vouloit chacune par- tie attribuer l'honneur : si en pouvez déterminer entre vous, qui avez ouï les faits et qui les sentez, ce qu'il vous en semble; car de moi je n'en pense à nuUui (personne) donner l'honneur plus à l'un que à l'autre, ni en faire partie: car je ne meconnois mie en si grands affaires comme en £iits et en ma- niements d'armes ^*\
CHAPITRE Cïâtyi.
Comment le roi Edoxtà&d s'en rallâ en Angleterre; ET comment au parlement d'Arras les trêves fu- rent ÂLONGÉES DEUX ANS ENTRE LES DEUX ROIS.
Or s e départirent les seigneurs du siège de Tour- nay et s'en ralla chacun en son lieu. Le roi Anglais
(i) Si cettie phrase et plusieurs autres du même genre , qui se trou- ve ni dans tous les manuscrits, n^avoient pas été omises dans les im- prûnës, elles auroient vraisemblablement épargne k Froissart le repro- che de partialité envers T Angleterre, qui lui a été fait trop gratuitement, et quVn a répété tant de fois depuis sans examen. J. D.
n
(!34o) DE JEAN FROISSART, 4o3
^€11 revint à Gand devers sa femme, et assez tôt après il repassa la mer ^'^ et toutes ses gens, excepté -ceux qu'il laissa pour être au parlement à Arras. Le comte de Hainaut s'en ralla en son pays, et eut adonc une moult noble fête à Mons en Hainaut et joutes de chevaliers, à laquelle messire Girard de Werchin, sénéchal de Hainaut , fut et jouta, et y fut tellement blessé qu'il en mourut, dont ce fut dom- mage. Si demeura de lui un enfant, qui fut appelé Jean, et puis après fut bon chevaher et hardi j mais peu dura et régna, dont ce fut dommage. Le roi de France donna à toutes ses gens congé, et puis s'en vint jouer et rafraîchir en la ville de Lillej eflà le vinrent voir ceux de Tournay, lesquels le roi reçut moult liement (joyeusement) etvittrès volontiers, et leurfitgrâce pour tant (attendu)^ que si bel et si vaillam- ment ils s'étoient tenus et défendus contre leurs en- nemis, et que rien on n'a voit pris ni conquête sur eux. La grâce qu'il leur fit fut telle qu'il leur ren- dit franchement leur loi que perdue avoient de long temps, dont ils- furent moult joyeux; car messire Godemar du Fay et plusieurs autres chevaUers étrangers, devant lui, en avoient été gouverneurs : si firent entre eux prévôt et jurés, selon leur usage ancien.
Quand le roi eut ordonné à son plaisir une par- tie de ses besognes, il se partit de Lille et se mit
fijÉdouard, arriva en Angleterre le dernier novembre de celte an- née 1 340, suivant le Mémorandum rapporté par Rymer^iiÂi suprà, P. 87. J. D.
26*
4oi ,fLES CHRONIQUES (i34i)
au chemin devers France pour revenir à Paris ^. Or vint la saison que le parlement ordonné et insti- tué en la cité d'Arras approcha : si y envoya le pape Clément VI en légation deux cardinaux , cesti (celui) de Naples et cesti (celui) de Clermont ^'\ qui de premier vinrent à Paris, où ils furent moult honorés du roi de France et àe?, François^ et puis
( i) On peat commencer ici ktKnnpter Tannée i34 '- Tous les pou-
voirs donnés par Edouard k ses plénipotentiaires pour conclure une
paix€aale, ou dii moins pour prolonger les trêves, sont datés de cette
année: le premier est du lo ayril i34i (Rymer, uhi sup, P. 97.); le se-
cond^u a4 mai ( Ibid. P. loa). On trouve k la même page un sauf-con-
duit, en date du ao mai, accordé par Edouard a Charles de Montmo-
rency et k Matlûeu son frère, qui alloient en Angleterre sans doute
pour traiter directement avec lui On voit «ncore (MfW. P. io4«)une
lettre de ce prince adressée aux Flamands, en date du 18 juin, par la-
quelle on apprend que la trêve qui devoît expirer le lendemain de la
f âte de St. Jear-Baptiste fut prorogée jusqu^au i.<^ août, jour de la fête
de St. Pierre aux liens. On trouve ensuite un troisième pouvoir pour
traiter avec la France, daté du 14 juiUet [IbicL P. 106.J ; puis une lettre,
en date du 3 septembre, par laquelle Edouard annonce aux habitans
de Bajonne que la trêve est prolongée jusqu^k la Pentecôte de Tannée
1343 (i^iW.P. iii.)> enfin un ordre adressé au^ comte de Kent, daté
du 27 du même mois, par lequel il lui enjointde faire publier dans re-
tendue de son comté que la trêve entre la France et PAngleterre doit
durer jusqu^au jour de St. Jean-Baptiste i34a. {IbitJ. P. i la) J. D.
(a ] Froissart avance mal-k-propos d^un an la légation des deux car- dinaux; elle est placée avec raison sous Tannée 1343 dans les Ckron, de Fr. Cfaap. 119. Chr^n, de Flandre, P.iS'], etc., puisque Clément VI, par qui ils étoient envoyés, ne fut élu pape que le 7 mai de cette année, douze jours après la mort de Benoit XII. Il se trompe aussi sur le nom d^un des deux légats: des historiens, plus dignes de foi k cet ^ard, nomment, k la vérité, comme lui, Annibal Ceccano archevêque de Naples; mais selon eux, au lieu d^Etienne Aubert, cardinal évêque de Clermont, le pape joignit k Ceccano, Pierre des Prex, archevêque d'Aix, cardinal évêque de Preueste. (^il« Pap. j^t*en, T. i. Col. a68, a83, etc.) J. D.
(î54r) DE JEAN FROISSART. 4o5
s'avalèrent (descendirent) devers Artois et jusques en la cité d'Arras.
A ce parlement^ de par le roi de France, furent le comte d'Alençon , le duc de Bourbon , le comte de Flandre, le comte de Blois, et des prélats, Faiçche- vêque de Sens., l'évêque de Beauvais, Pévêque d'Auxerre. De par le roi d^ Angleterre, Tévêque de Lincoln , l'évêque de Durham , lecomte de Warwick , qui étoif moult sage homme, messire Robert d'Ar- tois, messire Jean de Hainaut et messire Henry de Flandre Auquel parlement eut plusieurs traités et langages mis ayante et parlementèrent pins de quinze jours : mais rien n'y fut accordé ni affiné, car les Anglois demandoient, et les François ne vou- loient rien donner, fors tant seulement rendre la comté de Ponthieu, qui fut donnée à la reine Isa- belle en mariage avec le roi d'Angleterre. Cette chose ne vouloient accorder les An^ois ni accepter. Si se départirent ces seigneurs de ce parlement , sans rien faire, fors tant que la trêve fut ralongée de deux ans. Ce fut tout ce que les cardinaux y purent impétrer (obtenir). Après ce, chacun s'enralla isnel- lement (promptement ) en son Ueu i et revinrent adonc les deux cardinaux parmi Hainaut, à la prière du comte, qui grandement les fêta en la ville de Valenciennes ^'\
Or nous déporterons-nous de parler de la ma- tière des deux rois tant que les trêves dureront, qui furent assez bien tenues, exceptéesles marches loiu-
(i) Les imprimes omettent la fin de ce chapitre. '. D.
4o6 LES CHRON. DE J. FROISSART. (ï'î^*^)
taines^'^i et entrerons en la grand'matière et histoire de Bretagne, qui grandement renlumine ce livre pour les beaux faits d'armes et grands aventures qui y sont ramenteues (rappelées),* si comme vous pourrez en suivant ouïr. Et pour ce que vous sa- chiez véritablement le commencement et la racine de cette guerre et dontellesemeut, je levons dirai et déclarerai de point en point. Si en direz votre entente (intention), et quelle cause et droit messire Charles de Blois eut au gi'and héritage de Bretagne et d'autre part le comte de Montfbrt qui en fit fait et partie contre lui, dont tant de rencontres, de batailles et d'autres grands faits d'armes sont avenus en la dite duché de Bretagne et es marches voisines^
f b) I^ns beaucoup de- manuscrits de Froissait, le premier livre esC diyisé en quatre parties, et c^est ici qu?ils terminent tous la première partie. Il seroit possible que Froissart n^eut en effet présenté que cette- partie à la reine PhiKppe de Hauiaut; car celle qui suit contient des détails sur la passion malheureuse d^Édouard pour la comtesse de. Salisbury, détails que Froissart n^auroit sans doute pas cru con^jena-- bJe de présenter k la. reine épouse d'Edouard. J..A..B^
APPENDICE.
J^ài cm devoir domier ioi en entier un petit poëme historique intitulé
Le VŒU du héron et. publié par M. Sainte Palaye d'après le manuscrit
323 de la bibliothèque de Berne. Le texte tel qu'il est donné par Sainte-
Palaye est bien loin sans doute d'être correct, mais il m'a été impossi-
ble jusqu'à ce moment de me-protturer rOriginal-Zet/œi^ du héron con-
tient de» détaiJs fort intéressants sur quelques-uns des personnages
qui ont figuré dans la lutte entre la France et l'Angleterre..
LE VŒU DU HÉRON.
Ens el mois de Setembre, qu^estés va à declki,.
Que cil oisillon gay ont perdu lou latin,
Et.si sekent les vignes, et meurent li rosin^
Et despoillent li arbre, et cœuvrent li chemin;
L'an M. CGC XXXVIII^ ainsi le vous affi,
Fu Edouarsà Londres, en son Palais marbria^
Avecques lui seoient Duc, Conte, et Palasin,
EtDames,etPucheles, et maint autre mecbin,
Édouart, Loeys l'apelent si voisin y
Li Rois seoit à table,. sans penser mal engin f
En pensées d'amours, tenant le chef enclin^
4off APPENDICE.
Du gentil Roi de Franche s'apeloit il cousinr
Et le tint en chiertée, com son loiel voisin:
Envers b ne pensoit bataille, ne hustin^
Mais quant fortune tourne, ensi com )e devin ^
Tost moevcnt ces paroles dont il aist grant venin r
Ensi en avint-il, en che propre termin,
Par un gentil vassal, qui étoît de grant lin:
Robers dTArtoîs ot non, ce dient Palasinr
Chie comencha la guerre^ et Forible kustin.
Dont meint bon Chevalier fu jeté mort souvin ,
Mainte Dame en fu vesve, et main povre orfelin^
Et maint bon maronier acourchiet son termin,
Et mainte preude femme mise à divers destin ,
Et tante bdle Eglise fu arse> et mise à fin ^
Et encore sera , se Jhesus n'i met fin.
Signour, à ichel temps de coy je vous devis,
Quant li aîrs se refiroide, apprès le douch tamps prin^
Et nature esvoisie dekiet de ses delis^
Et chil bos se defibeillent, et prés son defflouris;
Fu Eldouars à Londres^ avec lui ses marchis^
Moût y ot asanlé de gens de scm pays.
La fu Robers d'Artois^un bons de moult grand prisr
Bannis estoit de Franche, le nobile pays,
Escachiés de la tei're Roi Philippe, o le cler vis;
Et n'osoit demourerde cha mer, ou païs,
N^en Flandres,n'enNamur,n'enAuvergne autressi.
Et li falirent tout, et parens, et amis,
Pour Famour du bon Roy qui tenoit saint Denis,.
Fors le Roi d'Ei^leterre, dont bien fu recoeillis;
Chieux le prinst à tenser contre ses anemis:
Moult le tint en chierté, qu^il estoit ses amis^
LE VOEU DU HÉRON. /fog»
Extrait de son Egnage, de per les fleurs de lis:
Che jotu',estoità Londres, Quens Roberslimarchis^
Et d'aler en gibier envie l'ot sousprins.
Pour ce qu'il li souvint du très gentil païs.
De France l'alosée, dont il estoit ravis,
Clie jour, ala voler par'camps^etpar larris.
Un petit faucon porte, qui de lui fu nourrisr
Un faucon muskadiu, Fapellent ou païs.
Tant vola par rivière qu'il a un heix)n prins:
Si tôt corn il le prinst, si li rougi li vis.
Et dist qu'il le donra Edouart Loeys,
S'en fera faire veus à chiaux de son païs:
A Londres s'en repaire, avec lui ses soubgis.
En la quisine entra, là fu li hairons mis.
Et la fil il moult bien, et plumés et farsis.
Et si fu quis en rost, ensi com si devis.
Entre deux plats d'argent fu li hairons affis;
Deux maistres de viele a Quens Robers saisis,
Avoec un Quistrweus, acordant par devis;
Deux pucbelles apele, filles de deux Marchis;
Le hairon aporterent ens ou palais vautis:
Les deux pucbelles cantent aussi com par devis.
Et cbil Robers s'escrie hautement, a haut cris:
« Voidiés les rjens, voidiés, mauvaise gens salis,
« Laissiés passer les preus cui amours ont sousprinsr
« Vechi viande as preux , â chiaux qui sont soubgis
« As Dames amoureuses, qui tant ont cler le vis.
« Seigneur, j'ai un hairon que mes faucons a prins,
« Et chi ne doit mangier nuls coiiars, ce m'est vis^
« Fors li preu amoureus, qui d'amours sont garnis;
« Le plus coûart oysel ay prinst, ce m'est avis.
4 I O APPENDICE.
« Qui soit de tous les autres, de che soit chescuns fis ,»
« Car li haïrons est tels, de nature, tondis,
« Si tost qu'il voit son umbre, il est tous estordis :
« Tant fort s'escrie, et brait, coms'il fut à mort mis
« A li doivent vouer les gens de cest païs,
« Et puis que coûers est, je dis à mon avis,
« C'auplus coûart qui soit, ne qui oncques fust vis,.
« Donrrai le hairon ; ch'est Edouart Loeis :
« Desbiretés de Franche le nobile païs ,
« Qu'il en estoit droits hoirs; mes cuers il est falis,,
c( Et, por sa lasquethé en morra dessaisis :
« S'en dois bien au hairon voer le sien avis. »
Et quant li Roys l'entent, tous li rousi li vis.
D'ire, et de mal talent, li estli coers frémis^
Et dist: «c Puisque coûars est par devant moi mis^
« Drois est que mieux en vaille, j'en dirai mon avis,.
« Et s'en verrai le fait, se longuement je vis,
« Ou je moray en painne de mon veu acomplir, •
« Car je veu et prometh à Dieu de Paradis,
« Et à sa douche mère, de qui il fu nourris,
K Que, ains que chix ans soit passés, ne acomplis,.
ic Que je deffierai le Roy de Saint Denys,
<c Et passerai la mer, avec moi mes subgis;
c( Et droit parmi Heinau, passerai Cambresis,.
« Et dedans Vermendois logerai, par devis,
« Et se ert li fus boutés jSar trestout le païs,.
« Et la atenderay mes morteus anemis,
tf Ch'est Philype de Valois qui porte fleur de lis,.
« Un mois trestout entier, tant qu'il soit acomplis:
« Et s'il vient contre moi, avec lui ses subgis,.
« A lui me combatraij de chés soit il tous fis.
LE VOEU DU HÉRON. 4tï
m Se seulement n'airoie que un homme contre dix r « Me cuide il dont tolir, me terre, et mon païs : <f Si je lî fis hommage, de coy je suis sousprîns, «r J'estoie jovene d'ans, se ne vaut deux espis. « Je le jur, come Rois, Saint Jorge et Saint Denis^ « Que, puis letamps Ector, Acilles, ne Paris, « Ne le Roi Alexandre, qui conquist maint païsr, « Ne fist tel treu en Franche , Damoisiaux , ne
Marchis , V Que je le pense à faire, ains l'an XL VI, « S'en contre moi ne vient, avec lui ses subgis; « Mes à li je renonche sois en chcrteins, et fii&, c< Car je le guerreray , et en fais, et en dis : « Avecque mon serment, ay je che veu pourprins. »^ Et quant Robert l'entent s'en a jeté un ris. Et dîst, tout en basset: « Or, ai-je m'en avis j « Quant, par ichel hairon,queaujourdevoiayprins,. « Commenchera grant guerre, selonc le mien avis,. « Je dois bien avoir joie, par Dieu de Paradis, « Car à tort du boin Roi fuis sevrés, et partis, « Etbanisfui de Franche, le nobile païs, «( Et desevrés, à doel, de tous mes boins amis; fc Et s'estoit mes serouges, et s'a ma femme {irins, (f Ma fille, et ipes enfans, et en sa prison misj « Mes, par la foi que je doy à filles, et à fix, «f Ains que muire de mort, si plaist à Jhesu-Crist,, « Me logeray en Franche, car jou i ai des amis; f( De l'estracion sui Monseigneur Saint Loys, (c Et la vesrai-je Philipe qui crie Saint Denys If Monjoie, au Roi de Franche, qui est fors poestis « Du tamps qu'i fu Regens de Franche, et recessis.
4 1 2 APPENDICE.
« De soa privé Conseil fu^ de che soies tous fîs^
« Loiaument, en tous tamps,le consilby toudis^
« Dont mauvais guerredon m'en a été meris,
« Mes, par iclieliDieu qui en la crois fu mis,
« Et férus de la lanclie du Chevalier Longis,
« Je m'en irai en Franche, n'en suis mie eshahis^
« Et si me combatrai,^ains que soie partis :
« Or, aviegne qu'aviegne, si Fai ensi emprins.
« Si je yis longuement mes veux est acomplis. »
Quant chil Robert d'Artois, ot voé son talent,
Les deux plas a reprins, qui tout furent^ d'argent^
Et le hairon dedens, dont au Roy fist présent^
Et li dois Ménestrel vicient douchement,
Avoec le Guistreneu s'acordent ingaument.
Et les deux Pucheles contoient douchement :
« Je vois à la vredure, car amours le m'aprent. »
La peusiés veoir moult esvoisiement
De gieu, et de solas grant esbaudissement
Qui puis se di tourna a grant encombrement^
Et encore fera, se Dieux pitén'en prent
Et chil Robert d'Artois n'i fist arestement;
La table tressali tost, et apertement :
Au Conte Salebrin ala premièrement ,
Qui sist dalès sa mie, ou grant amours apent.
Qui fu gente et œurtoise, de biau contenement^
Fille au Conte d'Ërbi, qui l'amoit loiaument:
Et Robers li a dist moult gracieusement :
« Biauxsire^ vousquiestesplains degranthardement,
« El nom de Jhesu-Crist, à qui li mondes apent,
« Voués a no hairou le droit dévouement,
« Sans faire nul délay, je vous prie humblement. »
LE VOEU DU HÉRON. 4iS
Et cliieux li repondis: « Et pour coy ? Ne comment? i< Porroie aventurer men cors si hautement? « Que peusse akiever nul yeu parfaitement tt Car je sers la puchelle qui soit au fermament, « Selonc che que j'ay, et amours le m'<aprent, « Se le Virge Marie estoit cki en présent, ff Ostéla Deitéde Utant seulement, ti Je ne saroie faire des deux deseinrement^ « D'amours li ay requis, mais elle se défient; Hx Mais gracieux espoirs me donne entendement, « Qu'encore aray merchi, se je vis longuement : f( Si pri a lapucelle, de ceur dévotement, « Qu'elle me preste un doit de sa main seulement , ^ Et methe sur mon œil destre parfaitement. » — « Par foy, dist la Pucelle, moult feroit laskement « Dame qui son amant rekiert parfaitement <c La forche de son cors avoir entièrement, <c Se d'un doit a toukier faisoit refusement; ^ Et l'en presteray deux, ainsi l'ai en couvent » Les deux dois, sur l'œil destre, li mist isnelement Et se li a clos l'œil, et fremé fermement Et chix a demandé moult gracieusement: « Bêle, est-il bien clos? » — cf Oyl, certainement. • Adonc dist, de le bouche, du cuer le pensement: « Et je veu, et prometh à Dieu omnipotent, « Et à sa douche mère, que de beauté resplent, « Qu'il n'est jamais ouvers, pourore, ne pour vent, « Pourmal, nepourmartire,nepour encombrement? « Si seray dedans Franche, ou il a bonne gent, « Et si arai le fu bouté entièrement, « Et serai combatus à grand efibrchement.
3fï4 APPENDICE.
1 ^ Contre les gens Philype , qui tant a harderaen t j
« Si ne sui en bataille prins, par boin ensient, « Ederai a acomplir son talent: « Or aviegne qu'aviegne, car il n'est autrement. » A donc osta son doit la Puchelle au cors gent. Et li iex clos demeure, si ques virent le gent, Et quant Robert Pentent, moult de joie Penprent Quant U Quens5alebrinot voué son avis, Et dempura Pœil clos en la guerre toudis. Li ber5 Robers d'Artois ne s'est mie alentis^, La Pucbelle apela fille au Conte d'Erbi : «f Damoiselle, dit-il, ou non de Jhesu-Crist, « Car voés au bairon le droit de chest païs. » — « Sire, dist la Puchelle, tout à vostre devis, « Car je veu, et prometh à Dieu de Paradis, « Que je n'arai mari pour bomme qui soit vis, <c Pour Duc, Conte,nePrincbedomaine,neMarchi§, « Devant que chieux Vassal aura tous acomplis « Le veu que, pour m'amour , a si haut entreprins; ft Et quant il revenra, s'il en escape vis, « Le mien cors li otroie, de bon coer à tondis. » Quant li Vassaux l'entent, li coers li est sousprins. Si en fu en son cuer plus liés, et plus hardis. Quant la gentix Pucelle ot faite sa pensée, De sen ami servir, car ensi li agrée, Li Quens Robers d^ Artois n'i a fait demourée^ Les plats d'argent r eprent , li porteres li agrée ; Car serment se penoit en coer, et en pensée De dire tel parole dont Franche fut grevée; Pour che qu^il ot perdu la nobile contrée , Le païs agensi, dont fort li desagrée,
LE VOEU DU HÉRON. ^iS
A Wautier de Mauny a dire sa pensée ^
■« Sire, ce dist Robert, s'il vous plaist et agrée,
<c Voués à no hâiron vo plaisanche honnorée. »
Et Wautiers respondi: « M^i a mestier chelée ,
« Ne say faire voauche qui puist estre akievéej
« Mais pour chou que cti voi une gent honorée,
« Me vauraiesprouver que mes honneurs soit gardée;
« Car je veu, et prometh à la Vierge honorée,
« Qui porta cheli Dieu qui fist chil et rousée ,
<c Qu'en une bonne Ville, qui est de tours fremée,
« Et de palus enclose, de tours avironnée,
« Godemars du Fay l'a longuement gardée j
« Mais, par le serem^nt dont j'ai fait le vouée,
« Gi bouterai le fu ens une matinée,
« Et sera de par moi celle Ville gastée,
(c Et ochise la gent gisant geule l3ée,
« Et si m'en partirai, en ichelle journée,
'(( Tous sains , et tous haitiés que ma char n'est
navrée, « Ne ma gent, qu'avec moy est par dedans entrée : <c Orme doinst Dieux pooir d'acomphrma pensée!» Et quant Robert l'entent, moult forment li agrée. Et dist: « Fors est la cose, s'ensi estoit passée; « Mais preudons en morra, ains ke soit akiev^e. » Quant VVautiers de Magny or le sien veu voué, Robers cheU d'Artois, dont j^ai devant parlé, A reprins les deux plas , si les a relevés , Et les trois Menestreus onrt leurs cordes tiré, Et les deux Pucelles ont en haut escrié ; ce Loyaux amours nous mainent , qui nous ont encanté. »
4i6 APPENDICE,
Le preu Conte d'Erby a li Quens apelé,
Et li proie pour Dieu, et pour la Trinité,
Que il veue au hairon son voloir, et son gré :
Et li Quens respondi, par grant humilité :
« Robert, je le ferai à votre volenté ;
« Et je veue, etprometh, et si iert akievé,
« Que, se li Rois Engles nous a de-là mené^
« En la terre de Franche, dont on a tant parlé,
« Queencontre unfortCpnte,|queona tant redouté,
« Ch'est Loejrs de Flandres, ainsi l'ont apellé
« Le mainie Philype de Valois le menbré
« Qui se fait Roi de Franche, m«s c'est contre le gi'é
« Le bon Roi Edouart, qui tant a de fierté:
« Si m'ait sains Thomas, j'ai en mon ceur voiié,
« Tant cherqueraj le Conte, que je Parai trouvé :
« Demanderay lui jauste, s'il aie cuer osé,
« Et s'il ne vient à mi, par très grant poesté,
« Par le foy que je doy Edouart le m.enbré,
« Que si très près de lui aray le fu bouté,
« Que bien sera par lui veu, et esgardé.
« Or aviegne qu'aviegne, je l'ai ensi voué. »
Et quant Robert l'entent, forment il vint à gré,
Et disl: « Si faite guerre me seroit amisté;
« Encore venta li termes, se Dieux Fa destiné,
« Que mi enfans seront de prison délivré,
« Et si porai bien nuire chiaux qui tant m'ont grevé.»
Quant chiex Robert d'Artois ot dit chou qu'il pensa.
Les deux plas a reprins,'et si les releva j
Au Comte de Souffort s'en vint, et dit li a :
« Biaux sires, vous qui estes des Engles per-dclà,
« Voés à no hairon , et Diex vous aidera. »
LE VOEU DU HÉRON. 4 1 7
Et U Quens respondi: « Ne vous en faurai jà, « Car je veu et prometh, et mes cors le tenra , « Que, si li Rois Engles nous amené de là, « En la terre d^e Franche, ou maint Chevalier a, «Que chertés le mien cors a toujours cachera « Le fils d'un Empereur, ou moult de bonté a, « Ch'est le Roi de Behaigne, ne sais'il i verra, te Mes se mon cors Tencontre, par Dieu ja n'i faura « Qu'il n'ait bataille à mij mon cors désiré Fa, « Ou de glaive, ou d'espée, si qu'il le sentira; « Si que il proprement à terre versera, «c Et s'arai son keval, ne sais s'il me donra. « Or aviegne qu'aviegne, tout ainsi en sera. » Quant Jehans l'entendit, chil qui Biaumont garda, Par grant ire de cuer , moult fort en souspira; Et sachiés de certain que forment l'en pesa. Et dist : « Outrageux veus vostre coer voué a; « Car jou qui suis parens au bon Roy qui tant a « Conkis en grant noblesse, et encore fera, « S'il me het, et je l'aime, et il est par-delà, « Ne li faurai je mie, quent li besoins sera, « Que par icel Seigneur qui le monde estora, « Qui nasqui de la Virge, quent l'estole leva , « Je vous renderai prins, ne vous en faurai jà : « Li fors Roys de Behaigne en prison vous tenra « Qui qu'en poîst, ne qui non, autrement n'en ira.» Dist li Quens de Souffort: « Or soit sans courouchier , « Amours, et hardemens, et li grant desirier « Que nous avons de Franche la terre calengier « Nous en fait le grand fais enprendre, et enkerkier. ff Chil amant par amours se doivent efibrchier,
27
4i8 APPENDICE.
« Car qui par amours aimme, il se doit avatichier ;
« En parole, ou en fait, on se doit efforchier ,
« Chescuns le fera bien, s'il vient à Paprochier;
« Mais li plus fort sera du retourner arrier. »
Li Quens Robert d'Artois ne s'i vault atergier ,
Il fait les Mencstreux de viele efforchier,
Et ces Dames danser, pour le proie essauchier.
Les deux plas a reprins et le hairon arier.
Jehan de Faukempnt enprent à arrainnier^'
Li bers Robers d'Artois, n'i vaut plus aresl^r^
Jean de Faukemont enprent à apeler :
« Et vous, sire, qu'en guerre vous faites si douter,
« Or voués au hairon le droit d'aventurer. )»
Et chil a r^^ndu : « Je ne dois m'en mesler
« De veu de promesse; car je n'ai que donner;
« Car je suis povres hons, si ne m'en voel mesler;
(( MaiSypourPamcur devons , et meshonneurs garder,
« Je veu, et ji prometh, et le voel affier,
« Que, se li Rois Englois passoit delà la mer.
<c Et parmi Gambresis yoloit en Franche entrer,
« Que j'iroie le fer par devant li bouter ,
« Et si n'espargneroie, ne moustior, ne autel,
c< Femme grosse, n'enfant que je peusse trouver,
c< Ne parent, ne amis, tant me peust41 amer,
« Pour tant que il vausist Roy Edouart grever;
« Por son veu acomplir, voiTay mon c«s pencr.
« Or aviegne qu'aviegne, ji voel aventurer. »
Et dist li uns à l'autre : r Tes hons fait à amer
« Qui l'onneur son Seigneur voeit croistre, et amon-
ter. » Li Quens Robers d'Artois ne va plus atargant,
LE VOEU DU HÉRON. 4^9
Les plas d^argent reprent^ qui sont fort et pesant>
£t les deux Pucelles s^aloient escriant :
«c Lojaus amours nous mainent, cjui nous vont en**
canter. » Robers a apellé un Chevalier vaillant, Che fu Jehan de Biaumont,ui| Pri^che conquerans, Oncles au gentil G)nte de Henau le poissant : Lors li a dit Robert moult gracieusement : « Voués au hairon, sire, je vous en vois priant » Dist Jehan de Biaumont : « Sire, a votre talent; « Mes de tant de paroles me yoii^ moult merye^lant, « Vantise pe v^ut nieqt qui tfa acjiiévement : « Quant nous sommes en taverfies, de che^ for^ vins
boeyant, ff Et ches Dames de lés qui nous vont regardant, « A ches gorgues polies, ches çolieres tirant, « Chil œil vair, resplendissant ^e beauté, souciant, K Nature nous semont d'avoir ceur désirant, (( De contendre,à le fin de merchi étendant ^ «( Adonc conquérons nous Yaumont et Aguilant, « Et li autre conquirent Olivier et Rolant; « IVIais quand âommes as capips, ;sor nos destriers
cour ans, « Nos escus à nos cols, et nos laujches baissans, c< Et le frodure grande nous va tous engelans, « Li membre nous efiendent, et derrière, pt devant, « Et nous ennemis sont envers j^ous approchant, ff Adonc y^uriémes estre e^ un (chelier si gr^nt, te Que jamais ne faissons veu, pe tant ne quant : fc De si ^ite vantise ne 4onricâ^ pn ))esant « Je me dis pas j^oor c^B$^ ^e n^e voise escu^ant,
«7*
420 APPENDICE.
« Car je veu et prometh, au vrai cors saint Amant, « Que se li Rois Englés voloit faire aïtant, * « Qu'il entrât en Hainau , et passât en Brenbant, « Et parmi Cambresis, allât en Franche entrant, <c Son Marisal seroie de son ost conduissant, « Pour guerroier en Franche le riche Roi poissant, « Que je ne li faurai, pour nul homme vivant, c( Et en tous ses besoingnes serai tondis devant, « Pour tant perderai ma terre, et quanques j'ai vail- lant; « Me si li Roi de Franche voloit faire aïtant, « Que, de sa volonté, il me fust rapellant ' « En Franche, dont bannis sui, pour mon ensiant, « D'Edouartpartiroie, par Dieu le Tout-puissant, « Isi honestement que nus, petit ne grant, « Ne me poroit monstrer que fuisse mefikisant, « Ne, par traïson nulle, je li fuisse grevant: « Et, se chë ne veut faire, j'ai Dieu en convenant, « Qu'au boîn Roy Edouart serai tondis aidant, « Et parmis cette guerre serai la gent menant. » Et quant li Rois Fentent, se Pen va merchiant Quant Jehan de Beaumont ot dit ce qu'il pensa, Robert, celi d'Artois, gaires ne demoura; Les deux plas a reprins, et si les releva. Et les trois Ménestrels il mie n'oublia : Les deux Pucelles cantent, chescuns une emmena. Per devant la Roïne, Robert s'agenouilla, Et dist que le hairon par teras départira. Mes que chou ait voué que le cuer li dira. « Vassal, dist la Roïne, or ne me parlés jaj « Dame ne peut vouer, puis qu'elle Seigneur a.
>.fM.Z»»i,
LE VOEU DU HÉRON. 4a i
fc Car s'efle véue riens, son maripooir a,.
« Que bien puet rapeller chou qu'elle vouera;,
<c Et honnis soit li corps que ^asi pensera,
ce Devant que mes chiers sires commandé le m'^ara »
« Et dist le Roy: « Voués ,^ mes cors Faquittera.
te Mes que finer eji puisse, mes cors s'en pencra;
« Voués hardiement, et Dieux vous aidera. »
<c Adonc, dist la Roine, je-sai bien, que piecha,
« Que sui grosse d'enfant, que mon corps senti l'a ,
« Encore n'a il gaires, qu'en mon corps se tourna,
« Et je voue, et prometh a Dieu, qui me créa,
« Qui nasqui de la Vierge, que ses corps n'enpira ,
«( Et qui morut en crois, on le crucifia,
« Que jà li firuis de moi, de Biom corps n'istera^
« Si m'^en ares menée ou Païs par de-là,
« Pour avanchier le veu que vo corps voué a;
« Et s'il en voelh isir, quant besoins n'en sera,
f( D'un grand coutel d'achier li miens corps s'ochira;
« Serai m'asme perdue, et li fruis périra. »
Et quant li Rois Tentent, moult forment Veu pensa,
Et dist: « Certainement nuls plus ne vouera. »
Lihairons fu partis, la Roïne en mcngna.
Adonc, quant che fu fait, li Rois s'apareiUa,
Et fit garnir les nés, la Roïne ï entra.
Et maint franc Chevalier avecques lui mena.
De iUbec en Anvers, li Rois ne s'arrêta.
Quant outre sont venu, la Dame délivra;
D^un biau fils gracieux la Dame s'acouka ,
Lyon d^Anvers ot non , quant on le baptisa.
Ensi le franque Dame le sien veu aquitta;
Ainsque soient tout fait, main preudomme en morra.
4«« APP. LE VCteO DU HÉRON.
Et maint bon Chevallier dolent s'en clamera , Et mainte preude femme pour lasse s'en tenra. Adonc parti li cours des Ea^ès par de4à.
Chifinent leus veus du Hairon,
FIN PtJ PREMIEli VOLUMS.
TABLE
SES
CHAPITRES CONTENUS DANS CE VOLCME.
J; RÉFACE de J. A. Bucaoïi. Page j
LIVRE PREMIER.
PROLOGUE. Ci commencent les Chroniques que fit maître Jean Froissart, quiparlent des nouvelles guerres de France et d^Âu- gleterre, de Bretagne, d^Écosse et d^Esj^agne, lesquelles sont divisées en quatre parties i
CHAPITRE L Ci s^ensuivent les noms des plus preux de cette histoire 5
CHAP. II. Ci commence k parler du roi Edouard d^Angleterre et de Topinion des Anglois 8
CHAP. lU. Comment le père au roi Edouard fut marié k la fiOe dubeauroi Philippe de France 1 1
CHAP. lY. Pour quelle achoison la guerr» mut entre le roi de France et fe roi d'^Angleterre i3
CHAP. V. Comment grand^dissention mut entre les barons d\\n- gleterre et messire Hngh Spenser 1 5
CHAP. VI. Comment plusieurs barons d^ Angleterre fuient dé- colés, et conmient la reine et son fils s^en afiuirent en France. . . i6
CHAP. VU. Comment le roi de France reçut honorablement sa sorar la reine d** Angleterre; et comment elle loi conta la cause de sa venue 20
CHAP. VIII. Comment le noble roi Charles conforta sa sœur^ et comment elle acquit Famitië de plusieurs grands seigneurs de France, qui lui promirent k la remener en Angleterre a'i
CHAP. IX. Comment les barons d^Angleterre mandèrent secrète- ment k la reine qn^'elle s>n retournât elle et son fils en Angle- terre atout miOe hommes d^ armes 24
CHAP. X. Comment messire Hugh Spenser corrompit le roi de France et tout son conseil par dons, afin qu^il ne renvoyait la
reine en Angleterre 36
CHAP. XI. Conoment le roi de France fit dire k sa sœur qu^elle vuidât hors de scru royaume ^7
4^4 TABLE.
CHAP» XIL Commeat la rnne d^ Angleterre se partit de naît se* crètement de Paris, elle et sa route, pour peur quVIe ne fut prise de son frère et renro^ée en Angleterre; et sVa alla en fempire -s^
CHAP» XJXL Comment messire Jean de Hainaut vînt k Btdgni» courtkPencontredela reine d^ Angleterre 3i
CSLAP» XrV.. Comment messire Jean de Hainaut promit k la reine d^ Angleterre qu'il ne lui fimidra jusques k mourir 3 a
CHAP. XVr Comment la reine d* Angleterre se partit deBuigni- court et s^en aiia k Valenciennes où elle fîit honorablement re- çue du comte et de la comtesse de Hainaut. 3^
CHAP» XVU Comment messire Jean de Hainaut fit sa semonce de gens d'armes pour la reine d** Angleterre yemener en son royaume; 36
CHAP.. XVII-Conkment messire Jean de Haiaaut prit congé de ton frère et se mit sur mer pour amener la reine et son fils en Angleterre 3j
CHAP»XVIIL Comment la reine d'Angleterre et messire Jean de Hainaut et leurs gens après graud'tempéte arrivèrent en Angle- terre ^ ^o-
CHAP. XIX. Comment les barons d'Angleterre allièrent k ren- contre de la reine et eurent conseil qu'ils iroient assiéger le roi et les Spensers qui étoient dedans Bristol 4^
CHAP. XX. Comment ceux de Bristol se rendirent k la reine, et comment messire Hngh Spenser le vieux et le comte d'Arun- delfurent amenés devant la reine 44
CHAP. XXI Comment messire HugkSpenser le vieux et le comte d'Afundel furent mis k mort. 4^
CELAP, XXII*. Comment le soi d'Angleterre et messire Hugh le jeuse furent pris et amenés devant la reine 4?
CHAP.. XXIIL Comment le roi fut mené en prison k Berklej et baiOé en garde au seigneur de Berkiey 49
CHAP., XXIY.. Comment messire Hugfa Spenser le jeune eut la tête tranchée et fut mis eu quatre quartiers 5i
CHAP. XXV» Comment la reine d'Angleterre fut honorablement reçue k Londres, et comment les compagnons, messire Jean de Hainaut s'en retournèrent en leur pays. 53
CHAP» XXVL Comment il fut ordonné en plein conseil cpie le roi tfui étoit prisonnier n'étoit point digne de porter couronne. . . . 5S
CHAP. XXVII. Comment le roi Edouard fut couronné, et com- ment il donna k messire Jean de Hainaut quatre cents marcs d'ttsterlios de revenu. • . • Sj
TABLE. 4^5
CllAP. XXVIII. Gomment le roi d'Éoosse défia Je jeuie ffoi Edouard d^ Angleterre 60
CUAP. *XXIX^ Comment le roi Edouard fit sa semonce k tous les nobles ef non nobles d^ Angleterre, et spécialement k messire Jean de Hainaul pour aller contre les Ecossois di
CHAP^ XXX. Comment messire Jean de Hainaut vint à belle compagnie pour secourir le roi Edouard, et quels seigneurs Tinrent avec lui • 64
CHAP. XXXI. Comment grand' di«sention mutentre lesHainuyers et les archers d^ Angleterre dont grand meschef en vint 6&
CHAP. XXXIL Comment les Hainuyer s furent en. grand meschef et peine par Fespace de quatre semaines, pour la crainte des Angloîs » . . 7a
CHAP. XXXni. Comment le roî d^ Angleterre se partit de la cité de Ébruich atout son ost pour aller vers Ecosse, et com- ment les Ecossois entrèrent en Angleterre ']3
CHAP. XXXIV. Conmient les Ecossois se gouvernent et maintien- nent quand ils sont en guerre y^
CHAP. XXXV. Comment les Anglois se mirent en trois batailles pour cuider combattre les Ecossois qui tout ardoient; mais ils ne les pureut aconsuir 7^
CHAP. XXXVI. Comment les Anglois se logèrent, tous armés, en un bois jusques k mie-nuit, moult travaillés de poursuir les Ecossois 81
CHAP. XXXVII. Comment Tes Anglois chevauchèreut tous les jours par montagnes et par déserts, cuidant trouver les Ecos- sois jusques k la rivière de Tyne 83
CHAP. XXXVIIL Comment les Anglois se logèrent sur la rivière de Tyne où ils soufirireut grand^mésaise 85
CHAP. XXXIX. Comment les Anglois soufirîrent grand^famine eux. et leurs chevaux tant qu^ils furent outre la rivière de Tyne . 8S
CHAP. XL. Comment les Anglois repassèrent la rivière de Tyne et comment un écuyer apporta nouveUes au roi où les Ecossois étoient * 9a
CHAP.XLI. Comment le roi d'Angleterre fit ordonner ses batail- les pour aller contre les Ecossois; et comment il fitTéouyer chevalier et lui donna cent livrées de terre 93
CHAP. XLII. Comment les Anglois et les Ecossois fixrcnt vingt deux jours les uns devant les autres sans point combattre fors fpien escarmouchant. . . . . • 95
CHAP. XLIII. Comment messire Guillaume de Douglas se férit entour mie-nuit atout deux cents hommes en Tost des Anglois et en tua bien trois cents. * 99
A!l6 TABLE.
CHAP. XLIV. G>mment les Ecossois s^nfbirent par Dnit, teos le reçu des Asglois, et comment les Anglois s^en retounièren| eo leur pays; et comment messire Jean de Hainaut prit congé du roi et s^en retourna en son pajs loo
CHAP. XLV. Comment les barons et les seigneurs d^ Angleterre envoyèrent I^ats en Hainaut pour parler du mariage de la fiQe du comte et du roi Edouard 107^
CHAP, XLVI. Comlnent madame Philippe de Hainaut fbt mariée au roi d* Angleterre , etcomment elle fiit honorablement reçue k Londres 109
CHAP. XLVII. Comment le bon roi Robert d^Écosse, lui étant au lit de la mort, manda tous ses barons et leur recommanda son fils et son royaume , et eb chargea k monseigneur Jac<pies de Douglas qu^il portât son cœur au saint sëpulchre 112
CHAP. XLVIII. Comment messire Guillaume de Douglas en allaot outre mer lîit tuë en C^pagne mal fortunémenl, et comment le jeune roi d'Ecosse fut marié k la sœur du roi d* Angleterre. ... 116
CHAP. XLIX. Commefit le roi Charles de France mourut sans hoir mile, et comment les douze pairs et les barons élurent k roi monseigneur Philippe de Valois; et comment il déconfit les Fla- mands qui s'étoient rebellés contre leur seigneur i!20
CHAP. L. Comment le roi d* Angleterre , par le faux ennortement de messire Boger de Mortimer fît décoler le comte de Kent son oncle; et comment le dit messire Boger mourut vilainement après ia6
CHAP.LI. Comment le roi de France enyoya légats en Angleterre pour sommer le roi d'Angleterre qu'il lui yenît faire hommage; et quelle chose le dit roi répondit aux dessus dits légats. ..... i3o
CHAP. LU. Comment le roi d'Angleterre vint k Amiens, oâi il fut honorablement reçu du roi de France et lui fit hommage, mais non mie tout entièrement comme il deyoit. i35
CHAP. LUI. Comment le roi de France envoya en Angleterre de son plus spécial conseil pour savoir par les registres d'Angle- terre comment le dit hommage se devoit faire; etcomment le roi d'Angleterre lui envoya unes lettres contenant le dit hommage. . 140
CHAP. LIY. Comment le roi de France prit en haine messire Ro- bert d'Artois, dont il lui convint s'enfuir hors du royaume; et comment il fit mettre sa femme et ses enfants en prison qui ono- ques puis n'en issirent i4^
CHAP. LV. Comment la guerre recommença entre le roi d'Angle- terre et le roi d'Ecosse et sur quel titre; et comment messire Robert d'Artois vint en Angleterre i^o
TABLE, 427
CHAP. LVI. Gommeat tout le conseil bt te commim d^ AjAgleterre conseillèrent le roi Edouard qu^i! allât fioumâttre le roi d^É- cosse, et qu^ils étoient tous désirants d^aller avec lui. ....... i55
GilAP, LVII. Gomment le roi Angiois entra en Éeosee où il ardit et gat&igrand^pftr lie d^Écosse et prit {)iusieBrs ohàieaux- et ?iUes
qu'il retint pour lui i56
CHAP. LVIII. Gomment le roi d^ Angleterre mit le siège devant
Berwick et comment cen& de la citié se j^endirent k lui iSg
CHAP. LIX. Gomment messire -Guillaume de Montagn 'et Aies- •l're Gautier de Mauny se portèrent yaîllamment contre les Ecossoîsy dont ils fuient grandement e* la fr&ce dn rei Edouard. x65 CHAP. LX. Gomment le roi de France alk voir le pape eà Avi- gnon, et comment, à la prédication dn pape, fl prit la cx^îil pour aller outre mer; et aussi fit le roi de Behaigne, le roi de
Navarre et le roi d^Ârragon. 167
CHAP. LXI. Gomment le roi de France fit faire son appareil et
ses pourréanceft pour aller outre mer contre les ennemis de Dieu. 17 1 CHAP. LXU. Gomment le roi dAngleterre envoya ses messages au comte de Hainaut pour avoir son conseil quHl feroit du
droit qu^il se disoit av(nr en Franee. •> 17^
(^AP. LXIII. Quelle chose le comte de Hainaut conseilla auX messages du roi d^ Angleterre; et comment Us s>n retournèrent en Angleterre et dirent au roi ce que le comte leur avoit
conseillé . . i 176
CHAP. LXIV. Gomment les seigneurs d'Angleterre firent alliance avec le duc de GueMres, le Inarqvds de Jufiers, rarchevêque
de Cologne et le sirede Fauquemont iBi
CHAP. LXV. Gomment Jaquemart d'AiteveHe écbut ai en la gr&ce des Flamands que tout quant que il faisoit» nul ne hà
contredisoit fc iB3
CHAP. LXVI. Gomment les seignenre d'Angleterre firent alKance avec les Flaaoands par donner et pat* promeMne, et spéciale- ment avec Jaquemart d'Artevelle 186
CHAP. LXVir. Gomment aucuns chevaliers et écuyèrs Flamands étoient en TUe de Gadsand qui gardeient conVertement le pas- sage contre les Asu^km 190
CHAP. LXVIII. Gomment le duo de Brabant envoya ses messines par devers le roi de Fnoioe pour lui exeuser de T alliance qu'il avoit faite avec les Anj^is; et comment les seigneurs d'Angle- terre s'en retournèrent 19'^
CHAP. LXIX. Comment les Anglois prirent terre snr les Fla- mands qui gardoient le passage de Gadsand et tinrent coml>at. tre main k main , 19^
/
4a8 TABLE.
CHAP. LXXr Gommeot les Anglois déconfirent ceux deGacbancTf et y Ait pris le frère bâtard du comte de Flandre, qui puis ^ rendit Anglois 197
CHAP. LXXI. Commeiit le roi d^AngJeterre vint par deçà la mer, et comment il montra k ses alliés ses grands frais et qu^ils cou- lassent tenir ce que promis lui avoient; et quelle chose ils lui répondirent 19S
CHAP. LXXII. Gomment les seigneurs de Tempire mandèrent au roi d^ Angleterre qn^ils étoient prêts, ainsi que couvent étoit, mais que le duc de Brabant le fut. ao2
CHAP. LXXIII. Gomment les seigneurs de Tempire dirent au roi qu'ails n^ayoient peint de cause de défier le roi de France sans le congé de Tempereur, et qu^il veuille tant i&ce qu^il ait son accord » • !to3
CHAP. LXXIV. Gomment le roi d* Angleterre envoya le marquis de Juliers par devers Tempereur pour avoir son accord; et comment il fit le roi d^Annleterrv son vicaire par toutTempire. ao6
CHAP. LXXV. Gomment le roi Dayid d'Ecosse avec la reine sa femme vinrent k Paris au roi de France; et comment il et tous les barons d'Ecosse lui promirent et jurèrent qu'ils ne feroient point paix aux Anglois sans son sonseil aog
CHAP. LXXVI, Gomment le roi Edouard manda à la reine sa femme qu'elle appassât la mer; et comment le marquis de Juliers et sa compagnie, qui étoient allés devers l'empereur, s'en retournèrent. ai3
CHAP.LXXVII. Gomment le duc de Brabant envoya monsei* gneur Louis de Graneben par devers le roi de France pour lui excuser qu'il ne voulut croire nulle mauvaise information contre lui , ai6
CHAP. LXXVIII. Gomment le roi d'Angleterre fît ses pour» véances en Angleterre pour passer la mer, et manda k ses alliés qu'ils viissentk lui sans délai, sur la foi que promis lui avoient 217
CHAP. LXXIX.. Gomment le roi d'Angleterre et ses alliés envoyè- rent défier le roi de France; et comment messire Gautier de Mauny cnida prendre Idortagne, et comment il prit le châtel de Thun en Gambrésis aao
CHAP. LXXX. Gomment le roide France se pourvut biea^et gran- dement de gens d'armes et envoya grands garnisons au pays de Gambrésis; et comment les Normands prirent Hantonne. . a2i5
CHAP. LXXXI. Gomment le roi d'Angleterre se partit de Mali- gnes et s'en vint k Bruxelles pour parler au duc de Brabant et pour savoir quelle étoit son intention . . « 228
TABLE. • 4^9
CHAP. LXXXn. Comment le roi d^ Angleterre se partit deHaspre et sen yint meltre le siège deyant Gimbray ; et comment le duc de Brabant y vint . a33
OUAP. LXXXIII. Gomment le comte GuiDaumè de Hainaut virt à Gambray durant le siège et y liyra on dur assaut contre ceux de la yille a37
CHAP. LXXXI V. Gomment le roi d'Angleterre défit son siège de Gambray «t s'^en vînt vers le mont Saint-Martin pour entrer au royaume de France ' a38
CHAP. LXXXV. Comment le comte de Haiaant prit congé du roi d'Angleterre aussitôt qu'il entra au royaume de France; et comment le roi de France envoya son con&ètable k Saint- Quentin pour garderja viUe et la frontière . ^o
CHAP. LXXXYI. Gomment messire Jean de Hainaut et pin- sieurs autres grands seigneurs cuidèrent prendre Honne- comt; et comment l'abbé et ceux de la ville -s'y portèrent très vaillanmient a^a
CHAP. LXXXVII. Gomment messire Jean de Hainaut et ses compagnons se retrairent en leurs logis; et comment le roi d'Angleterre ardit et exilla le pays de Thièrasche ^45
CHAP. LXXXVIII. Gomment la ville de Guise fut toute arse; et comment ceux de Nouyion furent déconfits et tout leur avoir perdu a^Q
CHAP. LXXXIX. Gomment le roi de France fit ses gens loger à Buironfosse pour là attendre le roi d'Angleterre; et comment le comte de Hainaut s'en vint le servir aSi
CHAP. XG. Gomment la journée fut prise et assignée entre ies deux rois pour eux combattre. aSa
GELAP. XGL Comment le sire de Fagnoelles et le sire de Tupigny Haiuuyers costioient l'ost des Auglois; et comment le sire de FagcoeDes fut pris a54
CHAP. XCU. Conmient le roi d'Angleterre se traist sur les champs et ordonna ses batailles bien et faiticement; et quels seigneurs il avoit en sa compagnie. a56
GHAP. XCHI. Comment le roi d'Angleterre confortoit doucement ses gens; et comment le roi de France ordonna ses batailles, et comment la journée se passa sans bataille a59
CELAP. XGIV. Gomment le roi de France donna congé k ses gens d'armes, et comment il envoya gens d'armes à Tournay en garnison et es villes marchissants k l'empire a63
CHAP. XCV. Gomment le roi d'Angleterre tint un grand par- lement k Bruxelles; et de la requête qu'il y fit aux Flamands. a65
43o TABLE.
CHAP* XGVI. GoimoentleiDi d^ Angleterre enchargca lo» arm«s
et Je nom de rot de France par Tennortement des Flamands, t&j CHAP. XCVII. G>mment le roi Edouard sVn retourna en Angle- terre e| laissa pour garder Flandre le comte de Salisburj et
le comte de SufiK))L 369
CHAP. XCVm. Comment messire Hugues Quieret et ses com- pagnons couiiiirent grand avoir ea Angleterre et la grand^nef qui s^appeloit Christophe ) et comment le roi commanda courir
et ardoir la terre de messire Jean de Hainaut. 371
CHAP. XCIX. Comment ceux de Cambray et ceux deTfaun d^É. veque se combattirent durement, et furent ceipi de Tbun TÉ-
fécpie déconfits, et leur capitaine natré à mort 375
CHAP. C. Comment le }roi de France donna coiïgë k ceux de
Cambray de faire guerre au comte de Hainaut et comment ils
prirent la yille de Haspre et Tardirent toute et pillèrent ..... 377
CHAP. CI. Comment le comte de Hainaut assembln son parler
ment en la ville de M ons et comment il envoya d^er le roi de
France a8 1
CHAP. CIL Comment le comte de Hainaut s^en vint atout son ost devant Aubenton où il eut moult dur assaut, et comment
les Hainuyers gagnèrent les^ barrières 384
CHAP. cm. Comment la ville d^ Aubenton fut prise et ceii^se par force et toute pillée et robée et arse, et tous ceux <pii de*
dans ëtoient morts et pris. ^87
CHAP. Cl V. Comment le comte dé Hainaut do^^ congé k ses
gens, et comment il monta syr mer pour aller en Angleterre. . ago CHAP. CV. Comment messire Jean de Hainaut ipit bonnes garni- sons de gens d^armes par toutes les forteresses de Hainant mar-
c^is^ants an royaume de France aga
CHAP. CVI. Comment le roi Philippe commanda au duc de Normandie eea fils qu^il allât détruire le pays de Hainaut, et
envoya le comte de UÊU en Gascogne sou lieutenant agS
CHAP. CVil. Comment ceux de Toumay, de iMh et de Oouay coururent jusques devant Courtray 00 iU priri^t grand^proie de bétes et tuèvent plusieurs bommes. . * *.. t ........ . agjS
CRJ^. CVill. Comment les comtes de Salisbmry ftt de Suffblk qui aljoient an seeours des Flamands ânseait {sri« àd iG^i»x de Mie et
envoyés auroi de France agB
CHAP* CiX. Commet le due de Ifoianandie Gt tris gr«Ad^fs- semblée de gens di^armes poar aller détruire lomt ifl pays de
Heîn^ut . . , ; Soa
CHAF. ex. Comment le sésoé^h^ de HainAnt fit loyae ^lpef^fi escarmouche en Tostdu duc de Normandie; et comment les coureurs du duc ardirent plusieurs villes en Hainaut 3o4
TABLE. 43 1
CHAP. CXI. Commeiit le sire de Faucpemont atout cent lances se bouta en Tost des François et en tua et prît plusieurs k pri- sonniers; et comment quatre cents lances de François ardirent
plusieurs villes et prirent la ville de Trith. S08
CHAP. CXII. Gomment le duc de Normandie se partit de Cas- tres et ardit plusieurs villes entre Cambray et Yalenciennes
et prit le château dElscandeuvre 3i4
CHAP. CXIII. Comment ceux de Douay et ceux de Lille issirent
de leurs forteresses et ardirent tout le plat pays d^Ostrevant. . . 3i6 CHAP. CXIV. Comment François et Hainuyers s^entrecouroient sus les uns aux autres, et comment le pays de Hainaut ëtoit en
grand^tribulation 3ao
CHAP. CXV. Comment le duc de Normandie assiégea le chàtel de ThunTÉvécpe, et comment ceux de dedans eurent trêves de quinze jours k lui rendre le châtelou h. lui combattre. ...:.. 3a i CHAP. CXVI. Comment le co mte de Hainaut fit son mandement
h. tous ses alliés pour aller secourir ceux de Thun TÉvâque. . . 3^4 CHAP. CXVII. Comment le roi Philippe envoya douze cents lances en Tost de son fils et assez t6t après y vint lui-mâme
comme soudoyer 3a6
CHAP. CXVin. Comment Jaquemart d'ArtevelIe vint au secours du comte de Hainaut k plus de soixante mille Flamands; et comment le dit comte envoya ses hérauts demander bataille au
duc de Normandie 3^8
CHAP. CXIX. Comment le comte de Hainaut envoya de rechef messire Jean de Hainaut au dit duc pour lui requérir bataille,
et quelle réponse il eut ^ 33i
CHAP. CXX. Comment le roi d^ Angleterre monta sur mer pour
venir en Flandre; et comment il trouva les Normands qui lui
gardoient le passage, et comment il ordonna ses batailles. 333
CHAP. CXXI. Comment le roi d^ Angleterre et les Normands et
autres se combattirent durement; et comment Christophe le
grand vaisseau fut reconquis des Angloi^ 336
CHAP. CXXn. Comment les Anglois déconfirent les Normands
qu^oncques n*en échappa pied que tous ne fassent mis k mort. 338 CHAP. ÔiCXin. Comment le comte de Hainaut, quand il sut la venue du roi d'Angleterre, te partit de devant liiun PÉvIque' et s^en alla k Valenciennes; et comment Jaquemvt d^Artevetle prêcha et montra devant tous les seignemrs le droit que b roi
Anglois avoit en France 340
CHAP. CXXIY. Comment le roi Philippe, quand il sut la venue du roi Anglois, se partit de Thun PÉvéque et envoya bonnes gens d^ armes en garnison sur les frontières de Flandre 34^
43^ TABLE.
CHAP. CXXV. Comment le roi d^ Angleterre tiat son parlement Il Vnievorde où ceux de Flandre, de Haioaut et de Brabant jurèrent en la main du dit roi k eux «ntrVder k jamais contre qui que ce Ait. -. ^^S
CHAP. CXXVL Comment le roi Philippe envoya très notable cbeTalerie en la cité de Tournaj pour la garder et garnir fie ponrvéances, pour ce que le roi Anglois la deyoit assiéger. . . . 347
CHAP. CXXVII. Comment le roi d^Angleterre se partit de Gand et alla mettre le siège devant la cité de Tournay. 348
CHAP, CXXVIIL Comment le comte de Haioaut se partit du «iége de Tournay atout cinq cents lances et ardit plusieurs vil- lages| et comment les Flamands assaillirent vigoureusement ceux de Tournay. 352
CHAP. CXXIX. Comment les soudoyers de St-Amand aidirent la ville de Hasnon et violèrent Pabbaye; et comment ils cuidè- rent prendre Tabbaye de Vicogne; et comment Tabbé y pour- vei de bou remède • 354
CHAP. CXXX. Comment les seigneurs qui éloient demeurés en Ecosse capitaines, par le commandement du roi de Frarce, recouvrèrent plusieurs forteresses en Ecosse et coururent en Angleterre trois journées loin. « 356
CHAP. CXXXI. Comment messire Guillaume de Douglas prit le fort château d^Édimbourg par grand engin et par grand'soub- tiveté 359
CHAP. CXXXII. Comment ceux de Tournay mirent hors de la cité toutes poures gens; et comment le roi de France fit son . mandement pour les secourir. 353
CHAP. CXXXIU. Comment le roi de France se logea au Pont k Bovines k trois fieues de Tournay; et comment ceux de Bou- chain rescouirent la proie que ceux de Mortagne emmenoient. 365
CHAP. CXXXIV. Comment aucuns Hainuyers, par Tennortement de messire Waflart de laCroix, s^en allèrent escarmoucher en Tost du roi de France, qui furent déconfits; et comment le dit messire Waflart fut mort 368
CHAP. CXXXV. Comment le comte de Hainaut se partit du si^e de Tcmmay et alla assiéger Mortagne et commanda k ceux de Valenciennes qu^ils y vinssent 37a
CHAP. CXXXVI. Comment ceux de Mortagne rompirent Tengin de ceux de Valenciennes, qui moult les gre voit par un autre engin qu^ils firent 3^5
CHAP. CXXXVII. Comment le comte de Hainaut se partit du
TABLE. 433
siège de Mortagne et sen retourna aa siège de Tournav" et comment il prit la forteresse de St.-Amand 3«5
CH AP. CXXXVIII. Comment le comte de Haiuaut détruisit et ardit la ville et T abbaye de St.-Amand; et puis après ardit et détruisit Pabbaye de Marchiennes 33 1
CHAP. CXXXIX. Comment les Allemands se partirent du siëge de Tournay et vinrent escarmoucher en Post du roi de France* et comment le sire de Montmorency les suivit jusques au pont de Tressin 333
CHAJP.CXL. Comment le sire de Montmorency fut pris des Alle- mands, et bien ^atre vingts gentils hommes qui ëtoient sous sa bannière 333
CHAP. CXLI. Comment ceux de la garnison de Saint-Omer dé- confircnt trois mille Flamands qui étoient venus courre devant Saint-Omer. * , 300
CHAP. CXLII. Comment une soudaine peur prit les Flamands environ minuit, tant que tous s^enfiiirent chacun vers sa mai- son en grand^hâte : . . 3g3
CHAP. CSÎjIH, Comment k la requête et prière de madame Jeanne de Valois, sœur du roi de France et mère du comte de Hainaut, les deux rois firent traité de paix 3q6
CHAP. CXLIV. Comment les deux rois firent trêves jusques k un an; et comment le siège se départit de devant Tournay 3q8
CHAP. CXLV. Comment le roi Anglois se partit enuis de devant Tournay; et comment chacune des parties se dit avoir Thonneur de cette départie. ^om
CHAP. CXLVI. Comment le roi Edouard s^enralla en Angleterre; et comment au parlement d^ Arras les trêves furent alongées deux ans entre les deux rois 4^3
APPENDICE. Le vœu du héron 407
FIN DELÀ TABLE.
28